Des politiques congolais arnaqueurs!

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Des politiques congolais arnaqueurs. Les élections de 2011 seraient-elles gagnées d’avance?
Dans le présent article, nous étudions deux apostrophes du journal Le Potentiel en entrevoyant les élections de 2011 comme étant une probabilité. En d’autres termes, nous ne discutons pas la thèse d’une action-choc qui pourrait mettre brutalement fin à l’ordre politique actuel au Congo.
 
En effet, les lecteurs réguliers du journal Le Potentiel savent que ses apostrophes, à quelques exceptions près, traduisent, en des formules lapidaires et concises, le calvaire que connaît notre pays depuis que "le vent de la démocrature" a soufflé chez nous. Les deux dernières, celles du 14 juin et du 16, donnent à penser, eu égard aux questions qu’elles posent. La première est intitulée "la honte". La première note que "la plupart des élus de la Troisième République vont se casser les dents en 2011. Because, ils se sont complus dans les mêmes attitudes que leurs collègues de la transition. Faire des démonstrations de l’art oratoire. A la fin de cet exercice épuisant, qui a l’avantage d’entretenir l’illusion dans le chef de la population, leurs recommandations et résolutions sur des questions d’intérêt national ne quittent pas l’hémicycle du Palais du peuple. C’est ce que l’on a appelé lettres mortes." L’apostropheur estime qu’en dehors de l’assemblée nationale, le pouvoir exécutif est aussi une caisse de résonnance des tireurs des ficelles tapis dans l’ombre". Bref, ceux et celles qui apparaissent sur la scène politique congolaise sont, pour la plupart des marionnettes agitées par "une main invisible".
 
La deuxième apostrophe, celle du 16 juin, est intitulée " quelle calamité". Pour l’apostropheur, "c’est archiconnu ! Les politiques congolais sont, depuis toujours, une terrible calamité pour la RD du Congo. Ils constituent, au propre comme au figuré, une véritable catastrophe affectant la dignité de son peuple." Pour couper court à toute remise en question de cette approche du politique congolais, l’apostropheur évoque "les derniers «exploits» d’une clique des députés de Kinshasa". De quoi a-t-il été question?"Deux ou trois députés nationaux ont, la semaine dernière, agité la planète de la classe politique locale. Ces agitateurs, connus pour leur professionnalisme en la matière, ont réussi, sans peine, à apprivoiser la commisération des médias kinois. Ils en avaient besoin pour atteindre leur but". Agitateurs, ces députés sont aussi qualifiés de "manipulateurs" recourant aux calomnies pour arnaquer leurs proies "étrangères".
 
Ils ont joué sur l’émotion pour réussir leurs coups. "Mais, après coup, passé l’émotion, le piège a rattrapé les Trois mousquetaires. L’opinion, stupéfaite, a découvert que ces sacrés porte-parole avaient tenté d’arnaquer l’étranger, pour la énième fois. Délit pour lequel ce dernier, dépassé, a voulu se faire justice. L’incident, entre parenthèses, justifie l’origine douteuse de certaines libéralités qui auraient permis autrefois à du menu fretin de se faire élire … grâce à une minutieuse opération d’achat des consciences".
 
Se casser les dents en 2011: pas évident! 
 
Si "c’est archiconnu que les politiques congolais sont, depuis toujours, une terrible calamité pour la RD Congo et qu’ils constituent, au propre comme au figuré, une véritable catastrophe affectant la dignité pour son peuple", croire qu’après qu’ils ne soient pas cassés les dents à la mascarade électorale de 2006, ils vont se les casser en 2011, nous paraît aller très vite en besogne. En effet, en 2006, plusieurs rapports rédigés par des institutions, des ONG et des personnalités dignes de confiance témoignaient que plusieurs candidats aux différentes élections avaient trempé dans la magouille et/ou appartenaient à des réseaux d’élite prédateurs ayant pillé le Congo avant, pendant et après les guerres d’agression initiées par le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, "le conglomérat d’aventuriers libérateurs" et leurs parrains occidentaux. Ces rapports n’ont pas été un frein à la transmutation des seigneurs de guerre et autres maffieux congolais en "leurs excellences" et "honorables" par la magie de la mascarade électorale de 2006. Maffieux, agitateurs et manipulateurs, ils ont utilisé "certaines libéralités" (à origine douteuse) qui ont permis, non seulement "à du menu fretin de se faire élire" mais aussi "aux seigneurs de guerre" de prétendre à "l’excellence" après "une minutieuse opération d’achat des consciences". "Les médias coupagistes" aidant, le débat d’idées sur les projets de société, sur les questions géostratégico-politiques et les grandes orientations à donner au pays a été sacrifié sur l’autel des billets verts et de l’émotion. "Passé l’émotion", notre passé mal négocié nous rattrape et nous estimons qu’en 2011, ces agitateurs et manipulateurs renonceront à l’apprivoisement de "la commisération des médias kinois" et "coupagistes" et accepteront de se casser les dents! Voilà l’illusion que l’une des apostrophes (la première) risque d’entretenir! Nos partis politiques et les associations de notre société civile sont-ils suffisamment avancés (et outillés) sur le débat susmentionné pour présenter des alternatives crédibles en 2011? Mobilisent-ils suffisamment de moyens humains, idéologiques, spirituels et matériels pour travailler avec nos populations à disqualifier les arnaqueurs décriés? Telles sont les questions auxquelles il faudrait commencer par répondre avant de penser à l’échec des agitateurs politiques actuels aux élections de 2011.
 
