Kinshasa : Les députés du Nord et du Sud-Kivu réduits au silence

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Assemblée nationale : les députés du Nord et du Sud-Kivu priés de se taire. Relecture d’une motion incidentielle du 06 octobre 2009
.
Souvent, quand nous traitons de la guerre d’usure qui nous est imposée par « les extrémistes tutsi » et leurs mentors occidentaux, nous nous entendons dire : « Arrêtez avec votre cirque. Vous voulez vous présenter au monde entier comme étant les victimes d’un complot concocté ailleurs, alors que le problème, c’est vous. Changez votre mentalité et tout ira mieux pour vous. » Ce jugement simpliste se passe, la plupart de fois, de toute analyse historico-politique de ce qui nous est arrivé : une guerre d’agression et d’usure dont les commanditaires et leurs collabos sont connus.
.
UMOJA WETU : la bombe
.
Si les attaques externes se focalisent sur notre complexe des victimes d’un complot international, à l’intérieur du pays, les violons ne s’accordent pas sur la responsabilité de certains compatriotes dans cette guerre. La dernière motion incidentielle lue à l’Assemblée nationale par les députés du Nord et du Sud-Kivu le 06 octobre 2009 est révélatrice des désaccords persistants sur cette question. Selon les auteurs de cette motion, dans son intervention du vendredi 02 octobre 2009, l’honorable Kalaba Sankwe Brigitte, à la suite de la motion incidentielle de l’honorable Jean Louis Ernest Kyaviro, « a incriminé certains d’entre nous (députés du Nord et du Sud-Kivu) d’entretenir la guerre à l’Est et donc (d’être) responsables de notre propre malheur. Elle a ajouté que les Congolais sont lassés de nous entendre tant que nous n’aurons pas réglé nos problèmes internes. » L’honorable Kalaba Sankwe n’est pas l’unique à soutenir cette thèse. « Des propos similaires, notent les députés Nord et du Sud-Kivu, ont été tenus par le Ministre Tshikez Diemu, alors Ministre de la Défense Nationale (…) à l’endroit d’une de nos collègues venue lui exposer les problèmes sécuritaires de sa circonscription électorale. » Curieusement, Kalaba Sankwe et Tshikez Diemu sont tous deux de la province du Katanga !
.
Répondant aux propos de Kalaba Sankwe Brigitte, les députés du Nord et du Sud-Kivu reconnaissent que leur collègue a dit tout haut « ce que certains, par mauvaise analyse ou analyse orientée, pensent tout bas au sujet de l’insécurité dans le Kivu. » Avant de réfuter cette approche de la question de l’insécurité qui sévit à l’Est de notre pays, les auteurs de la motion incidentielle rappellent qu’ « il fut observé pendant la période chaude de l’insécurité, un mouvement aérien intense d’importants lots de gros bétails vers cette même province (du Katanga) pour le compte de certains officiers supérieurs pourtant censés se focaliser sur la sécurisation des populations. » A leur avis, les accuser d’être responsables de leur propre malheur, c’est perdre de vue « qu’aucun Député, aucun Ministre, aucun Général du Nord-Kivu et du Sud-Kivu n’ont été (sic) associés à la conception et à la réalisation de l’opération UMOJA WETU mettant dans le même panier les forces de la RD Congo, du Rwanda et du CNDP. » Et cette opération fut « la bombe » à laquelle ont abouti des négociations tenues secrètes. Car « depuis le lancement de ces opérations conjointes FARDC-Armée Rwandaise, la situation sécuritaire s’est dégradée au Nord-Kivu et au Sud-Kivu qui sont devenus un oasis de tous les criminels de la Région des Grands Lacs. Abandonnés à leur triste sort, les populations des deux Kivu vivent dans l’horreur, un véritable génocide silencieux, comme ne cesse de le dire la Conférence Episcopale du Congo. » « Ce génocide silencieux » ne fait pas souvent partie des sujets traités par les médias autocensurés de Kinshasa et internationaux. Plusieurs affirment que « la paix est revenue au Kivu ». Et nos députés récusent « tout discours, officiel ou privé, qui prétend que la paix est rétablie au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. » Ils défient le gouvernement de Kinshasa, propagandiste de ce discours sur la paix retrouvée, de « dire où sont aujourd’hui les populations de Nyabiondo, Bukombo, Bonde, Loashi, Nyamaboko 1er et Luibo dans le Masisi ?, etc. » Ils demandent au gouvernement de Kinshasa d’expliquer « pourquoi malgré la présence des FARDC et de la MONUC à Walungu dans le cadre de Kimya 2, les statistiques des hôpitaux enregistrent une augmentation quotidienne des cas des viols, même des enfants de 3 ans ? »
.
Le silence serait coupable
.
