12 Secrets des Pygm

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Pygmées d’Eringeti (Beni)

Préoccupé par les massacres actuels des populations de la province du Nord- Kivu, un ami de Beni-Lubero Online est allé chez les pygmées dans les campements de Bandulu, localité Etaitu, Territoire de Lubero, à 60 Km de Manguredjipa et d’Eringeti, Territoire de Beni, à 30 Km de Oïcha, pour s’enquérir de secrets de leur survie dans une province et un pays où des peuples entiers craignent de disparaitre par le fait des guerres d’agression et des conflits ethniques.
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Nous appelons campements les agglomérations des pygmées, car il n’est pas approprié de parler de villages, étant donné qu’ils sont nomades ou semi-nomades, toujours prêts à quitter un emplacement qui ne remplit plus les conditions minimales de vie.
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Nous allons donner sans ordre d’importance ce que nous appelons secrets des pygmées pour survivre dans un Congo en guerre. Nous disons bien survivre, car la survie n’est pas la vie. Si les pygmées ont toujours échappé aux conflits meurtriers qui secouent le Congo, on peut se demander si leur stratégie d’évitement leur portera toujours bonheur. Loin de nous de recommander le nomadisme des pygmées pour résoudre les conflits terriens qui secouent la région des Grands Lacs, mais leur approche de la vie et de la nature peuvent nous aider à surmonter certaines de nos pesanteurs.
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1. La Terre est un bien commun. Bien qu’ils soient les premiers habitants du Congo (Aveyivwaho comme diraient les Nande), les pygmées n’ont pas mis des noms ni des bornes cadastrales sur la terre qui, pour eux, est éternelle, vaste, appartenant à tous et à chacun, etc. Bien avant ce qu’on appelle aujourd’hui, l’ère de la mondialisation, les pygmées ont toujours été des citoyens libres, des citoyens du monde, des citoyens sans frontières, etc. A ce titre, le Congo peut apprendre d’eux comment vivre dans ce monde globalisé qui en appelle à l’abolition des frontières (comme à Kahemba, au Kivu), et à un marché libre où seul le plus fort ou le plus adapté prospère.
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2. Le nomadisme et l’adaptation de pygmées aux circonstances changeantes de la vie leur évitent des conflits terriens, ethniques, frontaliers, etc. Très souvent chassés de chez eux par les ethnies sédentaires qui ravissent leurs terres, coupent leur forêt, essaient de détruire leur identité culturelle, les pygmées sont les plus anciens déplacés de la R. D. Congo. Malgré cela, ils n’ont jamais initié une guerre contre les sédentaires. Au contraire, ils se réorganisent toujours, et n’ont jamais fait appel à l’ONU ou au HCR pour assistance, évitant ainsi de moisir dans des camps de déplacés ou de refugiés, etc.…Par leur esprit d’adaptation à des nouvelles conditions de vie, ils ont toujours survécu aux catastrophes naturelles, aux guerres, aux génocides qui ont secoué la région des Grands Lacs. Leur nomadisme que certains considèrent comme une fuite devant les difficultés, leur a permis de survivre au génocide belge au Congo pendant l’époque coloniale, aux rébellions de 1960-1965, au 32 ans de dictature de Mobutu, aux massacres de hutus et des congolais sous l’AFDL, à l’agression Rwando-Burundo-Ougandaise, au cannibalisme de J.P. Bemba, aux violences sexuelles par les FDLR, des Rastas, et des casques bleus de la Monuc, au génocide des kivutiens perpétré par les brigades mixées de Nkundabatware, etc.
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3. Le pacifisme, la non-conflictualité comme voie de survie des minorités. Si vous êtes minoritaires, sans force, sans pouvoir, soyez pacifiques. N’ayant aucun conflit armé avec les tribus sédentaires environnantes, les pygmées par leur pacifisme et leur non-conflictualité donnent aux congolais une leçon de bon voisinage, surtout pour ceux qui se disent ethnies minoritaires en voie d’extinction. Le pacifisme est le remède contre la peur paranoïaque d’être éliminer par les ethnies majoritaires.
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4. Les pygmées vivent dans et de la forêt, comptent sur eux-mêmes, sur les talents de la communauté pour vivre. Pourchassés par les sédentaires, les pygmées ne cherchent pas pour autant à s’exiler en Occident ou en Asie, etc., où il ferait bon vivre. Leur richesse comme leur Dieu c’est la forêt dense qui est assez riche pour subvenir à tous leurs besoins vitaux. Interrogés s’ils veulent aller en Europe, ils demandent si on y trouve des forêts denses, avec du gibier et des plantes médicinales. Quand on leur dit que l’Occident n’a pas de forêt vierge, ils concluent que l’Occident est un pays pauvre car il n’a pas de forêt vierge. Toute personne qui détruit la forêt se rend pauvre et se détruit. Sans la forêt, il n’y a pas de vie, pas de pluie pour abreuver la terre, les hommes, et les animaux. Tant qu’il y aura encore une forêt quelque part, les pygmées ne se battront pas contre leurs pourchasseurs mais iront s’établir ailleurs dans la forêt. Les pygmées sont ainsi les meilleurs écologistes du monde en ceci qu’ils se considèrent comme faisant partie intégrante de la nature, la maison commune de l’humanité, qu’ils s’emploient à protéger, avec toutes ses espèces végétales et animales, etc. Ils connaissent la valeur nutritionnelle et médicinale de chaque plante, de chaque animal, et savent scruter les signes des temps, les saisons pour prédire l’avenir, etc.
