Congolais et congolaises, quel genre de

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 26 novembre 2006 ! Une année s’achève, autre nouvelle année commence bientôt ! Oui, le Christianisme a un rôle que nous ne pouvons lui refuser dans l’avenir de l’humanité ; et celui de la RDC en particulier. En ce jour, une grande majorité de chrétiens du monde entier célèbrent la fête appelée celle du « Christ, Roi de l’Univers. » Quelle prétention, dirions-nous spontanément ! Mais c’est justement une célébration qui illustre les renversements que vient réaliser l’Evangile dans notre manière de concevoir le pouvoir. Quel message voudrions-nous voir notre pays entendre et vivre en conséquence ? Nous nous sommes rendus dans une église de la capitale, Kinshasa, où le message suivant a été solennellement entendu. Il est basé sur ce bref extrait de l’Evangile selon Saint Jean, chapitre 18, versets 33 à 37. (Daniel Syauswa, BLO, 26/11/2006)

          « Christ, Roi de l’Univers : le titre de la fête d’aujourd’hui nous met peut-être un peu mal à l’aise. Le triomphalisme, nous en avons déjà mesuré les limites et les dangers… C’est d’ailleurs Jésus lui-même qui nous met en garde contre tout titre de puissance ou de victoire par rapport à lui. Le titre de roi a été, pendant toute sa vie, une source de danger et de malentendu tragique. Quand Hérode entend les mages demander « où est le roi des Juifs qui vient de naître », sa réaction ne tarde pas : il envoie ses soldats tuer dans la région de Bethléem tous les enfants jusqu’à deux ans, et Jésus est obligé de s’enfuir en Egypte. Quand Jésus nourrit la foule au soir de ce que nous pourrions appeler une journée de réflexion, la foule voit en lui le messie politique qu’elle attendait, et Jésus ne lui échappe qu’en prenant la fuite, seul dans la montagne. Quand il s’agit d’indiquer la motif de la condamnation à mort de Jésus, Pilate fait clouer au sommet de la croix un écriteau sur lequel il a écrit dans les trois langues usuelles en ce temps-là en Judée : Jésus de Nazareth, roi des Juifs.

        « Christ Roi » semble donc un titre dangereux en même temps qu’ambigu. Jésus lui-même d’ailleurs le récuse. A la question de Pilate : « Es-tu le roi des Juifs ? », Jésus répond : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ? » Cette réponse nous rappelle quelque peu la question que Jésus posa un jour à ses disciples : « Au dire des foules, qui suis-je ? » Quand les disciples commencent à énumérer les opinions des gens, Jésus n’en accepte aucune. Il se sent et se sait mal compris.

          En cette fête du Christ Roi de l’Univers, posons-nous donc la question : Jésus est-il roi ? Il n’est certainement pas roi, ni président, ni chef d’état, ni aucune autre autorité politique tels que l’histoire nous les rappelle et tels que nous les connaissons aujourd’hui. Alors, quel genre de roi est Jésus ? Dans l’évangile, deux royautés s’opposent. Pilate représente la royauté terrestre, une royauté basée sur la puissance, les armes, les victoires politiques, les intérêts de toutes sortes. Pilate est un gouverneur puissant, soutenu par la puissance impériale romaine, entouré de soldats par lesquels il exerce son pouvoir de vie et de mort sur tous. Son monde est le monde du pouvoir. Face à lui, Jésus est le prisonnier condamné et flagellé, menottes aux mains, une couronne d’épines sur la tête, vêtu du manteau des fous, abandonné de tous, objet de moqueries. Son monde est le monde de l’impuissance. Oh oui, comme Jésus le dit, « mon royaume (si royaume il y a) n’est pas de ce monde ». S’il est roi, c’est en exerçant une royauté religieuse. Il est roi en faisant régner la vérité et la justice en ce monde, il est roi en servant son peuple. Il est le vrai roi qui s’engage pour que tous les habitants de son royaume vivent leur vie humaine dans la dignité, il est le vrai roi qui est spécialement attentif aux démunis et aux faibles. Il est le berger qui donne sa vie pour ceux et celles qu’il conduit. Etre roi, pour Jésus, c’est être berger, être serviteur.

