Discours de l’Abb

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ITALIE-RDC : UN NOUVEAU PARTENARIAT POUR UN PROGRAMME DE FORMATION PERMANENTE DES DEPUTES PROVINCIAUX ET AUTRES CADRES DE LA TERRITORIALE
 
Sous l’initiative de la province Italienne de la Toscana, un colloque a eu lieu à l’occasion d’un échange de vue sur la formation permanente des membres des assemblées provinciales de la RDC. Parmi les principaux protagonistes de ce nouveau partenariat figure la CEI, le Conseil Régional de la Province de la Toscana, l’Ambassade d’Italie en RDC, l’Association « Beati i Costruttori della Pace », le Pnud en RDC, l’Université de Florence, etc. Les interventions des représentants de ces institutions étaient focalisées sur l’appui au processus de démocratisation de la RDC, notamment la signature d’un nouveau partenariat pour un programme de formation des présidents des assemblées provinciales et autres cadres de la territoriale. L’université de Florence a servi de cadre pour cette rencontre du mercredi 28 février.  
(Rapporté par Rigobert Kamate Mbuyiro)
  
1 : AU COEUR DE LA VILLE MEDIEVALE
 
Il était onze heures (heure d’Italie) lorsque s’ouvraient les rideaux de l’amphithéâtre de la faculté des sciences politiques de l’Université de Florence, ville médiévale située, au centre d’Italie. Le coût d’envoie a été lancé par la signora Stella Rognoni, doyenne de la Faculté des Sciences politiques. Au cours de son mot de bienvenue, la dame de fer a loué d’entrée des jeux, l’exploit réalisé par la RDC, dans l’organisation des premiers scrutins libres et démocratiques de son histoire moderne. Aux yeux de Stella Rognoni, il s’agit là d’un défi lancé à l’adresse du monde occidental, lorsqu’elle fait allusion à « cette Afrique pour laquelle les journaux occidentaux ne rapportent que des images catastrophiques […]. Avec l’expérience du Congo, l’Afrique présente au monde une autre version des faits… ». Signalons au passage qu’à l’université de Firenze, les élections en RDC font déjà objet des sujets des recherches pour plus d’une dizaine d’étudiants au cours de cette année académique. Ainsi donc, à la fin de son adresse de bienvenue, la doyenne finira par attester que son université à dores et déjà donné sa disponibilité pour servir de cadre en vue de la réalisation du programme de formation permanente des membres des assemblées provinciales de la RDC. « Il s’agit pour nous d’appuyer cette démarche non seulement sur le plan logistique, mais aussi en mobilisant le personnel enseignant de l’Université de Florence et autres professionnels en matière d’administration territoriale ».
 
2 : UNE LEÇON MAGISTRALE
 
Après le mot d’ouverture, la parole sera donnée au président de la CEI, un des principaux protagonistes de ce nouveau partenariat. Principal hôte du jour, l’abbé Malu Malu était invité en vue de présenter un panorama général sur les enjeux de l’organisation des premières élections libres et démocratiques en RDC. L’auditoire était constitué des congolais résidents en Italie, d’une dizaine des professeurs, ainsi que d’une centaine d’étudiants de la Faculté des « sciences po » de l’Université de Firenze.
 
Avec son verbe oratoire doublé d’un talent de professeur d’université, l’intervention du président de la CEI prenait l’allure d’une leçon magistrale. Power point à l’appui, l’auditoire a pu prendre conscience des nombreux problèmes liés à l’organisation des élections dans ce pays aux dimensions éléphantesques. Dans un premier temps, le « prêtre de la CEI » a voulu brosser à l’intention de ses interlocuteurs une carte générale sur l’histoire de l’électorat au Congo, depuis le début des années 60 jusqu’à nos jours, avant de déboucher sur la genèse de la CEI.
 
La Commission Electorale Indépendante est une des institutions d’appui à la démocratie consacrée par la constitution de la transition. Régis par l’article 154, la création de la CEI se réfère à l’accord global et inclusif et à la loi n°04/009 du 5 juin 2004 portant organisation, attributions et fonctionnement de cette institution. La CEI comme l’a présenté son président à l’auditoire de Firenze, « est un organisme de droit public congolais, autonome, neutre et doté de la personnalité juridique. Elle jouit de l’autonomie administrative et financière. Elle dispose d’un budget propre appelé dotation qui peut être complété par des apports extérieurs. La CEI jouit donc de l’indépendance d’action par rapport aux autres institutions de la république. Néanmoins, dans l’exercice de sa mission, elle bénéficie de la collaboration de ces institutions. La CEI a eu pour mission de garantir la neutralité et l’impartialité dans l’organisation d’élections libres, démocratiques et transparentes. Elle a contribuée à l’élaboration des cadres juridiques relatifs aux processus référendaire et électoraux. A différentes phase, la CEI a réalisé les opérations d’identification des nationaux, d’enrôlement, d’établissement des listes électorales, de vote, de dépouillement, d’annonce des résultats provisoires, etc. »
 
3 : LA COMMISSIONS ELECTORALE ET SES CONTRAINTES.
 
