Discours du Ministre de la Culture sur la diaspora congolaise

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LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO ET LA DIASPORA :
LES TRADITIONS ORALES, LA LITTERATURE ET LA MUSIQUE 
Allocution de Son Excellence Monsieur Esdras Kambale Bahekwa, Ministre de la Culture et des Arts, à l’occasion de la 12ème Foire Internationale du Disque, Cubadisco, qui s’est tenue à la Havane, du 17 au 25 mai 2008.

REMERCIEMENTS
 
Avant de m’exprimer sur le thème de ma communication, je voudrais me féliciter de si bonnes relations qui existent entre Monsieur Raoul Castro, Président de la République de Cuba, d’une part, et Monsieur Joseph Kabila, Président de la République Démocratique du Congo, d’autre part.
 
Permettez-moi, de ne pouvoir taire la profonde déférence de la délégation que je conduis, à l’endroit du Camarade Fidel Castro, dont l’exemplarité de la lutte s’inscrit dans l’écorce du temps.
 
Je voudrais ensuite remercier très sincèrement les autorités cubaines, pour avoir donné à ma délégation et à moi-même, l’opportunité de participer à la 12ème édition de la Foire Internationale du Disque dont l’invité d’honneur est l’Afrique et sa Diaspora, édition dédiée à « la Musique et la Poésie ».
 
Enfin, je voudrais dire la fierté que j’éprouve, en foulant ce sol caribéen qui a toujours su résister à toute falsification identitaire, que ce soit sur le plan culturel ou sur un tout autre plan.  
 
RDC ET DIASPORA BANTU
 
Par ces temps où les Africains se doivent de rester debout sous le soleil ardent de la mondialisation et lutter pour la diversité culturelle, comment mon pays perçoit-il la diaspora africaine ou simplement bantu (car ce mot désigne l’homme, au sens générique) ? Pourquoi préserve-t-il son patrimoine immatériel constitué des traditions orales, de la poésie et de la musique ?
 
Il va sans dire qu’en toile de fond du mouvement de la diaspora africaine ou bantu, il y a ce déchirement dont l’acuité ne peut être atténuée par le nombre des années qui passent ; ce déchirement qui a la vertu, selon la formule de l’écrivain congolais Sony Lab’ou Tansi, de nous faire « regarder demain avec les yeux d’aujourd’hui ».
 
Ici et maintenant, je voudrais tenter de donner une réponse à cette question existentielle que posait Tchikaya U Tamsi, poète originaire du territoire de l’ancien royaume de Loango : « Comment vivre ?» Comment mon pays assume-t-il la diaspora bantu qui s’opéra dès le 16ème siècle ?
Engagement dans les programmes du Ciciba
 
Etant un des pays fondateurs, en 1983, du Centre International des Civilisations Bantu (CICIBA), la RDC est toute entière engagée dans les programmes de cette institution visant l’identification des survivances des traditions culturelles bantu, en dépit de la dureté de l’émigration involontaire, cela à travers le monde, en général, et à travers les Amériques, en particulier.
 
Pour l’instant, le CICIBA a déjà noué des relations avec des chercheurs du Brésil. Il en a résulté, par exemple, le constat que certains rites en perdition aujourd’hui en Afrique, sont restés curieusement intacts au Brésil : la capowera se pratique de moins en moins en Angola qu’en terre brésilienne.
 
Et l’un des sens de ma venue ici à la Havane consiste bien à faire un appel du pied à tous les chercheurs de Cuba afin de développer avec le CICIBA ce type de relation, à l’effet d’affirmer la présence bantu dans les Caraïbes et dans le monde. Je donnerai en partage, aux prochaines assises du CICIBA, mon rapport de mission à Cuba.
 
Evénements culturels et artistiques
 
La RDC s’ouvre à tous les Africains du continent et de la diaspora, moyennant l’organisation d’un certain nombre d’événements culturels et artistiques de bonne envergure :
 
a) Le Festival des Langues d’Afrique (FESTILA)
 
La prochaine édition de ce festival aura lieu à Kinshasa du 21 au 23 juin 2008. Permettez-moi de dire, en passant que la République Démocratique du Congo compte 212 langues vernaculaires et 4 langues véhiculaires, en dehors du français, langue officielle.
 
