Butembo: Destruction méchante de 10 maisons d’habitation en Commune Bulengera

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La journée de vendredi 15 Juillet 2011 été surchauffée en Cellule Vutarangya, au Quartier Mukuna, Commune Bulengera, ville de Butembo. A la base de la surchauffe, dix ménages bien ciblés, sont détruits méchamment par des agents de la Police Nationale Congolaise Armés jusqu’aux dents.

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Pour la petite histoire, un conflit terrien oppose depuis longtemps les membres d’une même famille, à savoir MUYISA et Muteke. MUTEKE est né de la mère avec un autre homme bien avant son mariage avec le papa Muyisa (O’mwasa na Nyinya en Kinande). Muteke est donc un demi-frère à Muyisa. Selon la tradition Nande, le vrai héritier de la famille, c’est MUYISA qui est né du même père et d’une même mère. Mais Muteke qui connait bien cette tradition, se dit lésé par le partage de l’héritage familial après la mort de papa Muyisa, un chef terrien dans cette périphérie à l’Est de la ville de Butembo. Muteke n’est pas satisfait de deux parcelles de 40 m sur 50 m lui octroyées sur une concession familiale de 20 hectares. Muteke avait ainsi saisi le Tribunal de Grande Instance, siège secondaire de Butembo, réclamant un partage équitable de l’héritage familial. 

Muyisa, très conscient de son droit et de sa bienveillance à l’égard de son demi-frère à qui, il avait quand même donné quelque chose, avait pris la plainte pour un délire, une vaste blague. En effet, le tribunal de la rue donnait raison à l’héritier légitime MUYISA comme c’est d’habitude dans la tradition Nande.

 Mais son absence au tribunal lui sera fatale. Le jugement sera prononcé par défaut en faveur de du demi-frère Muteke. Et comme l’Etat a le monopole de la violence vis-à-vis de ses citoyens, les forces de l’ordre viendront au secours du demi-frère MUTEKE pour détruire, les maisons construites sur la concession que MUTEKE réclamait lors du partage de l’héritage familial. 

Est-ce juste de la part de la justice congolaise ? 

Les victimes du jugement sont des tiers au conflit d’héritage. Elles ne sont pas membres de la famille conflictuelle. Elles avaient acheté leurs parcelles selon la loi congolaise en la matière et possédaient des titres parcellaires délivrés par l’Etat. Vis-à-vis de ces victimes, on peut dire que l’Etat a prononcé un jugement contre lui-même car les victimes étaient en ordre devant l’Etat. 

Pour les victimes, tout s’est passé très vite. Un préavis de quelques jours n’était pas suffisant pour qu’elles se cherchent un avocat pour défendre leurs droits devant le juge qui avait tranché en faveur du demi-frère Muteke, exigeant de tout propriétaire qui avait acheté une parcelle auprès de l’ayant-droit Muyisa de payer de nouveau le même montant au demi-frère Muteke. Et c’est ce qui fut fait. Les propriétaires qui n’ont pas exécutés ce jugement en temps, ont vu leurs maisons détruites par des agents de la police nationale congolaise. 

Pendant la démolition des maisons, certaines victimes ont réussi à corrompre la police avec une somme modique allant de 20 à 50 dollars américains pour que leurs maisons ne soient pas détruites le vendredi passé. Mais pendant combien de temps peuvent-elles résister au jugement et continuer à corrompre les démolisseurs ? Le mieux ne serait-il pas de porter plainte devant un autre tribunal qui serait, espérons-le, plus juste ?

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Que dit le droit dans un cas pareil ? Y-a-t-il eu justice ou escroquerie ? Apparemment, le juge n’a pas condamné l’ayant-droit Muyisa car il ne lui avait pas demandé l’argent qu’il avait perçu lors de la vente des parcelles. On peut dire que Muyisa n’a rien perdu. 

Les propriétaires des parcelles achetés auprès de l’ayant-droit sont les victimes du jugement. On ne leur dit pas pourquoi ils doivent acheter deux fois la même parcelle. On détruit tout simplement leurs maisons d’habitation. Ils perdent non seulement le prix d’achat des maisons mais aussi les bâtisses qu’ils avaient érigées dans leurs parcelles dument achetées.

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Quelle justice sous le régime de la tolérance zéro ? Notez que, depuis l’afflux des étrangers dans la région, plusieurs jugements dans les conflits terriens à Beni-Lubero ne sont pas justes et devront être revus un jour. La justice actuelle semble penchée du coté des voleurs, des usurpateurs des terres. Et tous les recours, souvent faits à Goma, ne changent rien à la situation. Des petits conflits terriens jadis réglés par le chef du village, sont aujourd’hui transférés à Goma. Les chefs locaux sont dépossédés de leur pouvoir. C’est le cas de la localité d’Isonga en groupement Bunyuka /Bashu où la famille Kasongya se bat contre un usurpateur qui a transféré le jugement à Goma pour avoir gain de cause (cfr. un prochain article). En effet, dans une étude en cours, un beniluberois enquête sur l’identité des occupants des parcelles ou des terres ravies injustement aux propriétaires reconnus par la loi coutumière locale et par la loi congolaise. 

Où est l’Etat dans tout cela ? La population de la cellule Vutarangya de Mukuna se dit délaissée par les autorités locales pendant ce temps dur. Plusieurs familles dont les maisons ont été détruites passent la journée à la belle étoile sans aucune assistance. Le Maire de Ville avait gardé, selon les victimes, son téléphone éteint pendant les opérations de démolition. Même le Ministre National de la Fonction Publique, Solidarité et Prévoyance Sociale, Son Excellence Maître KAMBERE KALUMBI Ferdinand, fils de la ville de Butembo qui était sur place en précampagne électorale, n’est pas descendu sur le lieu du crime pour dire « pole » aux victimes de cette injustice. Evidement, cette démolition des maisons contredisait son message que tout va bien et qu’on peut faire confiance au PPRD, son parti politique. Mais tout ne va pas bien. La justice n’est pas juste vis-à-vis des familles de Vutaryangya qui passent la nuit à la belle étoile depuis vendredi. 

Edgar Katembo Mateso

Butembo

©Beni-Lubero Online

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