Après cette balise du terrain sur la présentation du cadre juridique de la CEI, le principal invité du jour passera à l’exposition de la colonne vertébrale de son intervention à savoir : les contraintes et les atouts de l’organisation des scrutins électoraux en RDC.
 
3.1 : LES CONTRAINTES D’ORDRE JURIDIQUE
 
Comme organe technique, l’exécution des activités de la CEI est régie par des lois qui fixent les règles de jeux électoraux. A propos, le « prêtre de CEI » à rappelé à son auditoire que les travaux évoluait au fur et en mesure de la promulgation des lois au niveau du parlement. A vrai dire, disait-il, « le fonctionnement effectif de la CEI n’a commencé qu’en juin 2004, après la promulgation de la loi électorale, prévue initialement en août 2003. Nous avons pu accumuler le retard d’une année sans aucune réalisation concrète. Cette lenteur ne pouvait que légitimer les grognes dans les états-major des partis politiques et alimenter les manifestations populaires ».
 
3.2 : LES CONTRAINTES D’ORDRE SECURITAIRE
 
Dès le début du lancement des travaux, la CEI devait faire front à plusieurs défis sur le plan sécuritaire. Il était question de savoir comment si prendre pour organiser des élections dans un pays à 4 gouvernements parallèles. Il fallait voir dès le départ dans quelle mesure vulgariser les programmes dans les territoires de l’est du pays, enclavés et pris en otage par des milices armées parmi lesquels les Nalu, Adef, Mai Mai, Interahamwe, etc., qui d’un moment à l’autre pouvaient constituer le gollot d’étranglement pour l’aboutissement du processus.
 
3. 3 : LES CONTRAINTES D’ORDRE STRUCTUREL
 
L’état de délabrement des infrastructures routières du pays a constitué le revers de la médaille. Il fallait dores et déjà étudier comment acheminer le matériel sur des pistes dégradées depuis des décennies, en utilisant des moyens de transport rudimentaires. Fallait-il aussi indiquer dans quelle mesure parvenir à exécuter les opérations partout le même jour, dans un pays aux dimensions éléphantesques, aux services de communication non opérationnels. Il a fallut 8 mois pour amener en terme l’étape de l’identification des votants.
 
3.4 : CONTRAINTES D’ORDRE FINANCIER
 
Le budget de la CEI s’élevait à 160 milliard de dollars américains. Dès le départ il s’est avéré pratiquement illusoire de compter sur les financements de l’état. En effet, au début des opérations, le budget congolais était constitué de 52% d’appui extérieur.
 
3.5 : CONTRAINTES D’ORDRE POLITIQUE.
 
Le processus de démocratisation du pays a eu pour corollaire principal, la multiplication sans précédent des partis politiques soit 274 en 2003. La longueur des listes des candidats aux différents niveaux du scrutin : 33 candidats à la présidence, des milliers des candidats aux différents postes à pourvoir, à tous les échelons du scrutin électoral. Dans le même cadre, d’autres contraintes de taille se réveillaient au fur et en mesure de l’évolution des préparatifs des travaux. Il s’agit entre autre de l’absence des lois sur le financement des partis politiques et le manque de budget pour le fonctionnement des états major des partis.
 
3.6 : CONTRAINTES D’ORDRE LOGISTIQUE
 
Le dernier recensement général date de 1984. Les scrutins électoraux se déroulent au moment ou le pays ne dispose pas de banque de données fiables susceptibles de fournir des renseignements démographiques. Afin d’identifier l’électorat, la commission à du procéder à l’informatisation des données, en se servant de 10 0000 ordinateurs, 42 000 agents, 300 experts internationaux.
 
Face au taux d’alphabétisation aussi bas, l’interprétation du bulletin de vote devait souvent faire objets d’explications. IL faut aussi signaler qu’aux yeux des votants, la taille de ce même document était encombrante. Des fois, le matériel était transporté sur des pirogues, des vélos ou autres moyens rudimentaires, afin de joindre les localités inaccessibles par les véhicules de la CEI ou de la Monuc. Toujours à propos, le président de la CEI a voulu rappeler à son auditoire qu’à Kinshasa, les différents épisodes d’affrontements entre les milices fidèles au MLC et l’armée gouvernementale sont à ranger parmi les plus grands défis à l’aboutissement du processus électoral. Il en est de même pour le saccage de la cours suprême de justice avant la proclamation officielle des résultats du second tour. La cours suprême de justice avait pris les soins de ranger le matériel ainsi que d’autres documents sensibles, dans un autre bâtiment, ce qui permettra dans quelques jours, la reprise des travaux. A en croire au président de la CEI, ces épisodes ont fortement alimentés les grognes des états majors des partis politiques de l’opposition et servis d’occasion pour manipuler l’opinion publique par l’inoculation des rumeurs.
 
