200 000 $ : co

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La démission des membres du bureau de l’Assemblée nationale est achetée à coup de dollars. L’étau se resserre de plus en plus sur « le conglomérat d’aventuriers » ayant pris le pouvoir au Congo de Kasavubu au bout d’un processus vicieux et vicié: la mascarade électorale de 2006.
 
Nos ex-seigneurs de la guerre, habitués à régler les questions relatives à leur accession au pouvoir par les armes et l’argent, ont maille à partir avec la tradition des textes fondateurs d’un espace social démocratique. Alliés d’un groupe de Congolais vagabonds politiques, menteurs et corruptibles à souhait, ils sont loin de rompre avec l’une des idéologies sur lesquelles la tutsisation de la région des Grands Lacs est fondée: « Les Congolais aiment la bière, les femmes et l’argent. »
Heureusement, « les petits restes » veillent!
Le respect des textes et l’attrait de l’argent facile
Et cela, même au sein des institutions issues de ce processus de la mort. C’est de ces « petits restes » que nous avions appris que Muzito avait corrompu les députés de la majorité, via le Ministre près le Parlement, pour faire passer son budget de misère. Mais comme rien de consistant ne peut être bâti sur le mensonge, le vol et la corruption, ce fameux budget est déjà dépassé par les événements. Et c’est Modeste Mutinga qui le confirme ce matin dans un article rédigé sans ambages, confondant les médias coupagistes kinois ayant présenté un « bilan mitigé » des 100 jours du gouvernement Muzito.
 
Mutinga écrit: « La parité franc congolais dollar américain, fixée à 580 FC dans le projet de la loi budgétaire, se trouve largement dépassée. Si fin février, le franc se négocie à l’achat à 800 pour un dollar, rien ne prouve qu’il ne dépassera pas la barre de 1000 au début du second semestre de l’année en cours. Les réserves de change se sont dangereusement amenuisées jusqu’à se réduire à une journée au lieu d’un minimum de trois mois requis. Entre le budget voté en 2008 et le budget exécuté au cours de la même année, il se dégage un déficit de plus de 70 milliards de francs congolais. » M. MUTINGA, L’immobilisme du gouvernement des missions, dans Le Potentiel du 27 février 2009)
 
Dans ce même article, Modeste Mutinga ne passe pas par quatre chemins pour fustiger la quête de l’argent facile chez les politiciens congolais. Il note: « Les politiques qui gèrent au quotidien la chose publique se comportent comme des mercenaires préoccupés uniquement par leur soif inextinguible d’amasser des richesses pour le financement de prochaines élections locales. »
 
La démission de certains membres du bureau de l’Assemblée nationale est à situer dans ce contexte de corruption généralisée. Et selon nos sources au sein du Parlement congolais, 200.000 dollars ont été décaissés pour cette sale besogne, au mépris de tous les textes légaux.
 
C’est encore le journal Le Potentiel qui nous rappelle ces textes: l’article 110 de la Constitution « de Liège » et l’article 85 du règlement d’ordre intérieur de l’Assemblée nationale.
 
Bien que reconnaissant que « la Constitution est muette en ce qui concerne la démission en bloc du Bureau de l’Assemblée nationale ou du Sénat », il relève que « l’article 110 de la Constitution s’attarde sur la fin du mandat du député national ou du sénateur. Il stipule : « Le mandat de député national ou de sénateur prend fin par : expiration de la législature, décès, démission, empêchement définitif, incapacité permanente, absence non justifiée et non autorisée à plus d’un quart des séances d’une session, exclusion prévue par la loi électorale, acceptation d’une fonction incompatible avec le mandat de député ou de sénateur, condamnation irrévocable à une peine de servitude pénale principale pour infraction intentionnelle… tout député ou sénateur qui quitte délibérément son parti durant la législature… ». » Et il ajoute: « Il en est de même du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale qui, en son article 85, reprend les mêmes raisons pour la perte du mandat de député ou de sénateur. En d’autres termes, les démissions des membres du Bureau de l’Assemblée nationale seront prises individuellement et la plénière, l’autorité parlementaire, en prendra acte le moment venu. »
 
