MICHAEL SHARP (Américain) et ZAHIDA KATALAN (Suédoise) du Groupe d'Experts de l'ONU sur la RDC, kidnappés

La vidéo de l’assassinat de deux experts de l’ONU au Kasaï : Le voile levé !

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Des détails qui éclaircissent amplement les responsabilités

En regardant cette vidéo, une série de questions me sont venues en tête et m’ont amené à vouloir à en savoir plus : « Pourquoi a-t-on tué ces deux innocents ? Qui a donné l’ordre de les tuer ? Pourquoi l’acte de tuer est devenu si banal pour certaines consciences humaines, de manière à le considérer juste comme un amusement ?… ». Aujourd’hui, le voile est levé.

Une vidéo étonnante

Au départ, on peut regarder les deux agents de l’ONU qui marchent sereinement en compagnie de leurs bourreaux et qui s’entretiennent aisément comme si rien de redoutable n’était en perspective. Et, chemin faisant, dans cette conversation qui semble amical, on ordonne subitement aux deux Blancs de s’asseoir par terre. Apparemment, jusque-là on semble ne rien suspecter d’outre mesure, car la conversion continue encore sans harcèlement paniquant. Puis, brusquement un coup de balle retentit, et l’on voit Sharp tomber par terre, pendant que Zaida, tout en lançant un cri, se jette sur lui comme pour le couvrir. On entend immédiatement une voix qui ordonne avec insistance de tirer. Aussitôt des coups de balle retentissent sans qu’on aperçoive celui qui tire ; on voit alors Zaida également s’effondrer sous ces tirs, et la voix du « commandant invisible » ordonne de lui couper la tête. Ouf !… je suis abattu, et mon cœur ne peut supporter de continuer à regarder la fin de la vidéo…

On s’aperçoit que les deux experts en mission venaient de laisser leur bagage quelque part. Des volontaires leur auraient promis de les escorter pour les aider à pouvoir rencontrer une personne qu’ils appellent « chef ». Arrivés quelque part, ces compagnons les rassurent que le « chef » arriverait bientôt, et puis, tout à coup, ils sont abattus. Par intuition, on comprend aisément que ce double assassinat était bel et bien planifié. Les deux victimes étaient délibérément conduites vers un lieu qui était préalablement préparé pour leur immolation. On pouvait entendre des ordres scellant leur mort ainsi que des tirs qui allaient les abattre sans pour autant voir les personnes en action. Ces acteurs devraient avoir été bien préparés pour l’achèvement de nos deux experts.

Qui pouvait avoir intérêt à la mort de ces deux experts ?

Une chose est certaine : le gouvernement congolais se montrait de plus en plus furieux de leur travail d’enquête sur les crimes et la violation des droits de l’homme en RDC, et surtout de leur présence physique au Kasaï où se déroulent des tueries terribles.
En effet, depuis quelques années, Zaida et Sharp ont multiplié des enquêtes de ce genre. et le gouvernement de Kinshasa est agité du fait que leurs rapports vont droit au Conseil de Sécurité de l’ONU. Chaque fois, le gouvernement de Kinshasa n’a manqué de créer de polémique au sujet des résultats de leurs enquêtes publiés. Ce qui a poussé les autorités congolaises à exprimer ouvertement des menaces à leur endroit en plusieurs circonstances. A titre illustratif, le 16 octobre 2014, la RD Congo expulse Monsieur Scott Campbell, le chef du Bureau de l’ONU pour les droits de l’homme en RDC. Cet acte intervint juste au lendemain de la publication du rapport de ses services dénonçant des crimes commis par les policiers congolais. Zaida et Sharp avaient contribué à la contribution de la publication dudit rapport.
Le 19 août 2016, le gouvernement congolais refuse de renouveler le visa de voyage d’Ida Sawyer, la directrice de Human Right Watch, et la contraint de quitter le pays…

Ces quelques illustrations peuvent aider à comprendre combien le régime en place à Kinshasa en voulait à Zaida et à son compagnon Sharp.

Une autre piste qui élucide les motivations de l’assassinat des deux experts de l’ONU au Kasaï est à rechercher dans quelques événements antérieurs, dont le massacre des civils et des enfants à Tshimbulu. En date du 16 février 2017, est apparue une vidéo montrant l’exécution des civils et des enfants par l’armée congolaise à Tshimbulu. Des voix se sont levées de par le monde pour exiger la lumière sur ces faits et en proposant une enquête indépendante à laquelle le gouvernement congolais s’oppose radicalement, jusqu’à exclure même l’implication de l’ONU. Alors le porte-parole du gouvernement, mandaté par le pouvoir en place tente de persuader les opinions que ladite vidéo serait le fruit d’un montage de la diaspora congolaise, une intervention qui sera contredite par d’autres membres du gouvernement, pour finir par ouvrir une enquête qui exposera la responsabilité des éléments FARDC comme auteur de ce crime. Ceux qui ont exécuté ces tueries ont été finalement arrêtés, à la honte du pouvoir qui entretenait sciemment des mensonges autour de ce dossier.