3.7 : CONTRAINTES D’ORDRE COMMUNICATIONNEL
 
L’intervention du « prêtre de la CEI » a également révélé que durant la période du déroulement des scrutins électoraux, les politiciens ont pris d’assaut les médias comme à la fois comme cheval de bataille et fer de lance de leurs programmes. Dans le domaine de la communication, il y a lieu d’attester que les états major des partis politiques étaient en avance par rapport aux services communicationnels de la Commission Electorale. Sur terrain, les leaders des plus grands partis politiques ont lancés des stations de radiodiffusion, des chaînes de télévision, des sites internet. Presque tous entretiennent des journaux, qui paraissent régulièrement en milieux urbains congolais.
 
Ainsi donc, ces moyens de communication, loin de préparer le peuple à un vote responsable, ils ont inoculé dans l’opinion publique la culture des rumeurs et de la radio trottoir. Dans un pays au taux d’analphabétisme aussi élevé, les médias politiques ont servis comme des véritables fabriques d’informations parallèles à celle du cadre officiel. Certains partis d’opposition sont parvenus à constituer des commissions électorales parallèles dans leurs états major. Ainsi donc, bien des résultats contradictoires étaient largués dans l’opinion publique au rythme d’un dépouillement parallèle. Certains candidats louaient même des plages horaires sur des médias privés.
 
Tout le matériels de vote se trouvaient au pays y compris les unités centrales, alors que au cours des conférences publiques, d’aucuns ont voulu faire croire à l’opinion publique que certaines données seraient traitées en Europe et en Afrique du sud, alors que le serveur est logé dans les bureaux de la CEI à Kinshasa.
 
4 : LES ATOUTS
 
Malgré ce compte rendu sur les difficultés rencontrées au cours de l’organisation et de l’exécution des différentes phases des scrutins électoraux, l’entreprise n’a pas été butée qu’à des contraintes. A en croire à l’abbé Malu Malu, des perspectives s’ouvraient, des solutions se décantaient, des opportunités se manifestaient au fur et en mesure de l’évolution du processus. Cependant, loin de lui de prêcher le culte du hasard.
 
4.1 : SUR LE PLAN LOGISTIQUE
 
La CEI a bénéficié de l’appui substantiel de la Mission des Nations Unies au Congo. Les structures des nations unies préalablement déployés au Congo en vue des opérations de maintien de la paix ont appuyés le processus. En effet, disait-il « dans un pays aux provinces enclavées depuis des décennies, seule la Monuc dispose des antennes fiables à travers toute la république. La Monuc compte actuellement sur le sol congolais de 85 avions, 50 hélicoptères et plusieurs véhicules. Le flot aérien de la Mission des Nation Unies au Congo est le deuxième en Afrique. C’est grâce à cet arsenal que des tonnes des matériels de la CEI ont étés déployés sur toute l’étendu de la république. Au total 1400 rotations d’avions pour 5 000 matériels ».
 
4.2 : SUR LE PLAN FINANCIER
 
Grâce à son statut de commission technique indépendante, la CEI ne pouvait que compter sur sa capacité de mobilisation des fonts auprès des partenaires étrangers en collaborations avec d’autres institutions nationales. A cet effet, plusieurs partenaires étrangers furent sollicités en vue de la mobilisation des fonds pour un budget de 160 milliards de dollars américains. A propos, il était convenu que le gouvernement de la république intervient pour la fourniture des bâtiments en vue des opérations de la CEI sur toute l’étendue du pays. Il appui et équipe la police nationale dans la mise en œuvre du plan de sécurité électorale, et débourse 10% du budget pour les élections.
 
Le Pnud, qui est le réseau mondial d’appui au développement dont dispose le système des Nations Unies, est intervenu dans le processus électoral en RDC, à titre de gestionnaire des fonds mis en place par les bailleurs. Il a mis à disposition des moyens matériels et techniques notamment en matière d’acquisition, de conseil etc. Le président de la CEI a révélé que son institution était dotée d’un système de dotation qui permettait de sortir 2 million des dépenses par mois en période des grandes dépenses. Ce système permettait d’échapper à la chaîne des dépenses et des procédures administratives. Le rôle de la Monuc était surtout de contribuer au renforcement des capacités des institutions nationales en vue de la réalisation d’élections libres et transparentes. En outre, la Monuc devait coordonner l’assistance internationale au processus électoral avec d’autres agences des Nations Unies, les ONG internationales et autres donateurs.
 
