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Les Mai -Mai : Qui sont-ils ? Histoire de la Région des Grands Lacs

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Quand la plupart de compatriotes parlent de la guerre qui sévit dans la partie orientale de notre pays ils aiment évoquer les minerais pillés, les biens matériels emportés, la misère des populations sous occupation, [des femmes violées, des maisons incendiées], etc. presque jamais ils ont pensé aux guerres mai-mai.

Et les rares audacieux qui tentent un débat sur eux préfèrent vite l’arrêter de peur d’échouer sur des spéculations caricaturales. 

Aujourd’hui, on peut vraiment dire que les choses ont évolué. Etre appelé « Mai-Mai » est devenu un motif de fierté alors qu’il y a peu il était dangereux d’être assimilé à eux. En effet, sous la deuxième République, les Mai-Mai étaient considérés comme des rebelles et traités comme tels. Après la prise du pouvoir par l’AFDL, le sort et la réputation de leur mouvement n’avaient pas changé malgré la participation de certains de leurs à l’œuvre salvatrice de la « libération du Congo ». Dès lors, l’on peut se demander pourquoi et comment les choses ont-elles pu ainsi évoluer. 

Pour saisir l’évolution remarquable de l’appréciation du mouvement Mai-Mai, il faut jeter un regard rétrospectif sur les péripéties politiques qui ont marqué l’histoire récente de notre pays. A la base de ce mouvement, il y a lieu d’épingler les causes lointaines et les causes immédiates. 

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Le Général de Brigade Mai-Mai Lafontaine (Beni-Lubero) au Dialogue Intercongolais de Sun-City, RSA en 2002.

Les causes lointaines 

Tout a commencé avec la déclaration de neutralité du Roi Léopold II le 1er aout 1885 qui engendra une série de traités et accords avec les USA. L’empire d’Allemagne et le Royaume-Uni. Deux croquis furent présentés et vont opposer les belligérants sur le terrain. La Belgique revendiquait l’Etat indépendant du Congo qui étendait sa souveraineté sur le territoire compris entre Bujumbura, Gitega, Kigali et Karangue, à l’Est, la Ruzizi, le Lac Kivu, la Semliki et les lacs Albert et Edouard à l’Ouest. L’occupation de ce territoire par Léopold II posera des problèmes notamment :

– la confusion sur les cartes

– les contestations créées d’une divergence des positions du 30e degré

– l’intransigeance des sultans du Ruanda-Urundi refusant de laisser une partie de leurs royaumes hors de leur contrôle

– l’occupation rapide par les Allemands de la partie Est du Lac Kivu.

Après plusieurs solutions provisoires en 1910, une réunion à Bruxelles entre la Belgique, le Royaume-Uni et l’Empire Allemand présidée par le Ministre Belge an Den Hanvel va résoudre définitivement le problème sur base de critères objectifs basés sur le respect :

–           des unités politiques indigènes

–           des espaces ethnographiques

–           des accidents géographiques.

L’élément unité politique Indigène fera du Ruanda-Urundi l’un des rares pays si pas le seul cas en Afrique à avoir hérité de ses frontières d’avant la colonisation.

            Les conséquences des conventions de 1910 sur le plan humain avaient consacré une nette distinction entre le peuplement du Ruanda-Urundi (Hutu, Tutsi et Twa) d’une part et le peuples voisins Hunde, Shi, Nande, Nyanga, d’autre part. 

Ainsi, contrairement aux frontières où les Ngbandi, Tchokwe, Bembe, etc, se sont retrouvés divisés et présents dans plusieurs états, le tracé de la frontière Est n’a pas opéré de séparation des populations de Ruanda-Urundi. Il n’a non plus empiété sur leur territoire. Après le tracé définitif des frontières, l’archiviste Vandewoud publia la composition ethnographique de la province du Kivu. L’énumération des tribus considérées comme appartenant au territoire du Congo ne reprend nulle part les ethnies Hutu et Tutsi. 

La première vague d’infiltration des rwandais arrive lors de la première guerre mondiale (1914-1918). 

