Mémorandum des Populations de Vuholu et de Masereka

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REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

PROVINCE DU NORD-KIVU

POPULATION RESSORTISSANTE DE MASEREKA ET VUHOLU

RESIDANT EN VILLE DE BUTEMBO

 

 MEMORANDUM DES POPULATIONS DE VUHOLU ET DE MASEREKA ADRESSE À L’HONORABLE GOUVERNEUR DU NORD-KIVU À GOMA

 

 Transmis copie pour information à :

 

–          Son Excellence Monsieur le Ministre de La Défense Nationale et Anciens Combattants

–          Son Excellence Monsieur le Ministre des Affaires Humanitaires

–          Son Excellence Monsieur le Ministre Provinciale de l’Intérieur

–          Honorable Président de l’Assemble Provinciale du Nord-Kivu

–          Son Excellence Monsieur le Ministre Provinciale de l’Intérieur

–          Son Excellence Monsieur le Ministre National de l’Environnement

–          Monsieur le Général Chef d’Etat major de la 8è’me Région militaire en Province du Nord-Kivu

–          Honorable Administrateur du Territoire de Lubero

–          Honorable Maire de Butembo

–          Monsieur le Directeur Provincial de L’ICCN à Goma

–          Monsieur le Conservateur du PNVI / station de Mutsora

–          Monsieur le Conservateur du PNVI / station de Rwindi

–          Monsieur le Chef de Bureau de la MONUSCO/ Butembo

–          Monsieur le chef de Bureau del’UN OCHA/ Beni

 

–          Monsieur le Chef de Bureau de l’UNHCR/ Section de Beni

 

HONORABLE GOUVERNEUR,

 

Nous, population de Butembo ressortissante de Masereka et Vuholu, arrivons devant votre auguste personnalité par le biais de cette correspondance, afin de condamner les tribulations dont sont victimes nos populations habitant les villages de KAGHULI, MBENE, KATOLO-KISANGA, MIRINGATI, MURAMBA.

Depuis fin juillet 2010, la population de KAGHULI a vu un groupe d’hommes armés, dits       mai-mai, ayant à la tête un certain major MUHAMBALYAKI s’installer en localité KAGHULI sans explication. Ce groupe a fait subir aux populations des sévices inimaginables au nombre desquels nous enregistrons l’extorsion, le vol des bétails, l’occupation illégale des maisons des particuliers, les travaux forcés, etc.

Pire encore, les combattants de ce groupe se sont installés dans les bâtiments de l’Institut KAGHULI pendant toute la période des vacances et, ironie du sort, jusqu’à la rentrée scolaire. Ici ils ont pillé les biens de l’école, à en croire le rapport du Préfet dudit Institut adressé au Représentant Légal de la Communauté Baptiste au Centre de l’Afrique (CBCA) dont copie nous a été réservée. Ils ont utilisé les meubles de l’école comme bois de chauffage et détruit les infrastructures de l’école.

Un deuxième groupe des mai- mai commandé par un certain Colonel ALI est venu plus tard sous prétexte qu’il venait rechercher le premier, afin de le rapatrier vers leur lieu d’origine et libérer ainsi la population des actes exécrables auxquels il la soumettait.

Quelle n’a pas été la surprise de la population constatant que le groupe de ALI s’est aussi installé en localité VULAMBO sans explication !

Dorénavant, les populations de KAGHULI et de VULAMBO virent leur destinée subitement gérée par deux escadrons de la mort qui se substituèrent à l’autorité étatique. Alors, ils ont redoublé leurs actes de vandalisme : pillage des biens de la population (plus de 1000 chèvres consommées, biens domestiques, denrées alimentaires), occupations des maisons, enrôlement des enfants de moins de 15 ans à KAGHULI et à KATOLO travaux forcés, amendes exorbitantes et injustifiées.

Ils auraient coulé 230 étangs piscicoles et consommé des milliers de poissons que ceux-ci contenaient à KAGHULI, ils pêchent les poissons dans les étangs à KATOLO et les vendaient à leur propre compte. Ces éléments sèment la terreur et la désolation dans les villages et les villageois appellent de tout leur cœur l’arrivée des forces armées congolaises pour les libérer. Celles-ci sont arrivé plus d’une fois, mais n’ont jamais atteint l’objectif attendu par la population.

En effet, la population ne connaissant pas les stratégies militaires, se dit n’avoir jamais vu d’affrontement digne de ce nom, qui soient de nature à chasser définitivement les mai-mai de la contrée.

Conséquence, les populations se sont déplacées, d’une part, parce que n’en pouvant plus avec les peines leur infligées impunément par les mai- mai, d’autre part craignant d’éventuelles attaques des FARDC, car elle espère vivement que les FARDC viendraient un jour déloger ces inciviques tortionnaires.

