L’intégralité du document sur la Commémoration du 1er anniversaire de l’assassinat du Père Vincent MACHOZI, a.a, Héros Yira.

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20 mars 2016 – 20 mars 2017 


Père Vincent Machozi: Héros Yira, Martyr de la vérité et de la justice,  Modèle de la résistance.


Thème : « Vivre son engagement chrétien et le patriotisme héroïque dans un pays sans paix à l’instar de Père Vincent MACHOZI a.a».


INTRODUCTION:  A travers notre exposé nous voudrions présenter le Révérend Père Vincent MACHOZI, prêtre assomptionniste dont la vie a été un véritable témoignage chrétien au cœur d’un pays en proie aux conflits divers. D’un esprit patriotique, Père Vincent MACHOZI a vécu son engagement apostolique dans un esprit d’abnégation en dénonçant au jour le jour les exactions perpétrées non seulement contre ses frères de communauté, mais aussi et surtout contre son pays dans sa partie Est. 


En bon berger (ou comme pasteur), il a veillé jour et nuit sur les brebis qui lui étaient confiées, en dénonçant à chaque instant: (1) le génocide dont sont victimes ses frères Yira, (2) les tentatives de balkanisation de son pays, (3) l’agression et l’occupation de la terre de ses ancêtres par les pays voisins. 
Aussi, comme Spécialiste et expert en résolution pacifique des conflits, il a tenté de rassembler les enfants dispersés de sa communauté à travers l’Association Culturelle « KYAGHANDA » dont il était le Président mondial.
Toutefois, il faut avouer qu’il n’est pas facile de vivre son engagement chrétien dans un pays sans paix… La grande tentation étant le désespoir et le découragement… Pourtant une belle occasion de vivre la radicalité évangélique: « Heureux les artisans de la paix, ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9).  
En fait, 1. Qui est père Vincent MACHOZI? 2. Quel témoignage de vie chrétienne pouvons-nous tirer de cet homme de Dieu; 3. Que nous inspire son courage, sa lutte, son héroïsme, son patriotisme…?


BREF APERÇU BIOGRAPHIQUE DU PÈRE VINCENT MACHOZI A.A

Né le 04 avril 1965 à Katolu/Vitungwe,  territoire de Beni, au Nord-Kivu;
Fils de PENGELE Léandre et de Mangarita (tous déjà morts… paix à leurs âmes), membre d’une famille de 13 enfants;
Il a d’abord étudié à Vulera (CBCA), Chefferie des Bashu, avant d’achever ses humanités littéraires à Kambali. 
En 1984: il entre chez les assomptionnistes et enseigne à Malkia wa Mbingu avant le Noviciat, le Philosophat et le théologat;
1993: il est ordonné diacre;
En 1994 : ordonné prêtre (à France) et obtient sa Maîtrise en Théologie;
En 1997: il est nommé supérieur au scolasticat de Kinshasa et enseigne dans les Grands Séminaires dont le Théologat St Octave de VULINDI/Butembo.
De 1998 à 2003: il a été Secrétaire de la Commission épiscopale au compte des religieux du Congo à CENCO
En 2003: Il a participé aux travaux préparatoires du dialogue inter-congolais à San-city duquel nous héritons la Constitution actuelle en RDC;
En 2003, Père Vincent quitte Kinshasa pour les USA à Brighton;
Là, il poursuivit ses études de théologie à l’Université Méthodiste de Boston. C’est là qu’il a amorcé les recherches sur « la gestion des conflits sur le contexte africain ». Ces recherches étaient encore en cours jusqu’au jour de sa mort.


En 2006: il crée le site web www.benilubero.com 


En août 2013, il est élu Président mondial de la communauté Yira à Kyondo (Chefferie des Bashu). 
Chers frères et sœurs, Père Vincent est resté méconnu d’un grand public congolais, y compris même de certains de ses proches et de ses compagnons. Ainsi se confirme la définition anthropologique du philosophe BIMWENYI KWISHI que nous paraphrasons en ces mots:   L’homme est une phrase qui finit par un point de suspension (…) et dont le sens se trouve dans les pointillés.
Il faut marier ce bref aperçu biographique de Père Vincent  à son vécu dans un contexte sociopolitique de son temps pour comprendre le degré de son engagement chrétien et le sens de son patriotisme héroïque.


