Antipas MBUSA NYAMWISI expose tous les secrets désagréables de Joseph KABILA

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«Le pouvoir de Monsieur Kabila est consubstantiel à toutes les crises auxquelles le pays fait face ».

Beaucoup ont longtemps souhaité voir le leader du RCD/K-ML apparaître le plus fréquemment possible sur les ondes au sujet de l’évolution actuelle de la situation générale en R.D. Congo. Mais hélas! Cela n’a pas été le cas, au point que même les massacres génocidaires endeuillant son fief de Beni-Lubero depuis deux n’ont pu briser légèrement son silence qu’une seule fois. Et, dès lors, plus de mots, plus de geste, absolument aucun signe de vie.

Ce qui n’a pas moins intensifié l’inquiétude et d’interrogations à son sujet, surtout face aux multiples accusations, à tort ou à raison fomentées contre sa personne par le pouvoir en place à Kinshasa.

Cette préoccupation a stimulé Congoindependant à approcher Monsieur Mbusa Nyamwisi en vue d’aider les opinions à se fixer sa part de responsabilité éventuelle dans la tempête qui secoue le Congo-Kinshasa de nos jours.

Enfin, c’est d’une manière fracassante que le Président du RDC/K-ML décide de briser son silence, en accordant une interview à Congoindependant, sur le micro de Baudouin Amba Wetshi. D’emblée, on peut découvrir clairement les motifs non seulement de la rupture entre Kabila et Mbusa, les raisons du silence de ce dernier dans son exile, le mensonge de Kabila au sujet des ADF (étant donné que les véritables ADF sont ses alliés de longues dates), la malice de Kabila qui a adopté l’alimentation de l’insécurité comme stratégie propre pour conserver le pouvoir (il a créé et alimenté personnellement des rebellions et groupes armés contre sa propre population), l’intention nourrie de Joseph Kabila de violer la Constitution du pays, sa malhonnêteté, son arrogance …

Bref, c’est une interview qui dit beaucoup, mais certainement pas tout. Car, en considérant les points de suspension qui terminent l’entretien, on comprend vite que l’échange n’a pas été vraiment conclu, et qu’il y aurait encore beaucoup à dévoiler. Nous espérons que Monsieur Mbusa Nyamwisi pensera à y revenir prochainement pour le bien de son peuple qu’il promet, par ailleurs, soutenir activement dans sa lutte d’émancipation contre une régime des fossoyeurs. Suivez l’interview:

RDC : QUESTIONS DIRECTES A Antipas MBUSA NYAMWISI
Le 24 septembre 2016.

«L’Ougandais Jamil Mukulu, présenté comme le leader des ADF, a résidé chez Joseph Kabila, qui n’était encore que général-major, dans sa résidence d’alors sise avenue Bocage n° 55 au Quartier Ma Campagne à Kinshasa»

Comment allez-vous ?

Je vais bien !

On ne vous entend quasiment plus. Pourquoi ce long silence ?

Il n’y a pas que moi. Pourquoi mon destin singulier devrait-il susciter de l’intérêt ? En fait, on est très nombreux à être réduits au silence. Il suffit de regarder le peu de respect manifesté à l’égard de la Constitution…

Les gouvernants sont jugés par leurs réalisations. Les opposants, par leurs discours. Vous faites partie de l’opposition. Un opposant qui ne parle pas est assimilable à un homme mort…

Pas du tout ! Loin de là. Si les autres opposants avaient parlé en même temps que moi, je crois que nous ne serions pas là où nous sommes aujourd’hui. Nous avons laissé faire des choses inacceptables, c’est pourquoi nous sommes dans la situation que nous déplorons. Arrêtons de nous lamenter et agissons sur la situation présente.

Que voulez-vous dire par « choses inacceptables » ?

Je sais que vous me comprenez bien. Y a-t-il quelque chose d’acceptable dans ce qui se passe au Congo ? Vous voyez bien que des manifestants ont été fauchés non pas pour avoir exigé de l’eau courante, l’électricité ou l’amélioration des transports publics. Ils ont été tués pour avoir réclamé le respect de la Constitution de la République. C’est inacceptable qu’il y ait des morts suite à une démarche aussi pacifique.

Cinq jours après la répression sanglante de la manifestation organisée par le « Rassemblement», « Joseph Kabila » n’est pas intervenu personnellement à la télévision nationale pour exprimer la compassion aux parents et proches des victimes. Quel est votre avis ?

