Dictionnaire Kinande-fran

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Présentation du dictionnaire Kinande-français et Kinande/Konzo-English

Par Philippe Mutaka

Professeur Philippe Mutaka
Université de Yaoundé
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1. Historique
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Kambale Kavutirwaki, avant de mourir en 1998, a laissé le manuscrit de son dictionnaire, sur des cartes, au Musée Royal de Tervuren. Prof. Claire Grégoire et Yvonne Bastin du Musée de Tervuren m’ont alors contacté par le canal du Professeur Larry Hyman, qui fut mon directeur de thèse de doctorat Ph.D. en linguistique à l’ University of Southern California, Los Angeles. Avec l’utilisation du logiciel Shoebox de la SIL, j’ai donc compilé ce dictionnaire et l’ai enrichi en consultant les dictionnaires de Tatsopa, de Pauline Fraas et de Baudet et des ajouts de Marcel Mutaka de Butembo et en intégrant la première version de Kavutirwaki de 1978. J’ai écrit une introduction de la grammaire pour le public des linguistes. J’ai dû refaire en les simplifiant les structures profondes des entrées lexicales, surtout en matière de la notation tonale. Le système que les linguistes belges avaient conseillé à Kambale Kavutirwaki était très complexe. Il faut se rappeler que ma thèse de doctorat Ph.D. a porté sur la tonologie lexicale du Kinande. Je travaillais donc sur un terrain que je maîtrisais bien. Pendant que je travaillais sur le dictionnaire, le Recteur de l’UCG, l’Abbé Malumalu Apollinaire, m’a suggéré d’intégrer les plantes médicinales dans le dictionnaire. C’est pour cela que je suis parti à Butembo pour collecter le matériel sur ces plantes et les ai intégrées dans le dictionnaire (Mutaka Marcel et Kasilongo sont les vraies sources de ces plantes médicinales avec la collaboration de Dr. Kamabu).
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2. Structure du dictionnaire :
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-Préface de Mgr. Sikuli Paluku Melchisédech (seulement dans la version française)
-Préface de Claire Grégoire
-Introduction au dictionnaire Kinande : notes grammaticales (47 pages)
-Kinande-français : 7074 entrées lexicales
-Index Français-kinande / English-Kinande (pour faciliter le recherche des mots à partir du français/anglais)
-Expressions phrastiques (ehisimo omo Kinande)
-Noms personnels Nande
-Plantes médicinales (terminologie des plantes médicinales, classification des plantes selon leur usage médicinal, terminologie des maladies en Kinande, traitement de certaines maladies avec des plantes médicinales)
-Notes sur le dictionnaire du point de vue des Bakonzo
– Article sur les vertus curatives de plantes médicinales chez les Bakonzo (cet article est en anglais et paraît seulement dans la version anglaise du dictionnaire)
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3. Extraits du dictionnaire à titre illustratif
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a. Préface de Mgr. Sikuli Paluku Melchisédech
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Parmi les multiples caractéristiques d’un peuple et les éléments véhiculaires de sa culture, nous devons mentionner la langue maternelle. Qui affirme appartenir à un peuple ne le fera pas avec évidence sans en connaître la langue maternelle. Celle-ci constitue sans nul doute pour les Nande une des principales composantes du patrimoine sacré qu’ils tiennent de leurs ancêtres. Il leur revient de la conserver avec fierté en mettant tout en œuvre pour en faire connaître et valoriser la richesse anthropologique, linguistique et scientifique.
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C’est un devoir sacré pour les parents et les adultes dans chaque famille, puis à l’école, de transmettre les bonnes manières aux enfants pour qu’ils grandissent en âge et sagesse en vue de devenir demain des citoyens respectueux des valeurs qui fondent la dignité de l’homme dans son être et dans son agir. Ce serait un leurre de croire que les gens de l’extérieur accompliront ce devoir sacré à notre place. L’une de ces bonnes manières au niveau de la famille est sans nul doute d’enseigner notre langue maternelle à nos enfants, car celle-ci demeure un élément à ne pas négliger dans les efforts déployés dans tous les sens pour le développement intégral de la communauté et du pays tout entier.
