Enjeux des Elections de 2011 en R.D.Congo

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Les élections prévues par la constitution congolaise en 2011 auront-elles lieu ou pas sur toute l’étendue du territoire vue l’insécurité qui s’est installée durablement au Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema et Province Orientale, avec un début de balkanisation perceptible déjà au Masisi au Nord-Kivu? Ensuite, tenant compte de l’omniprésence de la communauté internationale dans plusieurs secteurs clés de la vie nationale et de l’autisme de la législature issues des élections de 2006 par rapport aux doléances du souverain primaire, qui, entre la communauté internationale et le peuple congolais, déterminera-t-il l’issue des prochaines élections ? 

Dans cette réflexion personnelle, nous passerons en revue la prestation de certains acteurs influents de la scène politique congolaise à la lumière des élections de 2006, notamment, le Président Joseph Kabila et ses parrains internationaux, le CNDP/Rwanda, l’opposition politique parlementaire, et le peuple congolais. Notre objectif est de démontrer que si les parrains internationaux ont quasiment remplacé le peuple congolais dans son rôle de souverain primaire, c’est parce qu’en 2006, le peuple congolais n’était pas organisé politiquement autour des objectifs communs et des moyens pour les atteindre. 

1. Le Président Joseph Kabila, les parrains internationaux, et les opposants politiques congolais 

Le président sortant Joseph Kabila cherche à se faire réélire en 2011 sur base de cinq chantiers de son programme quinquennal, à savoir, Emploi, Logement, Eau et Electricité, Infrastructures, Santé et Education. A Kinshasa, le PPRD, parti politique proche du Président a institué un comité chargé de la visibilité de cinq chantiers pour que nul n’en ignore. Ailleurs dans le pays, les cinq chantiers n’ont pas encore dépassé le fait d’annonce. A l’est du pays où Joseph Kabila était élu massivement en 2006, le peuple lui réclame la securité, condition sine qua none de tout développement. On remarque avec étonnement que la securité qui était la promesse de campagne de Joseph Kabila en 2006 ne figure pas dans son programme quinquennal. Quelle omission ? Quatre ans après son élection, l’insécurité s’est intensifiée à l’Est du pays au point que lors de son récent passage dans la ville de Butembo, un calicot de la société civile titrait : « Reprenez vos cinq chantiers, donnez-nous la securité en échange ». A cette demande de securité, Joseph Kabila renvoya la responsabilité sécuritaire à la population elle-même. A-t-il déjà rempli sa part de contrat dans cette promesse ? Les observateurs répondent par la négative. Ce bras de fer entre le Président Joseph Kabila et le peuple congolais concernant la securité est un signe qu’aux prochaines élections Joseph Kabila devrait répondre de son omission de la securité de son programme quinquennal. Par ailleurs, ses électeurs d’hier se rappellent d’autres faits inquiétants de son quinquennat, tels, sa collaboration avec le Rwanda sous-prétexte de sécuriser l’Est du pays, et l’éviction de Vital Kamerhe du perchoir de l’Assemblée Nationale pour avoir osé dénoncer cette alliance contre-nature, son refus d’arrêter Bosco Ntaganda coupable de crimes de guerre et des crimes contre l’humanité sous prétexte de préférer la paix à la justice alors que Bosco Ntanganda continue d’être accuser par Human Rights Watch d’assassinats et tueries au Nord-Kivu, le mixage de l’armée congolaise avec le CNDP qui poursuit les tueries et l’occupation du Grand Kivu, etc. 

En dépit de tous ces couacs dans la machine quinquennale, la famille politique de Joseph Kabila se met en ordre de bataille pour le faire réélire au premier tour en 2011, si jamais les élections ont lieu. 

Pour plusieurs observateurs, Joseph Kabila attend sa réélection de 2011 de l’appui sans faille dont il jouit de la part de ses parrains internationaux à qui il a fait des largesses et qui, non encore totalement satisfaits, lui force la main pour qu’il leur donne tout et rien au peuple congolais. S’il exécute, on dira alors en langage technique que la R.D. Congo a atteint « Le point d’achèvement de l’Initiative PPTE, qu’il peut bénéficier du  DTS  (Droit de Tirage Spécial), et patati patata. Quels que soient les contretemps de ces derniers mois, Joseph Kabila a déjà mis la R.D.Congo dans la poche de ses parrains internationaux. Pour n’en citer qu’un seul, les Institutions de Bretton Woods ont annulé la dette congolaise pendant que la corruption et la gabegie financière gangrènent toujours les services de l’Etat. Le peuple congolais souverain primaire n’est plus celui qui apprécie la politique économique de la R.D.Congo mais les institutions internationales telles FMI, BM, Global Transparency, etc. 

Profitant de cette exclusion du peuple de l’évaluation de la politique économique de la R.D.Congo, les parrains internationaux ont déjà opté pour un guichet unique pour traiter avec la R.D.Congo. Ce guichet unique est tenu par le tandem Joseph Kabila-Paul Kagame/ Paul Kagame-Joseph Kabila, c’est selon. C’est ainsi que depuis un certain temps, ces parrains internationaux ne parlent jamais de la R.D.Congo sans associer le Rwanda et vice-versa. Aussi, toute visite à Kinshasa est suivie d’une visite à Kigali via Goma. Aussi, selon les enquêteurs de l’ONU sur les pillages en RDC, les minerais pillés ou exploités à l’Est du pays transitent depuis une dizaine d’années par le Rwanda. 

