Au Congo (RD) comme en Egypte : la croissance macro-économique ne suffit pas !

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« Pain, liberté et dignité » ! Voilà ce à quoi les peuples africains « indignés » des travers de leurs gouvernants aspirent. La croissance macro-économique calculée par le FMI ne constitue aucunement une réponse suffisante à cette noble aspiration. Les gouvernants qui ne le comprennent pas finissent par chuter. Tôt ou tard. Telle est l’une des leçons à tirer de « la révolution égyptienne ».

Pendant que les gouvernants de Kinshasa mettent en exergue les suppressions des dettes odieuses et la croissance macro-économique la plus spectaculaire au pays, les assassinats poursuivent leur petit bonhomme de chemin à l’Est et même à l’Ouest du Congo (RD). Il y a deux jours, une jeune fille de 20 ans est assassinée à Butembo comme en témoigne le site de Benilubero. « Encore un assassinat commis par un policier congolais au Centre d’Enrôlement de Vulindi en ville de Butembo ce Jeudi 9 juin 2011. Les policiers déployés dans les centres d’enrôlement s’avèrent être des tueurs et des agents d’une insécurité organisée à Beni-Lubero, sans doute pour décourager les beniluberois à s’enrôler massivement. Mlle Kavugho SIFA (20 ans) vient d’en faire les frais. » (TEMBOS YOTAMA, Assassinat de Mlle Kavugho SIFA (20 ans) au centre d’enrôlement de Vulindi/Butembo, sur www.benilubero.com) Et le constat des Bubolais comme de plusieurs compatriotes s’inscrivant en faux contre le désordre national institué chez nous depuis la guerre de l’AFDL est sans appel : ils parlent d’une insécurité organisée comme en témoigne le martyrologue de Beni-Lubero sur le même site. Une insécurité portant atteinte à la dignité et à la liberté des paisibles citoyen(ne)s.

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Marche de colère des Jeunes de Butembo après l'assassinat de Mlle SIFA par un policier dans un Centre d'Enrolement

Cette insécurité organisée engendre une violence délégitimant les gouvernants du Congo. Comme ailleurs en Afrique, les gouvernants organisant les assassinats de leurs propres concitoyens perdent toute légitimité politique. Le paradoxe est que certains acteurs politiques se préparent à affronter ces gouvernants sans légitimité aux élections probables de novembre 2011 ! C’est quand même drôle ! Ailleurs, les gouvernants ayant organisé l’injustice sociale et l’insécurité sont purement et simplement chassés du pouvoir par les peuples indignés de ces travers.

Et la croissance macro-économique ne peut être évoquée comme une circonstance atténuante. Quand Mubarak est renversé, l’Egypte a une économie de services qui tourne à plein régime. Les routes, les aéroports et les hôtels sont parmi les plus développés de l’Afrique. Et ce pays est informatisé à grande échelle. « Depuis 2004, l’Egypte connaît une croissance annuelle de 7% environ, l’une des plus élevées du monde. Le PIB par habitant a doublé en quinze ans. Quant aux flux d’investissement étrangers, ils ont été multipliés par dix au cours de la dernière décennie. Le pays a mieux résistés que d’autres à la crise financière de 2008. » ( R. SOLE, Le pharaon renversé. Dix-huit jours qui ont changé l’Egypte, Paris, Ed. Les Arènes, 2011, p. 35)

Forte de cette ouverture au néolibéralisme conseillée par le FMI, l’Egypte foule au pied les droits sociaux, économiques et culturels. « Chaque année, 500.000 jeunes arrivent sur le marché du travail. Les diplômés de l’enseignement supérieur n’ont plus un emploi garanti dans la fonction publique, et les privatisations n’ont pas permis de créer assez de postes. L’Egypte devient de plus en plus un pays à deux vitesses, dans tous les domaines. Ne parlons pas de la santé, où l’abîme sépare les hôpitaux publics des établissements de soins privés. L’inégalité est même vraie au sein de l’instruction publique, où seuls les élèves en mesure de s’offrir des cours particuliers réussissent à s’en sortir. » (Ibidem)

Le Congo (RD) ouvert au néolibéralisme depuis la guerre d’agression de 1996 (et même avant) reconduit le schéma égyptien sous Moubarak, à quelques exceptions prêts. Ses gouvernants actuels parlent plus de croissance macro-économique que de liberté et de dignité du peuple congolais. Quand les populations égyptiennes ont rompu avec la peur pour se lever comme un seul homme et réclamer que « le raïs dégage », leur objectif commun était : « Pain, liberté, dignité ». La violation de leurs droits civiques et politiques, de leurs droits sociaux, économiques et culturels les avait poussés au fond du gouffre de la mort. Elles ont su se lever comme un seul homme face à une répression policière qu’elles ont pu maîtriser au bout de quelques jours. Au fond d’elles mêmes, elles portaient une conviction : « La police ne peut pas nous tuer, parce que nous, à tous les points de vue, nous sommes déjà morts ». (Ibidem, p. 23) Fortes de cette conviction, elles ont recréé une fraternité plurielle invincible, comme en témoigne un jeune étudiant de 20 ans  quand il dit : « La force du nombre et la fraternité ambiante nous donnaient un sentiment d’invincibilité. » (Ibidem, p. 53)

A l’Est de notre pays, les scènes ayant suivi l’assassinat de Mlle Kavugho SIFA (ce 09 juin 2011) annoncent des lendemains « révolutionnaires » pour le Congo. La violence appelant la violence et d’autres attitudes d’autodéfense, « pour venger Mlle SIFA, le Poste de Police a été incendié et le Bureau de la CENI saccagé ». (cfr site de Benilubero). Des gouvernants faisant de la répression un mode de gouvernement rompent le dialogue avec leurs concitoyens et développent chez certains d’entre eux des mécanismes de résistance. Ils s’enferment dans un cercle vicieux d’où ils ne peuvent sortir que par leur chute. Les assassinats dans des centres d’enrôlement sont un signal fort : le rejet du mode pacifique d’accession au pouvoir. (Pour des ex-seigneurs de la guerre, cela ne surprend que les plus naïfs d’entre nous.)

Que les élections aient lieu ou pas, les Congolais(es), dans leur immense majorité, aspirent à un changement profond : rompre avec un système de gestion politique excluant la participation citoyenne au profit des réseaux de la prédation et de la mort. La prise de conscience de cette indispensable rupture est très vive au sein de certaines « minorités organisées ». Elles crient déjà : « La patrie ou la mort ». Elle va finir par avoir raison du système répressif actuel. Tôt ou tard. Le pays est désormais engagé sur une voie de non-retour. La croissance macro-économique ne suffira pas pour sauver le pouvoir actuel de sa chute.

 J.-P. Mbelu

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