Il me semble que cette attitude fait partie d’une certaine conception du pouvoir. Joseph Kabila aurait dû s’exprimer pour présenter les condoléances aux familles et inviter le personnel politique à se mettre autour d’une table pour parler. Ce message aurait été également l’occasion pour lui de de réaffirmer sa volonté de respecter la Constitution. Contre toute attente, il s’est enfermé dans une logique personnelle qui n’est compréhensible que par lui-même et ceux qui l’entourent. Il est inconcevable dans ces conditions d’avoir la prétention de diriger un Etat. L’actuel chef de l’Etat est hors-jeu.

Selon vous, que va-t-il se passer maintenant ?

Il y a un acteur important qui est le peuple congolais lui-même. Il faut soutenir la réaction du peuple. Quelqu’un a dit qu’aucune armée n’est plus forte que tout un peuple mobilisé. Nous sommes désormais dans cette logique.

S’agit-il d’une logique de “soulèvement populaire” ?

Si toutes les voies sont obstruées, il n’y a pas d’autre solution. Lorsqu’on parlait des massacres à Beni, les gens ne réalisaient pas l’ampleur de la tragédie compte tenu de la distance. Maintenant, c’est à Kinshasa que ça se passe. J’espère que les gouvernants en place sont encore doués de raison.

Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que «Joseph Kabila» doit faire une annonce solennelle qu’il n’est pas candidat à un troisième mandat ?

Ils ont parfaitement raison ! Vous le savez autant que moi que le premier alinéa de l’article 70 de notre Loi fondamentale stipule clairement que « le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois ». Il s’agit d’une disposition intangible. Personne ne va accepter qu’on “tripote” la Constitution. Vous êtes en train de parler à quelqu’un qui a contribué à la réunification du pays. Ce n’est pas une situation qui remonte à l’époque néolithique. Il y a bientôt quinze ans. Les participants au dialogue inter congolais ont-ils fourni tant d’efforts pour que quelqu’un vienne détruire cet édifice bâti si péniblement? J’espère qu’il va entendre raison.

Regrettez-vous d’avoir fait alliance avec « Joseph Kabila » après la présidentielle de 2006 ?

Non ! Il ne faut pas mélanger les choses. Il y a un problème qui concerne la République. La République vient de très loin. Un moment donné Joseph Kabila a représenté celui qui nous a donné l’opportunité de mettre fin au cycle de violence que nous avons connu. Je suis présentement en train de dénoncer le fait qu’il tente de violer le Pacte républicain que nous avons signé ensemble. Ce Pacte est consigné dans notre Constitution. Il est donc condamnable et je fais partie de ceux qui dénoncent cette situation. Je vous rappelle que j’étais député national élu et non « nommé » comme la plupart de ceux qui pullulent au sein de la majorité présidentielle. J’ai été «évacué» parce que je m’étais opposé à certains agissements du chef de l’Etat. C’est bien lui qui avait créé la prétendue rébellion dite « M23 ». Je n’ai jamais été un kabiliste à tout crin. D’ailleurs, je n’ai jamais été un « kabiliste ». Notre collaboration procédait d’une alliance objective.

Vous venez de parler de « M23 ». Que répondez-vous, par contre, à certains officiels qui vous accusent d’être derrière les rebelles ADF auxquels sont imputés, à tort ou à raison, les massacres de la population de Beni ?

En octobre 2014, j’ai été le premier à élever la voix pour dire qu’il se passe des choses graves à Beni. Je peux vous dire que l’organisateur des tueries de Beni est le général Mundos [Ndlr : le général Muhindo Akili, alias Mundos]. Cela fait bientôt deux ans. Petit à petit, tout le monde commence à réaliser qu’il y a anguille sous roche. Il y a même des rapports des Nations unies qui ne versent plus dans des explications faciles consistant à pointer des doigts accusateurs en direction des opposants. Tout le monde commence à prendre conscience que le commanditaire de ces massacres se trouve au sommet de l’Etat congolais. Je ne peux être à la fois l’auteur et le dénonciateur d’un crime. Pourquoi les pouvoirs publics sont-ils, à ce jour, incapables d’appréhender les exécuteurs de ces meurtres? Comme vous pouver le constater, je ne vis pas à Beni.