Le Festila a souvent bénéficié du partenariat de l’Académie des Langues Africaines (ACALAN), basée au Mali ; du Ciciba dont le siège est à Libreville, au Gabon ; de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ; et de l’Unesco.
 
Il s’agit, chaque fois, d’une véritable occasion de valoriser et de promouvoir, à travers divers usages des langues d’Afrique, les traditions orales les plus anciennes. Occasion tout aussi de mettre en exergue les Maîtres de la Parole et de montrer qu’il y a une véritable littérature orale produite par des musiciens modernes ; une poésie d’une valeur inestimable ; une poésie écrite et chantée, sur un fond de la rumba, par des stars tels que Rochereau Tabu Ley, Luambo Makiadi, Kabasele alias Kallé Jef, Wendo Kolosoyi, etc.
 
Puisque je viens de parler de la rumba, je voudrais ouvrir une parenthèse que je vais refermer rapidement. Manda Tchabwa Tcha Malu, directeur artistique du Marché des Arts du Spectacle Africain (MASA), a réussi à mettre dans la tête de mes compatriotes le résultat suivant de ses recherches : la rumba tire son origine des danses des Manianga du Bas-Congo. Le défi est donc lancé, depuis le Congo profond, à tous ceux qui participent, ici à la Havane, au concours sur la rumba. Je ferme, comme promis, la parenthèse.
 
b) Le Festival Panafricain de la Musique (FESPAM)
 
Ce festival fut initié par l’Union Africaine (UA) et son organisation conjointe incombe à la République du Congo Brazzaville et à la République Démocratique du Congo.
 
Lors de la dernière édition du Fespam, un Symposium international a été consacré aux aspects africains de la musique produite en Amérique latine. Je n’oublie pas de mentionner ici, les brillantes et mémorables prestations des Cubains et autres Caribéens, lors des précédentes éditions du Fespam. 
 
c) Le Festival Socioculturel de Gungu
 
Prévue pour le début du mois de juin, la prochaine édition du Festival Socioculturel de Gungu mettra en présence des tribus vivant à cheval sur les provinces de la RDC et même sur la frontière angolaise. Il s’agit des Kuba, des Luba, des Lunda, des Tchokwe, des Yaka, des Pende, etc. Chacun y viendra montrer ses traditions culturelles, et ses produits artistiques. Tous les arts populaires seront également au rendez-vous.
 
QUESTIONS PRESSANTES
 
J’écourte volontiers l’énumération des événements dont la République Démocratique du Congo favorise l’organisation, afin de rappeler, à l’intention de nous tous, trois questions précises, pressantes et cruciales auxquelles il nous convient de consacrer une réflexion permanente :
 
1- En cette heure de la Renaissance africaine, dans quelle finalité s’inscrivent toutes nos créations artistiques, tous les événements culturels et artistiques dont nous parlons ici ?
2- Puisque la culture a ceci d’exaltant qu’elle nous permet de déterminer le type d’homme africain (du continent ou de la diaspora) que nous voulons avoir aujourd’hui et demain, voulons-nous avoir un muntu (homme) qui demeure à la traîne des autres peuples dont il a pourtant constitué, par la sueur de son front, la puissance coloniale ?
3- Le potentiel créatif du muntu ne peut-il pas lui donner la force de surmonter la lancinance de la souffrance du passé ?
CONCLUSION
Voici, en guise de conclusion, ce que je pense, dans le dessein de bâtir une Afrique plus belle qu’avant : il faut avoir aujourd’hui et demain, des Africains (du continent ou de la diaspora) capables de parachever l’esprit d’indépendance qui a animé Kwamé Nkrumah, Patrice-Eméry Lumumba, Modibo Keita, Léopold-Sedar Senghor, Aimé Césaire, Fidel Castro, Félix-Houphouet Boigny, etc.
  
J’ai dit et je vous remercie. 
 
La Havane, Cuba, le 17 mai 2008.
  
Esdras KAMBALE BAHEKWA
Ministre de la Culture et des Arts, RDC
 
Texte sous-titré et transmis par :
Pierre MUMBERE MUJOMBA
Department of Linguistics and Philosophy
Massachusetts Institute of Technology
Cambridge ( Boston ), USA
 
Beni-Lubero Online
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