LES CINQ SECRETS SUR LES 20 ANS D’OCCUPATION DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO (par Germain NZINGA MAKITU)

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Monsieur Germain NZINGA MAKITU a fait une analyse très pertinente qui se présente comme une lampe sur le chemin d’innovation de la Nation congolaise. Aussi Benilubero Online a-t-il trouvé qu’il vaille la peine d’aider à la diffusion de cette réflexion qui est de nature à aider le peuple congolais à se frayer une issue convenable en ce moment la plus difficile de son histoire.

LES CINQ SECRETS SUR LES 20 ANS D’OCCUPATION DE LA RD CONGO.

La République Démocratique du Congo, depuis son existence, a connu trois cycles géopolitiques, portant chacun une signature particulière de son asservissement collectif. Il s’agit notamment du cycle de la colonisation et de sa chosification (1885-1960) ; le cycle de la dictature et de sa marginalisation de la gestion de la vie publique (1960-1997) et enfin le cycle de l’occupation étrangère (1997 à nos jours), synonyme de la dépossession pure et simple de son territoire et de sa souveraineté.

A huit mois du scrutin électoral sensé remettre le pouvoir confisqué par les forces rwando-ougandaises de l’AFDL depuis 1997, cette étude se concentrera moins sur les causes exogènes de la mise sous tutelle de notre pays que sur les responsabilités des zaïrois/congolais eux-mêmes qui ont livré leur pays aux occupants et travaillent jour et nuit pour aider ceux-là à asseoir leur système servile et mortifère.
Ce qui nous préoccupe dans les lignes suivantes, c’est moins l’occupation étrangère elle-même que les raisons profondes pour lesquelles, tout au long de l’histoire de leur pays, les congolais se sont avérés un peuple colonisable, manipulable, corvéable à souhait par n’importe quel aventurier qui se pointe à ses frontières.

1. Une classe politique transformée en association des malfaiteurs et des voyous…

Un des cadeaux le plus empoisonnés que nous aurait offerts l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération (AFDL), c’est bien l’accession à la magistrature suprême congolaise d’un jeune homme de 29 ans, sans aucune traçabilité fiable, sans aucun passé scolaire crédible, sans la moindre référence d’excellence professionnelle dans aucun métier connu. En occupant le palais de la Nation à un moment où les enjeux géopolitiques n’avaient jamais été aussi compliqués, cet homme a fait basculé à un niveau du chaos et de médiocrité inégalable dans l’histoire du monde.


Pourtant depuis le 16 janvier qu’il accéda au pouvoir jusqu’à ce jour, ni ce jeune homme ni ses commanditaires dont il constitue le cheval de Troie ne pouvaient en rien imposer leur loi d’occupation sans la complicité de la classe politique congolaise. Ce sont nos politiciens qui ont fait de lui ce dinosaure arrogant et psychopathe, prêt à tuer quiconque se dresse contre ses ukases. Ces politiciens sont de trois plumages.


D’abord ceux qui composent la ceinture très rapprochée de son pouvoir tels les Minaku, Tambwe Mwamba, Kalev, Mova, Mende, Boshab, Lumanu etc. Puis ceux qui sont des cadres du PPRD et sont en attente de postes juteux. Ce premier cercle d’opposants détient l’information précise sur la véritable identité de la personne qui préside à la magistrature suprême du pays. Tous savent qu’il est d’origine rwandaise et qu’il reçoit des ordres de Kigali. Ce sont pour la plupart des universitaires férus de droit mais ils se taisent ou plutôt pour reprendre la formule de Paul Kagame lui-même, ils s’emploient TOUS à courir à Kigali pour recevoir des ordres de ce qu’ils doivent faire pour complaire à l’occupant et à son entreprise prédatrice.


