La question des urnes électorales réinvite la tricherie au débat pré-électoral

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Après la démystification du serveur électoral, personne ne s’attendait à une nouvelle suspicion, à savoir, celle de la logistique électorale qui risquerait de faire reporter sine die le rendez-vous du 28 novembre 2011. Un bruit qui se fait de plus en plus audible fait état du problème de la fabrication, du transport et du dispatching de 180 000 urnes électorales, 64 millions de bulletins de vote, des milliers d’isoloirs, pour les 62 000 bureaux de vote. 

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          Exemple d’un isoloir modeste faisable en RDC (espèce de « Kinaviro » de Beni-Lubero)

Il y a deux semaines, la CENI, si du moins elle respecte son mot, a apaisé les esprits en décidant que le comptage des bulletins de vote sera manuel pour mettre fin à la suspicion de la manipulation électronique des chiffres au sein du serveur électoral. Selon, le Pasteur Ngoy Mulunda, Président de la CENI, la véracité des résultats se jouera non dans le serveur mais dans chaque bureau de vote où les représentants des partis politiques en lice participeront au dépouillement, au comptage des bulletins, et à la signature du PV des résultats qui sera envoyé au bureau provincial puis au bureau national de la CENI pour la compilation nationale des résultats. 

Avec l’adoption du comptage manuel, pourquoi a-t-on encore besoin des urnes fabriquées à l’étranger et dont la fabrication et le transport coûteront une fortune au pays déjà exsangue du fait des pillages de ses ressources? L’urne métallique et solide était nécessaire dans le cas des élections électroniques car elle servirait à conserver les bulletins de vote contre toute falsification. En cas de contestation des chiffres électroniques, l’urne métallique hermétiquement fermée servirait de « musema kweli », c’est-à-dire d’instrument de base pour le comptage manuel. Maintenant que le comptage sera manuel et que les PV des bureaux de vote constitueront les documents de base de la véracité des résultats, les urnes métalliques de la Chine ne sont plus vraiment indispensables. Il suffirait de trouver localement n’importe quel récipient où déposer les bulletins pendant le vote. Ainsi, un carton des savons vide, un sac de farine vide, un panier vide, un fût vide, etc. servirait valablement d’urne de vote. 

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Si l’urne métallique devient un problème après qu’on ait éteint le feu du serveur électoral, ce serait un signe d’une volonté persistante de tricher. En effet, la forme la plus connue de tricherie électorale est celle du bourrage des urnes. Les urnes de la tricherie atterrissent déjà bourrées dans les bureaux de vote avec des bulletins donnant avantage au tricheur. Ainsi, quand bien même le comptage se ferait manuellement dans chaque bureau vote, il ne reflèterait pas le nombre d’électeurs ayant fait le déplacement pour voter. Le nombre des bulletins serait supérieur au nombre des votants. Comme on dit souvent : un train peut en cacher un autre. Après le passage du train portant le serveur électoral, voilà que la démocratie congolaise craint d’être écrasée par un autre train transportant les urnes et les isoloirs.  

Pour éviter cet écueil, la CENI doit trouver une solution de rechange aux urnes métalliques pour convaincre les congolais qui veulent avoir des élections transparentes. Le comptage manuel devra avoir comme support de crédibilité la liste électorale du bureau de vote. Selon la loi électorale, cette liste devait être affichée bien avant la tenue du scrutin pour que les partis politiques s’en inspirent pour orienter leur campagne électorale. Le fait que ces listes électorales ne soient pas encore affichées à travers le pays, et que la cartographie des bureaux de vote ne soit pas encore vulgarisée dans les coins et les recoins de la RDC, sent le roussis. 

Les rumeurs persistantes qui courent toujours à l’Est du pays que les élections que Tshisekedi projettent pour le 28 novembre auraient déjà eu lieu dans les pays voisins avec des urnes bourrées prêtes à être convoyer à Kinshasa dans des avions du Rwanda, de l’Ouganda, de l’Afrique du Sud, de la Chine et de la Russie, avec un résultat fin prêt pour donner la victoire à Joseph Kabila peuvent être prises comme une vérité si les urnes métalliques deviennent subitement un motif du report  des élections. Les colporteurs de ces rumeurs diraient que, sous la pression de l’opposition radicale congolaise, le trompeur aurait activé le plan B de sa tricherie, notamment, les urnes métalliques bourrées de bulletins de vote remplis au Rwanda, au Burundi et en Ouganda. 

Heureusement qu’on en ait pas encore là ! Mais si un de ces quatre matins, la nouvelle du report des élections tombait à cause de la logistique des urnes, le débat sur les tentatives de tricherie reprendrait de plus belle. La CENI qui a déjà décrispé la situation en adoptant le comptage manuel ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Elle devrait tirer avantage du comptage manuel pour éliminer les décorations occidentales qui coûtent inutilement chers aux contribuables congolais. Le comptage manuel décrété par la CENI peut ainsi s’accompagner pour être crédible du refus des urnes métalliques hermétiquement fermées et fabriquées à l’étranger, de l’affichage immédiat de la cartographie des bureaux de vote et des listes des électeurs dans chaque bureau de vote, pour que le peuple congolais, souverain primaire, ait le temps de vérifier l’existence ou nom des personnes dont les noms seront affichés. A la place des urnes métalliques de l’étranger, on peut adopter une forme d’urne que chaque village, chaque bureau de vote peut se procurer sans un sou de la CENI. Pour être crédibles, les élections du 28 novembre peuvent se dérouler dans des urnes et isoloirs locaux made in Congo, à Ndjili/Kinshasa, au Quartier Lwangongo/Butembo, au Quartier Birere/Goma, au Quartier Kanzulinzuli/Beni, etc. Un point à ajouter prochainement à la loi électorale pour écarter définitivement le risque de bourrage des urnes fabriquées en Occident ou en Chine.

Obède Bahati

Beni

©Beni-Lubero Online                

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