General Sultani Makenga, military leader of the M23 rebels, addresses the media in Bunagana, in eastern Democratic Republic of Congo, September 8, 2013. Democratic Republic of Congo's M23 insurgents said on Sunday they are ready to return to peace talks and would not make integration into the national army, which has not proved successful in the past, part of the deal. REUTERS/Kenny Katombe (DEMOCRATIC REPUBLIC OF CONGO - Tags: SOCIETY CIVIL UNREST POLITICS MILITARY HEADSHOT) - RTX13D0O

Est du Congo : Ce sont des M23, pas des ADF

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C’est une nouvelle guerre du M23 qui s’enclenche dans l’est du Congo sous le masque « ADF ». Le mensonge entretenu depuis 2014, année du début des massacres, n’est plus tenable au vu de l’accumulation des preuves et des témoignages sur terrain. Le secteur longtemps épargné de Ruwenzori devient le théâtre des tueries dont le bilan continue de s’alourdir, tandis que la grande cité de Mutwanga se vide de la majorité de sa population.
A partir des données recueillies sur terrain et des sources dans la région, nous pouvons affirmer que nous sommes à l’aube d’une crise sécuritaire de grande ampleur qui devrait affecter les deux provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, et même s’étendre vers Kisangani, la troisième ville du pays.

1. Faux ADF vrais M23
Dans deux vidéos qui ont fait le tour des réseaux sociaux, on aperçoit pour la première fois un groupe d’assaillants en action poussant des cris d’« Allahu Akbar ». La scène se déroulerait à Loselose. Pourtant, l’analyse des images a fini par trahir l’identité des assaillants. Il apparait nettement que les cris d’Allahu Akbar ne sont qu’une mise en scène, puisqu’on entend les hommes dans la vidéo s’exprimer en accent kinyarwanda, une langue que ne parlaient pas les ADF originels. Dans une autre vidéo, un homme interroge un soldat FARDC en lingala, une autre langue que ne parlaient pas les ADF originels. Nos contacts sur terrain nous indiquent qu’en réalité, il s’agit des combattants du M23 qui s’implantent dans les campagnes de Beni et y attirent leurs compatriotes par vagues successives.
Une source proche de la MONUSCO nous apprend qu’après la fuite de Jamil Mukulu, le leader des ADF originels, en 2014, le pouvoir de Kinshasa avait entrepris de réarmer un de ses lieutenants en la personne de Seka Baluku, lui fournissant notamment des combattants en provenance du Rwanda, et qu’il n’y a pas de différence entre les FARDC et ces forces rwandaises qui se font passer pour des ADF. La source parle de Joseph Kabila en personne qui serait le principal commanditaire des tueries de Beni. Une autre source nous apprend que les afflux des combattants en provenance du Rwanda se sont accélérés ces dernières semaines à partir de Rutshuru empruntant l’itinéraire de Vitshumbi jusque dans la vallée de la Semliki en traversant le lac Edouard. Ces combattants rwandais se regroupent à Mwalika, dans la vallée de la Semliki a Mahigha puis poursuivent leur progression pour occuper les zones agricoles des paysans, producteurs de cacao, qui sont tués ou chassés de leurs champs, que les nouveaux arrivants réoccupent et exploitent.
Une troisième source nous apprend qu’un deuxième itinéraire part du Rwanda vers Masisi et Walikale avec pour destination finale Lubutu sur la route de Kisangani et le Sud Lubero. L’objectif de ce front, associé au combattants de Guidon Shimiray (NDC-R) est de couper la route Butembo-Goma et étouffer économiquement les villes commerciales de Beni et Butembo par le Sud, la route vers l’Ouganda étant déjà occupée.
D’autres unités avancées auraient déjà pris position sur l’axe Beni – Kisangani via Mambasa. L’objectif de l’afflux des nouveaux combattants en provenance du Rwanda est de couper le Nord-Kivu et l’Ituri de Kisangani, et entraver les ravitaillements en provenance de Kinshasa. C’est dans le cadre de cette stratégie qu’un hélicoptère a été abattu à Niania et que les deux autres appareils, dépêchés sur les lieux, ont disparu. La présence de l’armée rwandaise près de Goma, dénoncée dans le dernier rapport des experts de l’ONU, visait à sécuriser ces mouvements des combattants du M23 vers les territoires de Beni, de Lubero et vers l’axe Kisangani.

