RDC: Le président ougandais choisit le camp à soutenir

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colonel Tusiime de la Police Ougandaise (à gauche), Antipas Mbusa Nyamwisi (à droite)

L’arrestation à l’aéroport international d’Entebbe, en Ouganda, de l’honorable Antipas Mbusa Nyamwisi, le dimanche 08 octobre 2017, a été un incident largement bénéfique, en ce sens qu’il a aidé les opinions à découvrir clairement la position du gouvernement ougandais face aux tractations politiques en cours en République Démocratique du Congo. Les soins qu’a pris l’officiel ougandais pour secourir et protéger Monsieur Mbusa, symbolisant ici toute l’opposition politique congolaise, sont à considérer comme un signal fort de Kampala dont la bonne volonté en faveur du peuple congolais en lutte d’auto-libération ne convainquait jusque-là personne. En effet, le commandant de la police de l’aéroport d’Entebbe, le colonel Tusiime, avait arrêté et détenu de 22 heures à 02 heures et demi Monsieur Mbusa Nyamwisi qui était en transit lors d’un voyage de ses affaires privées. Le comportement suspect de cet officier de la sécurité ougandaise à l’aéroport d’Entebbe a suscité tant d’interrogations au sein de l’officiel ougandais. Car le colonel Tusiime a catégoriquement refusé d’exécuter l’ordre de libération inconditionnelle que la présidence a dû intimer en faveur de l’honorable détenu, jusqu’à ce qu’un officier de la sécurité présidentielle descendît en personne à l’aéroport pour arracher Monsieur Mbusa de la gueule qui soufflait sur lui la vapeur d’un complot mortel.

Les autorités ougandaises ont réellement été bouleversées par le défi qu’a affiché l’officier de la Police de l’aéroport, le colonel Tusiime, jusqu’à s’interroger « pour quel régime travaille-t-il », quand il peut brandir le courage de refuser les ordres du Président de la République. C’est pourquoi, la présidence a aussitôt ordonné des enquêtes minutieuses auprès des services concernés de près ou de loin par cet événement.

Le colonel Tusiime et son équipe de travail ont été immédiatement mis en détention. Personne d’entre ces prévenus n’a été capable d’indiquer l’origine de l’ordre d’arrestation de Mbusa; toutes les autorités locales ignorent les mobiles réels de cet indicent. Néanmoins, un top officier de sécurité intérieure ougandaise a livré à BLO que les enquêtes préliminaires ont dévoilé un plan ayant visé à l’enlèvement de l’honorable Mbusa et à l’extrader secrètement, à l’insu de l’officiel, à ses bourreaux au pouvoir à Kinshasa. D’où, la présidence a déduit que les services de sécurités du pays sont infiltrés au service des agents secrets étrangers qui restent à identifier.

Pourquoi l’Ouganda prend-il position en faveur de l’opposition congolaise?

Le président Museveni tient à préserver les acquis de son pays sur le plan développement, stabilité et sécurité. Cette préoccupation est à la base de sa détermination à accorder une tolérance zéro à tout facteur déstabilisateur dans la sous-région en général et sur ses frontières en particulier. Le président ougandais est convaincu que la stabilité de la RDC devrait être d’un grand intérêt pour l’Ouganda, et que cette stabilité exige impérativement le changement du régime actuel au pouvoir à Kinshasa. Voilà la principale raison qui justifie la sympathie de Museveni en faveur de l’opposition politique congolaise, dont l’honorable Mbusa Nyamwisi représente une figure emblématique. En quoi consiste, en détail, les raisons du souhait de changement en RDC en vue d’y avoir une stabilité durable?

1/ L’Ouganda, dans sa partie ouest, partage une frontière commune avec la RDC sur une distance d’environ 700 kilomètres, comparativement au Rwanda qui n’a qu’une frontière de quelques kilomètres avec le Congo, dont la plus grande partie est située sur le lac Kivu et la rivière Ruzizi. C’est pourquoi, l’Ouganda craint à juste titre que l’instabilité et l’insécurité à l’est de la RDC ait toujours un impact négatif sur son territoire aussi bien sur le plan sécuritaire que sur le plan économico-social.

