Goma: Bilan mitig

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L’opération Arme contre 50 US$ du PAREC du Pasteur Mulunda a bel et bien commencé dans les territoires de Masisi, Rutshuru, et la ville de Goma. Interrogé sur ses impressions vis-à-vis de cette opération de ramassage d’armes, l’Honorable Ernest Kyaviro, Député National, élu de la ville de Beni sur le compte du RCD-K-ML, s’est dit confiant car, selon lui, l’heure de la paix a sonné au Nord-Kivu. 
            Honorable Ernest Kyaviro répond aux questions des journalistes de Goma
Selon certains observateurs, la quantité ramassée jusque-là ne représente rien par rapport aux armes jadis distribuées par des chefs rebelles devenus aujourd’hui Excellences ou Honorables dans plusieurs institutions du pays. Le cas de ramassage qui a laissé plus d’un Gomatracien dubitatif est celui de Kitchanga, jadis fief ou QG de Laurent Nkunda, où le Parec n’a ramassé que 40 armes de guerre. Est-ce possible ?
Armes de guerre ramassées par le Parec dans les territoires de Masisi, Rutshuru, Ville de Goma
Pour d’autres observateurs, la maigre moisson du Parec peut être due à la modicité de la contrepartie. Les porteurs d’armes du Nord-Kivu, ventre mou des guerres successives d’agression de la R.D. Congo, qui sont habitués à recevoir plus de leurs armes, peuvent bouder de les échanger contre 50 US$. La Proposition du Ministre Adolphe LOMANU de donner 100 US$ contre chaque arme rendue librement aurait fait la différence, mais il semble qu’elle n’avait été appliqué qu’aux tous premiers échangeurs. Ces deux tarifs montrent bien que l’opération pourtant positive est une œuvre privée du Parec ou du Ministre LOMANU mais pas un projet bien réfléchi et émargeant du budget de l’Etat.
Toutefois, on ne peut pas dire que rien ne s’est fait ou ne se fera. Quelques centaines d’armes sont déjà retirées de la circulation, un fait qui peut sauver plusieurs vies humaines et plusieurs biens de valeur.
                                                   Une vue de la Ville de Goma
Le vœu de plusieurs Gomatraciens est que le ramassage en cours ne soit pas un show médiatique de quelques jours pour apporter de l’eau au moulin de ceux qui clament que la paix est retrouvée au Nord-Kivu pendant que les clandestins armés continuent d’arriver chaque jour dans les zones minières en provenance du Rwanda et de l’Ouganda. Pourquoi laisse-t-on ces clandestins entrer au pays avec leurs armes si on veut faire de la R.D. Congo une zone sans armes ? Cette question reste troublante pour plusieurs Nord-Kivutiens qui se rappellent de bien d’autres parades du même genre qui célébrait une chose et son contraire. L’exemple des mulitples retraits des troupes rwandaises du Nord-Kivu reste frais dans la mémoire collective. Le lendemain de chaque grand départ sous les feux des cameras et des grands journalistes du monde, on retrouvait les troupes rapatriées d’hier à Kitchanga ou à Bunagana. Le Parec doit donc ainsi convaincre la population du Nord-Kivu qu’il fera mieux que les politiciens qui pendant 15 ans ont entretenu la guerre au Nord-Kivu, en dépit des parades de retrait, des sommets, des accords de paix, etc. La crédibilité du Parec dépendra de la réussite de l’opération. Sachant que certaines tribus du Nord-Kivu avaient été surarmées contre d’autres, le ramassage d’une semaine ou d’un mois ne serait qu’un showbiz pour entretenir ou distraire la galerie. Dans un état comme la R.D. Congo dont la constitution interdit tout port illégal d’armes, le désarmement de tous ceux qui ne sont pas autorisés à posséder une arme de guerre doit être un travail permanent de l’Etat et non une mission ponctuelle confiée à quelque charismatique que ce soit !
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Le travail du Parec bien qu’appréciable remet sur la table la question du travail des institutions de l’Etat qui sont rendues inopérantes au profit des individus, souvent sans mandat du peuple, et ouvrant dans ce qu’on appelle communément gouvernement parallèle. Tant que le fléau du gouvernement parallèle ne sera pas éradiqué de la R.D.Congo pour que les Institutions citoyennes redorent leur blason, le mal congolais restera entier.
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Ainsi par exemple, une unité spéciale de la Police Nationale Congolaise devrait être mise sur pied pour ramasser ou désarmer de gré ou de force tout récalcitrant. Les Provinces de l’Est de la R.D. Congo où les tribus qui avaient été armées pour tuer les membres d’autres tribus, nécessitent une opération plus musclée de ramassage d’armes et des minutions de guerre. L’unité spéciale de la Police à créer pourrait avoir comme tâche la lutte contre le trafic et la possession d’armes de guerre dans les villages et cités, et villes du Nord-Kivu et d’ailleurs en R.D. Congo. Quelques appareils détecteurs d’armes de guerre feraient du bon travail de détection d’armes à la frontière avec le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, et ailleurs dans les villes, cités, et villages de la R.D. Congo. Sans cela, d’autres armes peuvent remplacer nuitamment celles remises la journée au Pasteur Mulunda.
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L’éternel argument de manque d’argent pour assurer la securité des congolais et de leurs biens ne tiendrait pas debout aujourd’hui où l’on voit des transnationales financer toutes sortes des projets non prioritaires. La priorité des priorités au Nord-Kivu étant la sécurité des personnes et de leurs biens, le gouvernement n’aurait d’autre choix que d’échanger le coltan contre des détecteurs d’armes de guerre, la cassitérite contre prime des agents de la sécurité, etc. Sans securité, les autres chantiers de développement sont nuls. Aussi, dans un pays où plus de six millions des congolais sont morts du fait des armes de guerre, il serait scandaleux de ne pas engager de manière permanente les institutions compétentes du pays ainsi que des moyens conséquents pour retirer de la circulation toutes les armes assassines.
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Correspondance Particulière de Goma
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©Beni-Lubero Online
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