Parmi les partenaires on pouvait noter également l’engagement de la commission européenne pour le développement. Plusieurs pays de l’union européenne se sont personnellement impliqués dans le financement du processus, parmi eux, on compte l’Allemagne, la Belgique, le Canada, la France, l’Irlande, l’Italie, le Japon, la Norvège, les Pays bas, la Suisse, etc. Le gouvernement sud africain a fourni des bulletins imprimés, a participé à leur acheminement dans les différents bureaux de vote. Le même pays a garanti un appui aux techniciens, il s’agit de 300 informaticiens restés en provinces congolaises pendant une période de trois mois. Le même pays a également offert aux experts congolais, l’occasion d’enrichir leur expérience en explorant les banques des données dans l’organisation des élections dans près de dix pays différents.
 
4.3 : LA MOBILISATION DES ELECTEURS
 
Au delà des attentes des partis politiques et autres associations, l’adhésion de la population au processus électoral, reste visiblement la plus grande surprise des scrutins électoraux. A propos justement, les observations du « prêtre de la CEI » rapportent qu’ « en vue d’atteindre le bureaux de vote, certains acteurs pouvaient parcourir des longues distances, des fois plus d’une centaine de kilomètre en pied. A l’est du pays, le taux d’adhésion se révèle plus élevé qu’à l’ouest. Les résultats du référendum sur la constitution de la troisième république, publié le 18 février mentionnent 84,3% de oui. Cette mobilisation significative s’est également démontré par le surgissement des services de volontariats. En effet, dans des milieux inaccessibles par les véhicules, le matériel électoral était transporté par des moyens de bord : pirogues, vélo, des fois à dos d’hommes. » Notre conférencier n’a pas omis de faire remarquer qu’au cours des étapes de la sensibilisation des électeurs, du referendum et de la vulgarisation de la lois électorale, l’engagement de la société civile, notamment les églises et associations sans but lucratifs à été manifeste. Le processus électoral a connu également une implication significative de la femme, avec un taux de participation de 13,6%. Actuellement, l’assemblée nationale est constituée de 8,4% des femmes. La mobilisation des acteurs politiques s’est révélée insignifiante par rapport à l’auto adhésion de la population.
 
Toujours concernant les atouts qui se réveillaient au fur et en mesure de l’évolution du processus électoral, le président de la CEI a apprécié la mobilisation sans précédente des observateurs internationaux. Au cours des deux scrutins, le Congo a été le centre d’attraction de 11 mille volontaires. Un bon nombre venait de l’Union européenne et la participation de l’Italie à cette opération était plus que manifeste surtout dans les provinces orientales du pays.
 
4.4 : SUR LE PLAN SECURITAIRE
 
L’action de la police nationale congolaise était appuyée par le dispositif sécuritaire de la Monuc, déjà déployé sur terrain depuis près d’une dizaine d’années, en vue des opérations de maintien de la paix. A cette potentialité s’ajoute l’engagement de l’union européenne avec l’Eufor. L’Europe à déployé près de 2000 militaires en vue de sécuriser le processus électoral en RDC.
 
4.5 : LA COMMUNICATION INTERNE
 
A en croire l’abbé Malu Malu, le climat de dialogue qui a régné au sein du bureau de coordination de la CEI a constitué un atout très favorable à l’aboutissement du processus électoral. Les divergences étaient réglées au cours des réunions de mise au point. A la fin de chaque journée de travail, il se tenait une rencontre en vue de l’analyse des problèmes et de la proposition des solutions. En plus du bureau, la CEI a travaillé en union avec d’autres cadres de concertation à savoir : le comité inter institutionnel, le comité technique international, le forum des partis politiques et celui des acteurs non étatiques, le comité médias et élections, etc. Ces cadres ont également constitués des lieux d’échange d’informations et de consultation entre la CEI et ses partenaires sur l’ensemble des processus référendaire et électoraux.
 
Dans le même cadre, l’invité du jour fera savoir à ses interlocuteurs qu’avec le système d’enregistrement de données informatisées au préalable, les irrégularités ne pouvaient pas atteindre 1 million des voies. Dans tous les cas, il était techniquement facile d’identifier les omis sur les listes, ainsi que de dénombrer les doubles enregistrements. Tous les observateurs internationaux ont pu prouver que la question de 9 milles omis sur les listes électorales était marginale et n’aurait aucune incidence sur les résultats globaux. Grâce à la collaboration qui régnait au sein du bureau, nous avons pu remédier à un certain nombre d’imprévus, conformément à la loi électorale qui fixe les règles de jeux, même dans les cas d’émergence. Le rôle joué par les témoins et observateurs internationaux nous a servi de véritable garde-fou, face à la manipulation de certains politiciens, qui espéraient assister à une éclipse du processus électoral.
 