2/ Sur le plan sociologique, l’Ouganda et la RDC, dans leurs parties limitrophes communes, sont habités par les mêmes ethnies: les Yira sont dans Beni-Lubero (RDC) et à Kasese (Ouganda); les Hema sont en Ituri (RDC) et leurs frères Batoro à Kabarole (Ouganda); les Alur peuplant le territoire de Mahagi (RDC) sont les mêmes qui couvrent les Districts ougandais de Zombo, Nebbi et Junam; il en est de même des Lugbara en territoire d’Aru (RDC) et dans le district d’Arua en Ouganda. Tel est aussi le cas des Kakwa dans la même région.

3/ Sur le plan économique, l’Ouganda recouvre de vaste intérêt dans ses échanges commerciaux avec l’est de la RDC. Cette dernière fournit au pays de Museveni du bois, de l’huile de palme, du café, des minerais (commercialisation de l’or, du coltan etc.). Entretemps, l’est de la RDC constitue un déboucher de très grande importance aux produits manufacturés en Ouganda. Le pays du président Museveni connait un essor industriel considérable rangé dans le cadre du manifeste de NRM qui est le parti au pouvoir depuis 1986. L’Ouganda ne voudrait pas avoir des voisins parasites pouvant potentiellement freiner l’élan de son progrès économique et social.

4/ Sur le plan politique et diplomatique, l’Ouganda est un pays en stabilité depuis au moins trente ans. La RDC est son voisin le plus important en densité. Kampala ne saurait tolérer qu’un régime continue à fabriquer des faux ADF (faux rebelles ougandais) à l’est de la RDC, et/ou qu’un président se transforme lui-même en terroriste contre sa propre population (cas de Joseph Kabila tel qu’on l’observe à Beni, au Kasai, à Uvira etc.), entrainant par ce fait la déstabilisation de toute la sous-région. D’où, ces constats négatifs au sujet de la RDC de la manière suivante: de nos jours la CEPGL qui avait vu le jour sous l’initiative de l’ex-Zaïre n’existe que de nom à cause de la faillite de la RDC (ex-Zaïre) considéré pourtant comme son principal moteur de pilotage; pareillement la RDC manque gravement à jouer son rôle au sein de la SADEC, la CIRGL, la CEEAC (Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale) etc.

Aujourd’hui, la RDC se trouve comme un véritable parasite au sein de toutes les communautés régionales dont elle fait partie, paradoxalement à ses potentialités socio-économiques, l’immensité et la densité de ses ressources naturelles, qui seraient une source rassurée d’espoir pour ses voisins de la sous-région et pour toute l’Afrique.

De toutes les façons, si l’Ouganda peut manquer d’imposer son tempo sur l’entièreté de la RDC, il le réussira ne fût-ce que dans sa partie de l’est où les populations congolaises rattachent leur intérêt plutôt vers l’Ouganda, dont elles jouissent des bienfaits de prospérité économico-sociale à satiété. En effet, il faut non seulement considérer le fait que le vocabulaire « famine » est déjà raillé du langage ougandais, mais encore s’étonner des contrastes impressionnants observés le long de la frontière commune de ces deux pays comme suit:

– Du coté ougandais: tous les cinq grands postes frontaliers ouvrant sur la RDC (Bunagana, Ishasha, Mpondwe, Nebbi (Goli) et Vurra (Arua) sont caractérisés par la disponibilité des routes bien asphaltées, l’adduction d’eau potable, une fourniture permanente de l’électricité, des structures sanitaires satisfaisantes, une disposition des technologies de communication les plus récentes dont le fibre optique etc.
– Du coté congolais: pas d’infrastructure routière viable, pas d’eau potable, pas d’électricité, pas de structure sanitaire satisfaisante (les congolais de la frontière ougandaise préfèrent fréquenter les hôpitaux ougandais où ils sont soignés à un prix raisonnable et même quelque fois gratuitement, en profitant des techniques et technologies modernes de la médecine); du point de vue communication, la nouvelle technologie telle que le fibre optique demeure un rêve dont personne n’imagine la réalisation etc.

Face à une telle réalité, qui douterait encore que le président Museveni ait de leçon à donner pour corriger Kabila et son système politique? D’ailleurs ce dernier n’est qu’un disciple du premier, malheureusement il est ce disciple qui s’est comporté en rebelle contre son maitre, car il n’a jamais accepté d’appliquer la stratégie de « travailler pour la prospérité de la Nation et l’élévation du niveau de la population » comme moyen privilégié de conserver le pouvoir le plus longtemps possible, tel que ses parrains politiques ont voulu l’y initier. Il a plutôt choisi la voie de prédation…

Gilbert MUSIENENE KATSUMBANO
Analyste correspondant de BLO

©Beni-Lubero Online.

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