L’ENGAGEMENT APOSTOLIQUE DU P. VINCENT MACHOZI ET SON  TÉMOIGNAGE ÉVANGÉLIQUE


Tel qu’il vient d’être insinué dans les paragraphes précédents, Père Vincent MACHOZI est un chrétien catholique, prêtre et formateur. La période de son sacerdoce a connu des moments des vagues des turbulences politiques caractérisées par:
L’agression du pays dans sa partie Est  par le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et leurs alliés ainsi que la division du pays par différentes rebellions;
Le début des séries des massacres (cas des massacres de plus de 200 personnes à Kikyo/Butembo).
La mort inopinée de Mgr Munzihirwa,  Mgr Kataliko, Mgr Charles Mbogha,… sans compter les laïcs come Lumbulumbu et beaucoup d’autres.
Mais malgré tout cela, le Père Vincent est resté un artisan de paix, un rassembleur et un conciliateur.


C’est pourquoi: 
il a offert son expertise aux travaux préparatoires du dialogue inter-congolais, 
il a sensibilisé la classe politique à l’amour de Dieu et du prochain  pour la réunification du pays et,
une fois aux USA il a créé la structure KYAGHANDA USA, pour rassembler les membres de sa communauté ethnique en vue de consolider l’unité et la promotion de la culture nande (yira): une autre voie d’évangélisation pour lui.
En fait, de Butembo à l’Europe, puis de Kinshasa aux USA, notre prêtre a vu le danger auquel son pays était exposé. Voilà ce qui a influencé le patriotisme héroïque de cet homme de Dieu.


LE PATRIOTISME HÉROÏQUE DU PÈRE VINCENT MACHOZI


III.1. Comprendre le conflit congolais à la lumière de Vincent MACHOZI
Depuis plus de vingt ans environ, la population de l’Est de la RD Congo est victime d’une violence avec une cruauté sans visage humain. Les victimes sont généralement des civils de l’Est de la RDC et, de manière particulière, ceux du Kivu et d’Ituri. Les nande (Yira) seraient la cible principale de cette violence. 


Rappelons que ce conflit a consumé près de dix millions de personnes au cours de deux décennies seulement et prend aujourd’hui une allure de plus en plus inquiétante si bien que les autochtones le qualifient déjà de « génocide » (Lire à ce sujet la lettre du Kyaghanda au Premier Ministre le 29 novembre 2014, sous la direction du Père Vincent Machozi.)
Quelle est en effet, la nature de ce conflit ?


Dans son exposé à la 6ème Conférence Internationale Culturelle, Economique et Sociale Yira « Kyondo 2013 », Père Vincent Machozi, a démontré que le conflit de l’Est de la RD Congo est une guerre: 1. économique,  2. de mondialisation menée par les multinationales et  3. d’agression et d’occupation
Une guerre économique:
La multiplicité des milices, les agressions répétitives des pays voisins, la persistance de la guerre pendant plus de vingt ans… sont autant d’indicateurs que le Conflit congolais est plus économique que politique. La guerre est devenue un autre moyen de s’enrichir à moindre effort, surtout pour les grandes puissances, peu importe le nombre élevé de victimes. 


L’on se souviendra que :


En 2007, le rapport d’International Rescue Commitee (IRC) indiquait que, ce conflit politique, social, économique et militaire dont la ligne de front se trouve à l’Est de la R.D. Congo a déjà fauché plus de 8 millions des congolais. 
Selon le comptage du même rapport, 4.6 millions des victimes du conflit congolais sont en provenance de 5 provinces de l’Est de la RDC, notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Maniema, la Province Orientale et le Katanga; le taux de mortalité du conflit congolais est de 45 000 morts par mois. 
En 2009, deux autres  rapports d’experts de l’ONU, avaient établi une liste  de 119 Multinationales et Banques impliquées dans le pillage des minerais congolais et dans l’approvisionnement en armes et munitions des rebellions et milices qui les aident dans l’extraction et le transport des minerais vers leurs comptoirs ou dépôts installés au Rwanda, en Ouganda et au Burundi. 
Ces deux rapports de l’ONU indiquent aussi que la plupart  des multinationales qui pillent les minerais congolais sont enregistrés ou basés au Rwanda ou en Ouganda, deux pays cerveaux de l’agression de la RDC. La conclusion de ces deux rapports de l’ONU est que les multinationales minières sont le moteur du conflit qui sévit en RDC depuis 1996.

