A droite, Mbusa Nyamwisi, candidat à la présidentielle 2011, lors d’une interview accordée à la Radio Okapi. Ph. John Bompengo

Antipas Mbusa Nyamwisi: « L’ennemi est parmi nous! Il faut le chasser… »

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Congo Independant decrit encore mieux par cette interview l’etat de la situation vicieuse en RDCongo. BLO a voulu en faire l’extension pour que les opinions s’en impregnent le plus possible:

Agé de 58 ans, ancien ministre des Affaires étrangères, de la coopération régionale, de la décentralisation et des pouvoirs locaux, Antipas Mbusa Nyamuisi est le président du RCD K/ML. Allié politique de « Joseph Kabila » de 2003 à 2011, « Antipas » a pris ses distances au lendemain des élections chaotiques de 2011 remportées. Selon lui, l’élection présidentielle a été remportée par Etienne Tshisekedi wa Mulumba. « Joseph Kabila venait en troisième position après Vital Kamerhe », martèle-t-il. Elu député national à Butembo, Mbusa vit depuis juin 2012 en exil. Il a rejoint les rangs de l’opposition au sein de « AR » (Alternance pour la République), une des plateformes qui composent le « Rassemblement ». Interview.

Selon la presse ougandaise datée du 15 novembre dernier, vous avez eu des ennuis avec les services d’immigration à l’aéroport d’Entebbe. Que s’est-il passé exactement?

J’ai fait face à des « tracasseries » à l’aéroport d’Entebbe. La manœuvre consistait à m’expédier à Kinshasa. C’est grâce à l’intervention des plus hautes autorités ougandaises – auxquelles j’adresse mes remerciements au passage – que j’ai pu échapper à une extradition clandestine.

Selon les médias, un officier de police ougandais tenait à vous « garder à vue » en dépit des instructions contraires de sa hiérarchie…

Effectivement! Suite à cet incident, plusieurs arrestations ont eu lieu au sein de la police à Kampala. Cette affaire a révélé d’autres agissements du même genre.

Etes-vous en train de dire que « Joseph Kabila » aurait le bras tellement long au point d’acheter des officiers de la police ougandaise?

Parmi les personnes arrêtées, il y a un colonel congolais.

Comment s’appelle-t-il?

Il s’agit d’un certain « Pacifique » qui appartient à l’ex-Demiap (Renseignements militaires). Je l’ai vu, à la télévision ougandaise, menottes aux poignets, avec ses complices ougandais.

Il semble que votre passeport était devenu illisible…

Mon passeport était complètement « déconnecté ». Toutes les pages étaient devenues vierges. Une telle action n’est faisable qu’à partir du serveur central à Kinshasa.

Vous avez été plusieurs fois ministre de 2003 à 2011. A partir de quel moment avez-vous pris conscience que la collaboration devenait impossible avec « Joseph Kabila »?

Sans fausse modestie, j’ai fait partie des personnalités qui ont rendu possible la réunification du pays. Qu’on le veuille ou pas, l’Histoire retiendra que le premier avion qui a relié l’Est à l’Ouest était parti de Beni pour Kinshasa. C’était sous ma supervision. C’est à partir de ce moment qu’un axe fut établi entre les deux villes jetant les bases de la réunification effective du pays. Ce sont des faits historiques que personne ne peut contester. C’était au cours des années 2001 et 2002. Après, je me suis impliqué dans d’autres actions telles que le dialogue inter-congolais et des rencontres notamment à Luanda et ailleurs.

Vous entrez dans le gouvernement de transition…

Je suis entré dans le gouvernement de Transition en étant un allié objectif de Joseph Kabila. Je le considérai comme un « partenaire ». J’ai eu une proximité qui m’a permis de discuter les grandes questions nationales avec lui. D’emblée, je croyais fondamentalement que l’Etat congolais devait être restauré. Je me suis rendu compte, au fil du temps, que le partenaire principal n’était pas du même avis.

Un exemple?

On n’en sortira pas. Tout ce que je puis vous dire est que je n’ai jamais remarqué, dans son chef, une ferme résolution pour éradiquer le phénomène Intérahamwe. J’étais celui qui pilotait les initiatives sur cette question. Je n’ai pas bénéficié du soutien du président de la République. Pire, mes propositions étaient sabotées par les « hommes du Président ». Au point que le goulot d’étranglement se trouve toujours là. En clair, c’est le Président qui empêchait la conduite de ces actions. On l’a vu devenir l’allié de ceux qu’il appelait « ennemis ». J’ai fini par découvrir que la dénonciation de l’agression n’était qu’un prétexte destiné à endormir les Congolais. En réalité, le chef de l’Etat était au service des « ennemis ».