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5. Pas de problème d’habitat chez les pygmées. Aucun pygmée n’est sans logis, shegue mendiant, locataire car la forêt est vaste, pleine de lianes et de paille pour se faire un logis, se nourrir, etc.
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6. L’organisation communautaire des pygmées est fondée sur un principe égalitaire. C’est ainsi que les pygmées n’ont pas de place pour ce que les sédentaires appellent homme fort, dictateur, car la vie dans la forêt est tellement dure (intempéries, fauves, maladies, chasse) pour qu’un seul homme se dise fort, capable de survivre sans l’aide de sa communauté. Chaque talent est mis en contribution pour la survie de la communauté. C’est ainsi que les pygmées vivent en communauté, dans un campement, avec les cases de diverses familles construites autour d’un arbre, symbole de la vie.
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7. La vie sociale des pygmées est bâtie sur la confiance mutuelle pas sur une constitution empruntée d’une nation étrangère et que seuls quelques privilégiés peuvent lire et interpréter. L’expérience commune de la vie dans la forêt est le socle de la vie sociale qui en appelle à la confiance mutuelle car point n’est besoin de mentir ou de tromper son semblable. Les êtres humains, y compris les autres créatures, partagent un destin commun. Ainsi, ce qui frappe l’un, frappe tous, et ce qui réussit chez l’un, réussit chez l’autre.
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8. Pas de discrimination basée sur le sexe dans le secteur du travail. Les femmes pygmées ne sont pas exploitées à cause de leur sexe. Hommes et femmes participent à tous les travaux. Ainsi par exemple, les pygmées femmes sont plus habiles que les femmes des tribus sédentaires pour construire une case, défendre le village en cas d’invasion par des fauves de la forêt, etc. Les hommes aussi bien que les femmes transportent des fagots lourds sur le dos pour la survie de la famille.
Un Pygmée de Bandulu, Etaitu, Manguredjipa , Territoire de Lubero
9. Les pygmées sont tous sportifs, actifs, etc. Ainsi, ils ne connaissent pas de problème d’obésité, pas beaucoup des cas de maladies du cœur, de diabète, de cancer, etc.… Toute leur vie se passe en plein air, dans une parfaite harmonie avec la nature.
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10. Le taux de prévalence du Virus du HIV-Sida est plus bas chez les Pygmées en comparaison avec les autres ethnies congolaises. Plusieurs pygmées n’ont jamais entendu parler de Sida. Cet avantage (absence du virus) ou désavantage (ignorance des méthodes préventives) dans un pays ravagé par la maladie du siècle, le HIV Sida et les maladies vénériennes (Syphilis), les pygmées le tiennent de leur distance ou absence de contact avec les ethnies sédentaires, l’Occident, les casques bleus de la Monuc, les Fardc, les armées d’agression, les bordels, les casinos, les maisons de tolérance, les boîtes de nuit, etc.….
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11. Les pygmées se nourrissent des aliments naturels (organiques) issus de la chasse, de la pèche et de la cueillette. Plusieurs d’entre eux ne connaissent pas les boites de conserve, des surgelés d’occident, des viandes de vache folle et de poulet dioxiné, des huiles grasses, etc.
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12. Les pygmées tirent leurs médicaments de la forêt dense, des plantes médicinales, des animaux, etc. Chaque pygmée sait faire son propre diagnostic pour les maladies ordinaires et sait comment se donner les premiers soins. Avec cette couverture sanitaire simple et sans aucune assurance-maladie, avec des dents solides qui leur servent souvent des couteaux, des yeux qui voient, sans lunettes, à travers l’obscurité de la forêt et de la nuit, et une espérance de vie qui n’est pas tellement différente de celles des ethnies sédentaires qui passent la moitié de leur temps à consulter des médecins, dentistes, et oculistes, etc. C’est le cas de cette grand mère de Bandulu dont la communauté évalue l’âge à 92 ans…. une estimation car les pygmées n’ont pas des registres des naissances.
Campement de Bandulu, Etaitu
Ainsi, après des siècles de mépris, les ethnies sédentaires qui ont en vain cherché à copier l’Occident, peuvent aujourd’hui apprendre de pygmées dans bien des circonstances, comment survivre sans l’Occident qui fait payer chers les rudiments de son modèle de développement. Bien des sédentaires critiquent le nomadisme des pygmées, les traitent des paresseux, des voleurs, etc. Mais leur sédentarisme est-il différent avec ses guerres d’occupation, ses génocides, ses conflits de toutes sortes, ses cambrioleurs, etc. Devant la menace du réchauffement de la planète à la suite des activités industrielles destructrices, la pollution de toutes sortes, la promiscuité dans les villes et cités sans services d’hygiène, l’obésité de ceux qui mangent mal, les maladies qui résistent à la médecine moderne, etc., les pygmées semblent mieux nantis que quiconque pour survivre et surmonter le défi du monde actuel. Les pygmées peuvent ainsi être décorés comme réserve de notre commune humanité qui s’est autodétruite pendant des siècles par une certaine idée du progrès industrielle et économique sacrifiant l’équilibre écologique, pilier de la vie sur terre.
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Simon Kambale
Beni
Beni-Lubero Online

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