Archives: La situation securitaire au Nord-Kivu

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Mardi 14 Février 2006: Brassage et Réunification à sens unique

La transition politique en R.D. Congo qui devrait toucher à sa fin d’ici le mois de Juin 2006 est toujours parsemée des zones d’ombres. Si on peut dire que la population congolaise a salué la formation du gouvernement d’union nationale où travaillent côte à côte ceux qui se battaient hier, on regrette tout de même la politique de deux poids, deux mesures qui a caractérisé cette transition. Les lois de la transition n’ont pas été appliquées dans toute leur rigueur pour tous. Pour ne citer que quelques exemples, la loi portant nomination dans la territoriale selon laquelle un membre d’un mouvement rebelle qui dirigeait une province ne peut pas devenir gouverneur de cette Province. Pour le cas du Nord-Kivu, cette loi fut foulée aux Pieds car Eugène Serufuli du RCD-Goma fut nommé au Nord-Kivu. Quand fut voté la loi du brassage de l’armée, les rwandophones refusèrent de quitter la région frontalière avec le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda. Ces derniers limitèrent leur Congo aux Provinces de l’Est. Ils ont institué de fait un brassage à sens unique et à caractère tribale, non pas avec tout le Congo mais avec les territoires qui appartenaient pendant la rébellion au RCD-K-ML. Ainsi, un commandant rwandophone peut être affecté à la tête du territoire de Lubero ou de Beni, mais un commandant Nande, Lendu ou Pakombe, ne peut pas être affecté à la tête de la ville Goma, de Bukavu, du territoire Rutshuru ou de Masisi, etc. C’est cela que nous avons appelé “Brassage à sens unique”. Ce genre de brassage s’est observé dans d’autres secteurs de la vie nationale, tels la douane, les finances, les mines, l’économie, etc. Utilisant à bon escient ce brassage à sens unique, le RCD-Goma qui fonctionne comme un état dans un état, fait des petits pas dans sa conquête rêvée du Nord-Kivu. En effet, après la guerre de Kanyabayonga au mois de Décembre 2004, le RCD-Goma a profité de l’occasion pour déployer à Kanyabayonga les soldats mutins qui avaient endeuillé Bukavu au moins de juin 2004. L’opération dite de démantelement des rebelles Nalu-Adf, a permis au RCD-Goma de déployer une brigade non brassée dans la région allant de Vitshumbi à Batalinga, en passant par Kasindi et Mutwanga. Cette brigade non brassée est commandée par MUNGURA Richard, ami de Tango Fort depuis leur planification de la mise en sac de Kisangani en 2000. Quelle idée de démanteler des rebelles par d’autres rebelles qui refusent le brassage? Quelle idée de faire garder la frontière avec l’Ouganda par des militaires non brassés ? Les assassinats et autres méfaits déplorés par la population du Graben et de Isale- Vulambo –Vuhovi et Kasongwere, sont à mettre sur le compte de ces militaires non-brassés qui n’ont pas la paix au Congo sur leur agenda. Le coup de gueule de la Monnuc les accusant de criminels et des voleurs est une preuve supplémentaire de notre analyse des faits. Nous espérons que ce cri de la Monuc pourra être accompagné dans les jours qui viennent des actes conséquents.

Pour donner quelques exemples du brassage à sens unique qui s’observe dans les affectations des commandants des villes et cités du Grand Nord, on peut citer les cas suivants :
– Commandant de Butembo : Major Dieudonné Muhima ( rwandophone),
– Commandant de Mutwanga–Batalinga-Kasindi : Colonel Mungura Richard (Rwandophone) .
– L’avénement du Colonel She Kasikila à Rutshuru n’a pas fait long feu. Le Colonel Kasikila s’est vu abandonné et par Goma et par Kinshasa. Il n’a eu la vie sauve que dans sa fuite devant l’armée des mutins. Après sa fuite, plusieurs centaines des militaires Fardc ont rejoint les rangs des mutins. Quelle vagabondage ! Quelle impunité !
– Un autre phénomème du brassage à sens unique c’est l’octroi des postes à des congolais acquis à la cause rwandophone. Ainsi quelles que soient les lamentations des Forces Vives du Grand Nord, le Major John Tshibangu est toujours le commandant de Lubero deux ans après avoir organisé la débacle des Fardc venus de Kinshasa au mois de Décembre 2004. Au Sud-Kivu, Grands-Lacs Confidentiel a publié la stratégie macabre du Général Matthieu Agolowa, connu depuis son passage à Lubirizi comme suppôt des rwandais, et qui sous prétexte de combattre l’ennemi, envoie les mai-mai tout droit dans le traquenard de l’ennemi.
– Ce même phénomène s’observe aussi dans la territoriale. En effet on a assisté à la nomination à Lubero de Mr. Josué Badibanga du Kasai et à Beni de Mr. Jean- Jacques Rousseaux KINGUNGU du Bandundu (?). Ce premier geste pourtant positif de réunification du Grand Nord avec le reste du pays laisse cependant perplexe après la révélation des liens entre ces nouveaux chefs et les hommes forts du RCd-Goma. Un autre fait est que cette réunification ne concerne pas le territoire de Rutshuru, de Masisi, de Walikale, et de Goma, des territoires vivant sous une occupation rwandophone de fait.

