Enfin, Syahetera déchu de ses fonctions de Maire de Butembo

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« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » (Montesquieu, Extrait de De l’esprit des lois). C’est ce qu’on peut dire d’Hubert Syahetera dont l’abus du pouvoir a été arrêté net ce matin par le pouvoir de Kinshasa, une preuve que Butembo dépend toujours administrativement de Kinshasa malgré le silence devant les massacres des bubolais.
L’arrêté émanant du Ministre LOMANU MULENDA BWANA SEFU et lu sur les radios de Butembo ce matin du Vendredi 6 Août 2010, Fête de la Transfiguration de Jésus chez les Catholiques, et 14 ième anniversaire de l’invasion de Lemera au Sud-Kivu par le conglomérat des rebelles de l’ADFL, a brusquement mis fin au pouvoir sans partage de Hubert Kakule Syahetera à la tête de la prestigieuse ville de Butembo, au Nord-Kivu. La date du 6 Août 2010 restera gravée dans les annales de l’histoire de Butembo comme le jour de la chute du téméraire Hubert Kakule Syahetera devenu aujourd’hui « Maire Honoraire de Ville de Butembo ».
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Syahetera qui avait voulu faire de Butembo l’Europe du Congo (BULAYA YA CONGO) et une ville sans poussière par la fameuse opération « j’aime Butembo » a été brusquement éjecté de son fauteuil avant de réaliser ses rêves. Il a certainement fait ce qu’il pouvait, vues les circonstances du moment, son jeune âge, et son manque d’expérience dans la gestion des hommes en temps de guerre d’agression et d’occupation militaire.
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Syahetera peut rendre grâce à Dieu parce que les forces du mal qui endeuillent Butembo ne lui ont pas ôté la vie. Il a donc le temps de se ressaisir et de s’amender. Selon ses proches, Syahetera venait de se faire inscrire à G1 dans un institut superieur de la place.  Maintenant qu’il est déchargé de ses fonctions, et qu’il a l’argent, et vu son jeune âge, il peut poursuivre librement ses études supérieures et affiner ses outils pour un prochain métier. C’est cela la vie, un perpétuel apprentissage. Quels que soient ses déficits tant décriés, Syahetera mérite une reconnaissance pour son travail à la tête de la ville de Butembo. En effet, il était le Maire de Butembo, même si désormais on parlera de lui au passé simple ou composé.
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La grogne des habitants de Butembo a eu raison du locataire de la Mairie. Aussi, le PPRD a finalement lâché son poulain qui ne jurait que par le soutien de l’autorité morale du PPRD. Certainement que le PPRD a réalisé combien Syahetera devenait embarrassant surtout en une période pré-électorale comme aujourd’hui. Plus personne, y compris les membres de son comité de securité, n’avait confiance en lui. Ses administrés ne suivaient plus ses ordres. Devenu un homme seul à la tête d’une ville de 800 000 habitants, Syahetera ne se fiait qu’à sa tête et son pouvoir se limitait de plus en plus aux contours de son cabinet et de son escorte. Pour lui comme pour ses anciens administrés, sa destitution est un véritablement ouf de soulagement!
Une vue de la Mairie de Butembo
L’arrêté de destitution ne donne pas des raisons, peut-être parce qu’elle était devenue depuis longtemps une évidence et que seul le PPRD s’y opposait pour punir le RCD-K-ML qui avait toujours occupé le poste avant Syahetera.
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A part ce duel politique tout à fait normal et légitime, les bubolais lui reprochaient ses méthodes cavalières de diriger la ville. Les quelques deux ans que Syahetera a passé à la tête de la ville de Butembo ont été un long calvaire pour la majorité des bubolais quelles que soient leurs couleurs politiques.
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Son désaveu avait commencé avec les bouclages meurtriers du quartier patriotique de FURU où même des bébés de deux mois étaient tabassés, des femmes violées, et plusieurs biens emportés par les policiers y envoyés par la Maire pour punir le patriotisme des patriotes qui pensaient bien faire d’apporter leur pierre à la securité de la ville.
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Depuis l’intégration du CNDP dans les Fardc, les assassinats sont devenus quotidiens dans la ville de Butembo. Le mutisme de Syahetera devant ces assassinats multiples des bubolais et bubolaises l’a fait taxer de collabo de l’ennemi, surtout qu’il était du PPRD, le parti politique qui porte une lourde responsabilité dans les conséquences du rapprochement de la RDC avec le Rwanda. Il y a eu ensuite des mesures impopulaires comme la taxation des groupes électrogènes et des trottinettes ( Tsukudu), son bras de fer avec les commerçants à propos de la gestion de l’argent du péage revenant à la FEC, etc. Son dernier arrêté autorisant les patrouilleurs à tirer à balles réelles sur toute personne refusant d’obtempérer aux ordres des patrouilleurs l’a fait ressembler aux tueurs disséminés dans la région et dont le travail est de tuer les congolais pour les exterminer de la face de la terre. Cette dernière mesure de SYAHETERA a couté la vie à l’étudiant Pascal Kasereka Mwanazaire tué par deux policiers sur ordre du Bourgmestre Kambale TSIKO Patrick de la Commune de Mususa.
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Notez que ce bourgmestre de Mususa qui était déjà aux arrêts depuis l’assassinat de Mwanazaire, a aussi été destitué par le même arrêté du Ministre de l’Intérieur. Il est remplacé par MUHOMGYA MALAMBO (du PARECO de Lafontaine) qui était jusqu’à présent bourgmestre de la Commune de Bulengera. Le Bourgmestre Malambo aura comme adjoint Mr. MBAYITOYA BOVIKI.
