La guerre aux FDLR peut en cacher une autre : le G

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Les Kivutiens qui ont salué l’option de la guerre aux FDLR sortie de la Tripartite + 1 de la ville cuprifère de Lubumbashi sur la sécurité dans la région des Grands Lacs africains, doivent être vigilants sur la gestion de cette guerre s’ils ne veulent pas soutenir une guerre qui n’est pas la leur mais qui est plutôt contre eux. La question qui se pose est celle de savoir quels commandants et quelle armée vont remplir cette noble mission que les Kivutiens attendent de tous leurs vœux depuis dix ans !
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Les événements malheureux qui émaillent la période postélectorale en République Démocratique du Congo exigent de tout congolais d’user de ce que Descartes appelle « doute méthodique » pour mieux comprendre, juger et agir. Les applaudissements aveugles de tout ce que les politiciens disent nous ont en effet révélé les dangers qu’ils comportent. C’est ainsi qu’en usant du doute méthodique, il est étonnant de constater que la Tripartite + 1 n’ait pas épinglé en termes clairs le terroriste numéro du Kivu, à savoir Nkundabatware et ses sbires mixés comme étant le cerveau moteur de l’insécurité dans la région des Grands Lacs africains. Les déclarations des participants de la Tripartite + 1 se contentent de parler des groupes armés étrangers qu’il faut rapatrier de force en commettant ainsi à leur tour le péché par omission qui caractérise l’action de la Monuc et de certaines autorités congolaises depuis la création de la milice rwandophone ou rwandophile de Nkundabatware. Celui qui sait faire ce qui est bien, et qui ne le fait pas, commet un péché par omission (Jacques 4 : 17). Aussi longtemps que certains dirigeants congolais ainsi que la Monuc se refuseront de reconnaitre ouvertement les actions criminelles de Nkundabatwaree et de sa milice, le mal kivutien restera entier. Cette situation a poussé récemment l’éditorialiste Kanduki de Beni-Lubero Online, édition du 2 décembre 2006, à se poser la question de savoir pour qui roule Nkundabatware ?
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Chaque fois que les congolais ont réussi à lever le voile épais par lequel certains dirigeants congolais cherchent à couvrir les crimes de Nkundabatware, le gouvernement de Kinshasa aidé par la Monuc, trouve toujours une façon de détourner l’attention des congolais de Nkundabatware. Dernièrement, pendant que la colère des kivutiens était montée d’un cran à son encontre à la suite des massacres des populations et les braquages sur les routes, les incendies des villages au Masisi et à Rutshuru, le gouvernement a sorti de son carquois une nième diversion, à savoir, la proposition de la table ronde intercommunautaire pour le Kivu.
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Cette diversion du vrai problème du Kivu date depuis le début de la transition politique en R.D. Congo. On se rappellera que le plan DDRR (Démobilisation, Désarmement, Rapatriement et Réinsertion) de la Monuc s’est toujours investi à trouver les invisibles FDLR en laissant libre le visible Nkundabatware qui est l’incarnation même de l’insécurité au Kivu.
La seule fois que les Fardc et la Monuc se sont montrés combatifs et à la hauteur de leur tâche c’était contre les Mai-Mai congolais de Vurondo, de Manguredjipa, de Kasugho, etc. Chaque fois que les Fardc et les forces onusiennes de la Monuc ont annoncé une attaque de grande envergure contre les FDLR, l’opération s’est toujours arrêtée en cours de chemin sans bilan crédible de deux côtés si ce n’est des déclarations selon lesquelles les FDLR ont été délogés de telle localité et ont pris fuite dans la forêt. Et chaque fois, leur opération militaire conjointe s’est toujours arrêtée en si bon chemin comme si on laissait les fameux FDLR dans la forêt pour pouvoir s’en servir au moment opportun.