4.6 : LES ALLEGATIONS DE L’EGLISE
 
Un des moments chauds de l’adresse du président de la CEI, se réfère aux allégations de certains membres de la hiérarchie de l’Eglise, sur le fameux détournement du verdict des urnes. A en croire à la propagande médiatique, l’opération dite « bourrage d’urnes », se serait réalisé avec le concours du « savoir faire » des ingénieurs techniciens de la CEI. A propos, les florentins, mieux que nous congolais, semblaient bien informés sur la problématique par les médias occidentaux. A ce sujet, des versions des faits suffisamment contradictoires déferlaient déjà sur l’opinion publique italienne. A cette occasion, les interlocuteurs du « prêtre de la CEI » attendaient en bras levés un point de vue formulé par le n°1 lui- même, en présence des observateurs internationaux. D’aucun étaient en quête d’informations plus explicites sur la motivation du scepticisme de la hiérarchie de l’Eglise, malgré le témoignage positif des observateurs internationaux. A cet allure, l’aula magna de l’Université de Florence se transformait visiblement en une Cours Suprême de Justice.
 
Au cours de ces assises, le « prêtre de la CEI » n’a pas voulu se livrer à des polémiques. Textes à l’appui, l’abbé Malu a bien voulu démontrer que le centre de gravité des accointances avec certains membres de la hiérarchie ecclésiastique du Congo, réside dans l’incompréhension des mécanismes juridiques qui fixent les règles de jeux du fonctionnement de la CEI comme institution. « L’histoire politique du Congo, témoigne déjà que l’Eglise dispose à son actif d’une tradition en matières d’intervention dans les problèmes de la vie nationale, surtout en période de crise institutionnelle. Concernant la CEI, signalons que les allégations de certains membres de la hiérarchie ecclésiale étaient dirigées contre une institution dont les mécanismes de fonctionnement n’était pas suffisamment assimilés. L’Eglise aurait bien pris soin de se renseigner au préalable sur les règles qui régissent le fonctionnement de la commission électorale indépendante. Par le fait même d’être prêtre, d’aucun étaient persuadés qu’il suffisait de mettre en route les mécanismes administratifs de l’Eglise pour m’écarter. La CEI est une institution, donc pour m’atteindre il fallait passer par les mécanismes institutionnels et non par les structures ecclésiaux. Je suis chrétien, prêtre et j’exerce mon travail sous l’autorisation de mon évêque. Il existe également un document de la Conférence Episcopale qui sanctionne ma mission dans les limites du temps. Je travaille comme n’importe quel autre chrétien et citoyen congolais, mais je ne représente pas l’Eglise comme hiérarchie. A vrais dire, je n’ai pas de problème particulier avec la hiérarchie ecclésiale, les différents existent aux niveaux des matières électorales et non avec l’Eglise ».
 
Pour clore ce chapitre sur les allégations de l’Eglise, le président de la CEI a bien voulu expliciter « di nuovo » les différentes phases qui suivent le dépouillement des urnes : « la question de bourrage d’urnes n’est qu’une machination. Avec le système d’enregistrement préalable des données, disais-je, le mécanisme était tel qu’après le vote, le même office était transformé en bureau de dépouillement. Ainsi faisant, il était possible d’afficher les résultats dans chaque bureau de vote eau fur et en mesure de l’évolution du travail de dépouillement. Les résultats étaient transférés par la suite dans 162 centres de compilation. Toutes les opérations se déroulaient devant des témoins et observateurs internationaux, ces derniers signent des procès verbaux à la fin de chaque journée de travail. Dans chaque bureau de vote, on pouvait donc côtoyer les représentants du gouvernement, de l’opposition, de la société civile y compris ceux de l’Eglise ».
 
5 : PERSPECTIVES : DE LA CEI A LA CENI
 
Vers la fin de sa « leçon magistrale », le n° 1 de la CEI a bien voulu relever quelques limites dans la constitution d’un projet aussi gigantesque, et proposer quelques perspectives pour un service permanent. Une vue générale sur les limites d’une telle entreprise serait indispensable en vue de la planification d’autres travaux dans l’avenir. Dès sa constitution, la commission avait à son actif plusieurs contraintes liées au délabrement très avancé des infrastructures nationales et du disfonctionnement des appareils étatiques depuis plusieurs années. Il fallait réajuster le processus au fur et en mesure de l’élaboration des lois, de la participation des partenaires sur le plan financier, de l’évolution des conditions de sécurité, etc. Sur le plan de la sensibilisation de la base notamment, au cours des étapes d’enrôlement, du referendum et de la vulgarisation de la loi électorale, le processus a souffert de plusieurs improvisations. Visiblement, l’adhésion du peuple aux scrutins électoraux   résulte plus d’une mobilisation spontanées que de la vulgarisation elle-même.
 