Toutes ces permutations à sens unique n’ont comme but que de précipiter la chute du Grand Nord sous l’emprise rwandophone en comptant sur l’appui complice des milices Hema de l’Ituri qui auraient renforcé leus positions de Nyakunde, de Boga, et de Mambasa au début du mois de Janvier 2006.

Pendant que l’on salue l’organisation prochaine des élections démocratiques sensées mettre fin à la transition politique, les Forces Vives de l’Est du Congo doivent prendre conscience de ce brassage et réunification du pays à sens unique, et surveiller de près les actions des chefs ayant dans leurs valises des agendas cachés. Un peuple bien organisé et vigilant peut transformé un mercenaire en homme politique selon l’adage Nande que le « Chef c’est son peuple »(O mwami ni valume). Un peuple n’est dirigé que par le chef qu’il mérite… La situation qui prévaut à l’Est du pays en appelle à la conscience de toute patriote congolais de privélégier l’intérêt supérieur de la Nation à son intéret personnel. Que les congolais se rappellent du sort de ceux qui avaient livré Mzee L.D.Kabila au bûcher de l’ennemi. Ils n’ont jamais touché ou jouit de sommes d’argent escomptées. Au contraire, depuis 2001, ils croupissent derrière les barreaux. La traitrise de son peuple ne paie pas et ne porte pas bonheur. Les exemples sont légion en cette matière. Les congolais de partout, et spécialement ceux de l’Est doivent redoubler de vigilance pour aider la transition politique en cours d’aboutir sur la paix dans un Congo resté un et indivisible.

(Point de vue de Mr. Kambere Milonde, Kanyabayonga, pour Benilubero.com)

Lundi 13 Février 2006: Entretien avec l’Abbé Malu Malu, Président de la CEI : De la délicatesse de la phase finale de la transition politique en R.D. Congo

Il faut en parler.Il en va de notrre propre avenir. Sur l’horloge électorale, les aiguilles s’affolent… Mais avons-nous tous la même vision des événements qui se déroulent en R.D. Congo ? Tout le monde ne fait pas la même analyse ni la même évaluation de ce qui se passe ! Point n’est d’ailleurs besoin de le faire. Mais plusieurs pensent, pour le moins, qu’il y a encore une chance pour l’avenir… C’est en tout cas ce qui ressort des différents entretiens de Mr l’Abbé Malumalu, président de la Commission Electorale Indépendante, avec différentes Associations civiles et groupes politiques, à l’occasion de son passage à Madrid, du jeudi 16 au vendrredi 17 février 2006, à propos de la question du processus électoral en cours pour la construction « d’une République Démocratique du Congo vraiment démocratique ». Un problème du présent. Un problème de l’avenir !

Pendant des moments comme celui que nous vivons actuellement en R.D.Congo, on court souvent le danger de succomber à trois tentations. La tentation de « se sentir discriminé voire poursuivi » et de réagir dans la crispation en attaquant. La deuxième tentation c’est celle du « fondamentalisme manichéen » qui divise les choses en blanches et noires ; les personnes en amies et ennemies, la loi en « ça me convient » et « ça ne me convient pas ». La troisième c’est celle de l’étroitesse des vues qui consiste à s’enfermer sur soi-même par peur du débat et du pluralisme. Le vrai danger dans ce troisième cas est de privilégier la raison de la force plutôt que la force de la raison.
Contre ces trois tentations, je propose à nos lecteurs, l’antidote de trois exigences: l’unité dans l’essentiel. La diversité et débat en vue du consensus dans tout ce qui est opinable. La solidarité et la charité pour le bien-commun en tout. Ces élections sont une bonne occasion pour chaque congolais soucieux de se montrer digne de ce nom – et surtout pour les acteurs politiques- de faire cet exercice important. Pour y arriver nous faudra-t-il peut-être faire une relecture pertinente de notre réalité ? Une relecture dans un double sens : retrospectif –pour remémorer et faire la recollection des expériences positives et négatives du passé, sans y être figés- et pro-jectif, comme point de départ vers un avenir meilleur. Parce que à quoi nous servirait de nous lamenter du passé si l’urgence est bien plutôt de rechercher comment agir, pour d’abord, éviter l’embrasement, puis, aussi vite que possible, construire un pays paisible, une patrie congolaise digne de ce nom. A notre avis, c’est en ce sens qu’il faudra travailler sans jamais cesser d’exiger de tout le monde à renoncer à la raison de la force pour ainsi embrasser les voies de la liberté, de la responsabilité et de la participation démocratiques. Tous les Congolais devront toujours se souvenir de l’adage selon lequel : Quand les choses vont mal, il faut faire tout pour les redresser. Mais c’est quand les choses semblent bien marcher qu’il est souvent urgent de faire mieux et davantage ! Un chemin est déjà fait. Ou mieux encore, un chemin est en cours. Ce qui est louable. Mais il faut dire que, quand le plus dur est fait , c’est alors que le plus délicat reste à faire. Il en va de notre propre vie.

