EHALI N’EWETU (Loin de chez nous) : Exposition de Bahati au Maroc

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[Lundi 29 mai 2006: www.benilubero.com] Dans la plupart des cas, ç’a souvent été la curiosité (comme celle des touristes) sinon les oui dire qui poussent un bon nombre des gens à se déplacer de leur pays vers d’autres, à l’exil…

Certains pensent y trouver une vie meilleure, d’autres des moments des vacances reposants et d’autres encore ont entendu dire que c’est là qu’il faut aller pour le moment.

Tant mieux, mais ce n’est qu’en arrivant qu’on donne son point de vue pour se dire si effectivement on ne se construisait pas « un château en Espagne ». Il en est de même pour nous ici au Maroc, « ehali n’ewetu ».

Sans doute qu’il y a eu des mobiles qui nous ont poussé de quitter les universités dans lesquelles nous étions déjà inscrit, admis de reprendre…Mais l’idée de partir à l’étranger a été plus forte que nous. Nous avons quitté « ewetu » pour l’étranger, le Maroc. C’est un peu triste mais curieusement c’est ce que nous avons fait.

Sur demande de Beni-Lubero Online (BLO) de partager mon expérience d’étudiant Nande dans le monde arabe, je voudrais par la présente m’adresser à tous les Amis de BLO pour qu’ils aient une idée de la vie estudiantine au Maroc.

Tout a commencé par l’offre d’une bourse d’études au Maroc, une bourse à durée bien déterminée afin que nous puissions regagner le bercail une fois les études terminées.

Quand on parle aux jeunes congolais de l’étranger, « ça doit être mieux » se disent-ils.Cela peut être vrai mais il faut tout de même un peu de nuances en attendant d’atterrir dans cet étranger. On sait seulement que c’est au ciel du Bon Dieu, que tout est bien sans y avoir mis les pieds et nous en sommes convaincus, mais pour ce qui est d’ici bas y aller d’abord et voir serait le mieux car « Kuambiliwa kuna uongo » dit-on.

En fait, je dirais qu’il n’y a pas une très grande différence avec l’idée qui trottait dans ma tête avant de m’envoler pour ce pays d’accueil. Sur l’échiquier mondial, le niveaux de vie au Maroc et son développement est de loin meilleur que celui du Congo. On me jugerait d’avoir un sentiment anti-patriotique par cette affirmation mais c’est comme ça.

Alors qu’est-ce que les Nande foutent ici au Maroc? Et comme ils passent leurs temps ? Le mobile de notre arrivée ici est avant tout les études. Ce qui vient après c’est seulement pour assaisonner la sauce. Si pour certains les conditions d’études faisaient leur mobile de quitter coûte que coûte le Congo, franchement ils ne se sont pas fait des chimères. Les conditions d’étude au Maroc n’ont rien à avoir avec celles du Congo. C’est dans les bonnes conditions, le calme, le dialogue permanent avec le professeur dans l’auditoire et dans les salles de travaux dirigés, assistés,… Le professeur se montre soucieux envers ses étudiants afin que ces derniers comprennent ce qu’il veut dire. Je dirai que les conditions de l’Université où je suis pourraient être rapproché un peu de celles de l’Université Catholique du Graben pour laquelle j’ai beaucoup plus d’estime qu’à l’égard d’autres universités du Congo qui malheureusement sont la référence de notre pays à l’étranger. Les amphithéâtres de l’UCG-Butembo, œuvre de notre héros Mgr Emmanuel Kataliko, telles que présentées dans la page tourisme de notre cher site www.benilubero.com n’ont rien à envier de celles de mon université du Maroc.

On a donc les conditions requises pour bien faire et préparer son diplôme. Chaque université établit son programme et il le suit exactement comme on le faisait au petit séminaire Tumaini-Letu Saint Joseph de Musyenene (alma mater). Ce qui est encourageant est que les études ne sont pas considérées comme la seule occupation des étudiants quoique ce soit la plus importante car les cours se dispensent soit l’avant ou l’après-midi et non toute la journée, ce qui favorise certains à vaquer à d’autres activités et à ce qui ne peuvent pas de préparer leurs matières. Il se peut que l’homme ne vit pas seulement de pain mais….. Certains ici, les plus forts s’engagent dans la vie active quoique étudiants. Quand on parle de bourse, cela fait penser à des millions et certaines familles se disent «Nyamuhang’asingya, kirunga wanasung’e bourse » et tourne la page aux besoins de leur fils, c’est le contraire. On ignore que des problèmes, ils n’en manquent pas et que dans tous les cas on a besoin de l’aide de sa famille de temps en temps.

En fait, on a droit aux loisirs (voyages, sorties,…) et à des heures de jouissance. Avec la bourse cela est quasiment impossible.

Ce fait pousse certains étudiants dotés de bourse à se taper un petit job à côté pour gagner de deux cotés de l’argent et ainsi nouer facilement les deux bouts du mois et se sentir à un peu l’aise loin de chez soi. Ce n’est pas facile de trouver un job ici mais s’il y en a pour les plus courageux ! Ne dit-on pas qu’il n’y a pas de sot métier… Il faut savoir ce qu’on cherche. En fait, ceux qui nous donnent la bourse parlent d’une bourse d’entretien et en fait c’est cela car on ne peut concevoir un boursier étranger faire bonne image dans un pays où les nationaux vivent dans la pauvreté ! Notre bourse reçue de l’Etat Marocain nous fait partager les mêmes conditions de vie et d’études des ressortissants marocains!

Le Maroc fait partit des pays du tiers monde. Apparemment je suis entrain de lui jeter des fleurs. Ne vous en faites pas sur le rang des pays du tiers monde il est aligné avec notre Congo. Du point de vue sociologique, l’homme est en perpétuel contact avec ces semblables, je veux dire en relation constante avec les autres. Ici, en fait, nous avons rencontré des gens qui ne sont pas de notre peau. Et déjà quand on parle de peau les esprits sautent sur un fait : «LE RACISME». Des salauds, il y en a partout, mais il faut s’en méfier. Ici ils sont à compter au bout du doigt à moins qu’ils craignent de se faire voir.

Grosso modo, je dirais qu’il y a une différence entre le Maroc et mon pays le Congo ! Mais franchement, j’ai toujours pensé que ma région natale de Beni-Lubero ne manque de rien pour se développer et dépasser le Maroc…Il suffirait à mon avis d’un changement de mentalité et d’une réelle volonté politique ! Quand la tête est mal partie, c’est jusqu’à la queue que tout sombre… Ne nous décourageons du Congo, d’ «eka wetu » Beni-Lubero ! Travaillons la main dans la main pour qu’un jour notre pays accorde des bourses à des jeunes marocains qui viendraient étudier au Congo et pourquoi pas dans les Universités de Beni-Lubero!

Nyamuhanga avaland’eko !

Serge Bahati Muvanira

Etudiant Nande au Maroc

Beni-Lubero Online

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