Entre 1937 et 1957, la Belgique draine des populations rwandaises et burundaises au Congo comme main d’œuvre moins couteuse dans les mines, les plantations et les routes. Ces immigrés bénéficient de l’exemption d’impôts, de la gratuité du transport, de soins médicaux, de l’instruction, des matériels oratoires, des semences au détriment de des congolais compte tenu de leur statut d’originaire d’un territoire étranger.           

Ils conservèrent leur nationalité et pouvaient regagner leurs payer afin de visiter leurs familles et parents. Le mouvement est connu sous l’appellation de « Mission d’Immigration Banyarwanda » (MIB) en sigle. 

En 1959, l’ONU par sa branche du HCR installe à Bibwe (Masisi) et à Ihula (Walikale) des réfugiés Tutsi fuyant les atrocités de leurs frères et sujets hutus à la veille de l’Indépendance du Ruanda lors de la Révolution dirigée par Grégoire KAYIBANDA. 

En 1960, le Congo accéda à sa souveraineté Nationale et curieusement ces immigrés Rwando-burundais qui avaient seulement 25 ans au pays ourdissent avec leur roi Kigeri V un coup visant l’annexion au Rwanda des territoires congolais de Goma, Masisi et Rutshuru. Le complot fut heureusement découvert puis déjoué par les autorités congolaises. En 1962, une révolte des immigrés éclate simultanément à Karuba et à Kibali (Masisi) entraina la mort de plusieurs congolais. Une année après, ils déclenchèrent la guerre dite « Kanyarwanda I», celle-ci est plus longue et plus meurtrière. Elle n’épargna personne : autorités administratives locales ainsi que les populations autochtones périrent gratuitement. La force publique la réprima. 

En 1965, profitant de la rébellion qui déchirait le Congo en général ainsi que la grande partie du Kivu en particulier (Beni, Fizi, Uvira, Walikale), les mêmes Rwandais crurent que le moment était favorable pour annexer le Kivu au Rwanda : c’est « le Kanyarwanda II ». Celui-ci ainsi que la rébellion connurent un dénouement heureux grâce au nationalisme de l’Autorité et de l’Armée. 

En Novembre de cette même année-là, intervint le coup d’Etat militaire qui porta MOBUTU au pouvoir. Ce dictateur se montra un collaborateur sûr et un ami complice et un parent attentif aux problèmes des Rwandais tutsi et hutus confondus. C’est lui qui nomma à la tête de son cabinet le fameux Bisengimana Barthélemy alias Bébé dont le séjour à la Présidence de la République (10 ans) profita énormément à lui-même et à sa famille, à ses congénères hutus et tutsi et à son pays. C’est aussi lui qui dans l’ivresse des orgies arracha à Mobutu :

–           l’ordonnance-Loi no 71-020 du 20 mars 1971 octroyant en bloc la nationalité congolaise à tous les rwandais et burundais

–           la Zaïrianisation à travers laquelle il attribua les secteurs clés de l’économie aux Rwandais

–           la révision de la carte du Zaïre qui fit perdre au pays la bande de Katumba (Sud-Kivu) très riche en pétrole en faveur du Burundi.

–           Le regroupement des villages qui obligea les villageois du Kivu à libérer des espaces sur lesquels les clandestins ruandais et burundais construisirent leurs villages.

–           L’extraction furtive et suivie de la destruction méchante des services de l’Etat (Etat civil, musée national, service de sécurité) des documents d’archives sur les immigrés, les réfugiés, les infiltrés clandestins rwandais

–           La falsification de certains documents officiels en rapport avec les origines des rwandais

–           Les antivaleurs comme l’achat de conscience, les empoisonnements (Karuho), le commerce politique des filles tutsi, etc.…

Il convient également de souligner que depuis sa création l’Evêché de Goma a toujours été dirigé par un clergé rwandais ou par un congolais assimilé à eux (Rwandais).

Cet évêché a commis d’insupportables préjudices à l’endroit des autochtones. Il a longtemps servi non seulement de gite aux refugiés rwandais (hutus et tutsi) avant de les éparpiller dans le Masisi et Rutshuru, mais aussi et surtout de cache d’armes et de munitions sures, de bureau d’Etat civil où les pièces d’identité pour citoyen leurs étaient délivrées. 