En plus de ceci, il faut se rappeler que le mouvement rebelle RCD-Goma est celui qui contrôlait pendant l’occupation la région où les soi-disant FDLR ont toujours été opérationnels. Mais jamais pendant les années de l’occupation, ce mouvement rebelle qui se disait être le plus fort militairement, n’était jamais parti en guerre contre les FDLR redoutés par son parrain rwandais. Il a fallu qu’il y ait réunification du pays pour que le RCD-Goma commence à demander au gouvernement de Kinshasa de désarmer les rebelles étrangers présents à l’Est, son ancien fief. Cette demande était un piège tendu à Kinshasa! En effet, tout affrontement contre les FDLR ouvrirait un front à l’Est du pays dont la victoire programmée reviendrait au RCD-Goma appuyé par le Rwanda et connaissant la faiblesse militaire de Kinshasa. Depuis lors le RCD-Goma a toujours cherché désespérement cette occasion en or pour s’imposer à l’Est par une victoire militaire et proclamer l’autonomie du territoire conquis.
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La situation actuelle du Kivu semble répondre à cette attente des anciens du RCD-Goma. En effet, depuis janvier 2007, les massacres des populations au Nord-Kivu est l’œuvre de Nkundabatware revenu contre toute attente aux affaires par la magie du mixage au sein de l’armée. Les forces vives du Nord-Kivu ont tiré la sonnette d’alarme sur ces massacres des populations espérant trouver une oreille attentive auprès des dirigeants du pays et des forces onusiennes de la Monuc pour mettre fin au phénomène Nkundabatware. Mais hélas ! Au lieu de s’attaquer à la source du problème, voilà que la Tripartite + 1 de Lubumbashi ne s’est pas écartée d’un pas du schéma diabolique sur le Kivu en déclarant plutôt la guerre aux fameux FDLR.
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Notre but ici n’est pas de disculper les FDLR de leurs crimes commis contre les populations congolaises. De notre avis, il y aurait deux sortes de FDLR, les vrais et les faux ! Il en était de meme pour les Mai-Mai. De toute évidence, il apparaît que les FDLR qui tuent les populations congolaises est une création de ceux-là même qui soutiennent Nkundabatware. Cette catégorie des FDLR participeraient ainsi à la même comédie funèbre sur une province du Kivu qui se débat comme un grand malade dans sa phase finale sur son lit de mort, mais un malade qui ne perd pas espoir pour autant.
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Cette thèse de diversion et de complicité entre le master mind de Nkundabatware et des FDLR est visible dans le récent massacre spectaculaire à Kanyiola au Sud-Kivu, un massacre qui a eu l’effet voulu au niveau national et international, à savoir, détourner l’attention de l’étau populaire congolais qui se refermait de plus en plus sur Nkundabatware. L’entrée en jeu des FDLR associés aux responsables du génocide rwandais de 1994, a toujours eu comme effet de réveiller dans la communauté internationale la pitié et la sympathie pour toute action rwandaise. Ainsi la guerre que le Rwanda a toujours cherché à faire sur le territoire congolais contre les Interahamwe afin de justifier son retour officiel aux affaires au Congo, vient de se frayer de nouveau un chemin en obtenant le soutien tacite de la Tripartite + 1. Mais la guerre que les congolais ont toujours réclamée contre Nkundabatware et sa milice rwandophone manque toujours de soutien aussi bien au sein du gouvernement congolais que dans la communauté internationale.