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Une simple visite chez certains peuples des pays voisins nous fait constater avec une heureuse surprise la parfaite maîtrise par les enfants, non seulement de leur langue maternelle, mais aussi des langues nationales et ou officielles. Ici chez-nous, par contre, l’impression serait que, dans certains milieux, la préférence va à la langue swahili, d’ailleurs mal connue par la plupart, et parlée comme si le kinande était rabaissant. Ne risquons-nous pas ainsi d’être des déracinés, de nous aliéner et de perdre l’aspect fondamental de ce qui constitue notre identité propre, condition pour répondre efficacement avec les autres au rendez-vous enrichissant du donner et du recevoir ? En effet, une personne qui ignore sa langue maternelle est comparable à un arbre qui manque de racines.
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Nous exprimons notre gratitude au Professeur MUTAKA Philippe pour ce Dictionnaire Kinande-Français. Nous encourageons les membres de la communauté Yira et autres à accueillir et à consulter cet ouvrage. Tous y trouveront un outil précieux qui les replonge dans la culture Nande. Puisse ce nouveau dictionnaire constituer un des livres qui nous incitent à l’amour d’instruire nos enfants pour reconstruire la paix, l’unité véritable et promouvoir le développement intégral de notre peuple.
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+ SIKULI PALUKU Melchisédech
Evêque de Butembo-Beni
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b. Echantillons des entrées lexicales de la version française.
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(Note importante : La version anglaise ne reprend pas les faits culturels liés à certains mots lexicaux. Dans la version française, je tenais à respecter le vœu de feu Kambale Kavutirwaki qui voulait que son dictionnaire soit éducatif et culturel).
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eàkïõùnda (rad. iõnda H) n 7/8. le cadavre, la deàpouille mortelle. On a geàneàralement treès peur d’un cadavre car l’on croit que l’esprit du mort peut se montrer. Quand un des conjoints meurt, le survivant se couche la premieère nuit le long du cercueil eàtendu aè terre. Pendant ce temps tous les amis pleurent et les femmes surtout geàmissent, se roulent par terre et pleurent en criant treès fort. Toutes les personnes amies du deàfunt gardent cette attitude pendant une semaine "la semaine du deuil". A la fin de cette semaine, le survivant est conduit aè la rivieère ouè il se baigne en se tournant vers l’aval. Ensuite on lui coupe tous les cheveux aè ras. C’est aè partir de ce moment qu’on porte les habits de deuil noirs en geàneàral, habits qu’on enlevera le jour de la leveàe du deuil dans une grande reàjouissance populaire.
ekïõùsaàliõ (rad. saàlïõù) n 7/8. geàsier. Lorsqu’on eàgorge une poule pour un visiteur, on doit toujours lui donner le geàsier. C’est de cette facãon qu’il sait que la poule a eàteà eàgorgeàe pour lui. Et s’il y a plusieurs gens qui partagent la nourriture avec un poulet, on identifie celui aè qui appartient le poulet lorsqu’il prend le geàsier. wanaàhïõùrïõùry’ ekïõùsaàlïõù ky’ omo mboàka kweàhi
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erïùheruàka (rad. heàruk ) v intr. aller dans la maison nuptiale; se marier. Apreès l’acheèvement de la dot, au soir du jour fixeà, un corteège formeà des membres des deux familles et de tous les amis des futurs eàpoux se forme, ces derniers en teête, progresse aè partir de la maison paternelle de la fianceàe vers la reàsidence du futur mari . L’on chante, l’ on danse, l’ on proclame dans les chants les qualites de l’ un et de l’ autre. Pendant ce temps et longtemps encore apreès la fin du corteège, la tante maternelle de l’homme se tient aè coêteà de la jeune fille, lui transmet conseils et facãons d’agir dans sa nouvelle vie de marieàe, sans oublier certaines techniques pratiques relatives aè l’acte conjugal qu’elle va devoir faire pour la premieère fois. Car aè la fin de la procession, lorsque la jeune fille entre sous le toit du jeune homme, en ce moment preàcis, le mariage est conclu . Donc, comme ils vont devoir faire leur premieère union matrimoniale, si reàellement la jeune fille est encore vierge, le drap blanc sur lequel ils dorment sera ineàvitablement tacheà de rouge. Ainsi au lever, tous les anciens du village attendent aè l’exteàrieur pour eêtre tous teàmoins de la virginiteà de la marieàe. Si tel est le cas, le jeune homme sera obligeà de reàcompenser les parents de sa jeune femme. Il leur payera une cheèvre pour avoir ainsi bien su garder la virginiteà de leur fille. Cette description concerne uniquement le premier mariage entre un jeune homme et une jeune fille.
