Crise du Nord-Kivu : Kamerhe promet des cahiers et des crayons

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Après Kalume, Numbi, Chikez, Amisi, et Mayala, c’était le tour de Vital Kamerhe de faire le déplacement du Nord-Kivu hier samedi 18 Août 2007. On s’attendait à ce que Kamerhe qui passe pour le timonier du pouvoir de Joseph Kabila fasse mieux. Après son passage, la déception est grande car, comme ses prédécesseurs, Kamerhe est passé à côté de la plaque. On n’a pas retrouvé en lui l’orateur qui en 2006 avait promis monts et merveilles aux électeurs de Joseph Kabila. Aux populations pourchassées par les brigades mixées de Nkunda, Kamerhe n’a remis que des cahiers et des crayons pour écoliers. Au lieu d’attaquer le mal nord-kivutien à la racine, Kamerhe s’est contenté ainsi d’administrer des calmants, des soins palliatifs, etc.
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La visite de Kamerhe au Nord-Kivu a ainsi déçu plus d’un pour plusieurs raisons.
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Primo, le député des députés a agi comme un membre de l’exécutif gouvernemental. La remise de deux camions remplis de fournitures scolaires pour les écoles du Nord-Kivu en est une preuve. La promesse de la fin de la prise en charge des frais scolaires par les parents, et le paiement du supplément des salaires des enseignants non encore mécanisés, en est une autre. Dans une démocratie normale, le geste de Kamerhe aurait été posé par le ministre de tutelle ou son équiparé. Le travail de Kamerhe est de voter les lois. C’est aux ministres du gouvernement au niveau national et provincial de les exécuter. Le député des députés doit être le premier à éviter ce genre de conflit des compétences. Il doit être celui qui se bat pour que les institutions démocratiques fonctionnent dans l’harmonie pour faire échec au culte de la personnalité du Président comme à l’époque du MPR. Les enseignants du Nord-Kivu préféreraient qu’on leur dise qu’une loi régissant leur régime salarial a été votée au parlement et qu’une institution du pays est chargée de l’exécution de cette loi. Un salaire ou un avantage qui dépend de la volonté d’un individu, fut-il le Président de la République, n’est pas rassurant. Ne dit-on pas que les hommes passent et que les institutions restent ?
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Secundo, Kamerhe a déçu la population du Nord-Kivu en annonçant que dans sa gibecière il n’avait que des cahiers et des crayons pour écoliers. A la place des cahiers et des crayons, les Nord-Kivutiens auraient préféré que le gouvernement commence par autre chose, notamment, annoncer des mesures de sécurité pour les personnes et leurs biens, le retour des déplacés dans leurs maisons et dans leurs champs, la mise hors d’état de nuire des brigades mixées de Nkunda, etc. En effet, si ces causes du mal nord-kivutien ne sont pas prises en compte, demain, les deux camions des fournitures scolaires de Kamerhe prendront la direction du Rwanda ou de l’Ouganda, ou tout simplement brulés par des malfrats… L’enseignant du Nord-Kivu ne pourra jouir pleinement de son salaire que si sa securité est assurée. Autrement, en servant l’enseignant, on servira le bandit qui passera chez l’enseignant le soir pour lui réclamer tout son salaire. A quoi serviront alors les cahiers et les crayons au Nord-Kivu si les écoliers, les élèves et leurs enseignants continuent de croupir dans des camps de déplacés?
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Tertio : Abordant la question sécuritaire, Kamerhe a totalement déçu les populations du Nord-Kivu. La proposition de créer des camps de transit des FDLR avant leur rapatriement au Rwanda dénote une grave légèreté de la part du gouvernement de Kinshasa. On dit souvent que comparaison n’est pas raison. Mais la comparaison de Kamerhe est tout simplement maladroite. En 1994, les camps de transit avaient été un échec total. La preuve est qu’on continue à parler aujourd’hui de la présence des rwandais armés au Kivu. En 1994, la communauté internationale n’avait réussi à rassembler dans les camps de transit que les femmes, les vieillards et les enfants épuisés. Craignant les pogroms des tombeurs d’Habyarimana, des milliers des hutu rwandais avaient préféré erré dans les forêts du Congo que de se rendre dans les camps de transit d’où les soldats du FPR enlevaient nuitamment des personnes soupçonnées d’avoir trempé dans le génocide rwandais. Certains camps de transit comme Tingi Tingi s’étaient transformés en camps de la mort. Les Interahamwe ou FDLR dont Kamerhe parle aujourd’hui sont supposés être les réfractaires à ces camps de transit considérés par eux comme des camps de la mort. Comment alors une voie qui avait échoué en 1994 sera-t-elle concluante aujourd’hui ? Pour rassembler les FDLR, il faut d’abord les localiser, les traquer et les désarmer. Mais Kamerhe n’a pas dit comment le gouvernement va procéder pour amener les FDLR dans des camps de transit.
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Kamerhe a aussi eu le malheur de dire que cette proposition est celle que le Congo a présenté à la communauté internationale représentée au Congo par la Monuc. Les populations du Nord-Kivu ont vu combien le dialogue et la diplomatie prônés par la Monuc ont permis aux rebelles étrangers de gagner du terrain au Kivu. Le programme DDRR de cette même communauté internationale qui prévoyait le désarmement, le rassemblement, et le rapatriement de ces rebelles étrangers, n’a jamais porté de fruit. Avec quelle nouvelle approche cette voie  du dialogue et de la diplomatie avec les rebelles telle que prônée par la Monuc va-t-elle réussir aujourd’hui après cinq ans d’échec?
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De plus en plus il apparait qu’appeler les FDLR des "rebelles étrangers" est un euphémisme dangereux. Les FDLR comme les éléments des brigades  mixées  de Kunda sont coupables d’actes de terrorisme, et en ce sens, les congolais doivent les appeler des terroristes. La communauté internationale engagée dans une lutte sans merci contre le terrorisme, doit accepter que le gouvernement congolais combatte le terrorisme sur son propre sol.
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La volonté du peuple congolais c’est que le gouvernement congolais prenne toutes ses responsabilités en mettant hors d’état de nuire tous ceux qui rament en contre-courant des institutions issues des élections de 2006. Le dialogue et la diplomatie avaient eu lieu en Afrique du Sud. Ceux qui n’ont pas trouvé leur compte dans les institutions issues des urnes de 2006, doivent attendre 2011 pour accéder au pouvoir par des moyens démocratiques. Dans la mesure où toutes les tribus du Congo avaient participé aux élections et ont des représentants au sein du gouvernement, il n’y a pas de raison d’exiger qu’un gouvernement démocratiquement élu dialogue avec une quelconque tribu. Cela n’a pas de sens ! Autrement on dirait que les élections de 2006, n’étaient qu’une poudre aux yeux des congolais comme d’aucuns l’ont déjà dit.
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Le Nord-Kivu doit maintenir la pression sur Kinshasa pour qu’il donne son plan détaillé de la résolution des questions prioritaires telles que la securité des personnes et de leurs biens, la lutte contre les terroristes rwandais au Nord-Kivu, la mise hors d’état de nuire de Nkunda et de ses brigades mixées, etc.
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Si le gouvernement de Kinshasa continue à administrer des calmants en lieu et place des soins appropriés, on serait en droit de l’accuser d’incompétence  ou de haute trahison et de complicité avec l’ennemi à qui profiterait une telle méprise.
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Rigobert Kanduki
Goma
Beni-Lubero Online

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