Affaire Tungulu : Ruffin Bonsenge menacé de mort par Kinshasa

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 Après l’interview qu’il a accordée à notre journal, Ruffin Bonsenge, citoyen belge d’origine congolaise, dit avoir reçu des «menaces précises» de la part des «services» congolais. Mercredi 13 octobre, il a porté plainte contre « x » à la police judiciaire de la commune de Molenbeek (Police Locale 5340 Bruxelles Ouest). L’objet de la plainte se décline en un mot : « meurtre ». Il s’agit de la mort, en détention, du Bruxellois Armand Tungulu Mudiandambu survenue le 2 octobre au camp Tshatshi où se trouve le « quartier général » de la garde prétorienne de « Joseph Kabila ». Le 29 septembre dernier, Tungulu avait lancé des cailloux sur le convoi présidentiel. Congo Indépendant a pu parcourir le procès-verbal d’audition n° 049800/10 de Bonsenge. 

«Si quelqu’un osait toucher à un seul cheveu d’un membre de ma famille à Kinshasa, ça va barder !». C’est un Ruffin Bonsenge en rage qui a contacté, mercredi, la rédaction de Congo Indépendant : «Je suis un témoin important dans l’affaire Tungulu pour avoir été appelé au camp Tshatshi où j’ai pu voir son corps cyanosé. Je veux dire un corps vidé de son sang. Dans quelques jours, je serai entendu par un juge d’instruction. Il n’est pas exclu que la justice belge envoie une commission rogatoire pour enquêter à Kinshasa.» 

Dans la déposition qu’il a fait mercredi 13 octobre à l’inspecteur Tummers Caroline de Molenbeek, «Ruffin» se présente comme «témoin» d’un «meurtre». Le meurtre de Armand Tungulu Mudiandambu «qui s’est déroulé le 2 octobre 2010 à 11h45» au camp Tshatshi. 

Le plaignant relate les faits en partant de cette journée de samedi 2 octobre au cours de laquelle il a été invité à se rendre dans le camp militaire précité. «Je me trouvais à Kinshasa depuis environ un mois dans le cadre de mon travail de consultant en matière de sécurité, déclare-t-il, quand j’ai reçu un appel sur mon GSM (0813500088) à 10h15.» Selon Bonsenge, l’appelant n’était autre que le colonel Ilunga Kapeta de la Maison militaire du chef de l’Etat. Ilunga lui propose un «travail» qui consiste à se rendre au camp Tshatshi «afin de procéder à la reconnaissance d’un individu qui, le 27 septembre 2010 (en fait le 29 septembre, Ndlr) avait jeté des pierres» sur le cortège présidentiel. Bonsenge de poursuivre :

«Je me suis rendu directement sur place en voiture et une fois sur place j’ai appelé le major Désiré. Il détient les clés du camp et garde les détenus les plus dangereux. Ce dernier m’a fait entrer dans le camp et nous sommes allés dans son bureau. » 

Arrivé au bureau du major Désiré, Bonsenge se fait présenter une photographie où l’on voit le détenu Tungulu en compagnie de Yves Leterme (Ndlr, l’actuel Premier ministre belge). « Je l’ai immédiatement reconnu », dit-il. « L’identité du prisonnier a été vérifie à l’aide d’une fiche d’immigration et celui-ci s’appelle Tungulu Mudiandambu Armand. » Selon Bonsenge, le major Désiré semblait «étonné» d’apprendre que le détenu était de nationalité congolaise mais résidait en Belgique. «Ils m’ont demandé d’établir le dialogue avec le prisonnier afin de le convaincre de donner ses documents d’identité et de coopérer avec les services congolais.» 

C’est ainsi que le fameux major Désiré a chargé trois de ses collaborateurs d’amener le détenu à son bureau. «Nous avons attendu durant trente minutes sans aucune nouvelle. Les trois personnes sont revenues ensuite en gesticulant et criant que le prisonnier venait de se pendre. Le major s’est levé et a commencé à passer des coups de fil.» Pour «Ruffin», il s’agissait d’une «comédie» destinée à le faire passer pour le «témoin» du «suicide» de ce détenu. C’est ainsi qu’il a demandé de voir le corps. «J’ai alors vu le prisonnier qui était à genoux, la tête posée contre le mur et avec un tissu militaire autour du cou. J’ai tout de suite eu l’impression qu’il était mort depuis longtemps. De plus, la cellule était vraiment très noire et il n’y avait aucune attache au plafond qui aurait permis que le prisonnier se pende.» «Après quelques questions que j’ai posées au major, note Bonsenge, il ressort que le prisonnier a été emprisonné le vendredi 1er octobre 2010 à 16 heures et qu’il est resté vingt-quatre heures sans surveillance. J’ai dit qu’il fallait appeler les médecins légistes afin d’analyser le corps et qu’il fallait prendre les mesures conservatoires sur le lieu du crime. Le major m’a demandé de me taire car il y a une réunion prévue le lundi 4 octobre. Mais sentant que les choses tournaient mal et car je craignais pour ma vie, j’ai pris l’avion pour la Belgique le dimanche 3 octobre 2010.» 

Dans sa déposition, Ruffin Bonsenge souligne par ailleurs que ses ennuis ont commencé depuis qu’il a «refusé de se taire» en se confiant à notre journal. Depuis lors, il n’a pas cessé de recevoir des menaces. «Je pense que les menaces proviennent du service du conseiller spécial du chef de l’Etat. La personne qui m’a téléphoné m’a dit que j’étais lié à un secret et qu’ils allaient me tuer ou s’en prendre à ma famille si je ne coopérais pas». C’est ainsi qu’il a décidé, mercredi 13 octobre, de «dénoncer les faits» car «je crains pour ma vie». 

Notons que techniquement, la plainte sera transmise au procureur du Roi près le Tribunal de première instance de Bruxelles. «Après enquête, ce magistrat décidera de la suite à donner». Dans un entretien téléphonique, «Ruffin» est formel : «L’ordre de tuer Armand Tungulu Mudiandambu a été donné par Joseph Kabila.» 

B.A.W

© Congoindépendant 2003-2010

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