En outre, plusieurs personnalités de la scène internationale telle Nicolas Sarkozy, Herman Cohen, Aldo Adjello, etc. ne cessent d’appeler la R.D.C de partager ses immenses richesses naturelles avec ses voisins. La réalité sur terrain est que ce partage a déjà commencé avant même que les congolais ne répondent à Nicolas Sarkozy et Herman Cohen. Le peuple du congolais est réduit au silence dans un pays qui se dit pourtant République Démocratique du Congo. Les institutions citoyennes ont des agendas qui ne cadrent pas avec la vie du peuple qu’elles sont sensées représentées. Ainsi quand le peuple leur demande la securité, elles lui demandent de se constituer en coopérative minière ou bien lui amènent des chinois constructeurs des routes là où il faut une police de proximité, etc.

L’autre conséquence du guichet unique c’est l’affaiblissement de l’opposition politique congolaise qui se retrouve sans parrain international et sans courtisan dans la cour des grands. Tenant compte du fait que l’époque de la mondialisation se caractérise par l’ascendance de l’économie sur la politique, et considérant que plusieurs opposants congolais n’ont d’autres sources de revenus que la politique, le guichet unique les oblige à troquer leurs statuts d’opposants contre des billets de banque du parti au pouvoir. En jargon congolais, on dit alors que les opposants congolais pratiquent non pas la démocratie, mais la « mangecratie », conjuguant au quotidien le verbe manger en trois personnes seulement : Je mange, Tu manges, Nous mangeons. La troisième personne du singulier comme du pluriel n’existe pas dans leur conjugaison.

 Si plusieurs partis politiques de l’opposition se réduisent ainsi à des simples figurants sans denture dans le décor du parti au pouvoir, qu’en est-il du peuple congolais ? Peut-il mettre fin au guichet unique Joseph Kabila/Paul Kagame pour faire entendre un autre son (ou plusieurs autres sons) de cloche de la R.D.Congo et ramener le pouvoir entre les mains du souverain primaire ? 

2. De ruptures d’alliances politiques de 2006

Selon la realpolitik, l’action de la personne humaine est plus dominée par ses intérêts matériels et idéologiques (ex. le pouvoir) que par des principes moraux, etc. Selon Hans J. Morgenthau, il y a rupture d’alliance quand un partenaire pense qu’il est assez fort pour atteindre seul son objectif et maximiser son intérêt s’il se débarrasse de certaines obligations morales de l’alliance.

Appliqué au cas de la R.D.Congo, ce principe du réalisme politique montre que, bien avant les élections de 2006, Joseph Kabila ne voulait pas d’alliance. Au peuple congolais il n’avait fait que quelques promesses de sécurité formulées ci et là devant des foules en liesse. D’autre part, on se rappelle que Joseph Kabila s’était même dissocié du parti politique PPRD qui se réclamait de lui en se présentant à la CEI comme candidat indépendant. Il fut élu comme indépendant mais avec dans le décor des partis politiques vautours ou sympathisants. N’eut été la mauvaise surprise du premier tour, Joseph Kabila aurait été libre de toute alliance politique formelle comme celle qu’il signera pour le besoin de la cause avec le PALU d’Antoine Gizenga et l’UDEMO de François Joseph Nzanga Mobutu Ngbangawe et qui lui encore colle au pied. 

Aujourd’hui, la situation est différente. Joseph Kabila se dit fort de l’appui de ses parrains internationaux. Désormais, s’il a des difficultés internes, les armées du Rwanda, du Burundi, de l’Ouganda, de la Tanzanie, et de l’Angola, pour ne citer que celles-là, ont des frontières congolaises ouvertes pour lui venir en aide. Les barbouzes de sa garde présidentielle sont formés par l’Africom à Kisangani. Fort de l’appui politique, diplomatique, économique, militaire de ses parrains internationaux, Joseph Kabila pense qu’il peut voler de ses propres ailes et rompre avec ses alliés politiques de 2006, ou leur demander de se joindre à lui de leur propre gré, c’est-à-dire sans contrat formel ou à prendre ou à laisser. La presse kinoise du lundi 27 septembre 2010 entrevoit même un retour à un parti unique, un parti-état en R.D.Congo derrière le projet de la révision de la loi électorale visant l’option pour le vote majoritaire en remplacement du vote proportionnel. L’Université du PPRD tenue à Kisangani et les slogans de Kabila boys dans certains coins de Kinshasa témoignent bien de cette rupture d’alliance avec les alliés de 2006 même si ces propos ont été atténués non pas par Joseph Kabila lui-même mais par quelques caciques de son pouvoir qui parlent souvent à la place de celui qu’on appelle « autorité morale » de la majorité régnante.

C’est ainsi que, si Joseph Kabila n’a pas d’opposants de taille aux élections de 2011, il réalisera son rêve d’un règne sans partage du pouvoir. Le décor pour ce cas de figure est planté. Tout dépendra des opposants politiques et du peuple congolais pour désamorcer la bombe de la dictature qui se trouve aujourd’hui suspendue sur la tête de la R.D.Congo. Les parrains internationaux nostalgiques de la dictature de l’homme de Kawélé y travailleraient sans relâche dans les coulisses, courtisant les opposants qui s’annoncent dérangeant afin de leur apprendre le A B C de la « mangecratie ». Y aura-t-il un congolais ou des congolais pour faire la différence et pour mettre enfin la R.D.Congo sur la voie de l’organisation politique en vue du progrès ? 

Oscar Masimengo

New Brunswick /Canada

©Beni-Lubero Online

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