C’est alors qu’un mois plus tard, des fosses communes seront découvertes ça et là dans au Kasai-Central. L’ONU se décide résolument de dépêcher ses experts sur terrain pour enquêter à la fois sur les allégations des fosses communes découvertes et sur les massacres de Tshimbulu, en dépit des réticences du gouvernement de Kinshasa. Zaida et Sharp s’embarquent pour le Kasaï, en RD Congo.

Une fois au Kasaï, l’ordre est donné d’en haut…

A en croire un agent de sécurité dont nous taisons le nom pour sa sécurité, tout commence immédiatement à l’atterrissage au Kasaï. Les deux envoyés de l’ONU sont vite repérés par les services de renseignements de la RDC, et directement des coups de fils commencent à s’échanger entre les agents subalternes et leurs chefs. Le message de leur arrivée est vite répercuté jusqu’à la hiérarchie nationale qui donne aussitôt l’ordre de ne plus permettre aux deux blancs d’accéder à la zone sensible, et surtout pas à Tshimbulu. Ainsi une chaîne de filature se dresse pour surveiller leur mouvement… Plus tard, on constate une alerte au sein de service de sécurité au moment où ils amorcent effectivement leur déplacement vers la zone interdite. Un agent de renseignement local révèle qu’un ordre tombe de la part de la hiérarchie avec l’injonction de ne plus permettre à ces deux agents de l’ONU de rentrer vivants et de tout faire pour camoufler leur disparition, ajoutant que cette opération était d’une extrême urgence.

Les deux experts de l’ONU sont alors stoppés, interrogés et puis fouillés par des éléments de services de renseignement ; leurs matériels de travail dont un ordinateur, une note book, deux appareils photos et trois téléphones sont récupérés. Il est en plus donné l’ordre de les séparer de leur interprète, après quoi on laisse Zaida et Sharp partir seuls, sans interprète ni guide. Dans cette condition, où devaient-ils aboutir et pour faire quoi ?… Leur sort est d’office scellé !
Parallèlement, l’interprète et les taximen motards qui étaient à leur service sont conduits quelque part pour subir un interrogatoire… Il est curieux de constater que ces derniers ont été également portés disparus le lendemain de l’assassinat de Zaida et Sharp. La mission fut est ainsi accomplie à la satisfaction de ceux qui l’avaient ordonnée.

Le 12 mars 2017, le porte-parole du gouvernement annonce avec des détails étonnants la disparition des ceux experts de l’ONU, alors que le gouvernement central congolais était supposé ne rien savoir encore de la localisation de ces deux expatriés au Kasaï. Cette intervention du Ministre Lambert Mende sur le media surprend toutes les opinions, et tout le monde se pose la question de savoir comment aurait-il acquis une telle information si rapidement aussitôt que cet événement venait de se produire ? En plus, sans aucune preuve, Mende s’emporte à faire porter la responsabilité de cette disparition aux miliciens de Kamwina Nsapu…

Le 2 avril 2017, les corps des deux experts sont retrouvés dans une fosse commune. La question arrive à l’esprit est de savoir pourquoi pouvait-on penser à les enterrer dans une telle fosse et qui avait intérêt à agir ainsi ? Or, nos sources sur place nous apprennent que les FARDC ont obligé la population à creuser plusieurs fosses dans la zone de massacre. Pour quelle finalité ?

Le 24/04/2017, Le gouvernement congolais publie une vidéo d l’assassinat de Zaida et Sharp en réitérant son accusation contre la milice de Kamwina Nsapu qu’il qualifie pour la première fois être des terroristes. Dans cette vidéo, on peut voir des présumés bourreaux bandant la tête en étoffe rouge. Mais ce seul port de la bande rouge sur la tête ne suffit nullement pour convaincre les opinions qu’il s’agit bien des Kamwina Nsapu, vu que n’importe qui peut, pour une raison ou une autre, en cas d’un besoin précis, se vêtir de la sorte s’en défaire quand il le veut. Bien plus, visiblement ces jeunes gens à la bande rouge sur la tête sont très agités trahissant leur aspect néophyte dans la commission de ce genre de crime. Ils montrent qu’ils ne maitrisent pas cet art de tuer et qu’ils auraient été ramassés juste en vue d’être utilisés pour la circonstance. Cette mise à scène a donc lamentablement échoué.