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On se rappellera qu’en Février 2007, la même Tripartite tenue au Burundi avait annoncé l’intention des armées du Rwanda et de l’Ouganda de revenir sur le sol congolais pour purger les forêts et savanes congolaises des forces négatives ou rebelles étrangers opérant à partir du Congo. Le peuple congolais s’était alors opposé à ce retour des armées d’agression sur son sol. Trois mois après, profitant du massacre spectaculaire de Kanyiola, la même proposition de guerre contre les rebelles étrangers revient sur la table et certains congolais voudraient saluer en cette proposition une évolution positive de la situation. Loin de là. Les congolais ne doivent pas avoir la mémoire courte. Ils doivent se poser plutôt la question de savoir pourquoi aujourd’hui, pour la première fois, la Monuc, le Rwanda, et Kinshasa acceptent que les rebelles étrangers soient délogés et rapatriés par force ? La réponse est simple. Par la voie de l’opération du mixage, plusieurs soldats rwandais et ougandais sont revenus au Kivu. C’est cette armée qui met en confiance les ennemis du Kivu. Au moment du déclenchement de cette fameuse guerre contre les soi-disant FDLR, ces soldats rwandais et ougandais commandés par Nkundabatware ou par John Numbi seraient présentés comme des Fardc issus du mixage ou du brassage. Contre qui vont-ils se battre ? Contre les résistants kivutiens de Goma, Beni-Lubero, Bukavu, Uvira, Fizi, Baraka, Walikale, Rutshuru, Masisi, etc. L’effet FDLR tend ainsi à réussir son coup en courbant l’échine aux congolais jusqu’à leur faire avaler des couleuvres en acceptant une guerre qui n’est pas la leur!
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Pour éviter de tomber dans ce traquenard FDLR, les congolais en général et les Kivutiens en particulier, doivent cesser d’etre naifs. Le traquenard FDLR ne peut réussira que par la complicité de Kinshasa qui détient la clé de la force congolaise d’auto-défense. Ceci dit, Kinshasa doit être acculé jusqu’à ce que la vérité éclate au grand jour. Les congolais doivent exiger des réponses aux questions telles que : Pourquoi a-ton attendu la défaite du RCD-Goma aux dernières élections pour que tout à coup les FDLR reprennent du poil de la bête ? Pourquoi les dirigeants congolais ainsi que la Monuc refusent-elles de mettre Nkunda hors d’état de nuire ? Quelqu’un a-t-il pris soin d’étudier le mouvement rebelle des FDLR pour en identifier les leaders, les objectifs, l’organigramme, le maquis au Sud et au Nord-Kivu, leur financement, … ?
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L’ambigüité qui entoure la gestion du cas Nkundabatware et de ses complices FDLR nous pousse à penser sans peur de nous tromper que la stratégie du planificateur de la sécession du Kivu avait besoin dans sa phase finale d’une opération militaire de grande envergure pour assurer une nette victoire militaire aux nouveaux occupants sur les résistants kivutiens ! Un adage ne dit-il pas qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire !
Aussi, ce n’est pas pour rien que la Monuc prévoit déjà qu’il y aura beaucoup des victimes parmi les populations civiles raison pour laquelle elle voudrait augmenter ses effectifs militaires au Kivu ! Pourquoi seulement maintenant la Monuc protégerait-elle la population kivutienne si jusqu’à présent elle s’est contentée d’observer les massacres des congolais en refusant d’appliquer le chapitre 7 de la charte des Nations Unies ? Cette promesse de la Monuc risque de faire rire toutes les vaches du Kivu.
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Les kivutiens doivent cesser d’être naïfs. S’ils sont devenus aujourd’hui la risée de tous les congolais pour avoir élu massivement Joseph Kabila à qui les évêques du Kivu reprochent le mutisme et l’apathie vis-à-vis des massacres de ses électeurs et électrices d’hier, les Kivutiens ne doivent plus se payer le luxe d’une seconde naivete en applaudissant une guerre dont les contours sont visiblement flous surtout en ce qui concerne les cibles et les combattants. Que les kivutiens se rappellent que les vaillants généraux qui avaient voulu mener la guerre que les congolais voulaient avaient été tous chassé du Kivu. Rappelez-vous de Généraux Prosper Nabyola, Mbuza Mabe, She Kasikila, etc. Que jamais les kivutiens n’espèrent que Nkundabatware, John Numbi ou Mayala soient les hommes capables de faire leur guerre ?