Olivier Kamate Sikahwa correspondant de www.benilubero.com à Madrid (Espagne)

Dimanche 12 Février 2006: Le RCD-K-ML au secours des habitants de Isale-Vulambo

Depuis deux mois, les pratiques jadis décriées dans les zones de Masisi, Walikale et Rutshuru, ont élu domicile dans les deux territoires de Beni et de Lubero. Ces pratiques consistent en des assassinats ciblés, viols des femmes, vols à mains armées, destruction méchantes des récoltes, travaux forcés des jeunes garçons, violations des domiciles et de la vie privée des familles, etc. Depuis le lancement de l’opération de démantelement des soi-disant Nalu-ADF Ougandais, les paisibles congolais de Isale-Vulambo vivent dans l’insécurité totale. Les appels des chefs coutumiers locaux à l’administrateur du territoire de Beni sont restés lettre-morte et la population se sent abandonée à elle-même. C’est pour répondre à cette inquiétude grandissante que le Président Fédéral du RCD-K-ML, Mr. Gilbert Kyatsinge, accompagné du Major Eustache Mustando et d’autres cadres du RCD-K-ML se sont rendus à Vulambo, Chef lieu de la localité Isale-Vulambo, le Jeudi 9 février 2006 pour apaiser la population. Agissant comme dans un pays sans loi et non admistrée, Mr. Gilbert Kyatsinge a fait un meeting public non pas comme membre d’un parti politique mais comme un administrateur de territoire. La population ne connaissant pas la distinction entre un meeting d’un parti politique et celui d’une autorité administrative locale ou territoriale, a répondu massivement à la convocation du meeting. Mr Gilbert s’est contenté à son tour d’enregistrer les doléances de la population meurtrie de Isale-Vulambo. Parmi les doléances, l’envoyé spécial de beni-lubero online à Vulambo à enregistrer la demande de l’arrêt immediat des assassinats, du viol des femmes, du vol, des récoltes illégales, des corvées, et la demande de la protection des civils par une police nationale de proximité, l’institution d’un tribunal militaire pour juger les militaires qui se rendent coupables de plusieurs méfaits sur la paisible population.
Finalement, de l’avis de tous, il y a plus d’insécurité avec les Fardc qu’avec les soi-disant rebelles Nalu-Adf ! D’où la persistance des questions sur le motif réel de l’opération de démantelement qui avait été annoncée tambours battants par la Monuc et les Fardc mais sans aucune mesure d’accompagnement de la population. Avant même que cette opération ne se termine, Rutshuru était en feu et à sang. Au lieu que les opérations militaires de grande envergure continuent pour bouter l’ennemi dehors, on a vu les contingents de la Monuc et des fardc baisser leur garde pour laisser la scène aux délégations des ministres venues se pavaner dans Goma pour débiter des mensonges en niant par exemple un fait connu de tous les congolais du Nord-Kivu, à savoir, la présence des forces rwandaises au Nord-Kivu. En même temps, à l’ONU, la population du Nord-Kivu a été choquée par la déclaration de l’Onu qui en pareille circonstance devrait demander l’arrestation des rebelles qui pour la nième fois narguent les congolais mais qui s’est contenté de faire appel aux pays de la région d’organiser une conférence de paix… Pour ne pas rester hors-jeu, Le Conseil des Ministres de Kinshasa a décidé vendredi dernier de traduire en justice tous ceux qui se sont rendus coupables de faits de la guerre en cours au Nord-Kivu, mais la population congolaise n’est au courant d’aucune arrestation ou action judiciaire lancée contre x… Toutes ces mesures qui se ressemblent et qui indiquent bien une complicité entre le gouvernement de transition, les milices rwandophones et la communauté internationale dans la guerre du Nord-Kivu, passent visiblement et sciemment à côté du vrai problème du Nord-Kivu qui est celui des milices des rwandophones armés et soutenus par certains hauts cadres de l’espace présidentiel d’après le cri d’alarme de Mbusa Nyamwisi. Sur terrain au Nord-Kivu, le Gouvernement doit procéder au remplacement de l’actuel gouverneur du Nord-Kivu, à l’arrestation de Laurent Nkundabatware et de Jules Mutebusi. Ce sont ces trois cervaux de l’insécurité au Nord-Kivu qui doivent être traduits en justice pour éviter que le gouvernement de transition n’offre de nouveau aux Nord-Kivutiens un spectacle digne d’être appelé "théâtre de chez-nous". Toute autre solution à part celle ci-haut épinglée ne servira qu’à faire endormir les congolais et à donner du temps à l’ennemi connu de tous et dont le but serait de faire tomber la Province du Nord-Kivu comme un fruit trop mûr, sans résistance. Les forces vives du Nord-Kivu doivent s’unir pour exiger que l’actuel gouvernement de transition trouve des solutions concrètes et efficaces aux problèmes ci-haut soulevés.

( Musayi Kalemire, Isale-Vulambo, pour Beni-Lubero.com)

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