Conformément aux dispositions de l’article 222, les institutions d’appui à la démocratie sont déjà dissoutes de plein droit dès l’installation du nouveau parlement. Toutefois, le même article prévoit que le parlement, par une loi organique pourra, instituer d’autres institutions d’appui à la démocratie. Cette disposition légitime le remplacement de la Commission Electorale Indépendante par la Commission Electorale, Nationale, Indépendante. A en croire l’abbé Malu Malu, l’institution d’une commission électorale permanente n’est plus à démontrer. La question aujourd’hui serait plutôt de savoir comment techniquement créer une telle institution, puisque sur le plan juridique, elle ne semble pas poser problème. « La CENI aurait pour tache de planifier les opérations, de prévenir les risques et d’éviter ainsi les imprévues. Techniquement, on pourra établir un guichet électoral permanent pour tout l’électorat. Dans le même cadre, il sera possible d’intégrer la question du vote pour les congolais de l’étranger, en créant par exemple un fichier spécial et en disposant d’un kit électoral pour chaque ambassade. Sur le plan matériel, il existe déjà un équipement de base, question de volonté politique. Actuellement, la CEI dispose d’un arsenal électoral d’une valeur de 45 million de dollars americains, et d’un personnel déjà rodé pour remplir des telles fonctions ».
 
6 : UN POINT DE VUE
 
Après l’intervention du président de la CEI, l’auditoire a exprimé les veux de recevoir un point de vue de politique générale sur le futur proche de la RDC. A propos, la plupart des questions était focalisée sur le degré de confiance que le peuple pourra accorder aux nouvelles institutions dans la résolution des problèmes aussi complexe, notamment, sur le plan social, économique et sécuritaire. Témoins de l’histoire politique ressente du Congo, et un des protagonistes privilégiés de la naissance des nouvelles institutions, le président de la CEI n’a pas voulu fournir des réponses conformes aux canons de la rhétorique politicienne. Un réalisme transparaît dans ses propos, lorsqu’il atteste que dans un contexte sociopolitique aussi complexe comme celui du Congo, il n’est pas aussi facile de proposer des projets de société univoque. Des fois, des solutions résultent des surprises que des prévisions préalablement planifiées. La participation spontanée du peuple congolais aux processus électoral démontre que la démission des responsables politiques, le disfonctionnement des structures étatiques, les guerres affligées au cours des années, n’ont pas annihilé l’espérance à un changement sociopolitique. Le taux d’analphabètes aussi très élevé au Congo n’est pas synonyme d’inculture. Il y a lieu d’espérer que cette détermination du peuple congolais pourra réduire progressivement la distance entre gouvernants et gouvernés, autrement, les acteurs politiques courent les risques d’être pris au dépourvu. Il est donc temps que ces derniers revoient leurs stratégies. L’histoire politique du Congo est traversée par des épisodes de prises en otage du peuple par des politiciens véreux. Les événements autour des derniers scrutins semblent inaugurer un ordre du jour nouveau. Il y a lieu d’affirmer qu’une nouvelle culture politique serait en émergence. La corruption n’aura toujours pas le dernier mot, devant la détermination du peuple de voir un changement des structures.
 
Avec les nouvelles structures institutionnelles, l’exercice du pouvoir est séparé et les règles du jeu sont fixées par la constitution ainsi que des lois organiques. Les assemblées élues prennent place là où l’exercice du pouvoir était concentré sur l’exécutif et le judiciaire. Ainsi, ces deux institutions couraient le risque permanent de fonctionner comme des caisses de résonance des décideurs politiques. Il faut donc lutter contre l’ignorance. Le Congo ne pourra décoller que si les institutions d’aujourd’hui font montre de plus de dynamisme que celles d’hier.
 
Le nouveau gouvernement vient de lancer un plan de redressement de l’économie nationale. Un débat sur les priorités devra aider l’exécutif à mener en bout ses objectifs. Le budget pourra être appuyé par des partenaires internationaux, cependant, certains bailleurs de fond vous feront croire que tel problème serait plus urgent que tel autre, ils seront aussi tenté de proposer des priorités dans l’ordre d’exécution du budget. Il appartient au gouvernement de fixer un agenda, avant de se prendre au dépourvu. Les puissances internationales ne peuvent être défiées que si elle rencontre une certaine cohésion interne.
 
