Bunia : Quand la prostitution conduit a la mort

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Cela s’est passé à Bunia aux environs de 6 heures lorsqu’une jeune fille d’une vingtaine d’années révolues nommée NEEMA et appelée Néné pour ses intimes a été retrouvée morte dans une chambre d’hôtel dans le quartier Nyanya I non loin du pont DOGBU qui relie la ville au Quartier Nyakasanza. Prostituée de carrière, cette fille, d’après ses compagnes de métier, aurait quitté Nganda populaire SAKANA II dans la nuit du 12 au 13 juillet 2008 avec un mec qui se révélait être son amoureux de cette nuit. Selon les enquêtes menées par les agents de l’ordre et selon les témoins qui ont partagé les chambres voisines du même hôtel, une dispute avait commencé depuis 5h du matin et les discussions portaient sur la rétribution du service rendu par cette fille à ce mec. Ne s’étant pas mis d’accord sur cette somme, la bagarre aurait commencé et s’est soldée par la mort de la fille. Ayant fait l’autopsie, le Médecin a affirmé que ce mec aurait brisé la nuque de la fille avant de partir vers une destination inconnue. Signalons que dans la même ville une autre jeune fille exerçant le même métier avait été retrouvée inconsciente sur le terrain de football de l’Ecole Primaire Officielle de Bunia (EPO), violée par au moins 7 personnes selon les médecins traitant de l’hôpital bon marché de l’ONG Médecins sans frontières.
 
Ces situations tragiques nous ont poussé à mener des enquêtes sur les formes de la prostitution à Bunia, les causes et les effets de ce métier qui cheminent bon nombre de jeunes filles à la mort précoce. Ces enquêtes ont été conduites par la Ligue des Jeunes Contre la Prostitution des Mineurs d’Age (LJCPMA) basée à Bunia.
 