Ce que nos députés de l’Est n’arrivent pas à comprendre est que certains de leurs collègues leur demandent de se taire à l’Assemblée nationale. Pour ces collègues, le Kivu est un frein au décollage du Congo RD. Voici comment les députés Kivutiens s’expriment sur cette question : « Même dans cet hémicycle, censé être le creuset de la démocratie et le lieu par excellence de la libre expression, on commence à nous reprocher d’exagération à chaque fois que nous prenons la parole pour dénoncer le calvaire sans précédent que vivent nos populations au quotidien. Nombreuses recommandations à ce sujet ont été prises ici mais la situation demeure inchangée et s’est empirée sur terrain. »
.
Les pages 7 et 8 de la motion incidentielle analysée reviennent sur les questions dont le silence serait coupable. Il y a entre autres l’installation des administrations parallèles dans plusieurs contrées du Nord et du Sud-Kivu ; l’inefficacité d’une armée hétéroclite ; l’aboutissement prochain du projet de balkanisation de la RD Congo, « car comment autrement interpréter ce déploiement des militaires du CNDP dans des coins stratégiques de nos provinces respectives qui coïncide avec l’agitation soudaine du retour massif des prétendus réfugiés qui viendraient des pays voisins ? » ; le détournement constant de la solde des militaires déployés dans les zones opérationnelles ; le traitement discriminatoire des Résistants Maï Maï ; la reconversion des bourreaux d’hier de nos populations en leurs maîtres d’aujourd’hui avec la bénédiction de ceux qui sont censés veiller à leur sécurité, etc.
.
En résumé, la lecture de la motion incidentielle des députés du Nord et du Sud-Kivu révèle entre autres que le mixage des milices du CNDP avec les autres éléments armés, les opérations UMOJA WETU et KIMYA 2 s’inscrivent dans le projet du dépeuplement de l’Est de notre pays, du pillage de nos ressources naturelles et de la balkanisation du pays. La responsabilité première dans la réalisation de ce projet revient à ceux qui ont négocié secrètement ces différentes opérations, Paul Kagame, Joseph Kabila et John Numbi compris.
.
En d’autres termes, la guerre d’usure n’a pas changé ses objectifs premiers. Elle est en train de les atteindre méthodiquement. Que les memoranda adressés à la hiérarchie civile et militaire sur cette guerre restent une lettre morte, cela se comprend dans la mesure où la mise en pratique de leurs recommandations ne fait pas partie de l’agenda du réseau d’élite initiatrice de cette guerre d’agression et d’usure. Soit dit en passant, ce réseau est transnational. Il implique et les Congolais de toutes les provinces et les étrangers, à commencer par nos voisins. Nos députés le reconnaissent quand ils notent ceci : le fait de rédiger les memoranda leur « a valu un isolement systématique, en amont comme en aval, dans la prise des décisions de la gestion de la crise qui perdure dans nos deux provinces. On observerait même une marginalisation méthodique des autres acteurs politiques et militaires originaires de ces deux provinces au profit de ceux qui ont pactisé hier comme aujourd’hui avec l’ennemi. »
.
La motion incidentielle de nos députés revient sur les lieux communs. Elle repose la question de la sortie du cercle vicieux dans lequel les pyromanes sont appelés au secours comme pompiers pour un cercle vertueux dans lequel l’exigence d’une justice juste prime.
.
Nos députés pourraient-ils penser à initier une motion pour la création d’un Tribunal Pénal International sur la RD Congo ? Ayant palpé la responsabilité première de ceux qui sont aux commandent au pays, pourraient-ils claquer la porte, une fois pour toutes, de cette institution citoyenne (l’Assemblée nationale) dont la majorité cautionne la réalisation des objectifs de la guerre d’usure en les invitant au silence ?
.
Après trois ans de dysfonctionnement des institutions dites démocratiques, force est de constater que les outils de la démocratie ont été utilisés abusivement au service d’un réseau d’élite transnational prédateur et criminel. Claquer la porte de l’Assemblée nationale (comme les députés de l’opposition institutionnelle l’ont fait dernièrement) quand l’exposé sur le budget 2010 est placé avant la reddition des comptes de 2009 et rester au sein de cet hémicycle en sachant que les questions liées à l’extermination de nos populations y sont marginalisées, c’est devenir complice d’un système de la mort. Il faut chercher l’alternative ailleurs…
.
Aux dernières nouvelles, les députés initiateurs de cette motion incidentielle devraient rencontrer ce mardi 13 octobre 2009, dans l’après-midi, l’un des pompiers-pyromanes : Joseph Kabila.
.
J.-P. Mbelu
Bruxelles
Beni-Lubero Online
.
MOTION INCIDENTIELLE  DES  ELUS  NATIONAUX  DU  NORD- KIVU  ET  DU SUD- KIVU   
 
Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
 
Honorables Membres du Bureau,
 
Honorables Députés et chers collègues,   
 
C’est au nom de tous mes collègues Députés du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, toutes tendances confondues, que nous prenons la parole du haut de cette tribune pour vous adresser cette motion incidentielle.
 
En effet, au cours de la plénière de ce vendredi 02 Octobre 2009, vous avez suivi comme nous, notre collègue, l’honorable Kalaba Sankwe Brigitte, intervenant à la suite de la motion incidentielle du collègue Jean Louis Ernest Kyaviro, au sujet de la situation sécuritaire qui sévit dans les provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu. 
 
Dans son intervention, l’honorable Kalaba a incriminé certains d’entre nous d’entretenir la guerre à l’Est et donc responsables de notre propre malheur. Elle a par la suite ajouté que les congolais sont lassés de nous entendre tant que nous n’aurons pas régler nos problèmes internes. 
 
Peut-on ici rappeler que des propos similaires ont été tenus par le Ministre Tshikez Diemu, alors Ministre de la Défense Nationale et curieusement originaire de la même province du Katanga, à l’endroit d’une de nos collègues venue lui exposer les problèmes sécuritaires de sa circonscription électorale. Par ailleurs, il fut observé pendant la période chaude de l’insécurité, un mouvement aérien intense d’importants lots de gros bétails vers cette même province pour le compte de certains officiers supérieurs pourtant censés se focaliser sur la sécurisation des populations. 
 
Doit-on rappeler également qu’aucun Député, aucun Ministre, aucun Général du Nord Kivu et du Sud Kivu n’ont été associés à la conception et à la réalisation de l’opération UMOJA WETU mettant dans le même panier les forces de la RD Congo, du Rwanda et du CNDP. 
 
Cette attitude reflète-t-elle une opinion concertée ou est-ce un fait du hasard ?
 
Chers collègues, comme vous l’avez constaté, ces propos nous ont choqués non seulement dans notre chair et dans notre âme mais aussi, à travers nous, celles de toutes les populations du Nord Kivu et du Sud Kivu.  
 
Néanmoins, faudrait-il remercier la collègue Kalaba d’avoir dit tout haut ce que certains, par mauvaise analyse ou analyse orientée, pensent tout bas au sujet de l’insécurité dans le Kivu. 
 
De prime à bord, nous tenons à préciser que cette lecture des faits est fausse, simpliste, irresponsable et déforme l’histoire des rebellions dans notre pays.
 
Les esprits alertes et épris de paix et de justice sont conscients du rôle capital qu’ont joué les filles et fils des deux Kivu contre le projet de balkanisation de la RD Congo par les agresseurs. Nous profitons de ce micro pour mettre à défi quiconque peut nous prouver le contraire.
 
C’est pourquoi nous protestons énergiquement contre les propos distillés maladroitement par notre collègue qui s’est exercé à livrer un discours sans jeter un regard critique dans ses rétroviseurs pour mieux appréhender les éléments qui lui renseignent dans sa bonne conduite.     
 
Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
 
Honorables Membres du Bureau,
 
Honorables Députés et chers collègues,   
 
A titre de rappel historique, vous vous souviendrez que c’est du haut de cette tribune que nous avions dénoncé et condamné avec force la politique de  » mixage  » des troupes au sein des FARDC, conçue par certains compatriotes aux connaissances brouillées des réalités et des causes profondes de l’insécurité dans cette partie de la RD Congo, comme pour intentionnellement phagocyter le processus de brassage qui pourtant était en cours.  
 
Encore une fois, les députés du Nord Kivu et du Sud Kivu n’étaient associés, ni en amont ni en aval, à cette initiative de triste mémoire qui s’est soldée par un échec cuisant avec comme conséquences des pertes de vies, d’importantes sommes d’argent et des larges quantités de matériel militaire emporté par le CNDP de Laurent Nkunda.  
 
Par la suite, les affrontements répétés déclenchés par un CNDP ragaillardi contre les autres brigades mixées vont être couronnés par la chute mystérieuse de Mushaki, que nous avions dénoncée à haute voix, alors que nos forces armées étaient prêtes à récupérer Kirolirwe.
 
Les FARDC furent tellement humiliées pour conclure que la guerre ne pouvait être gagnée et qu’il fallait à tout prix négocier avec l’ennemi d’où la Conférence de Paix de Goma à laquelle notre estimée collègue avait participé et qui a abouti à la signature de l’Acte d’ Engagement de Goma. Un cessez-le-feu fut proclamé avec l’accord des groupes armés de revenir dans leurs positions initiales.   
 
Quelque temps après, le CNDP viola le cessez-le-feu à Masisi et à Rutshuru. Les FARDC réagirent et les repoussèrent avec bravoure avant que la MONUC, dont le rôle dans cette situation pose aussi problème, ne leur exige de retourner dans leurs positions initiales. Ce jeu continua et cette position ambiguë entama le moral des FARDC qui ne savaient plus que faire.   
 
Guerre d’usure ? Ces violations des accords continuèrent et les FARDC vont perdre Kiwanja, le camp militaire de Rumangabo jusqu’à la porte de Goma sans que la MONUC ne demande au CNDP de « reculer dans ses positions initiales »!
 
En résumé, voila comment le gouvernement, la hiérarchie militaire, le programme Amani et la MONUC ont géré cette guerre. Chose grave, les mêmes compatriotes qui ont inventé le mixage vont ressurgir vers la fin de l’an 2008, avec d’autres astuces, cette fois-si en cati mini, pour noyer les populations du Nord Kivu et du Sud Kivu dans le carnage. On ne change pas l’équipe qui gagne ! Les populations du Nord Kivu et du Sud Kivu sont ainsi devenues des cobayes des expérimentations militaires.     
 
Au finish de ces nouvelles négociations tenues très secrètes : la bombe!                                           Opérations conjointes FARDC-Armée Rwandaise !   Au même moment, intégration accélérée du CNDP muées sans critères et sans conditions dans les FARDC avec mandat de commandement.  
 
Comme un éclair, la redoutable armée Rwandaise surarmée marche sur le territoire Congolais du Nord Kivu prétextant être à la chasse des FDLR qui, au lieu de rentrer chez eux, s’enfoncent davantage dans les profondeurs du Territoire congolais.   
 
Honorable Président,
Distingués membres du Bureau,
Honorables Députés et chers collègues,   
 
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’occasion nous est offerte aujourd’hui de remettre en cause les opérations militaires au Nord Kivu, au Sud Kivu, et en province Orientale. Au lieu d’être une solution aux malheurs de nos populations, celles-ci paraissent comme un complot pur et simple pour l’occupation lente mais sure des provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu, surtout lorsqu’on sait qu’à travers le CNDP, le Rwanda a trouvé une occasion en or pour réaliser son projet de pillage de nos ressources naturelles, d’extermination, de dépeuplement de nos villages et de l’installation facile des populations venues du Rwanda. 
 
Depuis le lancement des ces opérations conjointes FARDC-Armée Rwandaise, la situation sécuritaire s’est dégradée au Nord Kivu et au Sud Kivu qui sont devenus un oasis de tous les criminels de la Région des Grands Lacs.
 
 Abandonnés à leurs tristes sorts, les populations des deux Kivu vivent dans l’horreur, un véritable génocide silencieux, comme ne cesse de le dire la Conférence Episcopale du Congo. Malheureusement, la propagande des médias publics clame à qui veut l’entendre que la paix est revenue au Kivu.
 