En réalité, cette organisation criminelle est structurée de manière suivante : il y a d’abord un noyau dur formé des petits cercles tutsis recevant les ordres direct de Kigali. Et autour de ce noyau. S’organisent des cercles concentriques des pouvoirs policiers, sécuritaires, financiers, politiques etc. représentant l’hégémonie invisible face à laquelle les marches et protestations résonnent comme des coups d’épée dans l’eau.
Enfin, et curieusement, viennent en troisième position, les politiciens de l’Opposition qui aboient jour et nuit contre Kabila mais trouvent des faux-fuyants pour le rencontrer nuitamment aux fins de peaufiner des plans suicidaires contre le destin du peuple, en l’occurrence le débauchage de l’opposition radicale ou des offres juteuses pour trahir la cause nationale. Pour mieux cerner leur profil et pour en donner la meilleure description, il faut emprunter la formule juste à Me Nimy, l’ancien Directeur du Bureau du président de maréchal Mobutu, qui les a approchés de plus près : « Après la chute de Mobutu, on a vu ses successeurs, opposants séculaires et irréductibles, politiquement « vierges » nous faire la démonstration : un autre régime médiocre, incapable et sans imagination. Pire, le régime Mobutu tant décrié est devenu leur unique modèle … ». Une soi-disant opposition qui a donné les preuves de son incapacité stratégique, plus assoiffée d’occuper la primature et des postes ministériels que de concevoir et de maitriser un projet de société alternatif crédible et porteur de changement structurel profond.


Bref, nous sommes en face d’une classe politique peu fiable, un conglomérat des « mobutistes » et des « kabilistes » dont l’étroite et pernicieuse collaboration a engendré un monstre politique congolais, un état d’esprit à grande charge de nuisance parce que préoccupé uniquement par « la conservation du pouvoir, l’enrichissement personnel et surtout la peur de quitter le pouvoir et de tomber dans l’oubli ».


Nourris à la sauce des anti-valeurs du « mobutisme » et du « kabilisme », les politiciens congolais ont atteint un tel degré de dégradation mentale que la pratique de mensonge, la vénalité, le goût effréné du pouvoir, la perversion des esprits avec en toile de fond la fausse conviction que l’argent peut tout, que le mensonge est une pratique admise et que la fin justifie les moyens. Ils sont prêts à tout, mais alors à tout pour accroitre leurs intérêts égoïstes. Ils peuvent se déclarer le matin de l’opposition injuriant Kabila, le traitant de tous les maux pour les retrouver le soir du même jour dans la majorité présidentielle, se contredisant de bout en bout sur leurs déclarations antérieures.


Tel se fait incarcérer par le même pouvoir qui le nommera à la primature deux mois plus tard. Tel autre vocifère sur le plateau de télévision les origines rwandaises de Kabila pour accepter un an plus tard de faire partie de son gouvernement. D’étranges alliances politiques se font et se défont entre ennemis d’hier et alliés d’aujourd’hui, défiant toute ligne idéologique et dans un imbroglio à n’en point dépeindre. La plupart d’entre eux ont perdu la décence et le bon sens moral. Ils ne nourrissent d’aucune ambition ni d’aucun haut idéal pour l’avenir de leur nation dont ils ont reçu mandat. Tous leurs faits et gestes consistent à composer avec l’ennemi du Congo, à augmenter le doute et la peur de l’avenir et à réduire les capacités d’innovation des masses populaires.


Cette classe politique transformée en bande des voyous et constituée en association des malfaiteurs est devenue le problème numéro un dans le processus de libération du pays et de la restauration de l’état de droit. En travaillant publiquement au profit du plan des occupants et en privant les générations futures d’un modèle positif de gouvernance, ces politiciens congolais sont à pied d’œuvre pour hypothéquer pour longtemps encore le processus normal de reproduction politique au Congo de Lumumba. Ils sont devenus des ennemis du peuple et c’est de leur traitement à court terme que dépendra un quelconque changement de la scène politique congolaise et un reversement de la situation d’occupation en souveraineté reconquise. Ils sont la cheville ouvrière de l’occupation et leur mise hors d’état de nuire est bel et bien synonyme du début de libération du Congo de Lumumba.