2. Les soldats FARDC, la MONUSCO et les complicités généralisées
Ces déploiements accélérés des forces rwandaises se déroulent avec la complicité des officiers ex-CNDP qui contrôlent l’essentiel des unités FARDC dans la région, et qui coordonnent l’afflux des ex-M23. La confusion au sein de l’armée est telle qu’il est à ce jour impossible de faire la différence entre les soldats restés loyaux au pouvoir de Kinshasa et ceux qui travaillent pour le camp des forces ennemies. La méfiance vis-à-vis de l’armée est telle qu’au moins 10 soldats ont été tués par la population qui les considérait comme des forces ennemies en secteur de Ruwenzori. La méfiance va plus loin puisque même la MONUSCO n’est pas épargnée. Plusieurs notables du territoire de Beni exigent carrément le départ de la force onusienne pour des raisons évidentes. Un officier FARDC nous a appris que la complicité de la MONUSCO avec les groupes armés locaux n’est qu’un secret de polichinelle. Il nous assure qu’un jour, au cours d’une patrouille, son unité avait surpris des casques bleus indiens en train de distribuer des munitions à des miliciens. Ces témoignages sont légion. Déjà, en 2017, une femme travaillant dans une ONG, avait fait publier un témoignage accablant sur la présence des forces rwandaises en uniformes FARDC dans le triangle de la mort (Mbau-Kamango-Eringeti) et des ravitaillements fournis par la MONUSCO . https://benilubero.com/revelations-sur-les-massacres-des-populations-et-les-tueries-des-casques-bleus-a-beni-la-monusco-est-bel-et-bien-complice-signe-et-temoigne-une-ex-humanitaire-de-long-merlin/ Ce désordre nous amène à conclure qu’il y a trois forces plus ou moins officielles à Beni : les casques bleus dont la crédibilité est proche de zéro, les forces rwandaises qui opèrent dans les rangs des FARDC et des soldats fidèles au pouvoir de Kinshasa qui sont le plus souvent sacrifiés faute de comprendre la réalité du double jeu de la MONUSCO et de leurs camarades qui sont, en réalité, des milices au service du Rwanda et de Joseph Kabila.

3. Félix Tshisekedi dans tout ça ?
Toutes nos sources nous assurent que l’attitude ambiguë du président Tshisekedi est en train, non seulement d’occasionner des massacres des populations civiles et la mort des soldats FARDC, mais aussi d’accélérer le processus de consolidation de l’emprise des forces rwandaises sur cette partie du Congo. Ce processus d’occupation, qui devrait aboutir à isoler la région de Kinshasa, est mené par Joseph Kabila et son mentor de toujours Paul Kagame. Tshisekedi aurait commis une grave erreur en laissant partir Kabila de Kinshasa et en continuant de considérer Kagame comme un partenaire pour la paix, insistent nos sources.
Nos sources en Ouganda nous indiquent que certains principaux dirigeants du M23 ont été conviés à Kigali en début de semaine pour y obtenir de nouvelles instructions. L’autre erreur de Tshisekedi aura ainsi été de proposer une amnistie aux membres du M23 alors qu’il aurait pu exiger leur arrestation.
Reprendre le contrôle de l’est sera très difficile puisque, faute de routes, les avions des délégations officielles de Kinshasa sont désormais exposés au risque d’être abattus, ce qui aura pour effet de décourager les tentatives pour Kinshasa d’imposer son autorité dans cette partie du pays.

4. Les solutions ?
Le pouvoir de Tshisekedi ne semble pas comprendre la crise de l’est en général, de Beni en particulier. C’est une crise marquée par des complicités aussi bien au sein de l’armée FARDC que de la MONUSCO. Parmi les solutions proposées, il y a le déploiement à Beni d’une force autonome capable d’opérer à l’abri des trahisons dans les rangs des FARDC et de la MONUSCO. Une autre solution proposée par nos contacts sur terrain est qu’il faut éloigner carrément toutes les unités FARDC opérant à Beni et limiter la collaboration avec la MONUSCO. Un accent particulier doit être mis sur le renseignement afin d’identifier et de démanteler les réseaux de complicité avec l’ennemi, aussi bien dans les rangs des FARDC que de la MONUSCO. Penser également à organiser des procès en flagrance pour faire parler des suspects qui, trop souvent, disparaissent à l’occasion des évasions de prison ou sont relâchés dans la nature sur ordre d’on ne sait qui.

Eric Tsongo

©Beni-Lubero Online.

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