Beni, l’abattoir des humains

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Mes mains tremblent pendant que je saisis ces quelques mots. En même temps, je me dis que c’est scandaleux de ne pas tenir sa plume pour ce peuple du territoire de Beni… Beni, ne vous dit peut-être rien. C’est normal. Personne n’en parle. Même moi, je n’en parle pas. Les rares de fois que j’ose en parler, on me fait fermer la gueule (C’est ce qui se passe sur ma page Facebook). Nous devons nous taire. Nous taire vraiment ! Oui, nous taire afin d’oublier la mémoire de ce peuple. Un peuple comme le mien n’a pas d’histoire, ni de mémoire. La région n’est pas seulement vidée, elle est aussi détruite. Il n’y a plus de mémoire… C’est le silence qui doit être observé. Le silence de cimetière. On enterre et c’est tout ! Oui, enterrer pour ceux qui ont la chance de bénéficier ce service. Pour plusieurs, ils sont tout simplement coulés dans une fosse commune, partiellement couverte… Ces morts sont pourris, les mouches font leur festival dinatoire… Heureusement, personne ne peut arrêter l’odeur des milliers des cadavres qui gisent sous le soleil de Beni… Leur odeur nauséabonde nous parvient et nous dérange… Leur odeur nous demande de délier notre langue jadis muselée par peur de profiteurs de ces crimes…

Si j’ose vous écrire, ce n’est pas juste pour nous passer l’information. L’information n’engage personne. Elle est comme un message que les télévisons nous transmettent. Ce que je désire ardemment est au-delà de la transmission du message ou de l’information. Je nous demande plutôt de penser ne fût-ce qu’une minute aux populations du territoire de Beni qui ne pourront pas célébrer Noël ou la bonne année 2016. L’odeur de pourritures de cadavres humains a fait de ce lieu le théâtre de la banalité du mal. La mort n’est plus sacrée, n’est plus un mystère. Avant, on tuait au moins par fusil, aujourd’hui, on égorge. Nous sommes au paroxysme de la pire banalité que l’humanité n’ait connue : garder silence pendant que l’autre s’amuse à égorger, à décapiter ces semblables. Justement, c’est la tête qui est coupée… autrement dit, la parole.

Ce jeudi 24 décembre 2015, 7 corps ont été retrouvés sans têtes dans la localité de Mavivi en territoire de Beni, à l’Est de la République dite Démocratique du Congo. D’après la radio Moto-Oïcha (tenue par les prêtres assomptionnistes), ce drame a eu lieu non loin des positions de forces armées du Congo… Outre leur incompétence à protéger la population, ces forces armées seraient-elles des complices ? Je m’en fous de ce qui peut m’arriver, mais, la question est posée !

Voilà à quoi donc ressemble le quotidien depuis quelques années de ces peuples sans histoire. Il leur est interdit de parler ! Ils sont condamnés à mourir silencieusement. Leur odeur de pourriture reste leur seul cri qui nous demande de parler pour leurs enfants qui n’ont jamais connu la joie de Noël… Leur odeur nous demande de faire advenir le sauveur né à Bethlehem en parlant pour ces familles où l’un de leurs fut égorgé le matin du 24 décembre 2015.

Ensemble, Brisons le silence.

Fr. Gaston Mumbere, a.a.

Quebec/CANADA

@Beni-Lubero Online

Email : benilubero@benilubero.com

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