A qui profite la recrudescence des milices au Nord-Kivu ?

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Le constat est amer. Il y a aujourd’hui plus de combats armés au Nord-Kivu qu’avant la Conférence de Paix de Goma. Ce constat contredit ceux qui disaient que la crise au Nord-Kivu était une crise entre les ethnies. La vérité est têtue. Au vu de ce qui se passe aujourd’hui au Nord-Kivu, avec les populations civiles pourchassées et prises entre deux feux ou entassées dans des camps des déplacés sans distinction de tribu, il apparait que la crise du Nord-Kivu est avant tout militaire et nécessite une solution militaire. Car si elle était ethnique, on trouverait dans les camps de déplacés les membres d’une ou des tribus pourchassées ou victimes de haine ethnique. Le Nord-Kivu est sous occupation militaire rwandaise sous couvert CNDP, FPC, RUDE, etc. Le fait de camoufler cette réalité visible à l’œil nu est ce qui retarde l’événement de la paix au Nord-Kivu. Le Nord-Kivu souffre comme un malade qu’on soigne à partir d’un faux diagnostic et qui souvent meurt de l’incompatibilité des médicaments et de sa maladie.
 
La population du Nord-Kivu comme celle de tout le Congo  est victime d’un faux diagnostic de la communauté internationale et des dirigeants congolais. Ce faux diagnostic n’est pas le produit de l’ignorance mais un fait voulu pour des objectifs qui ne sont pas difficiles à imaginer: Le pillage des richesses du sol et du sous-sol nord-kivutien. Devant ce « je t’aime mon non plus » de la communauté internationale, le peuple nord-kivutien en particulier et le peuple congolais en général, a déjà démontré plus d’une fois sa maturité et son amour pour la paix, la réconciliation, la démocratie, etc. C’est ainsi qu’il avait résisté pendant la période des élections de 2006 aux pyromanes qui voulaient le scinder en deux groupes Est-Ouest, Nord-Sud, deux groupes qui devaient s’affronter à mort  pour servir d’alibi à la balkanisation de la R.D. Congo. Apres l’échec de cette stratégie de haine ethnique au niveau nationale en 2006, l’ennemi avait voulu lui fabriquer un terrain propice au Nord-Kivu et au Sud-Kivu en faisant appel aux tables rondes communautaires pour éviter les conflits ethniques. Cette pression a abouti à la Conférence de Paix de Goma dont le résultat  vient d’assener un cinglant démenti à l’ennemi malin qui cherche à diviser les congolais. La même recette divisionniste qui a echoué au Nord-Kivu vient d’échouer dans la Province du Bas-Congo avec l’instrumentalisation du BDK…
 
Devant cette maturité du peuple congolais, l’ennemi n’a d’autre choix que de passer par la création des milices auxquelles il prend soin de donner un caractère ethnique. Malheureusement pour lui, même cette « ethnicisation » des milices n’a pas encore réussi à produire la haine tribale comme celle qu’on a vu à l’œuvre au Rwanda en 1994, au Kenya lors du duel Kikuyu-Luo, ou actuellement en Afrique du Sud entre les nationaux et les étrangers , etc.  
 
La Province du Nord-Kivu avec son empire du Coltan n’a pas encore totalement échappé à cette tactique divisionniste de l’ennemi. Selon les nouvelles du territoire de Rutshuru, l’ennemi chercherait toujours à opposer les Hutu au Nande, mais sans succès. La guerre Hutu-Nande aura-t-elle lieu dans le territoire de Rutshuru?  Une des tactiques utilisées pour créer cette haine ethnique entre les Hutu et les Nande, c’est les noms d’emprunts que se donnent les chefs des milices hétéroclites qui sèment la terreur au Nord-Kivu. Ainsi par exemple,  le chef des rebelles du RUDE (Rassemblement pour l’Unité et le Développement) de Rubare s’appelle SOKI, un nom Nande. D’autres chefs de la même milice se font appeler Muhindo, Kasereka, Kambale, etc., tous des noms Nande.   Cet amalgame a comme but de faire passer les Nande comme responsables des troubles dans le territoire de Rutshuru ou alors comme les alliés des rebelles étrangers qui sèment l’insécurité dans toute la province.
 
Le 30 mars 2008, Mr. Pascal, sujet Nande de Rubare, avait été arrêté par la 6e brigade, accusé d’être le commandant des inciviques du RUDE qui sèment la terreur dans le territoire de Rutshuru. Pascal avait fait deux semaines au cachot de la 6e brigade à Nyongera, lui sujet Nande accusé d’être à la tète d’une milice Rwandophone, etc.  Il avait été libéré faute de preuve mais moyennant un payement d’une amende de 60 US $ !
 