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erïùtsuàma (rad. tsuàm ) v. maudire On maudit soit par simples paroles impreàcatoires, soit par un certain ceàreàmonial qui consiste notamment aè oêter sa culotte en public (ou esquisser uniquement ce geste) et traïîner son seàant par terre. Si l’on fait cela pour son enfant, c’ est laè la plus forte des maleàdictions. La meère peut aussi maudire en soulevant seulement son sein aè l’encontre de son enfant.
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omuàguàla (rad. guàlaà) n 1/2. un ennemi du chef ; une personne hostile au chef et qui ne peut jamais visiter le chef. Selon l’anthropologue Francesco Remotti de l’Universiteà de Turin, c’est l’ennemi officiel du mwami car, aè sa mort, c’est lui qui attachera la maêchoire infeàrieure de son cadavre aè une corde pour eêtre arracheàe par un mouton lors des ceàremonies des funeàrailles.
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omuãàlïõùmuã (rad. lïõùmu) n 3/4. l’esprit. C’est l’esprit animant l’homme et dont le deàpart provoque la mort de celui-ciõ Ces esprits sont parfois nombreux et viennent attaquer un eêtre humain. Alïù koà baàlïõùmuã ou alïù koà mïõùlïõùmuã ou encore alïù koà bïùrïùmuã pour dire il/elle est posseàdeà(e). Nos anceêtres sont consideàreàs comme existant aujourd’hui sous cette forme. Quand il y a un tremblement de terre, les parents demandent aè tous leurs enfants de tenir les mains leveàes. Ainsi ils saluent les esprits qui passent. Peut-eêtre y en a-t-il de nos anceêtres! Quand la femme preàpare de la viande d’une cheèvre, elle met sur des baêtonnets autour du foyer quelques morceaux deàlicieux (foie, coeur, etc.) et dit que c’est le repas que mangeront les anceêtres (les esprits et anceêtres). Meême si ces morceaux de viande sont mangeàs la nuit par les souris, on dira que ce sont les anceêtres qui les ont consommeàs.
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omuàtsyeê (rad. tsïùe) n 3/4. une habitude. S’utilise treès souvent pour un homme qui dans un meànage a des manieères deàplaisantes. On dit alors: akaàlumeà k’ emïùtsyeê (le bonhomme aux manieères). Ce deàfaut est treès grave et quand quelqu’un est connu d’avance comme tel, il lui est difficile de trouver un conjoint. Ces mauvaises manieères et habitudes se rapportent normalement aè l’art culinaire; par exemple, un homme qui continuellement surveille son eàpouse pour voir combien de morceaux de viande elle va mettre dans le plat des visiteurs. Par exemple aussi un homme qui tient jalousement la caisse familiale sans laisser la moindre initiative aè sa femme d’acheter l’ un ou l’ autre article qu’ elle trouve utile pour la famille. Le temps de fiancãailles sert notamment aè l’observation mutuelle des futurs marieàs sur ce point essentiel. Ainsi par exemple il faut que la femme soit accueillante et pas du tout avare ou deàdaigneuse. eriõkangiõriõry’ emïùtsyeà mïùbïî apprendre aè quelqu’un des mauvaises habitudes.
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c. Traitement de certaines maladies avec les plantes médecinales.
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Carie dentaire:
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a. éndugunda (aubergine sauvage)
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Griller le fruit au feu, recueillir la poussière noire. Il est préférable d’employer le fruit qui a des épines. Pour cela, il faut moudre ce fruit après l’avoir grillé, tamiser les cendres que l’on recueille, ajouter un peu de sel de table (esérwê), mélanger le tout et garder le produit ainsi obtenu dans un récipient. Lors de la prise, prendre une pincée avec les doigts et mettre cette cendre sur la dent pendant une semaine.
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b. Éngaka (ekítenende) Aloès vera. L’aloès vera est considéré comme une antibiotique à large spectre. Sa sève sert aussi pour soigner les dents qui bougent et qui provoquent des plaies. L’idéal est d’enlever la dent et éviter les infections de la plaie. Pour cela, il faut d’abord gargariser la bouche avec de l’eau, ensuite la gargariser avec la sève d’aloès vera ou faire passer la feuille d’aloès vera sur l’endroit où l’on a arraché la dent.
