Interview Choc de Mr Antipas Mbusa Nyamwisi

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MbusaNyamwisi

Blo. Bonjour Mr Antipas Mbusa Nyamwisi.

Mb. Bonjour Madame Brigitte,

Blo.
Avant toute chose, à quoi est dû votre silence observé ce dernier temps sur la scène politique congolaise ? comment allez-vous et où vivez-vous ?

Mb. Je ne suis pas si silencieux que vous le dites, c’est plutôt vous qui ne me suivez pas. Ceci étant, en responsable politique, j’interviens essentiellement sur les sujets de grande importance qui touchent directement à l’intérêt de la RDC, des congolaises et congolais et je plaide constamment et partout où l’occasion me le permet en faveur de notre nation. Mais je suis persuadé que ceux qui nous gouvernent sont devenus sourds et aveugles face à des flagrantes évidences. Quand à ma personne, je me porte suffisamment bien pour être à mesure de répondre avec aplomb, avec d’autres patriotes, à l’appel de détresse de notre population dans différents coins de la République. Des contradictions fondamentales avec le régime en place, quant à la gestion de l’Etat m’ont contraint à élire domicile en dehors du territoire national. C’est ici l’occasion pour moi de remercier la CENCO et les amis opposants politiques qui, au regard de la justesse de mes opinions, ont estimé qu’il était temps que je regagne le pays dans les conditions prévues par l’accord de la Saint Sylvestre, lequel accord est malheureusement galvaudé par le pouvoir.

Blo. Depuis peu nous observons la recrudescence des milices à L’Est de la RDC {Nord-Kivu, Beni Lubero, Rutshuru, Ituri…} créant ainsi une situation de panique généralisée et de confusion. Quelle lecture faites-vous de cette dernière ?

Mb. Je voudrais ici emprunter vos propres termes tout en les nuançant : Vous dites situation de panique, je parlerais plutôt de chaotique, au regard de la détresse de nombreuses populations livrées à la mort. Quant à la confusion, je la vois plutôt entretenue sans l’ombre d’un doute par le pouvoir en place, qui se comporte presque en une organisation mafieuse et criminelle.

Blo. La partie Sud-ouest du Territoire de Lubero est presque tout occupée par des milices qui viennent de Walikale et Masisi appelées Nduma Défense of Congo. Selon vous, qui sont ces milices et pourquoi les FARDC n’arrivent elles pas à les éradiquer ?

Mb. Vous venez là de toucher du doigt la triste vérité qui épingle les monstrueuses accointances entre ces pseudo groupes de miliciens et le pouvoir de Kabila. Comment expliquer que toutes ces bandes armées, sauf à être de mèche avec le régime, ne peuvent être neutralisées par nos FARDC, considérablement équipées. De toutes les façons, c’est un secret de polichinelle que l’entretien du chaos parait comme un élément caractéristique du régime pour ne pas apporter des réponses idoines aux questions de fonds que sont : L’organisation des élections dans le délais constitutionnel, l’alternance démocratique, et les préoccupations socio-économiques des populations, … Sinon comment expliquer qu’il y ait tant des massacres au pays sans éveil de conscience des gouvernants ? Peut-il y avoir une autre explication ?

Blo. Vous êtes vous-même originaire de Beni, comment expliquez-vous les ressentes attaques sur la Prison de Beni, et l’instabilité dans les périphéries de cette même ville alors que nous pouvons constater une forte présence des troupes FARDC ?

Mb. Beni est ma ville, ce qui donne suffisamment de crédibilité à mes propos. Pour mémoire, c’est depuis septembre 2014 que d’effroyables massacres sont perpétrés dans la région, nous poussant à un déploiement sans précédent en matière de communication pour attirer l’attention de la communauté Internationale. Puisque cela n’a pas suffi aux commanditaires, ils ont organisé cette invasion, pour distraire l’attention de l’opinion afin de justifier la nouvelle approche du chaos qu’ils entretiennent dans ce coin et probablement trouver par cette casse l’occasion de faire évader certains gros bras pour l’accomplissement de leur sale besogne.

Blo. Comment comprenez-vous ce phénomène de prisons cassées, dans tous les coins de la République ?

Mb. Un étrange phénomène, à première vue expliqué par le ras-le-bol généralisé des congolais devant la mégestion criante de toutes nos institutions et, dans le cas d’espèce, la détention des détenus dans des conditions inhumaines d’insalubrité, d’incommodité etc. Ma conviction profonde pencherait vers la persistance d’un projet de déstabilisation interne de notre pays par ses dirigeants, ouvrant la brèche sur l’hypothèse d’une production des laboratoires du régime.