Faites-vous allusion au Rwanda et à l’Ouganda?

Pas seulement! Il y a les ADF et tous les autres mouvements armés prétendument d’origine étrangère alors qu’ils sont organisés par le pouvoir en place. Tous ces faux semblants ont fini par assombrir nos relations. Et ce jusqu’au moment où j’ai eu la certitude que le premier magistrat du pays manipulait toutes ces bandes armées pour empêcher le pays de retrouver une certaine « normalité ».

Quel est le fait qui vous a poussé à prendre le chemin de l’exil?

Avant de répondre à cette question, je dois vous avouer que le pays était bien gouverné durant le régime de transition de 2003 à 2006. Il y avait un équilibre des forces politiques. Personne n’osait s’écarter de manière excessive du cadre juridique tracé. C’est le lieu de révéler, pour l’Histoire, qu’après les élections de 2006, le président pensait que le pays était devenu sa propriété. Il se considérait libéré de toutes les contraintes. Il n’écoutait plus personne. On a assisté à l’émergence des « réseaux parallèles ». Un « gouvernement parallèle » a fini par ravir tous les pouvoirs. Après la hausse du cours du cuivre, on a assisté à la signature des « contrats chinois » en 2009. C’est à peine que le chef de l’Etat disait « bonjour » aux membres du gouvernement. Il était devenu très arrogant. Nous passions, à ses yeux, pour des « employés ».

Alors que vous étiez des « partenaires…

Nous étions des partenaires politiques. J’avais organisé avec mon ami Olivier Kamitatu une coalition appelée « Forces du renouveau » avec 25 députés à l’Assemblée nationale. Notre groupe parlementaire constituait la deuxième force de la majorité. Nous nous réunissions avec d’autres partis de la majorité pour faire le point sur la conduite des affaires de l’Etat. Un jour, nous avons préparé un memo destiné au chef de l’Etat. La conclusion tenait en cinq mots: « le pays est mal géré ». Le président Kabila nous a reçus dans sa ferme de Kingakati. C’était le 26 mai 2010. Outre moi-même, étaient présents: Olivier Kamitatu, José Endundo, Modeste Bahati Lukwebo, Pierre Lumbi et d’autres. Après avoir pris connaissance du document, il nous dit: « Si vous étiez des militaires, j’allais vous faire fusiller! ». Dès ce moment, j’ai acquis la conviction que l’homme avait perdu la tête. Nous avons jugé impensable que le premier magistrat du pays menace de faire fusiller ses ministres tout simplement parce qu’ils proposent une amélioration de la gestion de l’Etat. Cette entrevue a scellé la rupture entre lui et moi. Dès ce moment, j’ai essayé d’aider les forces de l’opposition en demandant à Etienne Tshisekedi wa Mulumba de prendre la tête de l’opposition. Tous ces contacts se faisaient au grand jour. Le président a compris que je ne regardais plus dans la même direction que lui. Lors de l’élection présidentielle de 2011, j’étais candidat sans vraiment battre campagne. Je savais que Kabila allait « voler » la victoire. C’est connu, c’est Tshisekedi qui avait remporté cette élection. Le président sortant était troisième après Vital Kamerhe. J’étais élu député national à Butembo. Je tiens à souligner que la plupart des députés de la majorité ont été « nommés » et non élus. Aubin Minaku, l’actuel président de l’Assemblée nationale, en tête. Après ces consultations politiques chaotiques, l’ambassadeur américain Bill Richardson est venu à Kinshasa. Il était venu proposer les services d’experts pour recompter les voix des députés. Kabila refuse. Il fait proclamer les résultats. Je connais des gens qui n’avaient que 800 voix auxquels on avait attribué 15.000 voix. Richardson est revenu à Kinshasa pour proposer à Kabila la formation d’un gouvernement d’union nationale. Celui-ci ne dit ni oui ni non. C’est à ce moment qu’il monte de toutes pièces le M23.

Nous sommes-là en avril 2012…

Effectivement! Pour moi, quelque chose de mauvais était en préparation. En juin de cette année, je me suis rendu incognito à Kampala via l’Afrique du Sud et le Kenya. Grâce à des contacts locaux, j’ai appris qu’une guerre allait commencer. Trois jours après, je suis reparti en Afrique du Sud. Quelques jours après, la localité de Bunagana tomba entre les mains des combattants du M23. J’apprendrai que « Mbusa est avec le M23 ». La « nouvelle » est aussitôt relayée par le ministre de Communication Lambert Mende et la presse inféodée au pouvoir. Cette fausse accusation était une « sanction » qu’il voulait m’infliger. Je devais être « puni » pour avoir compris son jeu.