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Poison
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a. Omutundúla ou omunundúla, une herbe avec laquelle on fabrique des balais (ekifagío).
Il faut prendre les feuilles avec les graines jaunes. Les sécher dans la maison. Lors du séchage, les couvrir avec un habit léger pour éviter les saletés déposées par les mouches. Ensuite, il faut piler et tamiser ces feuilles sèches, les mettre dans une boîte. Prendre soin de ne pas poser cette poudre dans un flacon en crystal car il faut éviter l’humidité. Prendre une pincée de cette poudre avec trois doigts, ou alors en prendre et l’avaler avec un peu d’eau. Il est conseillé d’avoir cette poudre avec soi chaque fois que l’on soupçonne que l’on peut être empoisonné. On peut se dissimuler pour prendre cette poudre à la toilette et lorsqu’on revient du rendez-vous, il faut encore en prendre.
Cette poudre est un antidote particulièrment efficace contre un poison communément appelé “akaruho”.
b. olupapale (ageratum): Il faut laver les feuilles, les mâcher et puis avaler le liquide qui en sort, et cela pendant une semaine.
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c. Riz: On peut aussi prendre du riz avec une cuillerée de miel pendant 5 à 10 jours.
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d. endimotsungu (citron). Mettre le ndimotsungu dans de l’eau propre stérile dans un verre. Il est conseillé de porter le citron avec soi lorsqu’on pressent que l’on est dans un milieu où l’on peut être empoisonné.
Notez par ailleurs que le ndimotsungu sert à soigner aussi la toux. Pour cela, il faut prendre son jus pendant cinq jours. Il faut éviter de broyer le fruit avec les dents car il contient de l’acide. Avant de l’administrer à un patient, il faut s’assurer qu’il n’a pas de maux d’estomac causés par des ulcères. Ceci est une précaution très importante selon Soeur Melonde, source de cette information.
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e. olúbóno. On peut s’en servir comme un antipoison. Après avoir pilé ces feuilles de ricinier et recueilli l’eau qui en sort, il faut chaquefois boire un verre par jour pendant cinq jours. Ce n’est pas nécessaire d’ajouter du sel pour cette décoction.
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On emploie également l’huile de ricin comme traitement de la personne empoisonnée. La formule: un oeuf + miel + huile de ricin. Selon Sr. Melonde, c’est un traitement très efficace contre le poison. Pour la préparation du médicament, casser l’oeuf, mettre le jaune d’oeuf d’un côté et le blanc d’oeuf de l’autre côté. Comme le poison s’attaque d’abord au foie et aux reins, il faut d’abord donner le blanc d’oeuf au patient. Ensuite, prendre le jaune d’oeuf (une cuillerée), + une cuillerée de miel + une cuillerée d’huile de ricin et mélanger le tout en battant gentiment cette conconction pendant 5 minutes. Le produit qui en résulte est l’antipoison. Pour la posologie, il faut prendre une cuillerée le matin avant de manger quoi que ce soit, et ensuite manger après 15 minutes. Le soir, il faut encore en prendre avant de manger. Cin jaunes d’oeufs correspondent à cinq jours. Selon Sr. Melonde, c’est un médicament très efficace et qui soigne également la gastrite et beaucoup d’autres maladies.
Puisque certains poisons sont donnés dans des cadeaux tels que chèvres et poulets qu’un faux ami peut vous offrir, il est conseillé d’abattre une telle chèvre ou un tel poulet après trois jours. En cas d’empoisonnement, un tel animal mourra de lui-même.
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Complications d’accouchement.
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Nyegera que l’on appelle aussi emboka bhíbhi ou matako bhíbhi. On conseille ce légume aux balimbasa (les filles qui sont en parturition et qui vont accoucher pour la première fois) et aux mamans car il a pour effet d’ouvrir le col utérin, ce qui permet d’enfanter facilement. Selon Soeur Melonde, ce conseil est très précieux car il aide à éviter les traumatismes et les douleurs inutiles auxquels sont soumises de nombreuses femmes lorsqu’on les oblige d’accoucher par césarienne.
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Virilité
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Omusónia (obukúto).