Ces mêmes rôles ont été joués par la plupart des paroisses ainsi que d’autres organisations sociales et caritatives diocésaines à affluence étrangère rwandaise.

Les causes immédiates

C’est avec la Conférence Nationale Souveraine que la tension se ravive entre les immigrés rwandais et la communauté nationale.

La CNS avait confirmé la formule qui a toujours caractérisé la législation congolaise en matière de nationalité la remontant en 1885. Ceci n’avait pas plu aux immigrés rwandais qui avaient décrété la désobéissance civile et l’embrasement du Nord Kivu. Les consignes qui leur avaient été communiqués par leurs Leaders politiques regroupés au sein de la MAGRIVI (Mutuelles des Agriculteurs des Virunga), des partis politiques PANADI et DSN étaient mises en application notamment

–           L’autorité coutumière était bafouée et des comités MAGRIVI ainsi que des tribunaux populaires furent mis en place.

–           Le drapeau rwandais fut hissé partout où vivaient les Immigrés hutu au Nord Kivu.

–           Des milices constituées des jeunes de la MAGRIVI se livrèrent en cœur joie à piler des bébés dans des mortiers et avaient commencé à arrêter, tuer, violer, bruler les maisons et les champs des autochtones.

–           Des armes furent distribuées aux immigrés pour attaquer les autochtones de telle façon que la province bascula dans la violence la plus totale.

Comme on devait s’y attendre, la provocation des immigrés rwandais a vite fait de provoquer une vive réaction des autochtones Nyanga. C’est ainsi que le 20 Mars 1993 à Ntoto dans le territoire de Walikale, des affrontements sanglants commencent entre les Nyanga et les Rwandais hutu. La nouvelle se répand vite dans la province particulièrement dans le territoire voisin de Masisi où les rwandais déjà préparés à une telle éventualité lancent une attaque de grande envergure contre les autochtones hunde et Tembo. Peu après les affrontements qui, au départ se limitaient aux territoires de Walikale et Masisi s’étendent à Rutshuru et Lubero, ainsi les autochtones Nande entrent dans la danse.

Ensuite, c’est la province du Sud- Kivu qui est contaminée. Les autochtones Tembo de Bunyakiri, le Lega de Shabunda ainsi que le Bembe qui se sont toujours affrontés aux « Banyamulenge » se réveillent.

La dénomination des groupes autochtones en guerre a changé maintes fois dans le temps même dans l’espace.

Au départ à Walikale, précisément à Ntoto, on les appelait les « Katuku », à Masisi, on les appelait les « combattants », peu après quand le mouvement atteint le Nord du Nord-Kivu, on les appelait les « Ngilima » et plus tard ils sont débaptisés les « Mai-Mai ».

 

Mais qui sont donc les Mai-Mai ?

L’appellation « Mai-Mai » est à la fois ancienne et nouvelle. Ancienne dans la mesure où déjà dans les années 1960 lors de la Révolution des Lumumbistes on parlait de « Mulele-Mai »

Cette appellation signifiait que les combattants du mouvement militaire que présidait Monsieur Pierre Mulele étaient « anti balles ».

Invincibles par l’arme à feu et les cartouches au lieu de transpercer, coulaient plutôt comme de l’eau sur leur corps. Il suffisait de lancer le cri « Mulele Mai » pour que les balles tombent sans effet.

Nouvelle, cette dénomination l’est parce que le mouvement « mai-mai » est la configuration actuelle d’un groupe d’individus, au départ très réduit, qui s’est développé à partir de ce que l’on a appelé abusivement vers les années 1993-1994 « les conflits interethniques au Nord-Kivu ».

Dans leur combat, les Mai-Mai usent des pratiques superstitieuses qui les rendent invulnérables face à l’arme à feu moyennant l’observation scrupuleuse d’un certain nombre de conditions imposées par leur loge.