Depuis le mois de mars 2015, un certain Jamil Mukulu, présenté comme étant le leader des ADF a été arrêté en Tanzanie et transféré en Ouganda. Il a été trouvé en possession de six passeports dont celui du Congo-Kinshasa. Jusqu’à ce jour, les autorités de Kinshasa n’ont entrepris aucune démarche diplomatique auprès de l’Ouganda pour identifier l’autorité ayant délivré ce document de voyage. Qu’en dites-vous ?

Si nous commençons à aborder toutes ces questions, nous n’en sortirons jamais. En vérité, il y a des gens à Kinshasa qui croient qu’ils ne peuvent pas survivre politiquement sans allumer des foyers de tension dans le pays.

A qui faites-vous allusion ?

C’est clair que je fais allusion à ceux qui gouvernent le pays…

Pouvez-vous citer des noms ?

Le premier d’entre eux c’est, bien entendu, Monsieur Joseph Kabila. L’homme connaît les gens qui l’assistent dans cette funeste besogne;

Quel en serait le mobile ?

C’est lui qui devrait répondre à cette question. Mais après analyse, je peux dire que lorsqu’on gère une économie de guerre, on se fait de l’argent facilement. Les dépenses liées à la défense nationale requiert des budgets colossaux sous prétexte de faire la guerre. Lorsqu’on entretient des foyers de tension, on a des arguments contre ceux qui dénoncent les lacunes au plan économique et social. La guerre devient un alibi pour camoufler l’absence des réalisations. J’ai la conviction qu’après tant d’années, le pouvoir de Monsieur Kabila est consubstantiel à toutes les crises auxquelles le pays fait fasse. C’est clair et net !

Quelle serait, selon vous, la «recette» pour sortir de la crise politique actuelle ?

La solution est d’autant plus simple qu’elle se trouve dans notre Constitution qui a l‘avantage d’être complète. Comme je l’ai dit précédemment, la Constitution énonce que le Président de la République ne peut exercer trois mandats consécutifs. Il n’y a pas de « bricolage » à faire pour qu’il reste en fonction. En tentant de briguer un troisième mandat en dépit de l’interdit constitutionnel, il a violé intentionnellement la Constitution. Il commet la haute trahison prévue dans l’article 165 de la Charte fondamentale pour n’avoir pas appliqué ce qui est prévu dans la Constitution. Celle-ci prévoit que dans ce cas, il revient au président du Sénat de diriger le pays à titre intérimaire.

Voulez-vous dire qu’à l’expiration de son mandat le 19 décembre prochain, l’actuel chef de l’Etat devrait remettre les clés du Palais de la nation au président de la chambre haute du Parlement ?

Bien entendu ! Nous sommes ici dans la logique de l’article 75 qui stipule notamment « En cas de vacance pour cause de décès, de démission ou pour toute autre cause d’empêchement définitifs, les fonctions de président de la République à l’exception de celles mentionnées aux articles 78, 81 et 82 sont provisoirement exercées par le président du Sénat ». Nous sommes dans le cas précis de « toute autre cause d’empêchement ». Le président sortant n’a pas pu organiser les élections dans les délais constitutionnels. Il invoque la guerre et la récession économique. Et pourtant, lorsqu’on approfondi le débat, il y a à boire et à manger. J’ai appris que des voix se sont élevés pour dire que l’actuel président du Sénat est pratiquement à son second mandat. On feint d’oublier que le Sénat n’avait pas la charge d’organiser l’élection des sénateurs. Les sénateurs sont à leur second mandat parce que l’élection n’a pas eu lieu au niveau des provinces. Ce sont les députés provinciaux qui doivent élire les membres de la chambre haute du Parlement. Au-delà des affinités qui lient les uns aux autres, il faut que nous apprenions à respecter les règles que nous nous sommes données. Sinon, notre pays ressemblera à une jungle.

Un membre du gouvernement actuel a déclaré, je le cite de mémoire, qu’il n’y aura pas de solution «sans ou contre Kabila». Qu’en dites-vous ?

Je ne pense que Joseph Kabila soit devenu un « Dieu ». Je suis celui qui lui a permis de mettre les pieds à l’Est du Congo à l’époque où ce pays était divisé. Au risque de me répéter, je considère qu’il n’est pas devenu un Dieu. C’est un homme. C’est en vertu de ce texte constitutionnel qu’il a été consacré notre chef de l’Etat. Si un homme est capable de violer la Constitution, sera-t-il capable de respecter un accord conclu à deux ou à plusieurs?