Nous avons visité ces déplacés à MASEREKA, KITSIMBA, NGITSE, KILALO, MAGHERIA. A la date du mercredi 13 octobre 2010, et nous avons constaté ce qui suit : 

Au centre MASEREKA :

–          2260 ménages enregistrés avec en moyenne 6 personnes par ménage

–          180 écoliers venaient d’être dans une école créée pour les déplacés et qui fonctionne dans les après-midi dans les bâtiments de l’EP VWERUKA. Précisons ici que jusqu’à l’heure où nous rédigions ce message, aucune école n’a ouvert ses portes à Kaghuli, Mbene, Vumbo, Katolo, Muramba, où d’ailleurs les Garde-Parc ont incendié l’école.

–          47 écoliers sont inscrits à l’EP VUWAMI

–          45 écoliers sont inscrits à l’EP KITSIMBA

–          40 écoliers sont inscrits à l’EP VWERUKA

–          50 écoliers sont inscrits à l’EP ITUNDULA

–          50 écoliers sont inscrits à l’EP MASEREKA

Sans connaître les chiffres de l’EP KILALO et l’EP KASUNGU 

Au centre MAGHERIA :

–          36 ménages avec au total 56 personnes

–          10 élèves sont inscrits à l’INSTITUT MAGHERIA

–          10 écoliers sont inscrits à l’EP MAGHERIA

–          6 écoliers sont inscrits à l’EP JERICO

Il est important de retenir qu’à MASEREMA, lieu actuel de refuge des Vaholu, les mois de juillet, d’août, de septembre, d’octobre et de novembre constituent une saison culturale pendant laquelle il n’y a dans les champs que des cultures qui ne font que germer. Pas de récoltes dans les champs. En pareille période, les habitants de Masereka se ravitaillent à Vuholu. Paradoxalement, c’est à une telle période que l’insécurité a forcé les Vaholu à fuir vers Masereka, une contrée inhospitalière sur le plan alimentaire.

 Les besoins des déplacés sont donc énormes :

 Pas de nourriture : aucune aide dans ce sens n’est encore arrivée

  1. Pas d’ustensiles de ménage
  2. Pas de logis suffisants, de lits et de couvertures pour se protéger du froid, Masereka étant une région réputée pour son froid cuisant et donc inhospitalière pour des gens qui viennent des régions très chaudes.
  3. Pas d’objets classiques pour les écoliers et élèves et pas de fournitures pour faire fonctionner l’école pour enfants déplacés.

Conséquences, 70% des personnes hospitalisées dans les structures sanitaires de la place seraient des déplacés. Par ailleurs, jusqu’au mercredi 13 octobre 2010, le comité chargé de l’enregistrement des déplacés déplorait deux morts parmi ceux-ci.

Dans un autre registre, nous évoquons la situation du village de Muramba où les Garde-Parc ont incendié toutes les maisons des habitants et leurs pirogues.

Depuis leur installation à MURAMBA, nous enregistrons à leur compte les affres ci-après, qui outrepassent leur mission régalienne :

  1. Incendie des vivres déjà récoltés par les populations et stockés dans des cases de fortune dans les champs ;
  2. Incendie des maisons ;
  3. Vol de plusieurs tonnes de café des populations entreposé à la plage de Muramba ;
  4. Interdiction d’accès aux champs pour récolter les vivres ;
  5. Destruction méchante des cultures dans les champs ;
  6. Torture des personnes appréhendées sur le chemin MURAMBA-KYAVINYONGE ou dans les champs ;
  7. Asphyxie de la population de KYAVINYONGE par la fermeture du chemin MURAMBA-KYAVINYONGE ;
  8. Viol des femmes surprises dans les champs ou sur le chemin MURAMBA-KYAVINYONGE. Ici les statistiques des femmes violées seraient disponibles aux Centres de santé de Kyavinyonge et de Katolo .

Honorable Gouverneur, au juste de quoi punit-on la population du Graben ?

Le mal a tellement duré, il a dépassé le seuil du supportable. 

Honorable Gouverneur et toutes les Autorités qui nous lisez en copie,

Veuillez rendre à la population du Graben le goût de vivre,

Veuillez lui rendre la joie d’être née au Congo,

Veuillez lui rendre la fierté d’avoir élu,

Et par-dessus tout, veuillez lui rendre le droit à la vie en la tirant des griffes des malfaiteurs.

Nous gémissons de voir nos frères et sœurs, nos parents et fils être lésés dans leurs pleins droits d’hommes nés libres.

Recommandations

–          Déloger rapidement les mai-mai des villages qu’ils occupent afin que les populations regagnent leurs milieux de résidence permanente ;

–          Apporter aux déplacés de l’aide (alimentaire d’abord, ensuite)

Et pour tous ces actes inhumains dont sont victimes nos populations, nous demandons que justice soit faite.

 

Fait à Butembo, le 17 octobre 2010

 

Les signataires (Voir liste en annexe)

  Memomaserekasignatures00

©Beni-Lubero Online

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