Cela étant, cette première apostrophe pose, en filigrane, la question de l’inefficacité de la démocratie représentative et de l’absence des contre-pouvoirs autres que celles instituées par des constitutions taillées sur mesure par les nouveaux prédateurs aidés de leurs parrains. Cette question ne se pose pas uniquement pour le Congo et l’Afrique. L’Occident n’y échappe pas. "La démocratie du marché" a sapé le principe de la démocratie participative en faisant des parlements et des exécutifs de plusieurs pays du monde les caisses de résonnance des intérêts des capitalismes financiers. Bien des politiciens ne sont plus que "les hommes liges" de l’ordre néolibéral auquel ils estiment, à travers un discours dominant répété à satiété dans "les milieux des intellos sérieux", qu’il n’y a pas d’alternative. Les bruits des caisses de résonnance sont souvent une tactique de diversion pour ceux et celles qui croient encore dans les vertus de "la démocrature" gérée par le consens de Washington et les Institutions Financières Internationale n’ayant aucun compte à rendre aux populations mondiales.
 
Les politiques congolais : une catastrophe au propre comme au figuré?  
 
Tous pourris? Non. L’apostropheur semble gommer toute une partie de notre histoire de lutte menée, depuis les années 60, par des dignes filles et fils de notre peuple jusqu’à ce jour. Identifier tous les politiques congolais "au conglomérat d’aventuriers" agitateurs et manipulateurs épris d’enrichissement sans cause qui gère notre pays depuis plus de dix ans maintenant est injuste. Comme il serait aussi injuste de réduire nos politiques aux dinosaures ayant géré la deuxième république. Il y a "un petit reste" d’hier et d’aujourd’hui dont la lutte pour une gestion idoine de la res publica tarde à aboutir. S’il redouble d’ardeur et de consistance et qu’il lui arrive de prendre le pouvoir politique, il pourrait travailler à l’avènement d’un autre Congo.
 
"Ce petit reste" n’est pas un groupe figé. Il se fait et se défait. Il se crée et se recrée en s’inventant des lieux de débat où le bonheur collectif à partager au Congo occupe une place de choix. Il est composé de tous les fils et toutes les filles du Congo qui, de plus en plus, comprennent que l’avenir de notre pays sera ce que "les minorités congolaises" organisées en feront.
 
Ici, il serait important d’attirer l’attention de ces "minorités" sur la conception inutile qu’elles ont de notre peuple. Celui-ci n’est pas un bloc homogène aux intérêts toujours convergents. Non. Notre peuple, comme tous les autres peuples du monde, est (aussi) hétérogène. Il est composé de plusieurs groupes et individus dont les intérêts peuvent êtres à la fois divergents et convergents. Ces groupes et individus sont changeants. Pour qu’ils persévèrent dans la quête des valeurs nobles, ils ont besoin des lieux d’apprentissage en commun où, à travers un dialogue permanent et des actions menées de concert, ils apprennent à bâtir ensemble une autre vision du monde, des hommes et des choses.
 
L’illusion est de croire qu’il existe un peuple qui, de lui-même, sans animateur ou leader, se mettra un jour debout afin de chasser "l’occupant" parce qu’il a faim, soif, ou parce qu’il est exploité. Non. Se mettre debout est un acte conscient demandant que les situations décriées soient "vues", "analysées" et "comprises" pour que des actions-choc s’en suivent.
 
Chez nous, tout ce travail –voir, analyser et comprendre, agir- est à faire et à refaire. Il prend du temps et prendra du temps. N’en déplaise à ceux et celles qui croient en la baguette magique. "Si l’on veut faire quelque chose, conseille Chomsky, il faut se donner à fond, et s’y tenir jour après jour. Expliquer, organiser, militer. Voilà comment ont fait changer les choses. Vous voulez une baguette magique, pour pouvoir retourner dès demain devant la télé? Cela n’existe pas." (N. CHOMSKY, La doctrine des bonnes intentions, Paris, Fayard, p.48). Chez nous, la question de savoir si "les minorités organisées" savent dépasser les déclarations des bonnes intentions faites sur Internet ou à travers quelques articles pour un travail de fond abattu sur le long terme reste posée. En plus de ce qu’elles font déjà, il est important qu’elles assimilent cette vérité évacuée de l’histoire: "Il a fallu de longues années d’efforts acharnés, accomplis par une quantité de gens, surtout les jeunes, pour construire un mouvement de protestation" (Ibidem, p.50) à même d’influer sur le sens de l’histoire. Oui. L’effort dévoué et sérieux pour le bonheur collectif peut inciter les esprits, les cœurs et les consciences à inverser le cours de l’histoire. Il n’y a pas de baguette magique! Surtout dans un pays comme le nôtre où la justice est inexistante.  
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
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