Le groupe de lutte est essentiellement composé des jeunes gens souvent à l’âge de scolarité qui ont tout abandonné et au prix de leur vie pour la défense de leur terroir menacé de conquête et d’annexion par les Ruandais.

En tant que phénomène social, le mouvement « mai-mai » a connu au fil du temps des grandes mutations sur le plan de sa composition, de son organisation, de sa localisation, de sa stratégie de combat et de sa dénomination. Néanmoins, quelles que soient leurs dénominations, la motivation commune de leur combat demeure la même à savoir s’opposer et résister infiniment aux assauts des immigrés rwandais décidés et organisés pour conquérir leurs terres.

Il convient de noter que le mouvement « mai-mai » a connu de l’ampleur et du renom au fur et à mesure qu’il s’étendait et que ses exploits ne pouvaient plus passer inaperçus.

Dans son expansion spéciale, le mouvement a laissé des poches de ses membres dans chaque contrée et se déplaçait au rythme des événements et des contraintes de survie de ses membres.

Ainsi, l’on constate aujourd’hui qu’il est plus rayonnant au sud Kivu qu’au Nord-Kivu d’où il tient ses racines.

En définitive, le mouvement « mai-mai » est un phénomène qui regroupe potentiellement tous ceux qui sont contre l’expansionnisme des ruandais, burundais et ougandais. Il n’y a nulle part où l’on recrute les mai-mai. Les populations qui vivent au quotidien les atrocités, les brimades, les injustices, la perfidie, la cruauté et l’ingratitude qui caractérisent les Rwandais qu’ils soient Hutu ou Tutsi n’ont pas besoin d’être recrutés pour s’autodéfendre.

Devant la défaillance, la complicité et l’incurie des gouvernants politiques du pays, la population n’avait d’autre choix que se défendre elle-même. Le mouvement mai-mai découle donc de l’instinct de survie et quoi qu’il en soit, il existera tant que les causes à sa base existeront.

Après avoir donné ces bribes de renseignements sur l’évolution du mouvement « mai-mai », on peut se demander comment le pouvoir politique congolais a traité l’émergence de ce phénomène.

 

Relations entre le pouvoir et les « Mai-Mai »

 

1.         Sous la Deuxième République

On l’a déjà dit, avant le déclenchement des affrontements de Ntoto en mars 1993, des échauffourées entre les populations autochtones et les immigrés ruandais avaient toujours eu lieu au Nord et au Sud-Kivu. Le pouvoir mobutisme ayant « assis » sa tyrannie sur sa politique de « diviser pour mieux régner » aucun effort sérieux n’a été fourni pour mettre fin aux affrontements entre les groupes antagonistes au Kivu. 

Alors que suite aux événements graves de la guerre Kanyarwanda, le gouvernement Moise Tshombe avait, en 1964, pris des mesures d’expulsion à l’encontre des rwandais responsables des massacres, les prescient Mobutu n’avait pas trouvé mieux que de promouvoir les rwandais notamment en nommant Mr. Bisengimana comme directeur de son cabinet.

Ainsi le problème des Rwandais au Kivu s’est exacerbé. Les congolais étaient soit tués soit chassés de leurs champs, des écoles des services publics au profit des rwandais qui s’arrogeaient tout le quota du Kivu. 

Les postes politiques leur revenaient et ne pouvaient y accéder les autochtones à leur solde, donc des traitres. Il est pour le moins étonnant que ces mêmes Rwandais disent aujourd’hui qu’ils étaient martyrisés par leur ami MOBUTU et qu’ils doivent être réhabilités par le nouveau pouvoir en place. Le déclenchement des affrontements à Walikale et Masisi avait même été exploité comme l’occasion pour le régime décadrant de monsieur Mobutu déchu de déverser au Nord-Kivu une grande partie de son armée pour mater les autochtones. Officiellement envoyés pour missions de pacification appelées Kimia puis Mbata, les militaires étaient en réalité un appui offert aux immigrés rwandais. 