2. Une élite intellectuelle incapable de faire un travail de synergie, de synthèse et d’anticipation.

Depuis l’arrivée des faux libérateurs en RDC, jamais on a assisté à autant d’activités de l’intelligentsia congolaise qui a produit des très nombreuses et variées analyses sur la crise multiforme que traverse leur pays. Et cela mérite les éloges et les applaudissements de nous qui sommes du petit peuple d’en bas et qui observons que c’est grâce à leurs nombreuses dénonciations des mensonges de l’AFDL que le processus de mise en chaos et de balkanisation de la RDC connait beaucoup de ratés.


Cependant, il sied de mettre en exergue deux faiblesses de cette élite intellectuelle qui la rendent moins incisives et percutantes contre le régime en place. La première faiblesse touche au nombrilisme de ces intellectuels congolais qui analysent avec un gout très prononcé à la gloriole personnelle qu’à l’efficacité sur terrain de leurs écrits pour urger la libération de leur pays.


Beaucoup parmi eux réagissent en arguant que leur travail d’intellectuel consiste à produire des idées et quitte au peuple de s’en approprier pour changer la réalité du terrain. Ignorent-ils vraiment leur rôle de ferment dans la pâte sociale congolaise ? Mais pourquoi cette approche intellectualiste est-elle largement erronée ? Pour la simple raison que ces intellectuels produisant des analyses de grande facture sur la situation congolaise manquent de travailler en synergie pour à la fois faire la synthèse de tout ce qui a été fait jusque là, en traire les lignes de force et la substance libératrice en vue d’évaluer étape après étape le résultat sur le terrain. Ils sont incapables de prendre des risques pour sauver la Nation en péril. Il leur manque ce petit effort de condenser leurs conclusions dans un travail de synthèse pour en faire des idées-forces de transformation interne. Ils sont plus versés à analyser le passé sans trop indiquer à leur peuple, l’horizon nouveau qu’il doit suivre pour son changement. Bref, ils sont plus dans l’indicatif que dans le subjonctif au grand dam des forces populaires privées de bons guides-éclaireurs.


En plein 21e siècle où se sont vus transformés les paradigmes intellectuels, ces mêmes intellectuels congolais font montre jusqu’au jour d’aujourd’hui d’un déficit criant d’un quelconque travail de synergie qui, bien au-delà de leurs clivages idéologiques ou tribaux, devrait les pousser à s’organiser en réseau, en lobbying ou en Think Thank. Alain Cotta n’attribue-t-il pas l’exercice du pouvoir, outre à l’autorité et au mensonge, à un travail de réseau qui se veut par ailleurs le mode supérieur d’organisation politique. Cette « réseaucratie » aiderait justement cette élite intellectuelle congolaise à faire du partenariat de leurs cerveaux une valeur ajoutée au combat de libération que mènent les congolais. Ce travail de réseau leur permettrait de comprendre, sous plusieurs facettes, les pièges tendus par l’occupant, la volonté farouche de ce dernier à diviser les congolais les uns contre les autres sinon d’écraser quiconque lève la voix contre les méthodes de mise sous tutelle de notre peuple.[5]


Leur incapacité de travailler ensemble et d’anticiper des stratégies contre l’ennemi, quelle que soit la ligne de pensée des uns et les autres mais uniquement pour le seul idéal d’un Congo libre, rend en quelque sorte ces intellectuels congolais comme une bande de plaintifs se complaisant dans leur posture « victimaire » et dans la triste image de « masturbation intellectuelle » qu’ils reflètent à la face du monde chaque fois que, dans leurs publications, ils se mettent plus à l’affut de leur propre gloriole individuelle qu’à l’intérêt supérieur de leur Nation, sans chercher nullement de proposer des solutions concrètes et tangibles, attendues par leur peuple qui lui est assoiffé de se libérer du joug de l’occupant.