Au cours de la troisième république, il faudra donc savoir articuler la vie politique avec la bonne gouvernance. Il est question surtout de bannir le trafic d’influence, la corruption, l’impunité, le clanisme. La rhétorique politique devra aller de paire avec des réalisations concrètes. Le peuple congolais à besoin de voir dans un futur proche des indicateurs qui démontrent le changement.
 
La question du jugement des criminels de guerre n’a jamais cessé d’être à l’ordre du jour des discussions au Congo. Souvent, elle est à la une de l’actualité dans les cercles de la société civile et autres associations. On se pose la question de savoir comment revivre avec le Rwanda, l’Uganda, avec tous les antécédents encore frais dans la mémoire ? Comment faire confiance à la classe politique alors que dans ses rends on compte des chefs de certaines milices, avec à leurs actif des dossiers lourds de violation des droits humains ? Pour juger des criminels congolais, la Cours Pénale Internationale doit elle opérer à l’étranger ou sur la terre où les crimes ont étés commis ? Suffit-il de juger un seul cas pour avoir régler le problème ? Jusqu’à quelle année faut-il reculer dans l’histoire récente du Congo en vue d’identifier les criminels ? Toutes ces interrogations s’avèrent légitimes. Cependant, des attitudes de vengeance pourront nous ramener dans un cercle vicieux. Il ne suffit pas non plus de tourner la page, car une telle prise de position pourra certainement faire passer les criminels au même titre que les héros nationaux. Ainsi donc, il faudra dans un premier temps organiser au Congo, une cours de justice qui fonctionnerait sur le modèle d’une Commission Vérité et Réconciliation. Il est question d’aider les affligés de surmonter les traumatismes, tout en sauvegardant la cohésion nationale.
 
9 : UN PROGRAMME DE FORMATION DES PRESIDENTS DES ASSEMBLES PROVINCIALES
 
Un autre temps fort était marqué par l’intervention de monsieur Lucca Ciabati, Vice-président du Conseil Régional de la Province de Toscana. De prime abord, l’administrateur commencera par évoquer la position géostratégique du Congo qui fait de ce pays la plaque tournante de l’actualité africaine. « Les conflits armés qui affligent le Congo depuis près d’une décennie, ont porté des répercussions fâcheuses sur la sécurité sociale et économie de tous les pays de la région. Avec ses ressources humaines, ses richesses du sol et du sous sol, sa végétation, ses potentialités hydrauliques, etc., la stabilisation du Congo, la relance de son économie peut inaugurer une ère du développement socio-économique pour toute l’Afrique subsaharienne. La coopération au développement est indispensable cependant, elle passe par le processus de pacification, qui du reste est un préalable au développement lui-même ».
 
Dans la suite de son intervention, monsieur Ciabati à révélé que la Toscana est pour le moment l’unique province italienne ayant adhéré à ce projet. Ainsi disait-il, « en vue d’appuyer l’émergence d’un état démocratique au Congo, un des moyens efficaces à notre disposition pour le moment est l’accompagnement des institutions issues des premières élections libres et démocratiques de l’histoire du Congo. » Comme pour conclure son mot, notre intervenant réaffirme : « nous confirmons que le conseil régional de la Toscana est déterminé à participer à l’accompagnement du processus de démocratisation du Congo par le recyclage et la formation des présidents des assemblés provinciales et autres cadres des administrations publiques locales. Nos actions seront appuyés par les organismes des nations unies notamment le Pnud, le ministère italien de l’intérieur, la faculté des sciences politiques de l’Université de Florence, ceci dans le cadre du programme Euro African partnership for decentralised governance ».
Dore et déjà le 29 mars, 6 congolais, présidents provinciaux participent à une séance inaugurale. Il s’agit à cette occasion de contribuer à d’élaboration du contenu d’un programme, en rapport avec les réalités du terrain et l’environnement internationale. Ce partenariat intègre également l’échange d’expérience entre élus locaux italiens et congolais. Le programme prévoit aussi l’établissement en RDC dans un futur proche, des centres de formation permanente.
 
10 : LE PROCESSUS DE DEMOCRATISATION AU CONGO EST UNE OEUVRE DU PEUPLE
 
L’intervention de Lisa Clark est une fois de plus inscrite dans les annales de l’histoire des relations d’amitié entre le peule congolais et italien. Coordinatrice de l’association « beati i construtori della pace » (heureux les constructeurs de la paix), madame Clark a conduit la délégation italienne des observateurs internationaux en vue de superviser les scrutins électoraux en RDC. Son intervention était focalisée sur la participation du peuple congolais. Pour elle, « La participation spontanées au processus électoral a été motivées par la détermination de construire une démocratie sentie dans la chaire des personnes, un processus qui est devenu une routine, une monotonie en Italie ».
 