Blo. Benilubero.com dans sa dernière livraison avait publié un article sur le plan de balkanisation de l’Est de la RDC, dont les noms de certains acteurs avaient été épinglés {Lafontaine Sikuli, Kakolele Bwambale, Deogracias Bugera, Bisambaza Richard} et vous avez été cité par Mr Poley Siwako, qu’en dites vous ?

Mb. Ici, il y a lieu de dissocier deux choses : Certains des acteurs dont les noms ci-haut repris et d’autres non mentionnés, sont effectivement mêlés d’une certaine façon à ces opérations directement liées au régime de Kinshasa. S’agissant de mon nom, cité par cette personne, je dirai simplement, pour peu que l’on puisse me connaitre, que c’est de la pure distraction. Ayant été le précurseur de l’élan de la réunification de notre pays dans un passé récent, combattant tout plan de balkanisation, vous n’imaginerez pas un seul instant que je sois celui par qui passerait le mal …. Soyons sérieux !!!
L’utilisation malicieuse de mon nom dans cette supercherie procède d’une démarche de recrutement calculé ; j’en appelle à la jeunesse de ne pas tomber dans le piège ourdi par les ennemis de la Nation, malgré leurs exaspérations légitimes vis-à-vis d’un pouvoir défaillant et finissant.
Le comble de paradoxe dans cette affaire est que depuis six ans que je suis en exile, je me suis attelé systématiquement à décourager toute tentative de recrutement et d’enrôlement dans des groupes armées par les agents du pouvoir. Autres illustrations : s’agissant de Kakolele, je suis en rupture de ban avec lui depuis plus de 10 ans, je l’ai aperçu pour la toute dernière fois à la résidence officielle du chef de L’Etat après le dépôt de ma lettre de démission, au mois de septembre 2011. Quant à Deogracias Bugera, je voulais en premier lieu préciser que c’est mon ami et partant, je dispose des canaux autres pour lui faire passer un point de vue sur l’une ou l’autre question concernant la vie de la Nation.

Blo. S’agissant toujours de l’insécurité à l’Est de la RDC, certaines bouches soupçonneraient une main noire du Rwanda et de L’Ouganda. Qu’en est-il exactement et quelles solutions préconiser sur le plan politique, militaire et diplomatique ?

Mb. Les solutions sont à la fois endogènes et exogènes. Effectivement, nous devons reconnaitre que c’est bien en RDC qu’a eu lieu la première guerre mondiale africaine, qui a impliquée plusieurs pays, dont ceux auxquels vous faites allusion. Cependant, il convient de reconnaitre que la vraie main noire qui a besoin de se nourrir de cette situation est bien le pouvoir de Kinshasa, en multipliant les conditions d’implosion. Nous devons savoir tirer les leçons de nos erreurs du passé pour entreprendre une nouvelle dynamique régionale, telle que projetée à travers la Conférence Internationale des Pays des Grands Lacs, qui nous mettra à l’abri de la résurgence de ces évènements malheureux. Tout ceci n’est possible que si les dirigeants congolais cessent d’être les instigateurs ou acteurs dans ce désordre. Je suis convaincu que toutes ces années ont permis aux dirigeants de la région de s’inscrire dans la démarche de la stabilité et du développement régional.

Blo. Parlons des crimes et des charniers au Kasaï et des massacres à Beni, y voyez-vous une similitude et quels commentaires ?

Mb. Oui j’y vois une similitude dans la cruauté du mode opératoire et ce, de façon successive et constante, laissant la place à la seule hypothèse possible selon laquelle, le commanditaire serait le même, au-delà des appellations différentes suivant les zones : des Egorgeurs à Beni, Kamwina Nsapu au Kasaï et Kata Katanga au Katanga, et peut-être bientôt d’autres ailleurs. Le tout dans un déni permanent de l’autorité, doublé d’un effort de culpabiliser les victimes et/ ou les adversaires politiques.

Blo. Mr Antipas, parlons maintenant de la politique congolaise, aujourd’hui l’opposition congolaise est affaiblie, désarticulée. Quelle lecture avez-vous de tout ceci et quelles suggestions ?

Mb. Le constat de l’affaiblissement de l’opposition congolaise est réel et certainement lié à deux contingences majeures. Principalement le décès du patriarche de l’opposition en la personne d’Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, qui a laissé l’opposition orpheline, et aussi le débauchage organisé de certains opposants, par le pouvoir, en usant des moyens publics et de l’attrait des postes dans les institutions au mépris de l’esprit et de la lettre de l’accord de la Saint Sylvestre. Ceci ouvre l’opportunité de la réorganisation de l’opposition autour des grands principes qui fondent sa vision et édictent les règles de la moralisation de la vie politique en RDC.