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On peut aussi se servir de l’écorce de cette feuille connue sous le nom scientifique de “bideus pilosa”comme stimulant sexuel. Selon l’information rapportée dans “Si je savais”par Mutaka et Bolima (2004), les hommes qui ont l’intention de faire l’amour ont l’habitude de mâcher son écorce pendant la journée. On peut aussi piler ses feuilles avec la tige et recueillir la sève, la mélanger avec un peu d’eau et la boire avant de faire l’amour.
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Fièvre typhoïde
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omurubaíni ou omwarubaíne (Neem tree). Il faut mettre 5 feuilles dans un litre d’eau et les bouillir pendant 30 minutes. Prendre un verre le matin, à midi et le soir pendant 6 jours. Selon Dr. Kamabu, cette décoction est très efficace pour soigner la fièvre typhoïde. Ces feuilles soignent aussi la malaria. Notez que le nom authentique de cette plante reste peu connu. C’est une plante importée mais qui se répand rapidement chez les Wanande. La plante est particulièrement connue au Kenya, et selon un informateur de l’ethnie Luhya, son nom signifie “la plante qui soigne 40 maladies”.
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SIDA
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Éngaka ou ekítenende (aloès vera). On emploie des feuilles d’aloès vera qui sont mûres de quatre ans. On les découpe en petits morceaux après les avoir très bien lavées. Après, il faut les bouillir dans de l’eau. C’est cette tisane ainsi obtenue dont il faut prendre une demi tasse trois fois par jour. Vous pouvez la garder dans une bouteille au frigo. En plus de ceci, deux fois par semaine, il faut faire un lavement (eryôgâ) avec le liquide visqueux obtenu à partir de la sève d’aloès vera après l’avoir mélangé avec un peu d’eau. La cure doit se prendre pendant trois mois. (Source de cette information: Mutaka & Bolima: 2004 dans le livre “Si je savais”)
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Gastrite
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Selon Mutaka Marcel (ms), quand se présente un cas de gastrite (hypo et hypergastralgie), les plantes qui passent à l’avant-plan sont: le muhube, le Musonia, le Ndetsa, le Ngobanyolo, le Kibunwe, le Riherengete, le Ngaka, le Lubunangwa, le Kitasimba, le Lubatama, le Ngobolu, le Kausa, le Lupapali et le Nzumbu. Prendre une demi poignée de feuilles pour chaque espèce, les bouillir dans 2 litres d’eau jusqu’à ne compter qu’un litre et demi de décocté. Après refroidissement ou attiédissement, boire 3 fois ½ verre par jour. Ce produit intervient aussi en cas d’affection de foie et des reins. En cas d’hypergastralgie, le patient peut associer les soins avec la prise de 3 à 4 oeufs crus par semaine. Pour le cas d’hypogastralgie, le citronnier (fruit) a aidé bon nombre de patients.
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d. Notes sur le dictionnaire Kinande du point de vue des Bakonzo
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Concernant la pratique de la médicine traditionnelle, nous aimerions ajouter ce qui suit :
1. Pour traiter le “akaniga”, un genre de maladie de la gorge : on conseille au patient de prendre un grain de sorgho et de le mettre sur un aiguisoir (une pierre sur laquelle on aiguise les couteaux), de le prendre avec la bouche et de l’avaler sans le mâcher.
2. Traitement d’une morsure de serpent. Cette information a été obtenue de Carole Ngameka de l’ethnie Bulu du Cameroun qui nous a assuré que sa connaissance fait partie de la tradition Bulu. Lorsqu’ on est en forêt et que l’on est mordu par un serpent, il faut boire son urine et en mettre aussi à l’endroit mordu. L’urine sert d’antidote contre le venin du serpent. Nous avons tenu à donner cette information ici au cas où elle peut servir en cas de besoin.
3. Si quelque chose entre dans l’oeil: on conseille de ne pas frotter l’oeil et de cracher après l’avoir ouvert grandement.
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Il existe aussi certains tabous chez les Nande et les Bakonzo que nous aimerions signaler:
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1. Il est défendu de contourner un chef. Ce serait un manque de respect pour lui.
2. Il est défendu de tendre un objet à un chef ; si vous voulez lui donner quelque chose, il faut passer par le canal d’un notable assis à son côté.
3. En général, il est défendu d’avoir des relations sexuelles avec son partenaire à la veille d’un événement important.
4. Il est défendu aux femmes de prononcer le nom de leurs beaux-pères et parfois le nom de leurs maris. En général, les hommes n’utilisent pas aussi les noms de leurs femmes. C’est pour cela qu’on appelle souvent les femmes par les noms de leurs enfants avec l’emploi du préfixe « nya », par exemple nyaKambale pour dire “maman de Kambale.”
