Beni-Butembo: lever d’un couvre-feu au bilan catastrophique…

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Le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Monsieur Julien Paluku Kahongya, a annoncé la fin du couvre-feu qui a été décrété depuis le 11 juin 2017 sur l’espace de Beni-Lubero. Ce couvre-feu a été instauré immédiatement après l’attaque et l’évasion qui s’étaient produites au niveau de la prison Kangbayi de Beni. L’autorité provinciale avait justifié la prise de mesure dudit couvre-feu par un souci de maximiser le maintien de sécurité dans le milieu, compte-tenu du nombre des criminels qui venaient de se donner la liberté par l’évasion qui s’est produite.

D’emblée, la population locale et tous les observateurs des événements en cours à Beni et à Butembo espéraient que les services spécialisés de sécurité (Forces Armées, Police Nationale et Services de Renseignement civils et militaires) utiliseraientcette disposition pour traquer, voire attraper les évadés fugitifs, et pour prévenir toute éventualité du domaine sécuritaire (banditisme, cambriolage, attaque armée des inciviques, incursions armées etc.). Cependant, cette attente est restée béante. Au contraire, de nombreuses surprises désagréables ont dû provoquer une grande déception dans la masse populaire.

Beaucoup peuvent dire aujourd’hui à juste titre que les autorités viennent de lever ce couvre-feu à leur propre honte. Ni le Gouverneur de Province ni ses collaborateurs ne sauraient eux-mêmes en tirer un bilan présentables aux opinions. Le gouverneur n’en fournit aucune évaluation qui devrait, entre autres, aider à juger de sa compétence, de ses réflexes et même de son bon sens dans la manière de prendre des dispositions devant les événements. Peut-on estimer qu’il cachait un plan dont seule la haute sphère politique est tenue conserver le secret???

Un constat est pourtant évident: aucun évadé n’a été appréhendé ou présenté au public comme fruit du couvre-feu décrété; Juste au lendemain de l’annonce de ce couvre-feu, des cas de cambriolage, de banditisme à main armée, d’assassinat ont doublé d’ampleur dans les villes de Beni et de Butembo ainsi que dans leurs environs. On se souviendra également du braquage et pillage systématique qui ont eu lieu dans les contrées de Karuruma en date du 13 juin 2017, soit deux jours seulement après l’évasion de la prison de Kangbayi. Plus grave encore se trouvent les attaques des assaillants à l’allure véritablement d’une rébellion dans la région, jusqu’à attaquer au cœur de la ville de Beni supposée être couverte par les patrouilles du couvre-feu plus que toute autre entité du milieu, étant donné qu’elle abrite l’état-major de l’opération Skola 1/sud: le 15 juin 2017 (au quatrième jour du couvre-feu) des assaillants mènent une première attaque contre la ville de Beni au niveau de Mukulya; puis ces assaillants se déclarent une rébellion et élargissent le rayon de leurs attaques jusqu’à Kabasha; le 22 juin 2017, c’est alors une attaque vigoureuse des ennemis dans la ville de Beni, dont les bombardements endommagent des bâtiments à la Mairie et à l’institut Bungulu; des élèves finalistes en pleines épreuves des Examens d’Etat sont blessés… Le 27 juin 2017, les mêmes hors-la-loi reviennent en action à Kalau…

Voilà le bilan du couvre-feu qu’imposa le Gouverneur de province du Nord-Kivu le 11 juin dernier. Toutes les craintes de BLO exprimées au debut de ce couvre-feu se trouvent ainsi pleinement leur justification: la crainte de voir dans ce couvre-feu une stratégie destinée à aider l’ennemi de la paix à investir les villes de Beni et de Butembo ainsi que les périmètres qui les environnent. Qui pourrait dire le contraire, au moment où les preuves d’illustration sont là? Nous avons toute raison de croire que l’évasion des prisonniers de Beni, tout comme partout où ce phénomène a été observé dans le pays, est un plan bien élaboré du pouvoir en place pour renforcer et justifier le chaos qu’il impose comme stratégie de glissement. Le couvre-feu déclaré le 11 juin 2017 fut un moyen qui devait aider les 935 criminels évadés à rejoindre les sites de leur recueillement auprès de la nouvelle rébellion pro-M23, tout en facilitant leur mise en place en vue du projet d’attaque dans l’espace ciblé (la ville de Beni et ses environs).

Pour rappel, des hommes armés non autrement identifiés ont attaqué, dimanche 11 juin 2017, la prison centrale de Kangbayi de Beni (Nord-Kivu). Selon des sources pénitentiaires, au moins 935 prisonniers se sont évadés. Sur son compte Twitter, le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, faisait état de «11 morts, dont 8 gardiens de prison». L’attaque de la prison centrale de Kangbayi de Beni est intervenue aux environs de 15h30 locales. Selon des sources sécuritaires, un groupe d’assaillants non autrement identifiés a pris d’assaut cette maison carcérale avant de réussir à libérer plusieurs centaines de prisonniers. Après l’attaque de cette prison, le gouverneur Julien Plauku a annoncé la mesure de couvre-feu, en vigueur à partir du même dimanche 11 juin à 18h30 sur toute l’étendue de la ville et du territoire de Beni ainsi que de la ville voisine de Butembo.

Il y a nécessité d’exiger au Gouverneur de Province, Julien Paluku, et son gouvernement de s’expliquer sur tous les événements malheureux enregistrés à Beni, à Butembo et leurs périphéries tout au long de la période de ce couvre-feu. Il devrait personnellement donner son bilan et démontrer s’il est maintenant opportun ou non de décider du lever dudit couvre-feu, s’il veut que le soupçon de complicité en faveur des ennemis de la paix dans Beni-Lubero cesse de peser sur sa personne.

Didi Katanga Muntu

©Beni-Lubero Online.

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