Après les FDLR, les FARDC sèment la terreur au Nord-Kivu

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Des inquiétudes sérieuses planent dans les esprits des populations du Nord-Kivu pour les actes de violence, des tueries et des traitements inhumains consécutifs au développement de l’insécurité dans plusieurs territoires de cette province. A l’opposé d’un passé récent où les habitants avaient quasiment pour principal bourreau les éléments des groupes armés à la fois nationaux et étrangers, ils doivent actuellement ordinariser la cohabitation avec une armée dite « loyaliste » dont les méthodes opératoires s’apparentent à la fonctionnalité de la Force Publique coloniale qui n’avait qu’une unique particularité : tuer, faire peur aux survivants avant leur prochaine tuerie. Ce qui étonne est le fait que les soldats de l’ONU ainsi que certaines ONG internationales se conviennent de ne pas dénoncer cette terreur des Fardc ou armée dite loyaliste qui au Nord-Kivu n’est pas loyal à la R.D.Congo mais au Rwanda. Depuis quelques mois déjà , cette armée de terreur est au seul service des occupants dits refugiées congolais ou retournés du Rwanda. 

Après avoir décrié, sans être entendu malheureusement, les massacres répétitifs ainsi que la recrudescence de l’insécurité dans toutes les trois villes du Nord-Kivu où les gens sont exécutés sur les pas de leurs portes, et à des distances approximatives des camps militaires ou de police de grand renom, sans réaction significative de la part de leurs occupants. La brousse de la province martyre du Nord-Kivu est le seul lieu de refuge pour les congolais abandonnés à leur triste sort. Mais si les arbres peuvent les cacher pendant un temps, la famine et la maladie les font sortir et dans la clairière, ils retombent entre les mains de leurs bourreaux qui leur font subir le même sort, la mort. 

En jetant un coup d’œil furtif sur les événements qui ont alimenté timidement les débats en province en début novembre et fin octobre dernier, on se donne une image nette de la trame, une image génératrice d’un questionnement sur la nature des actions, de leurs auteurs et des réactions proposées : faiblesse ?, traîtrise ?, lâcheté ?, incompétence ?, cohabitation pacifique ?, secret d’état ?, – et on peut multiplier des concepts …

 La question majeure dont la réponse satisferait ces populations meurtries serait de savoir à qui faut-il attribuer la commission de ces crimes ! A la faiblesse d’un système de gouvernance ou à des groupes armés ? Tout compte fait, une déclaration officielle non antique faisait savoir que les FDLR étaient en démantèlement complet et faisait état de la réduction sensible de leur capacité opérationnelle au point de les rendre incapables de planifier des opérations classiques. Elle poussera plus loin en indiquant que ces FDLR sont déjà boutées loin en dehors des confins du Nord-Kivu. Une démonstration de leur rapatriement a d’ailleurs été effectuée au Katanga créant des remous au Rwanda voisin.

 Ainsi, à en croire la déclaration sus évoquée, les FDLR ne représentent plus une force potentielle intéressante à la quelle on peut recourir dans une analyse pour justifier l’occurrence des événements si savamment planifiées dans les villes et cités du Nord-Kivu, par ailleurs sièges des institutions du pays. Et même s’ils se commettent sur des espaces éloignés les uns des autres, ces événements ne peuvent en aucune manière rentrer dans le cadre des cas isolés, ce qui constituerait une banalisation inutile, comme celle à laquelle on nous a habitués. Sont-ils encore des effets collatéraux ? Si oui, de quelle guerre ? Ou la guerre est là, et la déclaration de fin de guerre est démagogique ! 

Revenons sur certains de ces horribles événements :

–           Un prêtre de la paroisse de Bulotwa (en territoire de Lubero), localité située à 8 km au Nord de Kanyabayonga, a été molesté et abattu lâchement par des hommes en armes à quelques mètres de la plantation dite de Mapera. Signalons que cette zone a été réputée insécurisée depuis 2005 et là sont commis des militaires pour la garde ;

–           Entre Kibuwa et Kashebere en territoire de Walikale, un véhicule a été pris à partie par des personnes en tenue militaire qui ont réussi à décrocher des biens de valeur et tué une dizaine de personnes et d’en blesser nombreuses autres ;

–           Sur le tronçon Kanyabayonga-Kiwanja, en territoire de Rutshuru, un véhicule de marque FUSO a été tiré dessus créant ainsi un déséquilibre qui l’a entraîné finalement à terminer sa marche en catastrophe en tuant 9 personnes ;

–           A Masereka, une localité du territoire de Lubero, sur une dispute naît d’un mécontentement de la population contre un soit disant « sorcier », l’Administrateur de territoire voulant proposer une médiation rejetée par un jet des projectiles ayant atteint ce dernier au pied, il a ordonné à la police de tirer à bout portant sur des élèves tuant un d’entre eux ;

–           A Kitsombiro, en territoire de Lubero, un militaire a tué une personne, ce qui a occasionné le déversement de la population sur les militaires. Résultat : la population est en fuite ;

–           A cela s’ajoutent plusieurs cas où le simple refus d’aider un militaire à transporter ses biens est entrain de valoir l’infirmité par balle ou la mort à plusieurs jeunes des localités du Nord-Kivu. 

Il est alors indéniable de conclure que tout en n’ignorant pas les actes liés à l’exercice des groupes armés en province, les populations des contrées victimisées doivent encore s’interroger sur le mode opérationnel de l’infrastructure sécuritaire déployée dans leurs milieux. Le pire est qu’aucune motion, interpellation ou quelque autre démarche législative ne sait se saisir de la question à son ampleur actuelle, alors qu’un simple déboire financier suffit pour retentir toutes les cloches. 

On le rappellera chaque fois qu’on en aura l’occasion, que les scores électoraux réalisés au Nord-Kivu ont été acquis sur l’argumentaire de la paix, une paix qui malheureusement n’a pas indiqué l’approche de sa recherche et qui se fait toujours attendre. La relative quiétude dont jouissaient les populations de cette province vers les années 95 à l’époque du fameux « Pesa na esprit ya bien » vit ses derniers jours et est souhaitable que la précarité à la quelle nous exposent les effets de l’insécurité. La population du Nord-Kivu qui a élu essentiellement en 2006 pour des promesses de paix dont la matérialisation se fait attendre est en droit de se demander pour quel candidat faudra-t-il voter en 2011 et pour quelle autre nouvelle raison ? Heureusement que les politiques congolais n’ont jamais manqué de stéréotype pour tromper un peuple victime de la dramatisation des pacotilles. 

Nous vivons alors une époque où les dérapages de l’armée et des services de renseignement républicains sont justifiés dans la coupure des signaux des chaînes qui informent les populations en lieu où la radio nationale ne sait pas s’installer. Des relativisations et des stéréotypes sont constamment employées pour cajoler une population déterminée à sanctionner à travers le droit que lui confère cette constitution aujourd’hui sur un siège éjectable : les « éventuelles » élections de 2011. A moins peut-être qu’on puisse nous indiquer encore de voter pour tel candidat « na esprit ya bien ! ». 

De Kisangani, James KAMBALE MATHE, Observateur Indépendant et Analyste politique

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