Symbole de Kyaghanda Yira Photo BLO, par Georges NOKO

Tragédie de Beni : Un témoignage extrêmement douloureux

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Mon nom est Yannick Musafiri. Je suis originaire de Beni-Lubero en RDC. J’ai 2 frères et une sœur.
Une nuit alors que j’avais 9 ans, des miliciens ADF/NALU ont fait irruption dans notre domicile. Ils ont tout pris chez nous et ont demandé à mon père et ma mère de faire l’amour devant nous.
Mon père a refusé. Il leur a dit: « vous m’avez déjà tout pris. Ne laissez pas mes enfants voir ce spectacle ».
Devant le refus de mon père, ils ont pris ma mère et ma petite sœur de 4 ans devant nous…
Imaginez près de 11 militaires se relayant sur ma mère et ma petite sœur.

Nous assistons impuissants à ce spectacle bâillonnés et ligotés. Ma petite sœur pissait du sang et ma mère criait de toute ses forces. Mais dehors aussi, c’était des scènes de massacre à grande échelle. On coupait des gens avec des machettes, on égorgeait des femmes et des enfants, etc. Les gens pleuraient, criaient, etc. Mais ni l’armée ni la police ne venaient à notre secours.

Après leurs forfaits, un des milices tira à bout portant sur mes deux frères et me dit de tuer mes parents, mes propres parents.
Le corps de ma petite sœur trainait déjà inerte sur le sol baignant dans le sang. Ses yeux sont restés grands ouverts.
Ils m’ont mis une kalachnikov entre les mains mais j’ai refusé de la toucher. Alors un de chef qu’ils appelaient Chaka pris mes mains qu’il enroula sur les siennes et les bloqua sur la kalachnikov. Il tira à travers mes mains sur mes parents.
6 rafales ont suffi. Ma mère déjà affaibli par le viol tomba la première puis mon père. Il pris un grand coup d’air après la 6e rafale puis tomba à terre. Ses yeux sont restés grand ouvert.
Ces gens ont pris ma vie, ma famille…
J’aurais bien voulu que ça soit un rêve mais ça ne l’était pas.

Ils m’ont pris de force et après leur carnage me conduisit ainsi que d’autres enfants dans le territoire des Azande entre la RDC et le Sud Soudan.
On nous droguait, nous endoctriner des idéologies sorties tout droit des religions chrétiennes et islamiques sur la dépravation de la société moderne et notre rôle en tant que gardien de valeurs et de la morale. Nous devions rétablir l’ordre en combattant le gouvernement Ougandais et son complice congolais.
On tirait sur les photos de Museveni et de Kabila pour s’entrainer, parfois sur des prisonniers attachés.
On nous les présentait comme les véritables causes de la mort de nos parents et de nos familles.
Ils nous ont ensuite imbibés d’un mélange composé d’huile de palme, des os des chimpanzés, etc. Qui selon eux, nous conférera le pouvoir et empêchera les balles de nous atteindre.
Il y avait plusieurs enfants de mon village et d’autres venus des villages avoisinants. Chacun avait son histoire..
La mienne était celle d’avoir tuer mes parents…

Après notre formation, nous avons mené des opérations et razzias en RDC, en RCA et au Sud soudan.
L’idée était de ne pas laisser des témoins derrière nous.
Nos commandants avaient une peur bleue de la CPI et de son tribunal.
Voici notre mode opératoire : on ciblait un village et la nuit on y pénétrait avec armes et machettes.
On massacrait les gens, on les égorgeait puis on emportait tout: nourriture, habits, vélos, etc. Et après on brûlait le village.
De fois nous avions des escarmouches avec les armées régulières ou les milices d’autodéfense comme le Raïa Mutomboki.
Curieusement, nous recevions nos armes des généraux congolais, ougandais ou même sud soudanais. Ils venaient la nuit nous livrer des armes moyennant des diamants, coltan et autres minerais que nous obtenons en attaquant des gisements et des comptoirs.
À 15 ans, je fus très aguerri et je suis devenu un commandant avec plus de 20 personnes sous ma responsabilité. Je passais des jours sans manger mais me droguais, fumais. La kalachnikov était devenue ma seule amie. L’odeur des douilles me rappelait un bon parfum. Je tirais pour tuer: civils, militaires, enfants, vieux, etc. Ça importait peu.

Un jour, lors d’une opération de routine en Centrafrique, des rebelles Seleka nous prirent par surprise et tirèrent sur nous. 4 hommes moururent sur place et moi je fus touché à la jambe gauche.
Au lieu de m’évacuer, je fus abandonné en pleine forêt par mon commandant.
J’attendais au loin une de mes camarades criait: Yannick atikali ( Yannick est resté) mais mon commandant répondu:  » il est déjà mort, oublie-le. »
Je suis resté seul. Le monde autour de moi se refermait. J’attendais les bruits de pas des rebelles de la Seleka autour de moi. S’ils me prennent s’en est foutu de moi.
Pour la première fois, j’ai Pensé à mes parents, mes frères et ma sœur.
J’avais perdu tout espoir mais mon père m’apparut comme dans un rêve et me dit: mon fils tu n’es coupable de rien, tu dois vivre pour nous tous. Et j’ai vu mes parents et mes frères réunis à nouveau.
Cela me donna de force, je me suis levé et puis j’ai tiré quelques rafales en l’air. Ce qui éloigna les selekas près de moi.
J’ai traînais toute la nuit et je suis arrivé vers 05h00 dans un village qui s’appelle Mpio. J’ai enlevé tous mes effets militaires et même mon arme. Puis je suis entré au village.
J’étais à 16 ans comme tout garçon de mon âge sans compter mes faits d’armes: tueries et massacres et mon pied qui saignait malgré le garrot. J’ai pris la vie des gens. J’en devais aussi la mienne.
On me reçu au village et puis le chef me conduisit dans un centre de santé mobile de l’ONU qui n’était pas loin. Ils m’ont soigne et comme enfant soldat, ils m’ont conduit dans un centre de réadaptation à Bangui, la capitale.

Le bureau des nations unies pour le droit de l’homme intéressait par mon parcours me demanda après ma réadaptation a raconté mon histoire au monde pour aider les autres enfants soldats.
Ainsi je fus conduit à New York, siège de l’ONU, à Genève, à Stockholm, à Singapour, etc.

À l’âge de 19 ans, je fus nommé encadreur dans un programme d’intégration d’enfants soldats au sud Soudan.
J’ai vu beaucoup de mes anciens compagnons d’armes. Beaucoup ont perdu des bras, des jambes, des yeux, etc.
La nuit, je rêve de fois de ma famille, des parents, mes frères et ma sœur. Mais les mots de papa continuaient de tourner dans ma tête :  » tu dois vivre pour nous. »

Témoignage de Yannick Musafiri
Reçu de La Voix du Congo

©Beni-Lubero Online.

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