Qu’ils le veuillent ou non, cette nouvelle génération d’intellectuels congolais participent à bien d’égards à entériner la thèse de l’occupant selon laquelle les congolais d’en haut comme d’en bas ne pensent pas sinon très rarement en terme d’avenir de leur patrie car se contentant de vivre dans l’immédiat quotidien, qu’ils sont incapables de se dépasser dans leurs narcissismes et orgueils mesquins pour arriver à former un collectif de cerveaux brassant la matière grise pour une défense plus efficace et efficiente de la souveraineté de leur nation.

3. Des hommes de Dieu sans vision profonde du destin de leur peuple

Si l’on observe les grandes étapes historiques de la politique congolaise depuis la fin de la guerre froide, l’on est ahuri par l’implication directe ou indirecte de leaders des confessions religieuses dans la consolidation de la dictature puis de l’occupation étrangère que connait notre pays.


De ces leaders, il y a la première catégorie formée des leaders religieux qui se sont dressés frontalement contre le pouvoir d’occupation payant au prix fort de leur sang leur audace prophétique. L’histoire écrira en lettre d’or des noms tels Mgr Munzirhiwe, Mgr Kataliko, le père Assomptionniste Vincent Machozi, le Révérend Alain Molato, le révérend pasteur Albert Lukusa et l’abbé Joseph Mulimbi Ngolo, tous massacrés par les sbires de Kabila pour avoir voulu défendre la vérité historique sur la situation atypique de leur peuple mis sous tutelle par des étrangers. Ils n’ont pas eu peur du bourreau. Un moment donné, ils se sont sentis investis de la mission prophétique de se laisser crucifier pour la Vérité plutôt que de crucifier la vérité. Ils ont accepté de verser leur sang avec l’intime conviction que le sang des martyrs deviendra la semence d’où germera un Congo nouveau et démocratique.


La deuxième catégorie est formée de ceux qui posent des actes patriotiques en s’engageant dans l’éducation des masses populaires ou encore dans la médiation entre les forces politiques en présence pour les aider à ne pas sortir du cadre légal en cette période de vide juridique afin d’éviter le pire au peuple congolais. Ils se sont jetés dans la bataille politique, remettant les politiciens de droite comme de gauche sur la voie qui devrait nous amener aux élections libres et transparentes en décembre 2017 avec la conviction que c’était la meilleure manière pacifique de défenestrer, sans coup férir, un Joseph Kabila surarmé et très prêt d’écraser le peuple.


Leur bonne volonté pastorale, pour être louable sur la forme, pèche sur le fond à cause du déficit criant de leur vision géopolitique profonde qui leur permettrait de comprendre que l’ennemi du Congo n’est pas Joseph Kabila mais qu’il est un système. Un système au rang duquel il faut énumérer les représentations diplomatiques en place à Kinshasa dont ils croient recevoir un soutien solide, le Conseil de Sécurité devant lequel ils sont allés tenir des accusations contre les fraudeurs politiques congolais et la plupart des partenaires régionaux inféodés au plan de l’occupant mais à qui la même délégation prend des nombreux pour lui faire le point de la situation.


Tout ce beau monde qui applaudit le travail de la Cenco et exige (sans grande pression ni menace sur le régime Kabila), le respect inconditionnel de l’Accord de la Saint Sylvestre est le même qui vient négocier en catimini avec Kabila et encourage ce dernier à continuer à résister contre la volonté d’émancipation du peuple congolais. En quelque sorte, ils tapent du poing sur la table pour pouvoir négocier en dessous avec le même ennemi[6] pendant que tous les analystes politiques se conviennent à croire que Joseph Kabila est abandonné par ses parrains.