Devant l’ampleur des dégâts sur le terrain des affrontements, le pouvoir ne pouvait plus cacher sa supercherie. Aussi, déclarait-il en janvier 1994 que le mouvement des Ngilima ; entendez les « mai-mai » était rebelle et peu après, toute la Province du Nord Kivu était décrétée « Zone opérationnelle » ou « zone rouge » ; Les expéditions qui s’en suivirent   furent un véritable carnage et c’est dans ces entrefaits qu’en août 1996 la guerre de libération du Congo « AFDL va se déclencher sans se dévoiler au départ. 

Quand la guerre de l’AFDL se précise et atteint le Nord-Kivu « les Mai-Mai » sont devant un dilemme. Ils constatent une prépondérance des Rwandais Tutsi aux commandes de l’armée AFDL.

Quand le Front Patriotique Rwandais « FPR » avait pris le pouvoir au Rwanda, tous les Tutsi qui vivaient au Congo (Zaïre) étaient volontairement rentrés chez eux, ils ont abandonné tout, vendu leurs biens, démissionné de leurs postes de travail et juré de partir pour de bon reconstruire leur pays.

Ce départ fut un grand soulagement pour les populations autochtones du Kivu.

Alors ce retour insolite de ces mêmes Tutsi pour une soi-disant libération des congolais avait créé un trouble dans les esprits des gens. Les Mai-Mai étaient catégoriques : tous les Rwandais Hutu et Tutsi quel que soit le masque qu’ils portent étaient des ennemis.

Après un rapprochement et des maints entretiens, les tenants de l’AFDL auraient finis par convaincre les mai-mai à intégrer leurs rangs en arguant que :

–           Les Tutsi de l’AFDL étaient venus pourchasser les éléments des ex-forces armées Rwandaises (ex-FAR) et les milices interamwe.

–           Les Tutsi n’avaient pas intérêt à revenir au Kivu mais ils voulaient seulement sécuriser leurs frontières.

–           Une fois leurs objectifs atteints, ils rentreraient chez eux et seuls les congolais continueraient leur lutte jusqu’à Kinshasa. Ces arguments avaient séduits certains mai-mai « qui avaient décidé d’entrer dans le mouvement AFDL jusqu’à Kinshasa.

D’autres « mai-mai » étaient restés sceptiques et avaient préféré se replier dans les montagnes du Kivu. Les choses avaient ainsi évolué jusqu’à la prise du pouvoir par l’AFDL en mai 1997.

2.         Sous le pouvoir AFDL

A l’avènement du pouvoir AFDL l’ambition majeure était non seulement de créer une armée nationale débarrassée de toute coloration des groupes dont elle était constituée mais aussi de mettre fin à toutes les milices armées suscitées par la débâcle du régime déchu.

Malheureusement, fort de leur présence massive dans l’armée et au sommet de l’état, les Rwandais Tutsi ont tout fait pour opposer le pouvoir aux mai-mai. 

C’est ainsi qu’avec la complicité de l’armée rwandaise, ils vont raser les cités de Masisi et lancer une vaste opération militaire dans le territoire de Masisi, Walikale et Lubero prétextant que le mouvement mai-mai était opposé au président de la République. 

De cette façon, ils ont tout fait pour bloquer la matérialisation de ce projet jusqu’au déclenchement de la guerre d’agression. Ce n’est qu’après que l’on se rendra compte de leur machination.

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Cmdt Mai-Mai Paluku MUHUKAMBUTO JACKSON aujourd’hui intégré aux FARDC

En conclusion

Somme toute, il y a lieu de retenir ce qui suit sur les mai-mai :

1.         Le mouvement mai-mai est une organisation spontanée de certains compatriotes des provinces du Nord et Sud-Kivu qui se battent pour empêcher les immigrants rwando-burundo-ougandais d’exterminer les populations autochtones et occuper ainsi leurs terres. 

2.         Le mouvement mai-mai est né suite aux vagues d’affrontements qui se sont déclenchés entre les populations autochtones du Nord-Kivu et les immigrés ruandais vers les années 1993-1994. Depuis lors, le mouvement s’est développé en s’étendant, sur presque toute l’étendue des provinces précitées.