D’aucuns disent que « Joseph Kabila » ne comprend que le langage de la force et ne respecte que ceux qui lui opposent la lutte armée. Est-ce votre avis ?

Je ne sais pas. Ce serait une faute de sa part. D’ailleurs, où se trouve cette armée dont il se vante ? Regardez ce qui se passe à Kananga aujourd’hui. Peut-on franchement gloser sur l’armée lorsqu’une milice parvient à arracher un aéroport provincial, celui du chef-lieu du Kasaï central, aux forces régulières? L’armée nationale est à construire. D’ailleurs, l’armée n’a pas pour vocation de maintenir les dirigeants au pouvoir. Sa mission est de veiller sur la sécurité de toute la nation. La nation congolaise ne se résume pas à Joseph Kabila…

Quand allez-vous regagner le pays ?

Je rentrerai au pays quand il sera possible d’y aller sans être accusé faussement des choses qu’on dénonce soi-même.

Depuis 72 heures, le procureur général de la République a lancé des mandats d’arrêt à l’encontre de plusieurs personnalités du « Rassemblement » désignés comme étant les organisateurs de la manifestation du 19 septembre. Votre réaction ?

C’est exactement le contraire de ce qu’il faut faire. Il n’est pas impossible que des « casseurs » ou des voyous s’infiltrent dans une marche. Il n’est pas non plus impossible que le pouvoir puissent introduire des casseurs parmi les marcheurs pour trouver le prétexte d’interdire la manifestation comme cela s’est passé à Kinshasa. Mais on ne peut pas comprendre qu’un Etat organise lui-même des actes terroristes contre les sièges des partis politiques de l’opposition. Ce qui s’est passé à Kinshasa n’est ni plus ni moins que du terrorisme d’Etat. Il me semble qu’ à force d’obéir au pouvoir politique, le procureur général de la République a oublié le rôle qui est le sien.

Que devait-il faire?

Il me semble inimaginable que ce haut magistrat lance des mandats d’arrêt à l’encontre des personnalités politiques avec lesquelles il devrait discuter. En fait, Kabila ne veut en aucun cas engager de discussion. Et ce, de peur que ses interlocuteurs lui opposent la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Il craint qu’on lui montre la porte de sortie. Voilà pourquoi j’hésite à rentrer au pays. Si Joseph Kabila m’avait écouté, il n’y aurait pas eu de M23. Vous remarquerez qu’après les élections bâclées du mois de novembre 2011, il s’est empressé de nommer Augustin Matata Ponyo au poste de Premier ministre. Il a par la suite brandit le spectre du M23 en prétendant que le Rwanda venait d’agresser le Congo.

Revenons à Jamil Mukulu…

Votre question initiale est très intéressante. Je peux vous dire que Jamil Mukulu a vécu au Quartier Ma Campagne sur l’avenue Bocage n°55.

Etes-vous en train de dire que l’homme présenté par les autorités ougandaises comme étant le leader des rebelles ADF vivait à Kinshasa ?

Oui! Vous parlez du passeport congolais trouvé en sa possession. Moi, je vous dis qu’il a vécu à Kinshasa.

Qui était son logeur ?

La résidence où il habitait appartenait à une autorité congolaise – encore en fonction – dont je ne cite pas le nom.

Jaynet « Kabila » ?

Non ! Il faut monter plus haut…

La devinette devient de plus en plus intéressante…

Je vous informe que Jamil Mukulu habitait dans la résidence du général-major Joseph Kabila. A l’époque, il n’était pas encore chef de l’Etat…

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi

Trouvez l’original de cette interview sous ce lien: http://www.congoindependant.com/article.php?articleid=11185

« On comprend ainsi le grave danger de toute rallonge au pouvoir de Joseph Kabila. Les congolais dignes de ce nom doivent refuser toute forme de transition. En effet, au vu de ce qui se passe au Kivu-Ituri, toute transition au-delà de décembre 2016, donnerait du temps et des moyens au gouvernement congolais qui est, de toute évidence, complice de l’occupation rwandaise du Kivu-Ituri en cours » (Père Vincent MACHOZI, le 19 mars 2016, parole qui a valu son assassinat le jour suivant).

©Beni-Lubero Online.

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