Peut-on se demander pourquoi cette duplicité de la part de la communauté internationale? C’est clair que l’actuel régime d’occupation a été et est encore conçu et voulu par ces puissants de la terre aux fins d’asphyxier la volonté de restaurer l’État de droit formulée dans la Constitution congolaise de 2006 et d’étouffer dans l’œuf, les aspirations profondes du peuple congolais pour un État plus démocratique et prospère. En 2006, ils ont imposé le tenant de ce régime contre Jean-Pierre Bemba qui, conformément au mode opératoire des politiciens congolais, accepta l’inacceptable moyennant une grosse sommes des billets de dollars. En 2011, ils l’ont imposé contre Etienne Tshisekedi qui ne réussit point à imposer son imperium jusqu’ à son trépas. Et en 20017, ils ont de nouveau refusé au peuple congolais les moyens d’exercer pleinement sa souveraineté. Ils ont inventé des subterfuges pour gagner en temps et contourner les voies par lesquelles le peuple congolais entend faire entendre sa voix au chapitre.


Les hommes de Dieu en guidant la mission de facilitation entre forces politiques congolaise sans jamais inscrire dans le cahier de charges du débat, le point central constituant le cœur du problème congolais, à savoir la mise sous tutelle du Congo et le téléguidage de sa politique intérieure à partir de Kigali, ont commis une grave erreur politique, lourde des conséquences pour l’avenir du Congo. En croyant trouver appui solide auprès des partenaires extérieurs, ils ont commis la deuxième erreur de ne pas vite démasquer la configuration polyforme de l’ennemi du Congo qui prend le visage du sapeur-pompier là où il est réellement le vrai pyromane.


La troisième catégorie des hommes de Dieu est formée des soutiens inconditionnels du régime en place, moyennant de grands avantages en espèces sonnantes et trébuchantes. Il faut compter à ce stade, l’ensemble des confessions religieuses qui ont signé le 8 mai 2011 une déclaration lue par le représentant de l’église kimbaguiste pour soutenir la signature de l’Accord au palais du peuple. L’on se rappellera que le lundi 15 mai 2011 (soit une semaine plus tard), Mgr Marini Bodho affirmait clairement son soutien à la modification de la constitution et au projet du référendum avant même que le gouvernement n’en ait parlé officiellement. De nombreuses autres initiatives de ce genre vont se multiplier. Au plus fort de la crise où l’église catholique décidera sa première marche le 31 décembre 2017, l’on verra monter au créneau des leaders des églises de réveil pour appeler leurs ouailles à boycotter ce projet.


La voix puissante du cardinal Laurent Monsegwo Pasinya et la prise de position audacieuse du pasteur Edouard Ekofo viendront mettre le point sur les i dans ce « nouveau désordre religieux » congolais et feront désormais date dans l’histoire de la libération de la RD Congo. L’exil quasi forcé quelques semaines plus tard du pasteur Ekofo aux USA et le nouveau discours alambiqué développé par le nouveau représentant légal de l’Eglise du Christ au Congo (ECC) sonnent comme une remise de l’ordre dans la maison protestante, un ordre de silence et de conformité après les séismes provoqués un certain 17 janvier 2018 par le courageux pasteur sommé désormais de vivre loin de son pays pour avoir osé dire la vérité sur les dérapages de l’apparatchik congolais.


Dans cette troisième catégorie à laquelle il faut adjoindre de nombreuses églises de réveil acquises à la cause du pouvoir d’occupation dont elles tirent de nombreux avantages financiers, la plupart confessions religieuses font chorus pour donner les apparences d’une grande majorité par rapport à la petite voix discordante des pasteurs catholiques qui ont opté de défendre les acquis, l’esprit et la lettre de l’Accord de la Saint Sylvestre. Ici le pouvoir peut proclamer sa victoire d’avoir réussi à diviser l’opinion chrétienne pour mieux la régenter…


C’est dans ce troisième lot que la Parole de Dieu se trouve sciemment détournée de sa puissance de libération des opprimés pour servir aux intérêts de l’oppresseur. L’on cherche les circonlocutions pour justifier l’injustifiable et défendre l’indéfendable. Ils mettent en avant une pratique religieuse où la danse, la quête d’argent et de la prospérité matérielle rivalisent avec la médiocrité morale des groupes musicaux païens. Au final, ils réussissent ce que personne d’autre n’a réussi dans l’histoire politique congolaise, à savoir endormir le peuple congolais, le gaver des fausses promesses illusoires d’une souffrance qui trouvera consolation au paradis et d’un discours religieux soporifique contenant en lui-même une grande charge d’opium qui déréalise les fidèles chrétiens de leur vécu quotidien et manque de les rendre protagonistes de la défense de l’idéal de libération de leur peuple et du changement positif de leur communauté nationale.

