La RD Congo en quête de modèle. Essai sur les Parlements des Populations de la ville de Butembo

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Dans leur quête des modèles efficaces en politique et en développement, plusieurs « acteurs politiques » Congolais sont tentés d’aller chercher ailleurs. Notre héritage politique et certaines expériences politiques locales ne semblent pas retenir leur attention. Dans cet article, nous voulons étudier le cas des Parlementaires du Quartier FURU/ville de Butembo. Il est, à notre avis, un exemple de création politique locale digne de ce nom. 

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Calicot dénonçant les abus du pouvoir contre l’ex-maire Hubert Syahetera( Photo Archives BLO)

La guerre d’agression que notre pays connaît depuis 1996 a paradoxalement poussé certains d’entre nous à créer politiquement au Nord-Kivu. C’est-à-dire à initier « des lieux de rencontre, de concertation et d’échange » sur les questions que pose le vivre-ensemble au quotidien. Cette invention politique bubolaise ne semble pas avoir retenu suffisamment l’attention des « acteurs politiques » Congolais en quête de modèle de « démocratie » pour un Congo libre et prospère. Certains parmi ces eux cherchent à reproduire des modèles ayant réussi sous d’autres cieux et ne semblent pas s’intéresser à ce qui s’invente localement à l’Est de notre pays. De nos sources à l’Est du pays et des lectures du site (Internet) de Benilubero, nous sommes informés sur les réalisations des Parlements initiés par les populations bubolaises. Le cas du Quartier Furu/Ville de Butembo mérite une attention particulière. Face à la menace permanente des forces négatives et à la démission du pouvoir de Kinshasa, les populations de ce Quartier ont créé des lieux d’échange et de dialogue leur permettant de mettre sur pied des groupes d’auto-défense. Collectivement (c’est-à-dire à partir des Parlements où les jeunes, les vieux, les étudiants, les chômeurs, les commerçants, les professeurs, etc. débattent ensemble), ils se sont engagés dans la lutte contre les antivaleurs et pour les droits humains. « Ces parlements défendent même les droits des autorités qui les combattent. Les militaires, les policiers arrêtés en flagrant délit sont remis à leurs QG pour qu’ils soient jugés par la loi. La légalité et la non-violence, notent certains parlementaires, caractérisent les actions des Parlements des Populations de la ville de Butembo. » (TEMBOS YATAMA et alii, Candidatures du Parlement de FURU/ville de Butembo, sur le site de Benilubero) 

Il y a, dans cette invention politique de la base, quelque chose de merveilleux : la dépassement des clivages entre les membres du Quartier FURU dans l’approche de la question sécuritaire face à laquelle toute la population est confrontée. Dans leur approche critique des élus de 2006, les membres du Parlement de FURU décrient une dérive politicienne : la rupture de contact entre ces élus et leur base. 

Ils posent fondamentalement la question de la légitimation politique. Celle-ci ne peut pas se réduire à la légitimité issue des urnes. Le consensus citoyen exprimé à travers le vote est un élément insuffisant de la légitimité politique. La légitimation d’un pouvoir citoyen exige un débat permanent entre les élus et les électeurs dans un espace public où tous jouissent d’une égale liberté et dignité ; où la reddition des comptes sur les questions engageant le destin collectif est permanente. 

Dans leur approche critique des élus de 2006, les parlementaires du Quartier FURU pointent du doigt un élément important jouant en défaveur de la légitimation populaire du pouvoir des élus de 2006 : leur appui aux multinationales ; ces entreprises privées qui n’ont aucun compte à rendre à nos populations. 

En effet, à partir du moment où les acteurs politiques se transforment en « petites mains » du capital, la légitimité issue des urnes peut jouer le rôle de leur cooptation aux dépens du peuple. Le vote peut devenir, dans ce cas précis, une action de marketing pour vendre les défenseurs des intérêts des multinationales. (Ce point mérite une grande attention dans la mesure où la guerre d’agression qui sévit à l’Est de notre pays est une guerre de prédation et certaines multinationales impliquées dans cette guerre ont leurs sièges dans des pays où les Etats ont été achetés par ces oligarchies d’argent.) 