Lutundula et de la tyrannie joséphiste
 
Mais qui a décidé de la démission du bureau de l’Assemblée nationale? Ecoutons l’un des démissionnaires s’exprimant au micro de la Radio Okapi: « Depuis dimanche, le président de la République a demandé à tous les membres du bureau appartenant à la majorité de déposer leur démission. Comme mon parti qui a un respect à l’AMP, moi-même aussi, je viens vous dire, je me sens comme membre de l’AMP, haut cadre de l’AMP, il est clair que je devais suivre les instructions de l’autorité morale de notre famille politique. Raison pour laquelle, ce matin, j’ai déposé à l’office du président de l’Assemblée nationale ma lettre de démission pour des raisons politiques impérieuses et en accord avec ma famille politique. » Ces propos sont de Christophe Lutundula, juriste de formation, président de la Commission Lutundula (sur les contrats miniers léonins), membre de l’opposition avant les élections (pendant la transition), membre de l’AMP pendant la campagne électorale! Donc, pour ce juriste de formation, « les raisons politiques impérieuses » l’emportent sur les textes légaux! Et puis, quelles sont ces raisons politiques impérieuses? Kamerhe, Président de l’Assemblée nationale, a affirmé à la presse qu’il n’était pas informé sur la rentrée des militaires Rwandais au Congo!
 
En apprenant qu’il y a eu une enveloppe de 200.000 dollars pour obtenir la démission du bureau de l’Assemblée nationale, nous nous rendons compte que « les raisons politiques impérieuses » pour certains « politicailleurs congolais » sont une expression cachant mal la corruption.
 
Et d’où seraient sortis ces 200.000 dollars? Logiquement, de « l’autorité morale » ayant demandé aux membres du bureau de démissionner. Moralité? Cette « autorité prétendument morale » est immorale. Donc, le Congo est dirigé par « les immoraux ». Il semble que la morale n’a rien à voir avec la politique…Donc, « eteni ya nzete, ata eumeli na mayi, ekobongwana ngando te ».
 
La complexité d’un débat
 
Ce débat provoqué par « la demande du Président de la République » est une preuve supplémentaire de la dérive tyrannique et dictatoriale de son pouvoir. Au lieu de la démocratie pour laquelle il a fait « écraser les inciviques hier » (Relire le rapport de HRW intitulé ‘On va vous écraser’), il instaure un pouvoir tyrannique soutenu par une majorité de corrompus, de flatteurs et des « à-plat-ventristes ». Malgré la confusion semée dans les rangs de cette « coalition électoraliste », il y a heureusement des compatriotes qui sortent du lot. « Initiateur de la pétition en cours à l’Assemblée nationale, le député Jean-Louis Ernest Kyaviro, lui-même membre de l’AMP, a déploré (…) l’absence du dialogue au sein de sa famille politique », selon la Radio Okapi (le 25 février 2009).
 
Ce débat est complexe. Il évoque la fragilité des institutions fondées sur un processus vicié et celle des alliances diaboliques conclues entre « les collabos des alliés pléniers ». Mais il témoigne aussi l’urgence de la lutte démocratique à mener chez nous.
 
Dans un éditorial très bien rédigé et intitulé ‘Kamerhe n’est pas l’enjeu ‘, Amba Wetshi essaie d’exprimer la complexité de ce débat. (Lire l’Editorial de Congoindependant.com)
 
Il est aussi important de souligner que les questions ayant provoqué ce débat ont été récupérées par « la représentation sociale ». La lettre de 51 ONGs de l’Est de notre pays à Joseph Kabila et le Mémorandum de la Synergie des ONGs de la société civile congolaise témoignent du dépassement du cadre traditionnel de la représentation parlementaire. Petit à petit, quelque chose de neuf est en train de naître au Congo: une idée d’une démocratie d’interaction entre la représentation classique audacieuse -le Sénateur Lunda Bululu, le député Emery Okundji, le Secrétaire-rapporteur du Sénat, Lola Kisanga, le Sénateur Djoli- et la société civile. Cette représentation classique a animé la journée se sensibilisation citoyenne initiée par cette Synergie des ONGs le 25 février de 9h30 à 13h30 à Kinshasa. Ensemble, elles ont créé un tiers-lieu facilitant un apprentissage en commun et une lutte commune.
 
Rappelons que Lunda Bululu et ses collègues Florentin Mokonda et Balamage sont initiateurs d’une pétition allant dans le même sens que le Memorandum susmentionné au Sénat.
 
Pour ceux et celles d’entre nous qui ont encore le temps de lire, ils peuvent apprendre, en étudiant un livre d’un philosophe Français, Pierre ROSAVALLON, intitulé La légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité, que l’idée de la démocratie d’interaction mise en pratique est salutaire pour le devenir de la démocratie en tant que régime. Certains pays de l’Amérique Latine et de l’Europe l’expérimentent à travers les budgets participatifs et les jurys citoyens. Ils ont compris qu’enfermés dans les murs du Parlement et dans les bureaux climatisés, les gouvernants (la représentation classique) passent à côté de la connaissance des besoins réels des populations, de ses questions quotidiennes et rendent la gestion de l’intérêt général difficile par manque de communication permanente entre eux et le peuple debout.
 
J.-P. Mbelu
Brussels, Belgie
Beni-Lubero Online
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