5. Il est défendu d’appeler les gens par leurs noms la nuit par peur des mauvais esprits qui errent dehors et qui, en entendant un tel nom, peuvent l’employer pour nuire à son propriétaire. Dans certaines familles, on défend même d’utiliser les noms des gens pendant la conversation car, si un passant venait à entendre son nom, cela pourrait créer des problèmes. Lors d’une conversation, de tels noms sont remplacés par des surnoms tels que Munyatwámba, Munyísíryâ. Si un visiteur venait à entendre un tel nom, il ne saurait pas qu’on parle de lui.
6. C’était un tabou de couper ses oncles la nuit car, selon la croyance traditionnelle, cela causerait la mort de l’oncle maternel.
7. C’était un tabou pour une personne de dire qu’il allait se suicider. On croyait qu’une personne qui parle ainsi finirait un jour par se suicider.
8. Raccommoder son habit pendant qu’on le porte était aussi tabou car l’on croyait que cela invitait la pauvreté sur soi.
9. C’était un tabou pour les femmes de siffler et pour les jeunes gens de siffler la nuit. L’on croyait que siffler la nuit attirait les mauvais esprits.
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Voici des croyances courantes chez les Bakonzo et les Nande selon Magezi et al. (2004).
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a. Le chatouillement des paumes des mains signifie qu’on recevra des choses gratuitement.
b. Lorsque la plante du pied chatouille ou lorsque une abeille survole autour de vous, ou encore lorsqu’un enfant se met à tambouriner sur un panier, cela signifie que l’on aura un visiteur.
c. Si l’on commence un voyage et que l’on rencontre une mangouste sur son chemin tôt le matin, cela signifie que le voyage n’est pas béni et que l’on aura des problèmes. Le voyageur est obligé de reporter son voyage.
d. Si l’on commence un voyage et qu’on rencontre un rat qui traverse le chemin devant soi, et de préférence, si c’est le rat rayé appelé olutera qui court tout juste devant vous avant de disparaître dans la brousse, cela veut dire que l’on va bien manger là où on va.
e. Si un hibou ou un chat sauvage crie devant votre domicile, cela présage de mauvaises nouvelles, particulièrement la mort d’un membre de famille.
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A la question de savoir si les Bakonzo se regroupent aussi en clans comme les Nande et comment s’appellent ces clans, voici un commentaire de Magezi et al (2004:42):
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Les Bayira (c’est-à-dire les Nande et les Konzo) se regroupent en sept clans majeurs. Ce sont : les Abasu, Abaswagha, Abahira/Abaseru, Abakyira, Abathangi, Abahamu et les Ababinga. Le clan des Abasu a d’autres sous-clans qui sont : les Abakunda, Abaghagyu, Abalegha, Abanyisanza, Abalhumba et les Abahimba. Chaque clan a un totem particulier, omutsiro, et un clan qu’il prétend être ennemi connu sous le nom de ekyabise [….]
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Les totems comprennent certains animaux et oiseaux particuliers qu’un clan donné doit respecter. Un tel animal ou un tel oiseau ne peut pas être tué ou blessé par un membre du clan qui l’a comme totem. Des exemples des totems sont : le léopard pour les Baswagha, un type de faisan pour les Abahira et le chien pour les Abathangi.
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Nous aimerions en outre commenter brièvement sur les croyances traditionnelles aux esprits en vue d’aider à mieux comprendre la culture des Wanande et des Bakonzo.
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Selon Magezi et al. (2004) sur lequel le reste de cet article est basé, les Bayira croient en des esprits surhumains sous la forme de abalimu, ebirimu, ebitsokya et emirimu.
Abalimu, ou les bons esprits des morts, sont les esprits des gens qui avaient de bonnes qualités pendant leur existence terrestre et qui ont conservé ces qualités dans le monde de l’au-delà. Considérés comme ancêtres, on croit qu’ils protègent les individus et leurs familles. On croit également qu’ils jouent le rôle d’intermédiaires entre l’homme et Dieu. Chaque féticheur ou guérisseur faisait son travail en les invoquant car ce sont eux qui lui révèlent les mauvaises intentions des gens et les catastrophes et ce sont aussi eux qui leur suggèrent des solutions. L’on élève d’habitude une chèvre ou une poule à leur honneur.