3.         Les immigrés rwandais dont il est question sont indistinctement des Tutsi et des Hutu. Il ne faut donc pas croire que les seuls envahisseurs rwandais sont les Tutsi tel qu’il vient d’être démontré , les Hutu ont toujours fait et continueront à faire la guerre pour assouvir leur ambition de conquérir le Kivu. L’histoire de la région des Grands Lacs prouve que malgré leurs antagonismes génocidaires dans leur pays, les Hutu et les Tutsi sont unis quand il s’agit de défendre leurs visées sur le territoire congolais.

4.         Si l’Etat était responsable et le pouvoir politique nationaliste, le mouvement « Mai-Mai » n’aurait peut-être pas existé. Ce mouvement est la conséquence non seulement d’une accumulation des frustrations liées à la présence et à l’afflux incessant et envahissant des rwandais sur les terres congolaises du Kivu, mais aussi de l’abandon ou mieux de l’inexistence de l’Etat congolais et des complicités criminelles des gouvernants.

5.         Les mai-mai sont aujourd’hui reconnus au niveau tant national qu’international.

Sur le plan national, ils ne sont plus de vulgaires voyous. Ils sont maintenant considérés au juste titre d’ailleurs comme des patriotes organisés en comités d’autodéfense populaire « avec qui on peut collaborer contre les adversaires Rwanda-ougando-burundais.

Sur le plan international, c’est chaque jour que les radios périphériques ne cessent de scander les prouesses des mai-mai considérés comme des redoutables guerriers traditionnels du Kivu qui luttent contre les agresseurs du Congo Démocratique.

6.         Les mai-mai n’ont pas l’ambition de conquérir le pouvoir. Ils ont longtemps été mal compris par le pouvoir qui les prenait pour de fauteurs de troubles, ce qui provoquait des confrontations avec l’armée nationale.

En ce moment que la lutte des mai-mai semble être bien appréhendée, l’opportunité est belle pour créer une symbiose avec l’armée afin de bouter l’ennemi hors des frontières nationales.

7.         Contrairement à ce que d’aucuns pensent, les mai-mai constituent un groupe bien organisé, structuré et discipliné.

Il faut donc se méfier de toute personne qui s’autoproclame leur représentant à Kinshasa ou partout ailleurs en dehors du Nord et du Sud-Kivu où se trouvent les véritables responsables sans produire les preuves de son mandat.

8.         Les mêmes causes produisant les mêmes effets, une fois les Tutsi partis, plus d’un congolais se posent la question de savoir s’il est, après toutes les péripéties qui ont marqué l’histoire de notre pays sur le problème des immigrés rwandais, politiquement imaginable que leurs frères HUTU soient promus et les remplacent dans les hautes instances du pouvoir (gouvernement, entreprises et services publics de l’Etat) comme si il manquait des congolais valables. La confusion qui en découle risque de faire croire que malgré tout ce qui se passe avec les TUTSI la leçon n’a pas été assimilée.

9.         Le mouvement mai-mai, qui a certes commencé au Nord Kivu avec l’idéologie nationaliste de défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de notre pays, est en train de s’étendre sur l’ensemble des territoires occupé et est en passe de devenir véritablement un mouvement national.

10.       Le mouvement mai-mai mérite d’être encadré et aidé au lieu d’être combattu, car il ne disparaitra jamais tant que les problèmes qui ont prévalu à sa naissance existeront.

Heureusement que le président de la république agit déjà dans ce sens en promettant d’encadrer et d’armer convenablement les mai-mai qui deviendront dans son idée des forces d’autodéfense populaire (FAP). Ce qui les remettra à la place qu’ils méritent dans le combat de la libération totale et de la protection de notre pays. 

Fait à Kinshasa, le 01 Avril 1999

Pour la Communauté des originaires de Walikale

Bamwisho-Mihia

Nkuba Akili-Mali

Kamala Mwindo

Bitasimwa Bahi

Tambi Banyeme

Cet article est paru dans le journal La Tempête des Tropiques, No1173-Mercredi 7 Avril 1999, pp. 4-5-6

Retranscrit pour Beni-Lubero Online par François Nzanzu/ Kinshasa

Objectif : Mémoire d’histoire

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