4. Ces masses populaires dopées de culture BMW et incapables de se rendre prêtes au sacrifice suprême pour sauver la mère-patrie.

Si les points précédents ont décrit la triple faillite de l’élite politique, intellectuelle et religieuse de la RDC, il reste à se poser ces quatre questions existentielles :


Pourquoi le peuple congolais formé de 70 millions de citoyens laisse faire ?
Pourquoi se résilie-t-il à une vie infrahumaine en lieu et place de défendre ses droits et ses libertés individuelles et collectives ?
Pourquoi se rend-il incapable à exiger des comptes aux mandataires de l’État et aux élus sur qui lui détient un pouvoir souverain et inaliénable?
Pourquoi il fait preuve d’incapacité, d’incompétence, d’irresponsabilité, de vacuité, d’immoralité face singulièrement aux provocations immodérées, aux agressions répétées et aux humiliations sans précédent qui ne cessent de sévir son pays ?


Les réponses adéquates à ces quatre questionnements, le lecteur peut aller les chercher dans deux ouvrages : Stratégies de domestication d’un peuple[7] et Discours de la servitude volontaire[8].


Etienne de la Boétie part d’un douloureux constat : « Ce qui arrive partout et tous les jours : qu’un homme seul en opprime cent mille et les prive de leur liberté, qui pourrait le croire, s’il ne faisait que l’entendre et non le voir. Et si cela n’arrivait que dans des pays étrangers, des terres lointaines et qu’on vint nous le raconter, qui ne croirait ce récit purement inventé ? »[9] Ayons le courage de regarder la réalité congolaise en face et nous avouer que cette oppression par une poignée d’individus non de cent mille personnes mais bien plus de 70 millions de citoyens se fait bel et bien sur la Rd Congo, notre pays. Elle se fait sur moi, sur toi, sur nous comme peuple.


Ce qu’Etienne de la Boétie tient à nous faire comprendre, c’est le mode opératoire du tyran, sa vacuité existentielle mais aussi sa dialectique destructrice qui implique à la fois l’oppresseur et l’opprimé. « Plus le tyran (Joseph Kabila et système) pille, plus il exige ; plus il ruine et détruit le tissu économique du pays, plus on lui fournit, plus on le sert. Ainsi il se fortifie d’autant, devient de plus en plus frais et dispos pour tout anéantir et tout détruire. Il aura juste suffi de plus rien lui fournir et de ne plus lui obéir pour le rendre nu et défait à l’instar d’une branche n’ayant plus de suc ni d’aliment à sa racine qui devient sèche et morte.


L’on n’a même pas besoin de combattre le tyran ni de le frapper pour l’abattre. Il est défait de lui-même pourvu que le peuple ne consente plus à sa servitude. Il ne s’agit pas de lui ôter quelque chose mais bien plutôt de ne plus rien donner. Le peuple congolais qui s’est laissé lui-même malmené durant vingt ans d’occupation étrangère peut s’en libérer, quitte à cesser de servir son bourreau…


Notons-le une fois pour toutes cette vérité : il revient principalement au peuple de se laisser asservir ou trancher la gorge de son oppresseur. Il lui revient plutôt de s’affranchir du tyran en refusant de lui obéir et de consentir à son pouvoir d’oppression. Ce peuple détient en même temps le pouvoir d’être soumis ou celui d’être libre, de porter le joug en renonçant à sa liberté ou de la conquérir quel qu’en soit le prix à payer.