Mende trahit le secret d’Etat

En tout, la plus pertinente question reste celle de savoir comment le gouvernement a pu attraper cette vidéo. Le porte-parole du Gouvernement Lambert Mende dit : « La vidéo a été envoyée par un des contacts des terroristes pour qu’elle soit diffusée sur les réseaux sociaux». Quelle auto-trahison ? En effet, si la vidéo pouvait ainsi être envoyé par l’expéditeur par voie de télétransmission, c’est qu’il pouvait déjà lui-même la diffuser sur les réseaux sociaux ; le présumé expéditeur membre des terroristes Kamwina Nsapu n’avait donc pas besoin d’un autre intermédiaire pour diffuser ce film tragique sur les réseaux sociaux. Alors, pour quel besoin et d’après quelle motivation le gouvernement congolais, à travers le Ministre Lambert Mende, trouverait le plaisir de prendre la charge de cette diffusion ?

A Lambert Mende de poursuivre : « Nos services l’ont interceptée et, grâce à la géo-localisation, nos services ont remonté la filière pour arrêter des terroristes, auteurs de l’assassinat des experts de l’ONU ». Wow ! Quel système de géo-localisation ont-ils utilisé ? S’ils disposaient de ce système, pourquoi n’ont-ils pas été capables d’intercepter la vidéo de massacre de Tshimbulu ? Pourquoi Lambert Mende avait-il donc lancé un appel à des témoins à propos de cette vidéo qui montrait l’exécution des enfants à Tshimbulu ? Quelle horreur, quelle honte officielle lorsqu’on regarde la tragédie de ces décapitations des personnes humaines !

On se souviendra que ce phénomène de décapitation de personnes est apparu pour la première fois dans l’histoire de la RD Congo lors du génocide des Yira à Béni en octobre 2014, vingt ans après le génocide rwandais. C’est effrayant et traumatisant. Imaginez si toutes les circonstances des massacres de Béni avaient été aussi filmées… !
Donc, deux ans plus tard, on constate combien les présents massacres aux Kasaï ne font qu’emboîter les pas aux tueries ou génocide de Béni, au Nord-Kivu, une province qui ne partage pas de limites directes avec le grand Kasaï. Devrait-on admettre que les égorgeurs de Béni ont fait mutation vers le Kasaï ? Non et Oui !

Non, juste parce qu’on n’a jamais aperçu des colonnes visibles des égorgeurs prendre ouvertement le chemin du Kasaï. Oui, parce que c’est possible, étant donné que tous les groupes armés et milices à caractère terroriste actuellement actifs à travers le pays sont financés et gérés, d’une manière ou d’une autre, par le régime en place. Ceux qui ne s’inscrivent pas dans cette logique ne sont pas tolérés et sont acharnement combattus jusqu’à se rassurer de leur disparition totale. Pour besoin de pérennisation du pouvoir en place, des groupes de déstabilisation de l’ordre public sont en train d’être implantés ça et là à travers le pays. Et c’est donc possible que le phénomène des massacres des civils au Kasaï se range dans le même cadre.

Pourquoi tant de criminalité aujourd’hui en RD Congo ?

1. La première responsabilité revient à la communauté internationale qui a laissé faire Kabila. Elle s’est montrée si indifférente devant toutes sortes de crimes dans lesquelles se passionnait peu à peu le président congolais dans le but de se conserver au pouvoir, que Kabila a considéré comme normales toutes ses bévues.

2. La classe politique congolaise a une part non négligeable de reproche. Tous les opérateurs politiques, tant de la Majorité Présidentielle que tout comme de l’opposition, témoignent une insensibilité criminelle devant la souffrance du peuple. Emportés par l’envie du positionnement et de la conquête des postes, les uns et les autres observent tous les crimes du régime en place, mais préfèrent s’adapter à la situation qui se présente, au détriment des intérêts du peuple et de la Nation.

3. Le peuple congolais lui-même est trop amorphe. Incapable de prendre conscience du pouvoir suprême en sa possession en tant que souverain primaire, il sombre dans l’illusion d’attendre sa libération du monde extérieur (la communauté internationale).

Oui, il est temps que le peuple se lève et se soulève comme un seul homme. Nos évêques l’ont bien dit : le peuple doit désormais assumer sa responsabilité. Car s’il ne fait rien aujourd’hui, Joseph Kabila continuera à créer des groupes armés, à multiplier des actes à caractère terroriste et des crimes, pour trouver un motif valable de se pérenniser au pouvoir et faire du projet d’élection une illusion.

KAPINGA Didas
Correspondant BLO
Kananga.

« On comprend ainsi le grave danger de toute rallonge au pouvoir de Joseph Kabila. Les congolais dignes de ce nom doivent refuser toute forme de transition. En effet, au vu de ce qui se passe au Kivu-Ituri, toute transition au-delà de décembre 2016, donnerait du temps et des moyens au gouvernement congolais qui est, de toute évidence, complice de l’occupation rwandaise du Kivu-Ituri en cours » (Père Vincent MACHOZI, le 19 mars 2016, parole qui a valu son assassinat le jour suivant).

©Beni-Lubero Online.

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