C’est pour cette raison que Père Vincent MACHOZI disait souvent que ce conflit est essentiellement une guerre de la mondialisation. 


En 2010, le « Mapping report » du Haut-commissariat de l’ONU pour  les Droits Humains est arrivé à la conclusion que des actes de génocide peuvent avoir été commis contre les réfugiés Hutu et les populations congolaises à l’Est de la RDC par l’armée rwandaise et les rebellions soutenues par le régime de Paul Kagame du Rwanda entre 1993 et 2003 
La question que se posait Père MACHOZI est celle-ci: « Pourquoi, en dépit de son visible caractère politique, économique et militaire, le conflit congolais est-il souvent réduit aux conflits ethniques, guerres intercommunautaires ? » 
Une guerre de mondialisation menée par les multinationales
Selon père Vincent, le conflit congolais remplit toutes les caractéristiques des guerres de l’ère de la mondialisation, notamment, des guerres menées directement non par les Etats-nations, mais indirectement par les multinationales qui utilisent la violence sur les populations civiles pour imposer leur capitalisme sans visage humain. 


Le constat de Père MACHOZI est tel que, cet essor de la mondialisation fait malheureusement des victimes dans les Etats-Nations forcés d’ouvrir leurs portes au vent de la mondialisation à savoir: 
L’implication des multinationales en quête de la matière première; 
L’«ongéisation» de l’Est de la RD Congo 
La « victimisation des victimes ».
Une guerre d’agression et d’occupation


Père Vincent Machozi ne cessait de qualifier le cycle de violence à l’Est de la RD Congo d’une guerre d’agression et d’occupation, malheureusement sous la complicité de certains congolais. En effet, le constat de Machozi est tel que, La rébellion comme acte de désobéissance et de résistance violente interne contre l’autorité légitime ayant comme objectif un changement radical du mode de gestion ou de l’administration d’un Etat, d’une armée, etc. n’existe pas en R.D.Congo où l’on parle à juste titre de “rebelles étrangers” qui sont en vrai dire des mercenaires, des terroristes internationaux ou sans frontières.


En fait, au lieu que les activités de ces rebelles dits « étrangers » visent  le  changement de régime dans leurs pays d’origine avec lesquels ils sont supposés être en conflit (Rwanda et l’Ouganda), on constate, au contraire, que leur principale activité est l’exploitation des minerais et les massacres des populations civiles congolaises qu’ils trouvent sur leur passage en R. D. Congo.
Les agresseurs traditionnels cachent souvent leurs identités et ne revendiquent plus leurs actions. On parle bien de «rebelles ougandais », « hostiles au régime de Yoweri Museveni », mais qui ne mènent aucune attaque contre l’Ouganda. Ils attaquent la population congolaise. Ce comportement suffit pour retirer toute forme de crédibilité à l’essentiel des informations véhiculées sur ces assaillants, disait Père Vincent.
ll avait l’habitude de dire: «Nous sommes en présence d’une violence politico-militaire visant le Congo et la population congolaise de Beni-Lubero. Rien à voir avec un quelconque mouvement islamiste hostile à l’Ouganda ».  
Devant cette situation, Père Vincent n’arrivait pas à comprendre pourquoi la communauté tant internationale que nationale ne se mobilise pas encore à résoudre la question.


III.2. Engagement patriotique et héroïque de Père Vincent.


Au regard du danger et des menaces qui pèsent sur sa communauté, Père Vincent s’est engagé à:
Enregistrer au jour le jour les cas des violations des droits humains avec comme corolaire les velléités du syndrome d’agression, d’occupation du pays par les voisins et/ou de balkanisation de l’Est du pays; 
Dénoncer à chaque instant le plan d’extermination des peuples de l’Est de la RDC, à l’occurrence les membres de la communauté Yira;
Déjouer le plan de balkanisation, d’agression ou d’occupation du pays;
Interpeller les congolais, surtout ceux de sa communauté, que les groupes armés dits d’«auto-défense » sont une autre stratégie de l’ennemi. 
Voilà pourquoi il est allé introduire, au nom de la communauté dont il était président, le dossier du massacre pour exiger les enquêtes internationales, libres et indépendantes.


CONCLUSION


1. Que pouvons-nous retenir de Père Vincent MACHOZI? 
On peut travailler pour le peuple, le défendre, lui rendre des loyaux services, sans rien attendre en retour;
La vie de Père V. MACHOZI a été un véritable témoignage chrétien. Il a compris que sa mission en tant que prêtre est d’annoncer l’évangile de libération (libération spirituel et physique) 
La paix commence dans les cœurs des hommes, avant de s’étendre sur la terre des hommes;
Nous sommes certes des chrétiens, passagers sur cette terre, mais nous ne seront sauvés qu’à partir de ce que nous avons réalisé sur cette terre; notre voyage au ciel partira de la terre et l’entrée au ciel dépendra de la manière dont nous aurons vécu sur cette terre; 
Nous sommes des intellectuels, c’est bien. Mais, à quoi nos études serviront-elles à la communauté si elles se limitent uniquement au standard académique. Pourtant, nous sommes « la lumière du monde », disent les Saintes Ecritures.
Serviteur de Dieu et Soldat du peuple, Père Vincent est mort arme en main: 
Le matin du jour de sa mort, il venait de célébrer les passions du Christ (Dimanche des rameaux); 
La veille de sa mort, il venait d’alerter sur la circulation dans la région des hommes en arme aux identités redoutables; 
Quelques minutes avant sa mort, il venait d’échanger avec les chefs coutumiers locaux qu’il était en train de réconcilier en tant que Président de la communauté. 


2. Comment pouvons-nous pleurer Père Vincent MACHOZI?
Prier et plaider pour que le tribunal militaire qui instruit son dossier rende un jugement juste;
Appuyer et soutenir la famille biologique de Père Vincent qui a perdu un homme très important;
Accompagner et faciliter les avocats qui suivent son dossier au tribunal; 
Pérenniser les œuvres de père Vincent: 
Mettre à jour la liste du martyrologue sur www.benilubero.com 
Constituer un mur pour barrer la route à la balkanisation et à l’agression du pays avec l’unique arme: l’«unité »; 
Continuer le lobbying pour amener la CPI  à se pencher sur la violence à l’est de la RDC. 
Protéger nos leaders, de manière particulière, les serviteurs de Dieu car, comme l’a dit le Très Révérend Père Benoît GRIÈRE, Supérieur Général des Augustins de l’Assomption, au cours d’une interview accordée à la Radio Vaticana juste après la mort de Vincent: « Si les prêtres et les religieux sont les premiers à céder, alors le peuple va paniquer (…). L’Eglise aujourd’hui est le dernier rempart. » 
Quelques recommandations:


A la justice: de rendre un jugement digne de son institution
Aux autorités politico-administratives: de nommer le Boulevard qui mène du Rond-point SOFICOM à Bulengera, via Mutsanga « Boulevard Père Vincent MACHOZI KARUNZU » où sera érigé son monument. 


A l’Eglise: d’amorcer, dans la mesure du possible, le processus de béatification de Père Vincent Machozi;
Aux intellectuels: de s’approprier l’héroïsme et le patriotisme de père Vincent Machozi en pérennisant ses œuvres. 
Père Vincent MACHOZI KARUNZU,  « Ils nous ont tué, ils ont oublié que nous sommes des graines… »
Père Vincent MACHOZI: Héros Yira, Martyr de la vérité et de la justice,  Modèle de la résistance
J’ai dit et je vous remercie.

Pour les amis du Pere Vincent Machozi
Edgar KATEMBO MATESO
+243 997 130 838
+243 822 079 100
edgarmateso@gmail.com

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