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Ebirimu: ceux-ci sont considérés comme les esprits maléfiques des morts. On croit que ces esprits ou fantômes opèrent au niveau de la famille ou se regroupent en certains endroits, notamment dans les cimetières. Selon Magezi et al. (2004), ils ont des traits communs tels que la propension à se manifester la nuit, à crier, à parler et à chanter comme s’ils étaient de véritables personnes humaines. Il n’était pas rare d’entendre le battement des tambours, des enfants crier et des voix des vieillards comme issues d’un débit de boisson. Il n’était pas également rare de percevoir des étincelles dans les endroits où se manifestaient de tels esprits.
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Ebitsokya: ce sont les esprits qui paraissent sous une forme physique. On peut les voir la nuit, à l’aube, lorsque le soleil est au zénith, lors des tempêtes et après de grandes pluies.
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Emirimu: ce sont des esprits créés et dont la plupart sont nuisibles à l’homme. Ils vivent dans des arbres sacrés, des caves, dans la forêt, dans l’eau, dans les vallées et dans des endroits lugubres. Les dieux traditionnels sont placés dans la catégorie de emirimu. On croit que Nyamuhanga est l’Être Suprême qui a créé tous les Bakonzo ainsi que leurs richesses. On croit que c’est un être bon et bienveillant qui ne nuit pas aux gens à moins d’avoir été irrité. C’est seulement les chefs des villages ou des clans ainsi que les hommes âgés et les guérisseurs qui pouvaient prononcer son nom. S’il arrivait que les enfants prononcent son nom, la famille était obligée de déguerpir de sa maison et d’aller s’installer ailleurs par peur d’une éventuelle catastrophe. Les Bakonzo croient que Nyamuhanga est entouré d’autres esprits sous la forme de petits dieux qui lui servent de messagers. Selon Magezi et al. (2004), on peut les catégoriser en bons et mauvais esprits.
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Les bons esprits comprennent:
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Kitasamba: cet esprit occupe une place de choix dans la tradition des Bakonzo car il est responsable du Mont Ruwenzori.
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Nyabingi: on croit qu’il détient le pouvoir de multiplier la richesse et de bénir les possessions matérielles des gens.
Mutundi: le dieu du négoce et du commerce.
Nyamikene: l’esprit en charge de l’agriculture, des récoltes, de l’élevage et de l’abondance.
Letego: l’esprit que les piégeurs consultent avant d’aller à une expédition de chasse.
Kalisya: l’esprit responsable d’animaux sauvages et domestiques.
Mulemberi: l’esprit responsable des bébés et des enfants.
Katulikanzira: l’esprit responsable des voyages.
Mugobolya: le dieu de la chance.
Muhima: l’esprit en charge de la défense et de la protection.
Nyabibuya: l’esprit qui a le pouvoir divin de bénir les gens.
Mulondi: l’esprit qui plaide pour les gens.
Kasokya: l’esprit en charge de faire traverser les rivières en crue et les lacs. Cet esprit a le pouvoir de faire déborder les rivières; c’est pourquoi il était nécessaire de l’apaiser avant de traverser des eaux profondes.
Mulekya: l’esprit responsable de la justice.
Kagole: l’esprit en charge du mariage.
Kabumbi: l’esprit responsable de la poterie.
Mabula: l’esprit responsable de la pluie.
Kaluka: le dieu en charge des travaux d’artisanat.
Lubunange/Mwoloberia: l’esprit responsable d’amener les gens à trouver un terrain d’entente ou à s’unir lors d’un conflit. Hommes et femmes le consultaient notamment pour gagner la faveur de la personne de sexe opposé en vue du mariage ou des relations sexuelles.
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Les mauvais esprits comprennent:
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Mutwangwangwa: l’esprit qui provoque des éboulements pendant les saisons pluvieuses.
Kalamata: l’esprit qui cause les feux de brousse.
Muhumbuli et Katsinduli: on croit que ces esprits sont responsables de toutes sortes de maladies ou de calamités, surtout celles qui affectent les enfants.
Kateluli: on croit qu’il était le démon et le leader d’autres mauvais esprits.
