Après Ntaganda et Nkunda, la fin des hostilités. Attention Plan B?

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Pour justifier l’agression du Congo depuis 1996, les arguments farfelus ont été inventés pendant plus d’une décennie. (Lokuta eyaka na ascenseur, vérité na escalier ebandi kokoma…) Le dernier rapport des Nations Unies les as balayés d’un revers de la main. Deux pays occidentaux, la Suède et les Pays-Bas, convaincus du soutien du Rwanda aux rébellions congolaises et de son implication dans la prédation économique chez nous, ont suspendu leur aide bilatérale à l’endroit de ce pays: une grande première. Car depuis que nous sommes agressés par l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi, aucune décision ayant des incidences économiques directes n’a été prise à l’endroit du Rwanda. Les mandats d’arrêts internationaux lancés contre Kagame et ses escadrons de la mort n’ont pas encore produit tous les fruits escomptés, malgré l’arrestation de Rose Kabuye par la justice Française et la reconnaissance par le TPIR de la non-planification du génocide rwandais. Donc, du point de vue de la justice internationale, il y a encore du boulot. Mais le geste symbolique posé par les deux pays occidentaux susmentionnés constitue un début de réponse aux cris d’indignation des millions des Congolais(es) dispersés à travers le monde et soucieux de voir leur pays vivre dans la paix et la tranquillité.
 
Une conférence internationale et une table ronde (ou carrée) nationale
 
Aussi est-il important de souligner que le manque d’adhésion majoritaire au CNDP de Nkunda par les Congolais avertis a fini par convaincre ses initiateurs qu’ils ne pouvaient pas aller plus loin que les montagnes de Masisi et Rutshuru.
 
Cela étant, le jeu auquel s’est livré le pouvoir de Kinshasa dans sa quête de la paix donne à penser.
 
Débaucher un criminel de guerre (Ntaganda) pour créer une dissidence au sein du CNDP. Une dissidence que Nkunda a commencée par ne pas reconnaître en accusant Kinshasa du débauchage.
 
Et après, rencontrer Nkunda en catimini en Afrique du Sud et le pousser à rejoindre les vues de la dissidence afin de boucler la boucle.
 
En effet, mettre fin à la guerre à l’est de notre pays est une bonne chose. En évaluer le prix est une autre. Devons-nous, au nom du « pragmatisme » croiser les bras et crier « vive la paix retrouvée »?
 
S’il est établi aujourd’hui que nous avons été agressés pour des raisons de prédation, qu’est-ce que nos agresseurs sont disposés à payer pour dédommager les victimes de cette guerre économique? Quelle instance judiciaire pourra s’occuper de la gestion de cette question? La destinée congolaise est-elle devenue une question d’arrangement entre les amis des réseaux mafieux qui le pillent depuis plus d’une décennie? Comment les autres Congolais(es) peuvent-ils être associés au traitement de la fin de cette guerre d’agression? Est-il possible que le pouvoir en place convoque une conférence internationale précédée d’une table ronde nationale sur la fin de cette guerre? Une conférence à laquelle tous les partis politiques, les associations de la société civile et de la diaspora pourraient être invitées pour baliser un autre avenir pour le pays?
 
De toutes les façons, si fin de la guerre économique il y a, cela ne devrait pas être attribué aux seuls efforts des « gouvernants démocratiquement élus »: tous les Congolais atteints dans leur amour-propre par les humiliations que nos voisins et leurs collabos congolais nous infligent travaillent jour et nuit, partout où ils sont, pour laver cette ignominie.
 
A moins que le théâtre ait été monté pour des motifs électoralistes. Et que l’on puisse dire aux Congolais demain: « Nous avions dit que nous en viendront à bout de la guerre, nous l’avons fait. » Ceci serait un mensonge sans plus. Traitons du plan B.
 
Attention plan B!
 
Par le passé, à la transition de 1+4, la fin de la guerre des RCD et du MLC a vu notre armée prise en otage par un nombre élevé des généraux et officiers tutsi. Certains d’entre eux auraient contribué aux défaites à répétition de notre armée sur les différents fronts de cette guerre économique.
 
En sollicitant l’Europe pour qu’elle puisse envoyer une force militaire d’interposition à l’est de notre pays pour mettre fin au calvaire de nos populations civiles, l’un des arguments avancés était le suivant: « Les militaires qui sont au front sont pour la plupart du RCD Goma. Ils sont de mèche avec l’ennemi. Il nous faut une force d’interposition neutre. » (Ceci nous l’avons entendu de nos propres oreilles lors d’une échange entre un membre important du Programme AMANI et un membre d’un parti politique Belge dont nous taisons la dénomination.)
 
Quand la fin de la guerre décrétée par le CNDP, toutes factions confondues, semble rimer avec mixage et brassage, nous nous posons la question de savoir si ce que le CNDP n’a pas pu avoir en opérant à partir des montagnes de Rutshuru et de Masisi, il ne cherche pas y avoir accès en joignant ses forces à celles de ses complices déjà intégrés dans l’armée nationale. Dans ce cas, le pire serait encore à venir au Congo.
 
Au regard du théâtre que l’est de notre pays vient de connaître, certains analystes avertis estiment que nos agresseurs n’ont pas un seul instant renoncé à leur plan d’occupation et de balkanisation du pays. Ils se seraient redistribués, une énième fois les rôles pour tenter un plan B: donner l’impression de mettre fin à la guerre économique, occuper davantage le pays en intégrant l’armée, s’en servir demain pour que les initiateurs des cinq chantiers les terminent en facilitant leur réélection, consolider le pouvoir des « minorités » déjà présentes dans les institutions du pays, etc.
 
Et puis, en relisant un peu notre passé, nous nous posons cette question: « Si l’intégration des membres des RCD et du MLC dans l’armée et les institutions du pays n’a pas mis fin à la guerre économique, quelles garanties avons-nous que cette fois, avec le CNDP, est la bonne? »
 
Tant que les criminels de guerre et les criminels économiques de notre pays et des pays voisins demeureront impunis, tant que ceux qui les téléguident auront de l’emprise sur les institutions judiciaires internationales, la fin de notre calvaire risque d’être remise aux calendes grecques…
 
Nous ne le dirons jamais assez: il n’y a aura pas de paix durable chez nous sans justice, sans vérité partagée sur le nerf de la tragédie vécue depuis plus d’une décennie. Seules la Justice et la Vérité pourront faciliter la réconciliation dont la région des Grands Lacs a besoin pour vivre et s’épanouir. Les résistants congolais et tous les autres congolais amoureux de leur pays l’ont compris et ils travaillent en silence.
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
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