A en croire Lisa Clark, l’expérience congolaise révèle plus que jamais des choses à apprendre. « Parler de la coopération dans le contexte d’aujourd’hui implique toujours des préjugés, voir des préjudices. La coopération entre pays du nord et du sud suppose déjà un riche qui donne et un misérable toujours disposé à tendre la main. Ici, nous voulons en découdre avec ce genre de coopération. Il s’agit pour nous plutôt de chercher à apprendre quelque chose à partir de votre expérience. Votre mobilisation spontanée résultait d’une espérance de voir un ordre du jour nouveau, d’en finir avec des conflits armées qui, seulement entre 1998-2003 ont envoyé à la mort 4 millions des personnes. Pour une première fois que le quotidien italien à parler du Congo au cours de cette période de guerre, il s’agissait d’un gros tirage sur les cas des actes de cannibalisme au Congo. Cette presse italienne n’a fait que vulgariser en Europe la thèse selon laquelle les africains sont des cannibales, des primitifs, incapables de participer à une entreprise de développement. La guerre au Congo a pendant des années été interprétés comme la résultante des conflits ethniques. L’adhésion du peuple au processus électoral a mis au jours une autre version des faits »
 
Une autre révélation de la coordonnatrice de l’association « beati i costruttori di pace » se rapporte au parlement européen. Ici, les questions de l’Afrique subsahariennes sont traitées par la commission européenne à l’action humanitaire et au développement et non par la commission aux affaires extérieurs, ce qui n’est pas de même pour l’Afrique du Maghreb. Cette attitude fait passer l’Afrique subsaharienne comme une région à prendre en charge. Ainsi poursuit-elle, « nous ne sommes pas allé au Congo comme des observateurs coloniaux, nous somme aller participer à la naissante d’un Congo nouveaux. Nous aurions voulu rester là, pour fêter avec eux. I fallait y aller en solidariser. Assister un Congo qui construit, qui renaît. Le plus grand prix que nous puissions les offrir est de rester là pour fête avec eux. Une campagne électorale au Congo est une occasion de fête, les tam-tams sont au rendez-vous, les chants la danse des cris de joie. Il s’agit là d’une manière de légitimer son élu. Dans la culture occidentale, la campagne électorale est une opération de routine »
 
11 : BEATI I COSTRUTTORI DI PACE : QUI SONT-ILS
 
Il s’agit d’une association des volontaires, née en 1991 avec pour objectif de promouvoir des initiatives de solidarité en faveur de la population des pays pauvres, frappées par des guerres et imposition de l’embargo. Le but sociale de l’association est le contraste de la domination entre des pays du nord sur ceux du sud,  la prévention des nouveaux conflits, en particulier en Afrique, à travers des campagnes de sensibilisation favorisant des échanges interculturels, des relations d’amitié et de la coopération au développement. Elles se réalisent en général à travers les projets de coopération, campagnes d’information et sensibilisation, développement des relations entre sociétés civiles, sensibilisation de l’opinion publique sur les thèmes de justice internationale, la diffusion de la connaissance des peuples du sud du monde avec des initiatives d’échanges culturelles.
 
C’est donc cette association qui a joué en Italie le rôle principal dans la mobilisation des observateurs en vue des scrutins électoraux au Congo. Déjà au premier tour, la délégation italienne était constituée de 61 volontaires en provenance de 10 provinces différentes. Cette délégation était accompagnée de la Vice-ministre des affaires étrangères, Madame Patrizia Sentinelli. Un avion a été mis à leur disposition par le gouvernement italien en vue de s’envoler vers le Congo. Au second tour, 35 personnes ont répondu à l’appel de l’initiative dei « beati i costruttori della pace ». Un seul objectif : constituer un monitorat des élections et garantir la crédibilité au niveau international. Ils quittent l’Italie le 26 octobre pour 14 destinations différentes dans la province du Kivu.
 
12 : PAR LA SUITE
 
A l’occasion de ce colloque d’échange de vue sur la formation permanente des membres des assemblées provinciaux de la RDC, plusieurs interventions étaient à l’ordre du jour, dans cette amphithéâtre de la Faculté des « sciences po » de l’Université de Firenze. Parmi ces illustres conférenciers, signalons la présence de Paola Dega professeur de droit international, Carlo Fusaro, professeur de droit constitutionnel dans la même Université.
 
Rigobert Kamate Mbuyiro
Rome (Italie)
Beni-Lubero Online

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