Vous prenez le chemin de l’exil…

En fait, j’étais psychologiquement en exil dès qu’il avait menacé de nous exécuter.

Vous êtes désormais dans l’opposition. Comment se porte-t-elle?

L’opposition fait ce qu’elle peut dans ce contexte. Elle a besoin davantage d’unité. Nous devons taire nos ambitions individuelles pour faire triompher une ambition collective. Notre pays a besoin d’un grand « Mouvement national ». Nos petites ambitions individuelles sont contre-productives.

Le temps ne court-il pas contre une telle proposition?

De toutes les façons, les « grands pôles » existent. Nous devons être ensemble de manière coordonnée pour contrer les tripatouillages de la loi électorale.

Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que la faiblesse de l’opposition congolaise découle de l’absence d’un leadership?

Nous devons aller vite vers un grand mouvement fédérateur. Dans le cas contraire, nous risquons de perdre ce pays. Il n’y a plus rien à attendre de la majorité sortante. Nous avons intérêt à gagner ensemble plutôt qu’à sortir tous perdants.

Vous êtes membre de l’ethnie Nande qui est majoritaire dans le Territoire de Beni, au Nord Kivu. Que se passe-t-il dans cette partie du pays?

J’ai été le premier à annoncer, dès le mois d’octobre 2014, que c’est le pouvoir à Kinshasa qui était à la base des tueries à Beni.

Quel élément vous permet une telle affirmation?

C’est un secret de Polichinelle! A l’époque, j’avais cité le général Muhindo Akili, alias « Mundos ». Au début, le pouvoir m’avait imputé ces crimes. Sans convaincre. Aujourd’hui, tous les rapports épinglent cet officier de l’armée congolaise. A Beni, la population accuse Mundos et ses hommes. Tout le monde sait que le pouvoir en place a organisé l’armée de sorte qu’une partie soit composée de tueurs chargés de l’exécution de « basses œuvres ».

Quel est le but?

Le but est d’entretenir le chaos! Vous avez suivi la parodie de procès organisée pour disculper Mundos. A propos de ce procès, un Mai-Mai prénommé « Oscar » avait témoigné à charge contre cet officier en affirmant notamment que celui-ci l’avait recruté pour accomplir certaines « missions ». A la surprise générale, le milicien a été condamné à la peine de mort.

Que savez-vous sur l’attaque survenue vendredi 7 décembre à la Base opérationnelle de la Monusco à Semuliki?

Je tiens d’abord à présenter mes condoléances aux familles des soldats congolais ainsi qu’à celles des 14 casques bleus tanzaniens. Le moins que l’on puisse dire est que personne ne sauvera le Congo tant que Kabila choisira le chaos pour exister politiquement.

Pouvez-vous expliciter votre pensée?

Je veux dire qu’il ne faut pas aller loin pour chercher les tueurs. J’ai déjà déclaré que les fameux « ADF » (Forces démocratiques alliés) constituent l’arbre qui cache la forêt.

L’attaque de Semuliki est intervenue trois jours après la publication du rapport de l’ONG Human Right Watch accusant le régime kabiliste d’avoir recruté des anciens combattants du M23 pour réprimer des manifestations en décembre 2016…

Il faut remercier Human Right Watch pour ce travail qui permet de démonter la mécanique.

Confirmez-vous les révélations de cette ONG?

Bien entendu! J’étais au courant de tous ces faits. Le pouvoir vient de recruter d’autres individus pour poursuivre des tueries.

Qu’entendez-vous par « d’autres individus »?

J’ai suivi Bertrand Bisimwa, le président du M23. Il a dit que le gouvernement vient recruter des bandits dans les rangs de M23 au lieu de discuter avec la direction du mouvement. J’imagine qu’il y a des bandits parmi les anciens combattants de M23. Je sais, pour ma part, que les services de renseignements congolais ont posté des agents de sécurité à Naïrobi, Dar es Salaam, Bujumbura, Kampala et Kigali. Leur mission est de recruter des criminels rwandais, burundais, ougandais et tanzaniens originaires du Zanzibar. Ceux-ci doivent se présenter en « Djiadistes ». Revenons à l’attaque du « PK 40 », la Base opérationnelle de la Monusco. C’est confirmé que les assaillants portaient des tenues des Forces armées de la RDC. Nos militaires ont l’habitude d’aller s’approvisionner en vivres dans cette Base. C’est ainsi qu’ils ont été reçus en « frères d’armes ». Cela fait des années que nous demandons l’organisation d’une enquête afin de déterminer l’origine des tenues que portent les présumés ADF.

Que pensez-vous de ceux qui allèguent que la Mission onusienne serait complaisante à l’égard de « Joseph Kabila »?