Kihara: l’esprit qui avait les pouvoirs de démasquer et d’arrêter les voleurs. Lors d’un vol, les gens lui offraient des sacrifices, et si l’on trouvait une personne qui saignait du nez, on le suspectait d’être le cambrioleur des objets volés.
Lusenge: un esprit qui vivait dans l’eau. Si une femme enceinte venait à le rencontrer, elle était obligée de lui promettre de donner le nom de cet esprit à son enfant.
Ndyoka: l’esprit des eaux. On croit qu’il apparaît sous des formes variées : un grand serpent noir, un mouton au milieu d’une rivière, ou alors sous la forme d’un grand vent nuisible à l’homme.
Mwegha: l’esprit responsable des malformations physiques.
Murogo: l’esprit responsable de la sorcellerie.
Bulinzole: on croyait que cet esprit se compose de deux parties: une qui apparaît sous la forme d’une femme et une autre sous la forme d’un poisson entouré des serpents. On l’affilie à Ndyoka et il est responsable de la fertilité chez les femmes.
Mutabali: on croit que cet esprit est un soldat qui peut ou peut ne pas être nuisible à l’homme selon la situation.
Mutikura et Kihoni: ces deux esprits peuvent occasionner des plaies incurables par la médicine humaine à moins qu’on ne leur offre des sacrifices.
Musiki: l’esprit responsable des tremblements de terre.
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Référence:
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Magezi, M.W., T.E. Nyakango, and M.K. Aganatia. 2004. The People of the Rwenzoris: the Bayira (Bakonzo/Banande) and their Culture. Köln: Rüdiger Köppe Verlag.
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Perspectives d’avenir pour le dictionnaire
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Nous cherchons un financement pour la publication de ce dictionnaire. Lors de mon dernier séjour à Butembo, nous nous sommes convenus qu’il faudra imprimer le dictionnaire en Ouganda et que les copies seront transportées par véhicule à Butembo pour y être mises à la disposition du public Nande. Au moins 500 exemplaires de ces copies seront données aux Konzo de l’Ouganda qui ont demandé à ce que la version anglaise soit intitulée Kinande/Konzo-English dictionary. Ils s’en serviront dans leurs écoles primaires. Ce sont les services de Mgr. Sikuli Paluku Melchisedech qui seront chargés de sa distribution chez les Wanande à un prix minimum possible. Pour la communauté des linguistes, le dictionnaire est publié sur le site internet de Rutgers University aux Etats-Unis. Mais il n’est pas encore aisément accessible au public pour le moment.
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Je suis Professeur de Linguistique à l’Université de Yaounde 1 avec le grade de Professeur Ordinaire depuis juillet 2004.
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Parmi mes publications, je voudrais citer les suivantes :
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1. Mutaka, M.N. & B.S. Chumbow (eds.) 2001. Research mate in African linguistics: focus on Cameroon. A fieldworker’s tool to reveal the stories Cameroonians languages have to tell. In honour of Professor Larry Hyman. Cologne: Rudiger Koppe Verlag. (360p).
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2. Mutaka, M.N. & P. Tamanji. 2000. An Introduction to African Linguistics. Munich: Lincom Europa. (320p)
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3. Mutaka, M.N. 1994. Lexical Tonology of Kinande. Lincom Studies in African. Linguistics1. Munich: Lincom Europa. (240p)
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4. Mutaka, N. & L. Attia (eds.) 2004. Building capacity: using TEFL and African languages as development-oriented literacy tools. Ms. Sections of this book are published on AWE CD, SIL: Texas. This CD is available at SIL-Yaounde.
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5. Mutaka, Philippe. 2001. Le Fruit de l’ amour. Yaounde: Editions SHERPA. (246p) (This is an AIDS prevention book. La version anglaise de ce livre a 218 pages)
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6. Mutaka, P. & F. Bolima (eds.) 2004. Si je savais. Yaounde : Editions SHERPA. (318p) (This is an AIDS prevention book. La version anglaise de ce livre a 297 pages)
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Note : Je souhaite que BLO me demande aussi de présenter brièvement le Fruit de l’amour et Si je savais car ce sont deux livres importants sur la prévention du sida et qui profiteraient à nos populations Nande et Konzo. J’avais présenté Si je savais dans une conférence à l’UCG et au théologat de Butembo en janvier 2003.
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Philippe Mutaka
Cameroun – Yaoundé

Beni-Lubero Online

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