C’est pourquoi nous avons voulu sonner l’alerte que la guerre contre les FDLR peut en cacher une autre, le génocide des congolais opposés à l’hégémonie rwandaise au Kivu. L’augmentation des effectifs des contingents onusiens présents au Kivu ne veut rien dire ! Qu’on se rappelle les troupes onusiennes du Général Dallaire au Rwanda pendant le génocide. Devant le refus des grandes puissances de lui fournir l’aide dont il avait besoin, plus de 500 000 tutsi et hutu modérés, avaient été massacré sous ses yeux.
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Un des scenarios apocalyptiques de la guerre aux FDLR se présente comme suit : les FDLR ainsi que les brigades mixées de Nkundabatware gonflées de milliers des soldats rwandais et ougandais opposeront une résistance farouche à l’armée congolaise appuyée par les soldats de la Monuc. Au cours de leur résistance, ces rebelles étrangers continueront à massacrer les populations congolaises, à bruler leurs villages, et en les enterrant vivants. Pour sauver la face, les Fardc et la Monuc arriveront sur les lieux des massacres toujours trop tard. Comme dans le cas du General Dallaire, les commandants congolais de l’opération demanderont une aide supplémentaire à l’ONU, à l’UA, aux pays amis, mais en vain. Des officiers supérieurs de l’armée congolaise qui font ombrage à l’hégémonie rwandaise au Congo seront envoyés les premiers au front de l’Est pour y tomber dans le traquenard FDLR ! Après leur mort au front, leurs bourreaux érigeront des monuments les reconnaissants comme héros nationaux mais ils seront déjà morts pour laisser la place aux occupants. La communauté internationale n’interviendra que quand William Swing assurera que la mission dont il sera le superviseur est accomplie ! Et comme au Rwanda en 1994, ce ne sont pas les larmes des crocodiles qui manqueront à la communauté internationale pour pleurer les morts kivutiens et promettre de traduire tous les coupables de crimes contre l’humanité en R. D. Congo à la TPI… Ce n’est pas là une prophétie de malheur mais une projection de ce qui risque d’arriver si les kivutiens ne se réveillent pas maintenant.
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Que faire pour éviter cette apocalypse kivutienne ? Cette question doit être traitée urgemment par toutes les forces vives du Kivu avec l’appui des confessions religieuses, des députés nationaux et provinciaux, des politiciens, des experts en relations internationales, etc. Pour notre part, il parait impérieux pour toutes les forces vives du Kivu de se concerter toute affaire cessante pour proposer un cahier de charges relatives à la pacification du Kivu. Cette pacification passe par la responsabilisation des élus locaux dans la prise des décisions, y compris celle relative à la guerre aux rebelles étrangers. Ainsi, par exemple, la première étape vers la pacification du Kivu doit être la neutralisation de Nkundabatware, de ses brigades mixées, des FDLR ; la résiliation des accords secrets conclus entre Kinshasa et Nkundabatware ; la nomination préalable à la tête de l’armée congolaise et au Kivu des Généraux de la trempe de Nabyola, Mbuza Mabe, She Kasikila, ou d’autres officiers congolais dont l’attachement à l’intégrité territoriale et à la souveraineté nationale congolaises est sans faille. Tant que les 8000 militaires rwandais et 1000 militaires ougandais qui d’après William Swing ont franchi la frontière par le truchement du mixage seront au Kivu, que les kivutiens ne commettent pas l’erreur de soutenir une guerre sans en connaître les combattants, les cibles, et sans participer à l’élaboration et l’éxécution des mesures de protection des populations civiles pendant et après les opérations militaires. Les signes de complicité du gouvernement de Kinshasa avec l’ennemi sont tellement criants pour qu’on lui fasse confiance dans une si noble mission! Un homme averti en vaut deux !
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P. Vincent K. Machozi, a.a.
Boston University (USA)
Beni-Lubero Online

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