Le 16 avril 2008 deux jeunes Nande étaient arrêtés, accusés de Mai-Mai et d’avoir massacré des vaches des Tutsi à Kibaya sur la route de Jomba. Il s’agissait de Mr. Dunia et Mr. Vikungu. Après enquête, la 6e brigade avait trouvé que ces deux jeunes Nande étaient innocents et ils avaient été libérés, moyennant un payement d’une amende de 12 US$  tous les deux !
 
Ayant échoué à opposer les Nande aux Hutu, l’ennemi semble s’investir dans les milices aux contours  flous.
 
Le 27 janvier 2008, les Rwandophones avaient créé un nouveau groupe politico-militaire dénommé FPC (Front patriotique Congolais), considéré comme l’actuelle branche armée du CNDP de Nkunda poursuivant la guerre sous un autre nom et contournant ainsi l’accord de paix de Goma dont il est signataire. Selon plusieurs témoignages, le FPC recrute actuellement des jeunes à majorité rwandophone (Hutu et Tutsi confondus) qu’ils envoient en formation à Mudende au Rwanda. Les premiers finalistes de Mudende seraient déjà  infiltrés à Bukavu, Goma, Butembo et Beni. Selon les mêmes témoignages des habitants de la région,  d’autres jeunes recrues sont entraînées dans la brousse aux environs de Rubare, en Territoire de Rutshuru.
 
Le FPC sème ainsi la confusion au Nord-Kivu. Ainsi par exemple, le FPC se fait passer pour PARECO (Patriotes Résistants Congolais) à Rubare et pour RUDE (le Rassemblement Pour l’Unité et la Démocratie)  à Kisharo.  A cette confusion, s’ajoutent le CNDP de Nkunda, les Mai-Mai, les Kasindiens, les Kifua-fua, les Nalu (National Army for the Liberation of Uganda)  qui ont resurgi dans la collectivité Ruwenzori, ADF (Alliance of Democratic Forces) de l’ancien président ougandais Idi Amin Dada, etc. La confusion de ces milices s’accroit quand on observe une collusion entre certaines d’entres elles avec les Fardc, la Monuc, et les anciens mouvements politico-militaires comme le RCD-Goma d’Azarias Ruberwa, le TPD d’Eugène Serufuli, le RCD-K-ML de Mbusa Nyamwisi, etc.
 
Ainsi par exemple, un Nord-Kivutien  ne comprend rien quand il apprend à la radio Okapi qu’il y a eu un combat acharné entre les Fardc et les Pareco qui passent  dans l’opinion pour deux alliés contre le CNDP de Nkunda. Il en est de même des combats signalés au Nord-Kivu entre les Fardc et les Mai-Mai, les deux alliés de première heure contre les armées d’agression rwando-ougandaise. Mais jamais on entend parler d’un combat entre les Fardc et le CNDP, deux supposés ennemis.
 
Dernièrement tous les commandants militaires issus du RCD-K-ML qui étaient à Kinshasa et ailleurs au Congo ont été affectés dans le territoire jadis contrôlé par Mbusa Nyamwisi. Sur terre à Beni-Lubero, on observe une certaine collaboration entre ces derniers et les commandants du CNDP de Nkunda.  Un certain rapprochement s’observe aussi entre les Pareco et les commandants du RCD-K-ML.
 
Cette confusion fait poser la question de savoir ce qui se prépare au Nord-Kivu en particulier et au Congo en général quand les alliances entre les partis au pouvoir s’estompent au profit des rebelles. Est-ce un signe que les faiseurs des rois au Congo ont établi leurs tentes parmi les rebelles ?  C’est sous cet angle que les Nord-Kivutiens voient le repli du RCD-K-ML au Nord-Kivu. Ainsi par exemple, selon les proches du pouvoir de Kinshasa, l’alliance entre Joseph Kabila et Mbusa Nyamwisi ne tiendrait plus que sur un fil au point que Mbusa Nyamwisi  ne  survivrait au prochain remaniement du gouvernement.
 
La recrudescence des milices au Nord-Kivu et le rapprochement observé entre ces milices et les mouvements politico-militaires doivent interpeller tous les congolais qui croient à l’intégrité du territoire national et à l’avènement de la paix au Congo. En effet, la reprise de la rébellion au Nord-Kivu au lendemain de la proclamation des résultats des élections de 2006, est un avertissement que la paix au Congo ne dépend pas que de la bonne volonté des congolais mais de leur capacité  de défendre et de  protéger eux-mêmes  les acquis de leur démocratie.
 
Kahindo Edgar
Racodit-Butembo
Beni-Lubero Online
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