Blo. Qui est le chef de l’opposition congolaise aujourd’hui, Moise Katumbi ou Felix Tshisekedi ?

Mb. Ici n’est pas le lieu de les opposer les uns aux autres, mais plutôt l’occasion de les féliciter tous pour le leadership incarné durant ces derniers mois, au profit de la cohésion de l’opposition. A ce stade, Felix Tshisekedi est le président du rassemblement de l’opposition et je voudrais ici en appeler au renforcement de la cohésion au sein de l’opposition pour l’aboutissement de la noble ambition de l’alternance démocratique dans notre pays.

Blo. Croyez-vous que l’accord du 31 Décembre 2016 soit-il toujours valable six mois après ?

Mb. De toute évidence, au regard du contournement opéré par le pouvoir en place, des recommandations de la saint sylvestre, nous nous sommes éloignés de la validité de cet accord.

Blo. Vous êtes membre du Rassemblement, Moise Katumbi est aujourd’hui votre candidat aux élections présidentielles ? Croyez-vous qu’avec Kabila on aura les élections avant Décembre 2017 tel que prévoit cet accord ?

Mb. Le Président Kabila, en foulant aux pieds l’accord de la Saint Sylvestre, fruit d’un consensus politique et la résolution pertinente du Conseil de Sécurité de Nations Unies, qui lui conféraient une certaine légitimité durant cette période pré-électorale, il (Joseph Kabila) venait de se disqualifier totalement. Cette propension à systématiser le viol constitutionnel, et le bilan outrageusement catastrophique de ses 15 ans de pouvoir, ne sont pas de nature à plaider pour son maintien au pouvoir.

Blo. Nous constatons une entrée en force sur la scène politique d’un nouveau venu, jusque-là inconnu en la personne de Mr SINDIKA DOKOLO, quelle est votre opinion à ce sujet et quel rapport entretenez-vous avec ce dernier ?

Mb. C’est avec grande joie que j’ai accueilli cette nouvelle et invite d’autres compatriotes à en faire autant. Mr Sindika Dokolo est un fils de ce pays, un frère avec qui j’entretiens des relations tout à fait fraternelles.

Blo. Aux dires de certains acteurs politiques congolais, le Président Kabila semble avoir défié la bonne application de notre constitution; d’où, de ce fait, ils préconiseraient le recours à la force en termes de l’article 64 de la constitution. Qu’en pensez-vous ?

Mb. Je finis par donner raison à ce bon nombre d’acteurs politiques qui pensent que le recours à l’article 64 devient inévitable. D’ailleurs tout récemment la CENCO dont la culture première est celle de la recherche de solution par voie pacifique, venait de rejoindre cette option et en appelait le peuple à l’auto-prise en charge.

Blo. Récemment un grand chef Hema (Chef Kahwa Panga Mandro), dans son message à l’occasion du 57éme anniversaire de l’Indépendance de la RDC, a lancé un appel à l’unité entre les peuples Hema, Ngiti, Lendu, Nande… comment avez-vous accueilli ce message en tant que leader politique ?

Mb. Ce message du grand chef Kahwa Panga Mandro a été marqué de grande solennité et responsabilité au moment où nous assistons à une fuite de responsabilité au plus haut niveau de l’Etat. Je voudrais vous informer que je ne me suis pas privé de l’appeler pour l’en féliciter. J’en appelle à d’autres de lui emboiter le pas, car convaincu que, seul ces genres d’appel à la conscience citoyenne sont susceptibles de défendre la nation face à des multiples tentatives d’opposer les ethnies les unes contre les autres, espérant ainsi perpétuer un pouvoir défaillant.

Blo. Votre mot de fin, Mr Antipas Mbusa Nyamwisi.

Mb. Devant cette injustice ignominieuse dont sont victimes nos populations, du fait de la boulimie d’un seul homme et de sa clique corrompue, qui considèrent notre pays comme un espace de prédation et un butin de guerre ; mon mot de la fin serait de compatir avec mon peuple, l’invitant à la résistance pour faire triompher son ambition à l’aspiration démocratique réelle et à l’alternance, pour un projet commun de vrai développement de notre pays. « On peut arrêter l’invasion des animaux même les plus féroces, mais on ne peut arrêter une idée dont le moment est venu » et ici c’est celle de l’art 64.

Blo. Merci Mr Antipas Mbusa de nous avoir accordé de votre temps.

Mb. C’est moi qui vous remercie

Pour la rédaction BLO
K. Brigitte

©Beni-Lubero Online.

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