Et cette volonté actuelle du peuple de se soumettre à son tyran, il faut en chercher les racines dans le formatage des congolais depuis l’Etat Indépendant du Congo jusqu’à nos jours. Les séquelles du traumatisme profond du temps colonial étaient encore vives lorsque le même peuple opprimé s’est retrouvé sous la coupe opprimante de ses propres fils durant trente-sept ans avant que dès mai 1997, les étrangers aient poussé à fond cette violence asservissante jusqu’à la dépossession des terres et de la mise sous tutelle de tout un peuple par un autre peuple voisin, de vingt fois inférieur à sa puissance démographique.


Cette situation a été préparée par tous les régimes qui ont chosifié le congolais, l’ont animalisé et ont subjugué les masses avec humiliation et soumission publiques sous forme d’assujettissement pour les endormir et les contraindre à fermer les yeux sur leurs propres misères.[10] Toutes les stratégies de la consommation excessive de l’alcool, les concerts musicaux et danses sans intermittence puis l’explosion aphrodisiaque des plaisirs du ventre et du bas-ventre participent au plan de domestiquer le peuple congolais, de le mettre en zoo humain[11] pour le rendre comme une masse humaine aveugle sur ses maux et prompte à aider le tyran à le dominer et à le soumettre.

5. Puis ce paradoxe du tyran du congolais qu’est le congolais lui-même.

L’important à la fin de cette étude, c’est de comprendre que le Congo sous les trois cycles géopolitiques est en guerre perpétuelle qui dure depuis le 26 février 1885 jusqu’à nos jours. Une guerre contre des ennemis extérieurs mais aussi contre ses propres fils et filles dont nombre d’entre eux ont choisi d’ouvrir les frontières aux ennemis, de les infiltrer dans toutes les institutions républicaines et de ne prendre honneur que dans la minable posture de servitude volontaire envers le tyran.


La lecture de stratégies de Sun Tzu m’a édifié à ce point précis : « Qui connaît l’autre et se connaît lui-même, peut livrer cent batailles sans jamais être en péril. Qui ne connaît pas l’autre mais se connaît lui-même, pour chaque victoire, connaîtra une défaite. Qui ne connaît ni l’autre ni lui-même, perdra inéluctablement toutes les batailles.»[12] L’effort décisif pour changer la donne politique en RDC doit partir de l’effort de reconnaitre nos points faibles et nos points forts. C’est à partir de là que nous nous rendrons capables de « contraindre l’ennemi et de ne plus nous laisser contraindre par lui.»[13]


Beaucoup de publications ont été faites sur la connaissance de l’adversaire ougando-rwandais et de sa sous-traitance par la communauté internationale en vue d’avoir la mainmise sur les richesses du Congo et sur l’intangibilité de ses frontières territoriales. Pourtant, cette guerre d’un contre tous, le peuple congolais peut la gagner s’il parvient à connaitre l’identité ontologique BMW que les différents régimes ont réussi à formater dans son subconscient et qui le laisse autant insensible qu’indifférent devant les faits et gestes de cette coalition internationale qui vient piller ses terres, voler et dépouiller ses maisons, violer ses femmes et ôter la vie à six millions de ses fils et filles.


Le peuple congolais doit enfin comprendre que tous ces dégâts et malheurs, ces ruines et désolations ne lui viennent pas des ennemis mais bien plutôt de l’ennemi qu’est lui-même. Cet ennemi, c’est bien ce disque dur congolais qui fait qu’il ait été transformé en serf, un homme aliéné et asservi qui trouve plaisir à fournir au tyran les moyens pour le détruire et détruire son concitoyen. Un homme qui se rend prêt à aller à la guerre contre ses propres compatriotes qui luttent pour la Nation. Un homme prêt à massacrer ses propres frères pour rendre le tyran plus fort et sa domination plus stable. Un homme disposé à voir les rwandais, libanais, les indo-pakistanais ou tout autre ressortissant étranger prospérer sur le sol congolais mais prompt à écraser de toutes ses forces tout congolais d’origine qui commence à émerger du lot.