Dans la Commune Bulengera, MUHONGYA MALAMBO est remplacé par un jeune étudiant en Relations Internationales à l’Université Officielle de Ruwenzori, Mr KIZA OMER !
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Syahetera s’en va ainsi comme bien d’autres maires avant lui. Il en est de même de TSIKO qui a recouvré l’air libre après avoir été acquitté du meurtre de Mwanazaire par un procès délocalisé de Butembo à Beni et que l’opinion qualifie de bidon car les juges auraient obtenu un pot de vin de 10 000 US$ ! L’éviction pour ces deux hommes qui avaient déjà perdu toute honneur et toute gloire est une libération, si du moins il n’y a pas des poursuites judiciaires par des tiers qui se sentiraient toujours lésés par leurs actions passées.
La fête de la destitution de Syahetera a été célébrée toute la nuit durant dans le quartier de Furu où les patriotes ne cessaient d’appeler à sa démission par des déclarations, des calicots, et des rapports des dégâts commis sous les ordres de Syahetera. Maintenant que Syahetera est devenu citoyen simple, les patriotes de FURU s’apprêteraient à introduire une plainte en justice contre lui pour son abus du pouvoir et tous les dommages causés à la population de FURU lors des bouclages ordonnés par lui.
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SIKULIVASAKA MAKALA est le remplaçant de Syahetera à la Maire de la ville de Butembo. Le nouveau Maire de Butembo n’est pas un inconnu. Il est un vieux routier de l’administration congolaise à Beni-Lubero et dans la Province Orientale où il a exercé une longue carrière comme Commissaire de Zone sous le régime du Maréchal Mobutu et celui de Mzee LDK. Quand Beni-Lubero avait fonctionné comme un pays à part sous la présidence d’Antipas Mbusa Nyamwisi, SIKULIVASAKA avait travaillé comme conseiller du Gouverneur Kayisavira alors Gouverneur de la Province de Beni-Lubero. Depuis la réunification du pays Beni-Lubero-Ituri avec Kinshasa, SIKULIVASAKA s’était retiré de la vie politique. Sa nomination à la tête de la mairie de Butembo où il retrouve ses anciens collaborateurs comme TERYA AWITE, Chef de Division Urbaine, est saluée comme ce qu’il fallait faire en ce temps précis de l’histoire de Beni-Lubero. SIKULIVASAKA est connu comme sage, bon père de famille, craignant Dieu. Lors de son mandat à la tête des territoires de Beni et de Lubero, il travaillait la main dans la main avec les chefs coutumiers, les chefs des confessions religieuses, les commerçants. Avec toutes ces qualités, on espère qu’il pourra réussir là où Syahetera s’est grillé.
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Les observateurs attendent de savoir si SIKULIVASAKA saura décrocher de Kinshasa les prérogatives sécuritaires liées à sa fonction administrative de Maire de Ville. En effet, depuis que Kinshasa a déchargé les Gouverneurs de Province, les administrateurs de Territoire et les Maire de ville de la question sécuritaire, on constate, surtout au Nord-Kivu, une insécurité dévastatrice qui donne l’air d’une occupation militaire. En effet, tout petit délit comme les humains peuvent en commettre tel ne pas payer sa dette en temps, est réglé par l’ANR, l’auditorat militaire, le commandant Fardc de Rughenda, etc. La police communale ou de quartier ne semble plus être sous l’autorité du bourgmestre ou du Maire mais du Chef de l’ANR. Tout délit est devenu atteinte à la haute securité de l’Etat. Les Commandants de l’armée, de la police, et de l’ANR qui ne répondent que de Kinshasa déstabilisent ainsi les autorités administratives dans l’accomplissement de leurs charges sécuritaires. Si on peut comprendre que l’armée et certains services de renseignement relèvent du pouvoir central, la Police Urbaine ou Territoriale devrait revenir sous l’autorité du Maire de Ville ou de l’Administrateur du Territoire. Il en est de même des cachots ou Amigo. Si rien ne change en cette matière, SIKULIVASAKA risque de connaître le sort de SYAHETERA qui n’avait pas le contrôle des forces de securité de la ville. On l’a vu une fois pleurer d’impuissance au deuil de Faustin Kasereka Mukohe assassiné à MUTIRI, chapelle Kyavuyiri, à deux mètres de son domicile par des gardes du corps d’un commandant Fardc. Ces paroles de Syahetera qui l’avaient fait apparaître pour une fois comme un homme avec un cœur sensible restent inoubliables à cause de leur aveu d’impuissance devant les forces militaires de la région : « Nous sommes surpris, étonnés,….par le fait que, ce sont les gens sensés protéger la population qui commencent à tuer cette même population. Ce qui nous étonne, et que, alors que nous nous cramponnons pour sécuriser la ville, l’insécurité nous étant toujours imputée, ce sont les gardes du corps d’un général, chef de région militaire sensé sécuriser la population, qui commettent des dégâts à quelques mètres de leur poste. « Pause – larmes » Je regrette que l’auditorat militaire de Butembo soit devenu un lieu de retraite, de détente pour des militaires bandits » ( www.benilubero.com. Edition du 14 mars 2010)
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SIKULIVASAKA peut surmonter cet obstacle militaire avec sa collaboration étroite avec les bubolais et les bubolaises, les chefs des quartiers, les bourgmestres, les incontournables opérateurs économiques qui sont les faiseurs des rois à Butembo, capitale économique du Nord-Kivu.
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Bon travail et longue vie au nouveau Maire de la ville de Butembo !
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©Beni-Lubero Online
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