A Paris, Joseph Kabila humilie le Congo et l’Afrique

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 Les Congolais(es) ayant suivi de près le déroulement de la visite que Joseph Kabila a rendu à Nicolas Sarkozy savent que le président congolais a demandé à son homologue français une intervention auprès du FMI afin que la dette extérieure de notre pays (auprès de cette IFI) soit allégée. La réponse de Nicolas Sarkozy à cette demande fait penser à son discours de Dakar. (Joseph Kabila sait-il que le président Français a prononcé à Dakar le 26 juillet 2007, dans un amphithéâtre de l’université Cheikh Anta Diop un discours "décomplexé" sur l’Afrique qui n’est jamais rentrée dans l’histoire?)
En effet, à Dakar, le chef de l’Etat Français avait eu recours à Hegel, Gobineau, à Lévy-Bruhl, etc. pour dresser le portait d’une Afrique immature. Et quand, répondant à Joseph Kabila Nicolas Sarkozy relève la contradiction qu’il y a à solliciter un allègement de la dette extérieure auprès du FMI tout en en contractant d’autres auprès de la Chine (sous forme de troc ?), il renvoie son homologue congolais à Lévy-Bruhl soutenant que les nègres sont insensibles à la contradiction. Contrairement aux kabilistes purs et durs croyant que la sortie parisienne de Joseph Kabila a été un succès, nous nous la considérons comme une humiliation, non pas seulement pour le Congo, mais aussi pour l’Afrique. Explicitons.
 
Nicolas Sarkozy: une mauvaise porte
 
A moins que Joseph Kabila ait voulu jouer la France contre la Belgique, singeant en cela le dernier Maréchal de l’Afrique, nous ne voyons pas à quoi rime la demande de l’allègement de la dette du Congo auprès du FMI. Cela d’autant plus que cette demande est formulée après le passage des représentants du FMI au Congo et leur proposition de donner 3 milliards de dollars à ce pays pour qu’il résilie le contrat chinois. Que Joseph Kabila se rende en France après le rejet de la proposition du FMI par son gouvernement (parallèle?) pour que Nicolas Sarkozy opère un miracle, voilà qui dépasse tout entendement. Et puis, est-ce chez Nicolas Sarkozy qu’il fallait se rendre au CADTM?
Des études expertes faites par le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde (en Belgique et en France) ont montré clairement que la dette du Zaïre/Congo contractée auprès du FMI est une dette odieuse. Des Congolais, membres du CADTM ont travaillé sur cette question. Victor Nzuzi en est un.
Avec le FMI, les bailleurs de fonds suisses, français, états-uniens ou belges savent que la dette du Congo est odieuse. Cet argent détourné par Mobutu et ses dinosaures n’a pas servi la cause des populations congolaises. "Un des outils essentiels pour prouver que les créanciers connaissaient l’existence d’un système organisé de détournements est le rapport Blumenthal. La Banque centrale du Zaïre faisait l’objet de nombreuses ponctions par les dirigeants au pouvoir, en lien avec leurs soutiens occidentaux, car elle représentait une source importante de devises étrangères." (D. MILLET, L’argent du leurre. L’Afrique ligotée, dans www.cadtm.org).
Après Mobutu, la RDC des Kabila a été "une démonstration du pillage et de la soumission". A ce sujet, Eric Toussaint et Damien Millet écrivaient ce qui suit: "Pour qui veut comprendre des notions aussi complexes que le pillage des richesses d’un pays, la perte de souveraineté intolérable d’un Etat et la notion de la dette odieuse, la République démocratique du Congo (RDC) est un cas d’école. La façon dont le budget 2007 a été constitué et les orientations prises par le gouvernement dirigé par Antoine Gizenga fournissent des preuves saisissantes de ce que le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde et tant d’autres mouvements sociaux avancent depuis des années." (E. TOUSSAINT, D. MILLET, RDC: la démonstration du pillage et de la soumission, dans www.cadtm.org du 6 juillet 2007).
Le budget 2007 a suivi les orientations dictées par le FMI. "Gardons à l’esprit que le FMI est le fer de lance de la mondialisation financière, particulièrement réputé sur tous les continents au sein des populations pauvres pour les ravages commis par les mesures antisociales qu’il a imposées depuis un quart de siècle…" (Ibidem)
Dans ce contexte, si Joseph Kabila avait besoin des conseils experts pouvant aider le Congo à se reconstruire, c’est aux audits initiés par le CADTM qu’il devrait se référer et non à Nicolas Sarkozy et aux autres Bolloré.
Donc, en allant à Paris, Joseph Kabila et son gouvernement ont donné la preuve supplémentaire d’être les agents de la recolonisation du Congo et de l’Afrique. Cette fois-ci par la dette utilisée par les pays du Nord comme nouvelle arme de domination des pays du Sud.
En recevant Joseph Kabila à Paris et en maintenant ses relations aves les Bongo et les Sassou, Nicolas Sarkozy prouve qu’il n’a pas rompu avec la françafrique. Ainsi, "aucune solution juste et durable ne pourra être trouvé tant que les puissances occidentales, dont la France, n’auront pas tiré toutes les conséquences de leur complicité avec des régimes dictatoriaux et corrompus, voire génocidaires. Les signes d’amitié adressés à des dictateurs corrompus ne font que les renforcer dans leur attitude prédatrice et sont une insulte aux peuples qui en sont victimes." (D. MILLET, R. PELUCHON, Sarkozy en Afrique: quelle rupture, dans www.cadtm.org du 28 juillet 2007)
 
 
Mobutu n’explique pas tout
 
Se laisser conseiller par le FMI pour les orientations majeures du budget, tourner le dos au FMI quand il demande de renoncer aux contrats chinois,  aller chez Nicolas Sarkozy pour que le même FMI allège la dette et après s’en prendre à "ceux qui ont fait du Congo l’enfer qu’il est aujourd’hui", tel est le jeu auquel nous habituent les kabilistes purs et durs. Ils n’ont pas honte de soutenir, après plus de 10 ans de gestion du pouvoir politique sans partage que se sont les mobutistes et les kengistes qui ont, seuls, mis le pays à genou. Ils tiennent à l’écart de toute remise en question la gestion hasardeuse voulue de la chose publique qu’ils pratiquent. Si Mobutu et ses dinosaures ont leur part de responsabilité dans la situation catastrophique que connaît notre pays, ils n’expliquent pas tout.
Il y a dans la politique du "tout le monde a sa place au Congo" (sauf les Congolais(es)) quelque chose qui ne va pas.
 
J.P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
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