C’est ici le lieu de récuser tout discours, officiel ou privé, qui prétend que la paix est rétablie au Nord Kivu et au Sud Kivu.
 
Le gouvernement de notre République, peut-il nous dire aujourd’hui où sont les populations de Nyabiondo, Bukombo, Bonde, Loashi, Nyamaboko 1er et Luibo dans le Masisi ?
 
Où sont les populations de Walowa-Uroba, Walowa-Loanda, Luberike, Ihana, Usala et Bakano à Walikale ? 
 
Où sont les populations de Kanyabayonga au sud de Lubero ?
 
Où sont les populations de Mubugu et Ziralo à Kalehe ?
 
Où sont les populations de Lulimba et Kilembe à Fizi ?
 
Où sont passés les populations de Lemera, Mugule, Bwesho, Bushuju, Nyamutiri, Katala, Mulenge, Katobo, Rudaga, Ndolera ,Kasaba et Kigoma dans le Territoire de Uvira ?
 
Où sont les populations de Chulwe, Kishadu, Iregabarhonyi …en Territoire de Kabare ?
 
Qu’adviendra-t- il aux 35000 compatriotes des groupements de Jomba et de Busanza ayant fui en Ouganda suite aux exactions du CNDP ?
 
Le gouvernement de notre République, peut-il nous expliquer pourquoi malgré la présence des FARDC et de la MONUC à Walungu dans le cadre de Kimya2, les statistiques des hôpitaux enregistrent une augmentation quotidienne des cas des viols, même des enfants de 3 ans ?
 
Savez-vous, honorables députes, que depuis l’intervention de notre collègue, il ya eu dans le même territoire, des attaques sérieuses dans deux paroisses ? Tenez, dans la nuit du samedi 3 septembre la paroisse de Ciherano à une quarantaine des kilomètres de Bukavu à été sérieusement pillée et totalement incendiée.   Deux prêtres enlevés et libérés plus tard après versement d’une rançon de 5000 dollars exigés par les ravisseurs. 
 
Pas plus tard que dans la nuit d’hier, à une vingtaine des kilomètres de Bukavu, toujours à Walungu, la paroisse de Nyangezi a été pillée et des Frères Maristes de l’Institut Weza torturés. Des cas pareils sont légion dans les deux provinces.
 
Le gouvernement de la République, peut-il nous donner des précisions sur les vrais auteurs de ces crimes ? Sont-ils là les signes d’une paix durable rétablie au Nord Kivu et au Sud Kivu ? 
 
Honorable Président et chers collègues,   
 
L’insécurité dans les deux Kivu est complexe et multiforme.
 
L’honorable qui a fait porter le chapeau des malheurs du Kivu aux Députés de ces deux provinces a minimisé un feu qui peut consumer toute la case. Certains nous disent publiquement et de façon simpliste que le Kivu empêche la RD Congo de décoller !   Même dans cet hémicycle, sensé être le creuset de la démocratie et le lieu par excellence de la libre expression, on commence à nous reprocher d’exagérations à chaque fois que nous prenons la parole pour dénoncer le calvaire sans précédent que vivent nos populations au quotidien. Nombreuses recommandations à ce sujet ont été prises ici mais la situation demeure inchangée et s’est empirée sur terrain !   
 
Distingués collègues et chers compatriotes :
 
         Devons-nous nous taire face à ces massacres répétés de nos populations ?
 
         Devons-nous nous taire devant les viols de nos enfants, de nos mères et de nos grands-mères ?
 
         Devons-nous nous taire face au pillage de nos ressources naturelles ?
 
         Devons-nous nous taire face à l’installation des administrations parallèles dans plusieurs contrées de nos deux provinces ?
 
         Devons-nous nous taire face à l’aboutissement du projet visible de balkanisation de la RD Congo, car comment autrement interpréter ce déploiement des militaires du CNDP dans des coins stratégiques de nos provinces respectives qui coïncide avec l’agitation soudaine du retour massif des prétendus réfugiés qui viendraient des pays voisins ?
 
         Devons-nous nous taire face au détournement constant de la solde de nos vaillants militaires déployés dans les zones opérationnelles ?
 