Le tyran congolais, d’où tire-t-il ses yeux pour épier 70 millions de congolais sinon du congolais lui-même ? Comment a-t-il les mains pour tirer sur tous les manifestants s’il ne les emprunte des congolais eux-mêmes ? Lui qui est si taiseux et aphone, où trouve-t-il la verve de défendre le mensonge structurel du système d’occupation sinon des complices congolais eux-mêmes qui écument des médias pour masquer le vrai visage de l’entreprise mortifère rwandaise? Les pieds dont il foule les cités de ce vaste territoire ne sont-ils pas les pieds de ses fidèles collaborateurs congolais ? A-t-il pouvoir sur vous que vous ne le lui ayez donné vous-mêmes ? [14]


Il y a quelque chose que le congolais a eu à perdre au plus profond de son être : ça s’appelle La LIBERTÉ et l’audace de la conquérir. La perte de celle-ci ouvre la porte à tout asservissement, à se soumettre à tout ordre étranger. Sans la ferme décision de lutter pour sa liberté jusqu’au point du sacrifice suprême, tous les autres biens se trouvent corrompus par la servitude. Le troisième cycle de dépossession de nos terres et d’asservissement de ce peuple est en passe de se consolider avec le concours des congolais eux-mêmes. Il se trouve dans sa phase de consolidation et plantera le décor pour des longues décennies si les congolais ne se réveillent pas vite de leur long sommeil.


Voilà donc d’où il faudra repartir, chers compatriotes : reconquérir à la fois la soif des libertés individuelles et collectives et se rendre prêt au sacrifice suprême pour leur défense. Reconfigurer le disque dur congolais et de là prendre l’engagement de ne plus rien donner au poison du tyran pour enfin le laisser mourir de sa propre toxine. Et envers tous les gesticulateurs de la classe politique pourrie de la RDC, prendre le ferme engagement de leur appliquer à tous la sanction qu’ils méritent : leur retirer notre confiance aujourd’hui et demain. Pour toujours ! Pour n’obéir plus qu’au seul schéma de désobéissance et de soif de liberté que le peuple lui-même se sera fixé pour sa libération totale et pour son bien-être futur.

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.

[1] J.-P. NIMY MAYIDIKA NGIMBI, Je ne renie rien. Je raconte… L’histoire d’un parcours d’histoires, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 521

[2] L. CHOUCRAN, Le kabutisme : une doctrine politique dans http://www.politico.cd

[3] J.I.N. KANYARWUNGA, République Démocratique du Congo. Les générations condamnées. Déliquescence d’une société précapitaliste, Publibook, 2006, pp. 225-226.

[4] A. COTTA, L’exercice du pouvoir, Paris, Fayard, pp.223-307

[5] Pour un meilleur approfondissement lire G : NZINGA MAKITU, La bataille de l’information pour la reconquête de la souveraineté nationale dans http://www.desc-wondo.org

[6] G. NZINGA MAKITU, Stratégies des ennemis du Congo : Taper du poing sur la table tout en négociant sous la table dans http://www.nzingagernmain.com

[7] G. NZINGA MAKITU, Stratégies de domestication d’un peuple. BMW comme armes de distraction massive, Paris, Edilivre, 2012, pp. 161-196

[8] E. De LA BOETIE, Discours de la servitude volontaire, éd. De Mille et une nuits, 1995.

[9] Ibid., p. 12.

[10] G. NZINGA MAKITU, Stratégie de domestication d’un peuple, p. 295.

[11] Ce concept de l’actualisation du zoo humain en RDC a été largement développé dans mon ouvrage « Stratégie de domestication d’un peuple, pp. 189-195

[12] SUN TZU, L’art de la guerre, Paris, Flammarion, 1998.

[13] F. JULLIEN, Traité de l’efficacité, Paris, Biblio/Essai, 2002.

[14] E. De LA BOETIE, op.cit., p. 14.

GERMAIN NZINGA MAKITU,
Analyste politique congolais

Lire l’original Ici: LES CINQ SECRETS SUR LES 20 ANS D’OCCUPATION DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO PAR GERMAIN NZINGA MAKITU

©Beni-Lubero Online.

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