La « communauté internationale » peine à intégrer dans son esprit le fait qu’un gouvernement puisse mener des opérations pour tuer sa propre population. Il est temps qu’on arrête de couver des « œufs pourris ». J’ai la conviction que le président Kabila ne rétablira jamais la paix au Congo. Et ce pour la simple raison qu’il a besoin de désordre politique pour pérenniser son pouvoir. Il va toujours allumer des foyers de tension comme il le fait actuellement. Je voudrais qu’on me dise pourquoi des « rebelles ougandais » opèrent à partir de la frontière avec l’Ouganda contre l’armée congolaise et les troupes onusiennes sans jamais tirer un coup de feu sur le sol ougandais. En quoi ces agresseurs sont-ils des rebelles ougandais? Si les ADF n’existaient pas, le gouvernement congolais les aurait inventés.

Dans une interview accordée à notre journal, vous avez déclaré que l’Ougandais Jamil Mukulu, chef présumé des ADF, aurait résidé chez le général-major « Joseph Kabila » au quartier kinois de « Ma Campagne ». Confirmez-vous cette information?

Je le confirme: Jamil Mukulu a bel et bien résidé dans une de ses maisons située sur la rue Bocage numéro 55, à Ma Campagne. Depuis que j’ai fait cette révélation, j’attends toujours le démenti du gouvernement. Joseph Kabila ne peut pas dire qu’il ne connait pas Jamil Mukulu. Dans la même interview, j’avais dit que Mukulu est détenu à Kampala. Je n’ai pas entendu le Congo se constituer partie civile dans le cadre du procès en préparation.

Selon la police ougandaise, Mukulu a été trouvé en possession de six passeports dont un congolais…

Effectivement! J’ajouterai que j’ai la conviction que les ADF dont on parle ne sont nullement des rebelles ougandais. Il s’agit des groupes criminels organisés qui portent leur nom. Selon des sources, il s’agit de plusieurs groupes qui ne sont pas forcément coordonnés mais qui s’attaquent aux mêmes cibles. On a attrapé dernièrement un « ADF » d’origine… burundaise. L’homme était joufflu et bedonnant…

Que dites-vous à ceux qui soutiennent la thèse selon laquelle étant hors mandat, « Joseph Kabila » se trouve dans logique d’expédition des affaires courantes et ne peut de ce fait modifier la loi électorale?

C’est pour toutes ces raisons que j’estime que les mots ne suffisent plus. Il faut autre chose.

« Autre chose », quoi par exemple?

Il faudra mener une réflexion tant au niveau des forces de l’opposition que de la société civile…

Vous semblez sceptique à la tenue effective des élections le 23 décembre 2018…

J’ai la conviction que les Congolais n’iront pas aux urnes à cette date. Et s’ils y vont ce ne sera par une élection mais une parodie électorale.

Selon des sources bien informées, il semble que « Joseph Kabila » sait qu’il est mal aimé par les Congolais. D’après ces sources, l’homme n’en a cure…

En tous cas, je ne l’ai pas vu faire assez pour gagner les cœurs et les esprits de la population. Il n’a rien fait pour se faire aimer. Il s’en fout d’être aimé. Il compte sur les moyens coercitifs de l’Etat pour faire marcher la population au pas comme il le fait.

Une rencontre tripartite Angola-Congo B- RDC a eu lieu samedi 9 décembre à Brazzaville. Au-delà du communiqué officiel, il semble que les deux pays voisins suivent avec inquiétude le processus électoral au Congo. Qu’en savez-vous?

J’imagine que les dirigeants angolais et congolais ont exprimé leurs préoccupations à Joseph Kabila. Ces pays voisins ont intérêt à ce qu’il n’y ait pas de troubles chez leur grand voisin. Notre souhait le plus vif est que le Congo-Brazzaville et l’Angola nous accompagnent afin qu’on aboutisse à une solution durable.

On parle de plus en plus de « transition sans Kabila ». Par quel mécanisme pourrait-on matérialiser cette idée?

Il faut le faire partir…

Comment?

Par tous les moyens! C’est pourquoi on doit lancer une vaste réflexion. Si vous dites à la population de Beni qu’on va aller aux élections, personne ne vous prendra au sérieux. Cette population a acquis la conviction que l’ennemi est parmi nous. Et qu’il faut le chasser. J’ai peur que le pays replonge d’où l’on vient si Joseph Kabila continuait à s’entêter.

Replonger dans une nouvelle guerre?

J’en ai bien peur. D’ailleurs, il a déjà commencé la guerre contre notre population…

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi

Cliquez sur ce lien pour lire l’original: http://www.congoindependant.com/antipas-mbusa-nyamwisi-lennemi-est-parmi-nous-il-faut-le-chasser/

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