L’appétit vient en mangeant. Il en va ainsi du sexe. La première grossesse accidentelle au moment de la puberté appelle une autre et encore une autre. Ainsi, avant de l’avoir réaliser, les adolescentes se retrouvent avec deux ou trois enfants plus ou moins indésirables au départ avec lesquels on doit cependant composer pour le reste de la vie. Tel est le sort des filles mineures qui gouttent de façon précoce au plaisir de la chair. Dans beaucoup de cas, la pulsion naturelle est exacerbée par les contingences sociales telles que la pauvreté familiale, les mauvais conseils des amis ou encore des prédispositions individuelles. Que reste-t-il de ces croissances interrompues aussi brutalement ? Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte dans la prostitution juvénile pour façonner le destin de toutes ces filles entrées très tôt dans le commerce de la chair. Celle dont les parents à force de protester contre son caractère volage sont éreintés parviennent, grâce à un accident de l’histoire, à trouver un mari convenable. Ce nouveau statut social inattendu confère à la fille une dignité soudaine et à ses parents une espèce de renaissance dont ils abusent en vivant pratiquement aux basques de leur gendre, ce qui crée quelques conflits entre les deux familles surtout dans le cas d’antagonismes tribaux antérieurs.
Telle autre s’obstine dans sa voie au fur et à mesure que le temps passe et que le mari attendu est aux abonnés absents. Dans un cas pareil, la fille devient une pute professionnelle aux dents longues, n’hésitant pas à user des méthodes frauduleuses pour arriver à ses fins. Cet endurcissement dans le crime fait de ces dames entrées très tôt dans le métier le plus vieux de l’humanité, des piètres ménagères au répertoire matrimonial aussi étendu qu’un annuaire téléphonique.
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D’autres encore, entrées très tôt dans la prostitution, ont marqué un temps d’arrêt ; mais faute de débouchés professionnels, se sont exercées au commerce quand elles ont la chance de disposer d’un capital d’appoint. Elles n’en demeurent pas moins dures de cœur, allant jusqu’à former des cartels de tranche d’âge qui se réunissent en « Moziki » ou mutuelle. Leur indifférence est à la mesure des déceptions qu’elles ont accumulées tout au long de leur longue course pour le plaisir charnel. Il y a d’autres catégories de femmes parmi celles qui ont commencé très tôt dans la sexualité et dont certaines ne se sont arrêtées qu’avec la mort. Car la prostitution des mineures, par son caractère débridé conduit à plusieurs avatars dans la vie que tout le monde connaît. Mais que faire quand on est racolé et que l’envie vous démange ? C’est une question qui sert de tentative d’explication aux pédophiles en procès.
Nombre d’entre eux se recrutent chez les touristes qui écument les pays du tiers-monde à la recherche des sensations insolites introuvables dans leurs pays où les législations sont peu permissives.
Dans les pays comme la RD Congo, la prostitution juvénile n’a pas encore atteint l’ampleur organisationnelle des autres pays. On se contente de laisser sortir les filles à peine nubiles pour qu’elles reviennent à la maison avec un pécule susceptible de nourrir la famille pour une nuit. Tant pis si elles fabriquent des enfants à la peau diaphane à force de lutter contre la malnutrition et de la chair à canon pour les guerres civiles qui ravagent les pays africains.
Pour des besoins d’enquête, nous avons sillonné nuitamment quelques repères, quelques ruelles réputées être des nids de prostituées. Nous les avons interrogées en plein exercice de leur métier de  » femmes  » ou de  » fille de joie « . Des personnes pourtant tristes, fragiles, résignées à leur sort, généralement bornées et qui espèrent trouver un salut dans la facilité en exerçant le plus vieux métier du monde.
           Au Nganda SAKANA II appelé chez Jean-marie : elles commencent tôt et sont peu exigeantes, le prix le plus cher est 5 $ américains et certains clients discutent jusqu’au point de le rabattre à 3$. Ces marchandes insolites sont souvent des jeunes filles dont l’âge oscille entre 12 et 26 ans. Les hommes sérieux se consolent en leur collant l’étiquette de « mineurs mangeables ou de mineurs intégrées ».
Pour ces jeunes, l’usage du préservatif est facultatif d’abord parce que tout se passe dans la précipitation la plus totale alors que l’usage du préservatif exige un cérémonial. Ensuite parce que les petites bottines coûtent quand même de l’argent que cette catégorie de putes n’a pas. Enfin, il est rare que ces filles qui s’adonnent à ces pratiques de nuit et qui le matin rentrent innocemment chez elles, puissent demander conseil ou se fassent consulter par des médecins. Elles ont honte.
           Au Dancing Club Manathan et au MOZAIQUE appelés la grande messe : doté d’un restaurant classique, cet endroit devient un vrai marché de sexe à partir de 21h. Destiné à la classe moyenne et aux VIP. Cet endroit n’est qu’un lieu de négociation et de rencontre autour d’un ver mais la finalité est souvent regrettable.
Les témoignages de ces dames sont parfois déroutants. « Des fois nous tombons sur des brutes qui nous violentent, nous maltraitent. Certains nous payent bien à la fin du compte. Cinquante, cent dollars des fois. Nous rentrons heureuses. Souvent on se lie d’amitié et on se fixe rendez-vous. Ils nous emmènent boire. Les diplomates, les agents de la Monuc, les agents des ONG sont parmi nos meilleurs clients. Mais à force de fréquenter les congolaises ils ne nous récompensent plus comme jadis », s’inquiète A. M, une fervente prostituée.
– Au Bar EXODUS au quartier Niania : deux rues perpendiculaires se transforment en lieux de bonheur. Le conducteur au volant de sa voiture est souvent dérouté par le charme d’une nymphe sortie de nulle part entre le Chantilly et la Cour suprême de justice. Elles se comptent par dizaines, légèrement habillées, baissant leur culotte ou reluisant leurs jupettes pour vous faire découvrir leur  » secret d’Alibaba  » et vous invitent à partager le parfum du plaisir charnel. La note est souvent salée. Dix dollars la passe, ça se négocie jusqu’à cinq après minuit. Et quand on pose la question, d’accord mais où va t-on faire la chose. Elle vous désigne sans hésiter une cache ou un hôtel obscurci appelé le palais d’Ambiance. Dans cet hôtel, on frappe, la sentinelle ouvre le tour est joué.
– Encadrer les prostitués. Sous d’autres cieux les pouvoirs publics admettent les prostituées et leur confèrent une certaine dignité due à leur métier. « Les vitrines » sont des boutiques à sexe, très fréquentées le soir. Certains pays arabes la Tunisie et l’Egypte notamment, ont compris qu’il ne servait à rien de se voiler la face, le phénomène étant vécu au quotidien. L’Etat y gagne quelque chose à travers les taxes et assure un suivi médical des ces femmes de joie. Celles-ci exigent toujours le port de préservatifs à leurs partenaires et la police où les souteneurs interviennent quand elles sont menacées. En RD Congo il faut bien que le gouvernement ouvre l’œil, encadre cette jeunesse pour en récupérée celles qu’on peut réorienter dans la vie.
Quelle est la responsabilité de l’Etat et des parents dans la prostitution des mineurs ? Nous en parlerons dans notre prochain article.
 
Eugide Lalé Mbunda
Bunia
Beni-Lubero Online
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