Il est possible que les menaces des autorités urbaines à l’endroit des Parlementaires de FURU soient un signal fort à bien interpréter : si cette expérience de « la démocratie participative » fait tache d’huile, les défenseurs des intérêts des multinationales risquent d’être tous débusqués et mis hors d’état d’agir. Un autre signal, c’est le refus de commencer les élections probables de novembre 2011 par les locales : ce refus pourrait symboliser le rejet de la réappropriation du pouvoir politique « par le peuple et pour le peuple », à la base. Les gouvernants de Kinshasa sont, pour la plupart, les hommes et les femmes liges des « fondateurs du gouvernement représentatif » dont la peur pour la démocratie participative et populaire frôle les limites de la schizophrénie. (A travers leur histoire avec les pays de l’Amérique Latine, ils ont, ces « fondateurs du gouvernement représentatif», à plusieurs reprises, fomenté des coups d’Etat contre les gouvernements participatifs et populaires ou financé leurs oppositions afin qu’elles les renversent. Chez nous, ils sont aux aguets et cherchent, par tous les moyens, à tirer leur épingle du jeu.) 

Ces deux signaux devraient être étudiés profondément par les Parlementaires de FURU. Dieu merci ! Ils ont déjà réussi, malgré les menaces, à propager leur expérience à travers la ville, à Katwa, Nduko, Musimba, Kitatumba, etc. Une autre lutte devra être menée jusqu’à la victoire finale : celle d’envoyer « les meilleurs d’entre eux pour les représenter dans l’Hémicycle National et Provincial et remettre en débat la question de l’insécurité qui handicape tout projet de développement durable dans la ville de Butembo. » (Ibidem) 

Il y a ici comme une demande, un appel à l’institutionnalisation d’un choix citoyen. Une institutionnalisation à laquelle les parlementaires de FURU et des autres parlements créés localement pourront participer à travers les probables élections de novembre 2011. Espérons que leur pari pourra être gagné. 

De toutes les façons, nous avons là une création politique locale qui interpelle « les acteurs politiques » Congolais en quête de modèle et les citoyennes et les citoyens Congolais ayant abandonné l’espace public aux « politicailleurs ». Les parlementaires de FURU nous défie en définissant à leur manière la politique comme lieu de « rencontre, de concertation et d’échange sur l’auto-prise en charge de chaque quartier en matière de sécurité, de lutte pour les droits humains, et de lutte contre les antivaleurs de toutes sortes. » (Ibidem) Par leur courage, leur audace et leur amour de leur ville (et de leur pays), ils sont en train de prouver que « faire cette politique » est accessible à tout le monde ; à partir de là où l’on vit, malgré les vents et les marées. 

Plusieurs pays d’Amérique Latine (attirant certains acteurs politiques congolais comme le Brésil et le Venezuela) dont les gouvernements participatifs et populaires ont fait leurs preuves ont compris que tout part de la base. Ils ont créé politiquement à la base à partir la lecture des Evangiles. Ceux-ci ont transformé les appauvris des communautés ecclésiales de base latino-américaines en de bons critiques des structures de leur paupérisation et en premiers acteurs de leur émancipation et développement. 

La perspicacité dont les Parlements des Populations de Benilubero font montre dans l’analyse des questions collectives et dans la proposition des solutions est, à notre humble avis, un pas important dans la réappropriation de notre initiative historique politiquement.

 

Les Parlementaires de Furu signent la petition contre la révision de la constitution congolaise

Supposons qu’au lieu d’hypothéquer notre souveraineté en faisant le tour du monde pour aller mendier de l’argent à mettre dans les élections-marketing, nous demandions aux Parlementaires de Butembo d’aller en mission politique à travers tout le pays pour susciter des Parlements (maîtrisant tant soit peu les questions locales) qui désigneraient leurs représentants à envoyer à l’Hémicycle National et Provincial ; et que ces représentants à les Hémicycles Provinciaux désignent parmi eux les gouverneurs et que ceux de l’Hémicycle National choisissent parmi eux le Président de la République comme un primus inter pares ; la chose prendrait beaucoup de temps, mais nous aurions gagné dans l’implication   des différentes couches de nos populations dans le processus de désignation de leurs représentants, dans l’usage de nos propres moyens matériels et intellectuels, etc. 

J.-P. Mbelu

Brussels-Belgie

©Beni-Lubero Online

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