         Est-ce une exagération que de dénoncer le fait que nos bourreaux d’hier sont devenus nos maitres d’aujourd’hui avec la bénédiction de ceux-là même qui sont sensés nous protéger ?
 
         Comment ne pas manifester notre inquiétude face aux traitements sélectifs et d’exclusion auxquels sont soumis les Résistants Maï-Maï qui, pourtant, s’étaient livrés corps et âme pour la défense du territoire national ?
 
         Est-ce une exagération de dire que les FDRL, Interahamwe, sont toujours présents chez nous et que leur degré de nuisance a même triplé ?
 
         Est-ce une exagération d’attirer l’attention de tous sur le fait que les fameuses opérations dites communément « UMOJA WETU et KIMYA 2 » n’ont consisté qu’à disperser les FDLR, Interahamwe, dans les fins fonds du territoire national où ils se réorganisent en toute quiétude, les éloignant ainsi de la frontière rwandaise ?
 
         Sommes-nous entrain d’exagérer lorsque nous dénonçons l’incapacité de notre gouvernement à relever les troupes et commandants du CNDP antérieurement impliqués dans  des violations contre les populations dans les mêmes contrées où elles sont actuellement déployées ?
 
         Sommes-nous entrain d’exagérer lorsque nous rappelons à cette auguste assemblée que l’on continue d’incendier des villages entiers et qu’aucune assistance du gouvernement ne s’en est jusque là suivi ?
 
         Sommes-nous vraiment entrain d’exagérer lorsque nous dénonçons que de part sa configuration, notre armée actuelle présente une image composite avec, en son sein, des éléments hétéroclites issus des ex-FAZ, des ex-MLC, des ex-FAC, des ex-RCD, ex-RCD/KLM, ex-Tigres, ex-Maï-Maï et essentiellement ceux issus du CNDP, de formation insuffisante, accentuant les déséquilibres géographiques et ethniques dans la composition de ses effectifs, principalement au niveau des hommes de rang ?
 
Devons-nous vraiment nous taire face à ce drame qui a emporté plus de 5 millions de nos compatriotes? N’ont-ils pas droit à la mémoire nationale et même internationale ? 
 
 
Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
 
Honorables Membres du Bureau,
 
Honorables Députés et chers collègues,
 
En ce qui nous concerne, ce n’est qu’au sein de cette représentation nationale où nous pouvons faire entendre notre voix et espérer bénéficier de la solidarité nationale.   C’est ici l’occasion pour nous de remercier sincèrement, au nom de toutes nos populations, cette auguste assemblée pour sa contribution lors de la collecte des fonds pour soutenir les déplacés du Nord Kivu.
 
Nous demander de nous taire ou nous dire que nous exagérons, n’est ni plus ni moins qu’une façon polie et implicite de nous signifier que nous ne faisons plus partie intégrante de la RD Congo et si tel est le cas, notre présence ne se justifierait plus dans cet hémicycle.
 
Le comble en est que malgré plusieurs memoranda adressés à la hiérarchie tant civile que militaire ainsi qu’à la communauté internationale, nous n’avons jamais étés entendus ni compris comme c’est le cas maintenant. 
 
Bien au contraire, cela nous a valu un isolement systématique, en amont comme en aval, dans la prise des décisions de la gestion de la crise qui perdure dans nos deux provinces. On observerait même une marginalisation méthodique des autres acteurs politiques et militaires originaires de ces deux provinces au profit de ceux qui ont pactisé hier comme aujourd’hui avec l’ennemi.  
 
Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
 
Honorables Membres du Bureau,
 
Honorables Députés et chers collègues,
 
Face à cette triste réalité, nous nous sommes interrogés s’il était opportun, à cette occasion, de demander encore une fois à cette auguste assemblée d’adopter une quelconque résolution ou de formuler des recommandations au gouvernement qui risquent de demeurer lettres mortes comme tant d’autres. 
 
Qu’à cela ne tienne, nous tenons cependant à nous assumer devant cette souveraine plénière en disant que si notre collègue, hon Kalaba détient des preuves qu’un seul parmi nous est complice de l’ennemi, qu’elle le dénonce pour que la justice fasse son travail.
 
Nous avons dit et nous vous remercions.   
 
Fait à Kinshasa, le 06 Octobre 2009
 
Pour les Députés Nationaux du Nord Kivu et du Sud Kivu
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *