Mangina : Un homme est condamné à mort sur la seule base d’une vision d’une voyante

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L’histoire tragique vécue au début des années 80 par un jeune homme prénommé Jean qui résidait à Home II, un des quartiers de la cité de Mangina, marqua tout le monde. Jean était le petit-fils du très renommé « vieux » Kizito alias « Mobutu », un « évolué » des années 60 selon le code colonial et raciste de triste mémoire. Vers la fin des années 70, et comme par hasard, les gens dénichèrent à Pangoya, dans le Haut-Zaïre, un site aurifère inexploité. On observa alors un mouvement de départ massif de jeunes hommes vers ce lieu où ils y exercèrent le métier de creuseurs. Plus tard, cette destination devint aussi celle des prostituées en quête d’une vie libidineuse. Mangina se vida ainsi de ses fils et de ses filles.

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Depuis Mangina, il fallait trois jours de marche à pied pour atteindre Pangoya, à l’issue d’un voyage exténuant sur une piste pleine d’embûches dans la forêt inhospitalière de l’Ituri. Les rares villages se trouvant sur le chemin servaient de gîtes, le temps d’une nuit. Et à l’arrivée, la première surprise était de voir le nombre élevé d’habitants au mètre carré ainsi que l’existence d’une « administration parallèle » mise en place par ceux qui se faisaient passer pour des propriétaires de cette carrière minière. Cette « administration » enregistrait tous les nouveaux arrivants, les installait et les formait dans le métier d’extraction artisanale d’or. 

Jean fut de ceux qui quittèrent femmes et enfants pour cette ruée vers l’or. Quelques jours avant d’emménager à Pangoya, il parvint à convaincre un de ses amis de l’y accompagner. Tous deux se munirent des bêches dans leurs « Fiat », ces sacs à dos, spécifiques aux creuseurs, pour le ravitaillement en provisions alimentaires. Après quelques mois d’exploitation infructueuse, Jean se décida de retourner chez lui, considérant que tout ce qu’il gagnait était dilapidé dans les débits de boisson ou dans l’achat de denrées alimentaires à des prix trop forts. Mais son ami ne sera pas du même avis. En fait, il venait de tomber amoureux d’une jeune femme de l’ethnie bira, séduisante et très avenante. A l’époque, les femmes du Haut-Zaïre avaient la réputation d’être des « voleuses de maris ». On racontait qu’elles envoûtaient leurs nouvelles conquêtes au point de faire oublier à ces hommes les femmes et enfants qu’ils avaient laissé derrière eux. 

Jean retourna dans sa famille, ramenant un gibier boucané et quelque tolla d’or. L’accueil lui réservé fut à la hauteur des retrouvailles. Néanmoins, quelque chose se tramait contre lui dès son retour. La famille de son ami digérait très mal qu’il soit revenu seul et qu’il se soit livré à des festivités dès son arrivée, sans se donner la peine de communiquer sur ce qu’était devenu celui qui fut son acolyte et ami intime. Plutôt que de lui poser des questions, cette famille jugea mieux de se confier à une voyante. Et ce jour-là, tout bascula pour Jean. 

En effet, dans sa vision, la voyante verra les deux amis dégager de la rivière un lingot d’or. Jean, plus costaud, se serait alors jeté sur son ami pour l’assommer afin de s’approprier le fameux « colis ». Ensuite, le corps de la victime aurait été abandonné sur la rive. Et, toujours selon la vision éclairée de la voyante, Jean se serait mis en route pour Mangina le soir même de son forfait, avec l’objectif de s’établir à Butembo pour y monter un grand commerce. Forte d’un témoignage aussi accablant venant en plus d’une voyante réputée, la famille de la victime présumée saisit la justice. 

Le commandant Kwarusu : un homme de l’Ouest qui a conquis l’Est par sa sagesse 

L’affaire fut donc portée à la compétence de la gendarmerie de Mangina, commandée par M. Kwarusu connu surtout sous le sobriquet de « Mangenda ». Ce Mukongo du Bandundu serait l’unique officier militaire que la population de Mangina eut à adopter en tant que fils du terroir, tellement qu’il était aimé pour son sens d’équité et son amour pour les gens de sa juridiction. Plus tard, Mangenda sera d’ailleurs l’un de rares Commandants à Beni-Lubero ayant gardé leurs postes à l’issue de la « libération » AFDL de 1996. En effet, ce fut la population de Mangina qui dira à l’AFDL : « Nous voulons Mangenda à notre tête, rien que Mangenda ». Et cela fut acté par les troupes de LD Kabila. Ainsi l’homme du Bandundu parvint à se faire adopter grâce à son intégration réussie dans un bastion dominé par l’ethnie Nande, un exemple riche de sens qui devrait nous interpeller… 

Que fit alors dans cette affaire ce commandant mythique? « Par mesure de sécurité », il lança un mandat d’arrêt à l’encontre du présumé coupable et Jean se retrouva ainsi dans le cachot « Angola », – du nom du pays qui se trouvait à l’époque en guerre civile opposant le MPLA au pouvoir à l’UNITA de Jonas Savimbi. Curieusement, après l’examen du dossier, le commandant Mangenda estimera que la plainte était recevable. Et il instruisit le dossier exclusivement sur le témoignage de ceux qui avaient consulté le medium. En autres termes, l’Officier de la Police Judiciaire s’appuya sur la seule base de la vision d’une femme illuminée qui, de surcroît, n’était même pas convoquée à l’audience, mais dont la famille de la victime présumée se faisait l’écho. Et pourtant, durant tout le procès, Jean ne cessait de clamer son innocence et de déclarer que son ami était encore en vie et en bonne santé à Pangoya. 

Envahi par le doute, le Commandant Mangenda délivra un ordre de mission à ses gendarmes pour qu’ils se lancent à la recherche de l’intéressé. Mais quels gendarmes pour réaliser trois jours de marche à pied, car même les vélos ne pouvaient emprunter les sentiers menant à Pangoya? M. Mangenda aligna quelques éléments indisciplinés, comme pour les punir. Au contraire, ces gendarmes transformèrent cette mission disciplinaire en mission gratifiante en prolongeant délibérément leur séjour dans ce no man’s land. Ils mirent une bonne semaine à l’aller et une autre au retour ou, pour faire court, la moitié d’un mois… 

Ils eurent ainsi le temps de visiter, au propre et au figuré, tous les villages longeant le fameux sentier menant à l’Eldorado. Ils multiplièrent en outre des arrestations arbitraires, des fouilles systématiques de passants. Tout cela, bien évidemment, à la recherche des pépites d’or. Les paysans en général, leurs chefs coutumiers en particulier, avaient l’obligation de nourrir ces gendarmes en mission, de les loger et de les faire partir dignement – « na esprit ya bien »[*] – avec boucs, chèvres, coqs, poules etc.. A l’issue d’une aussi longue mission, ils revinrent à Mangina auprès de leur Chef avec une seule phrase dans leur bouche en guise de rapport : « Nous ne l’avons pas vu, mon Commandant ! ». Mais le commandant Mangenda n’était pas né de la dernière pluie. Il apprit que ses agents s’étaient livrés au pillage sur leur parcours et qu’en plus, ils n’étaient même pas arrivés à leur destination finale, à Pangoya. 

Peiné, le Commandant s’amenda honorablement en sélectionnant cette fois-ci ses meilleurs éléments pour la prochaine expédition. Ceux-ci arrivèrent à bon port et se confièrent à l’administration parallèle, qui leur fit bon accueil et coopéra parfaitement. Les gendarmes furent conduits à la cabane occupée par la « victime » annoncée pour morte. Leurs yeux croisèrent ceux de la présumée victime qui prit peur et se sauva dans la forêt en la faveur de la nuit. Les gendarmes interrogèrent les personnes présentes qui confirmèrent qu’il s’agissait bel et bien de la personne concernée. Les braves gendarmes regagnèrent Mangina et confirmèrent l’existence de la personne, tout en regrettant qu’elle ait pu s’échapper. 

Paradoxalement, le Commandant estima qu’il n’était pas de sa compétence de dédouaner Jean ni encore moins de se prononcer sur un dossier aussi grave que celui de meurtre ou d’assassinat. Craignait-il de faire face aux réactions éventuelles de l’opinion publique? Il se résoudra alors de transférer le prévenu à Beni. Le Tribunal de Paix estima à son tour qu’il n’était pas compétent et mit le dossier en attente de jugement pour les prochaines audiences foraines du Tribunal de Goma qui siégeait périodiquement à Beni et à Butembo. L’attente était toujours longue, souvent des mois ou même des années sans comparution. De longs mois passèrent. Et ce jour-là arriva, enfin! 

Des juges « Kasaïens » impartiaux 

Il y avait du monde au Tribunal de Paix de Beni. Juges, magistrats, avocats ou défenseurs judicaires étaient omniprésents, vêtus de leurs toges noires. Ce jour-là, un procès assez particulier intéressait les habitants de Beni : celui opposant le Docteur Lukusa, Médecin-Directeur de l’Hôpital Général de Beni, à la famille de M. Mundeke, comptable à la Capaco. Le docteur était accusé d’abus sexuel sur l’épouse de M. Mundeke ; faits survenus, – selon le plaignant, – lors d’une consultation médicale dans le cabinet du Médecin. Ce fut donc une accusation d’une extrême gravité qui faisait craindre la radiation du Dr Lukusa de l’Ordre National des Médecins, si les faits étaient avérés. Il y a lieu aussi de souligner que ce médecin n’était pas n’importe qui : c’était un professionnel de santé expérimenté et très respecté dans la région. Il tenait absolument à témoigner de son innocence et surtout à laver l’opprobre jeté sur son nom. 

Ceci expliqua la présence, à la barre, des avocats d’aussi bonne facture pour la défense de ces clients importants. Les mauvaises langues disaient que c’était un combat de David contre Goliath dans la mesure où tous les juges étaient des Kasaïens, l’avocat du docteur ainsi que le docteur étant également des Kasaïens, face à M. Mundeke, natif du coin, défendu par un certain Me Fataki Luhindi, un fils du terroir lui aussi, mais inconnu du grand public. Néanmoins, il se racontait dans l’auditoire que cet avocat était « très fort » et l’on disait qu’il fit ses études en Europe. 

C’est au terme de cette plaidoirie que les gens de Beni découvrirent qu’un homme plein de talent était parmi eux, en la personne de Me Fataki. En effet, il défendit avec brio son client dans un français impeccable et non altéré par le kinande, sa langue maternelle, parsemant ses déclarations de citations, de proverbes, d’articles de code… Je ne me rappelle plus l’issue du procès, mais les juges visiblement impartiaux furent emballés par sa plaidoirie. On les voyait suspendus aux lèvres de ce jeune avocat mince qui, comme un fauve, se débattait dans l’arène judiciaire exclusivement kasaïenne, jusqu’à faire douter l’adversaire, le très puissant docteur Lukusa. 

A la question du juge de savoir pour quelle finalité la femme de M. Mundeke aurait rapporté un fait pareil à son mari, Me Fataki dira : « A la manière de Marie Magdalen qui vint se confier à Jésus pour ses péchés, ma cliente voulait soulager sa conscience auprès de son mari… » Impressionné par cette intervention, le Président mit l’affaire en délibéré et passa à l’affaire suivante, celle qui intéressait les gens de Mangina présents au rendez-vous. 

C’est ainsi que Jean fut appelé à la barre par l’imposant Président du Tribunal qui se contenta de dire : « Ministère Public contre le prévenu Kambale Musavuli, dossier MP/ ou RMP/ etc.. ». Ouvrant ledit dossier, le Président se renfrogna et dira d’emblée qu’il s’agissait d’une affaire de meurtre et que le prévenu n’était donc pas habilité à se défendre seul, le fait étant jugé très grave car pouvant amener à une condamnation à mort. En entendant cela, nous fûmes saisis d’effroi. On était tous massés sur le gradin du Tribunal mais les femmes qui nous accompagnaient se mirent à en descendre, désemparées, déséquilibrées par l’annonce faite de manière intempestive par le Président à l’ouverture du procès. Les « mamans » se mirent à même le sol, sous l’ombrage du bâtiment au pied d’un vieux palmier, en se couvrant de leurs pagnes, et prêtes à pleurer à chaudes larmes à l’annonce du verdict final. Les chapelets furent égrenés par certaines d’entre elles pour invoquer la Vierge Marie… 

Le Président demanda au prévenu de présenter son avocat. Or, il n’en avait pas. Un avocat d’office fut donc désigné. Marqué par le passage de Me Fataki qui était encore dans l’auditoire, le Président décréta : “Me Fataki Luhindi, vous êtes désigné d’office en tant qu’avocat de ce prévenu”. Il accepta volontiers et sollicita à la Cour que l’audience soit suspendue pendant environ 20 min le temps de parler à son client et d’examiner les pièces versées dans son dossier. 

Nous nous retrouvâmes ainsi autour de Me Fataki pour lui exposer en cinq minutes tout ce que nous savions de l’affaire. Inutile de vous dire que ce moment-là fut très excitant. Tout le monde voulait placer un mot pour éclairer la lanterne de l’avocat. La maman du prévenu, ses frères, sa femme, bref tout le monde voulait se faire entendre à telle enseigne que le ton monta entre les uns et les autres pour se disputer la prise de parole. Pour nous, Me Fataki devint l’ultime recours, le seul capable à sauver Jean. Il prit le soin de nous écouter sans trop poser des questions. On aurait dit qu’il enregistrait nos paroles dans sa tête. 

Après cette entrevue qui nous semblait trop courte pour gagner le procès, Me Fataki s’avança devant les Juges et consulta le dossier de Kambale Musavuli en leur possession. L’examen du dossier ne dura que trois minutes. Tout cela ne présageait rien de bon pour nous. Après quoi, il déclara au Président qu’il était prêt à défendre son client. Nous nous demandions : « Que va-t-il vraiment dire ? » Déjà, l’affaire de Jean était ce que nous qualifiions à l’époque « kusamba na barua » ou « kusamba na makaratasi » étant donné que la partie plaignante ne s’était plus manifestée dès lors que le prévenu fut transféré de Mangina à Beni. Bien évidemment, les hommes de la loi comprenaient qu’il s’agissait-là dorénavant de ce qu’ils appelaient dans le jargon judiciaire « une affaire opposant Jean au Ministère Public ». Mais les citoyens moyens de Mangina, au rendez-vous ce jour-là, cherchaient en vain à percer l’identité de celui qui se cachait derrière ce mystérieux « Ministère Public ». Nous nous disions entre nous : « Si la défense ne tient pas, Jean sera transféré à Goma pour y être condamné à mort ». 

Me Fataki Luhindi dans l’arène avec un parcours sans faute 

Le Président lut les faits reprochés au prévenu et fit part d’un réquisitoire très sévère, d’une peine de prison à perpétuité. Ensuite, il donna la parole à la défense. « Monsieur le Président, dira d’un ton grave Me Fataki, mon client n’a jamais commis ce meurtre. (Pause) Et pour preuve : Rien n’indique que son ami serait mort car aucun certificat de décès n’apparaît nulle part dans ce dossier pour confirmer ce décès. » [Le Président vérifia le dossier et constata cette anomalie]. Et Me Fataki de poursuivre : « La présumée victime vit encore car des gendarmes envoyés sur le lieu l’avaient vu, comme en témoigne le Commandant de la Gendarmerie de Mangina dans son rapport. Or, enchaîna-t-il, les gendarmes sont des agents assermentés. Ils jurent sous serment de dire la vérité, rien que la vérité. » [Le Président consulta à nouveau le dossier et le passa au Juge assis à sa droite]. Et Me Fataki, plein de zèle, de conclure en beauté : « Je demande la libération immédiate et sans condition de mon client ». 

Nos yeux s’écarquillèrent et nos esprits furent éclairés. Les arguments développés par notre avocat étaient inattaquables, bon sang ! Pendant que Me Fataki argumentait, il était intéressant de voir comment les juges étaient impressionnés. Rappelons que le dossier lui fut remis à peine 20 minutes plus tôt et voilà qu’il le défendit comme s’il y avait travaillé toute la semaine ! L’affaire fut mise en délibéré et, aussitôt après, le verdict tomba. C’était ça aussi la particularité des Juges qui venaient de Goma dans le cadre du Tribunal de Grande Instance ; leurs verdicts tombaient le jour-même ou le lendemain. Jean, notre frère Jean était libre! un homme libre! oui, libre, mon Dieu! 

Nous nous approchâmes de Me Fataki pour le remercier sincèrement et pour lui demander de nous fixer sur la hauteur des honoraires à lui payer. Il nous surprendra en nous informant qu’il fut réquisitionné par l’Etat dans cette affaire et que nous n’avions rien à payer. Mais Jean lui dira : « Notre tradition nous recommande en pareille circonstance d’offrir au bienfaiteur ‘une chèvre qui marche’ ». Et de promettre de la lui apporter prochainement. Je ne sais pas s’il réalisa sa promesse. 

Retour triomphal à Mangina 

En se réveillant pour comparaître ce matin-là, Jean n’imaginait à aucun moment qu’il serait libéré. Pour lui, c’était la routine : il serait interrogé et sans plus. Au pire, il s’attendait à son transfert pour la prison de Munzenze à Goma, une option que nous redoutions tous car Munzenze ou « Ngwathano », en kinande, c’était le synonyme de la mort. Là-bas, nous disait-on, les noms de prisonniers étaient réduits à un simple numéro de dossier. Cette libération fut fêtée d’abord à Kanzuli-nzuli où Jean fit halte avant de poursuivre sa route pour Mangina le lendemain. Sa famille et beaucoup de voisins vinrent spontanément lui souhaiter la bienvenue. Ce fut pour lui comme une renaissance. 

La tragédie change de camp 

Plus tard, Jean tomba brusquement malade vraisemblablement des suites de mauvais traitements subis dans les différentes geôles. Il mourra aussitôt après, laissa quatre enfants et une femme éplorée. Tout ceci à cause d’une vision prétendument éclairée faite par une voyante. Mais aussi d’une gendarmerie qui trouva le dossier recevable. D’un Tribunal de Paix qui n’exploita pas en son temps le dossier lui transmis par le Commandant et qui garda une année entière en prison un prévenu qui fut innocenté dès sa première comparution à l’audition foraine du Parquet siégeant à Beni. Il y a quelque part une dette de sang chez les uns et les autres. 

Jean ne devait pas nous quitter. Mais ce qui fut très mal vécu par la famille du disparu, ce fut le silence coupable de son ami. Il est vrai que les creuseurs changeaient d’une carrière minière à l’autre au gré des rumeurs de résultats obtenus dans ces sites. Après Pangoya, on vantait la carrière de Tindika vers Mambasa et plus tard celle de Opienge. Quel que fût l’endroit où il se trouvait, l’ami du pauvre Jean ne daigna pas quitter sa dulcinée de femme bira. Pourtant, il aurait suffi qu’il vienne juste témoigner de son « existence » pour que son ami soit libéré. Mais c’était sans compter la peur qui le tenaillait, lui qui se disait activement recherché par la gendarmerie de Mangina. Voilà comment la tragédie changea de camp : ce fut donc Jean qui nous quitta dans la fleur de l’âge tandis que celui qui était déclaré mort continuait à vivre paisiblement quelque part dans le Haut-Zaïre. C’est ça aussi les réalités de la vie. 

Kasereka Katchelewa

Aisy-sur-Armançon, France

©Beni-Lubero Online 

[*] « Na esprit ya bien » ou « na esprit ya calme » : expressions lingala très usitées par des militaires sous le régime de Mobutu dans les années 80 et signifiant « de bon gré », « de bon cœur ».

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