          Quand Pilate demande aux Juifs lequel des deux ils veulent qu’il relâche, Jésus ou Barabbas, il leur demande en fait pour quel genre de roi ils optent. Et le choix de la foule qui préfère Barabbas à Jésus est le même choix que celui de Judas qui préfère la trahison et une poignée d’argent à Jésus, le même choix que celui de Pierre qui opte pour sa propre sécurité au prix d’un mensonge plutôt que de reconnaître qu’il est disciple de Jésus, le même choix que celui des soldats qui prennent plaisir à gifler et à torturer Jésus plutôt que d’écouter leur conscience et de respecter ce prisonnier. Tous ils mettent à ce moment-là la logique de l’égoïsme au-dessus de celle de l’amour et du service, la logique de la puissance au-dessus de la logique du respect du prochain qui souffre, la logique de Pilate au-dessus de la logique de Jésus. 

Aujourd’hui tout spécialement en R.D.C., la même question se pose et se répète : quel genre de roi, de président, de gouvernement voulons-nous ? Pour quelle logique optons-nous ? Chaque société humaine a besoin de gouvernants : mais de quel genre de gouvernants ? Selon quelle logique voulons-nous que nos gouvernants traitent notre peuple, leur peuple ? Qu’est-ce qui est prioritaire dans nos choix, qu’est-ce qui sera prioritaire dans leurs choix ? Conquérir le pouvoir, assurer nos (intérêts) et leurs intérêts ? Ou servir le bien commun, servir l’intérêt de tout le peuple, spécialement des plus démunis et des marginalisés ? Qui voulons-nous comme roi, Pilate ou Jésus ? 

     Jésus lui-même a toujours refusé d’entrer dans le jeu du pouvoir. Y céder était, à ses yeux, c’est tomber dans la tentation du diable. Celui-ci, lisons-nous dans le récit des tentations au désert, montra à Jésus « tous les royaumes du monde avec leur gloire », et il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes et m’adores ». Adorer les idoles de la richesse, de la vaine gloire, de l’orgueil, voilà le chemin qui mène au pouvoir politique dans le monde de Pilate. Jésus rejette radicalement et avec véhémence cette option quand il dit : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. » Que signifie ici : vérité ? Quelle est cette vérité qui commande sa vie et sa venue dans notre monde ? La vérité que Dieu est Dieu : qu’en toutes choses, Dieu d’abord doit être servi, aimé et honoré par nous, ses créatures. Et que l’amour du prochain, de tout prochain, doit ensuite être la loi suprême de toute notre action… 

       Contemplons alors longuement et avec amour, dans la scène évoquée par l’évangile d’aujourd’hui, la personne admirable de notre maître et Seigneur, Jésus. La fête d’aujourd’hui l’appelle : Jésus Christ, Roi de l’Univers… Mais il est ligoté, il a été bafoué et conspué, il se trouve là trahi, renié, abandonné par ses amis. Sa tête n’est pas ornée d’une couronne d’or et de pierres précieuses, mais d’épines. C’est la couronne que nous lui avons tissée, faite de toutes nos trahisons, nos compromissions, nos refus d’aimer et de servir. Je le contemple, et son silence, ses souffrances me vont droit au cœur. « Qui es-tu, Jésus ? » Et il répond : « Je suis votre roi doux et humble de cœur. » « Quel est ton programme, Jésus ? » Et il répond : « De manière non-violente et au prix de mon sang, combattre la haine, l’égoïsme, les injustices dans ce monde, sauver les hommes du mal, les conduire vers mon Règne de vie et de vérité, mon Règne de grâce et de sainteté, mon Règne de justice, d’amour et de paix. » (J. A.) 

Transmis par P. Daniel Syauswa, S.J.

Californie ( USA) 

Beni-Lubero Online

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