Etat de siège, Kadima, M23 et accélération de la balkanisation

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Au moment où on polémique à Kinshasa sur les succès ou non de l’état de siège, la réalité sur terrain, et dans les milieux sécuritaires de la région, est celle d’une accélération des agendas militaires et une emprise des forces rwandaises sur les territoires des provinces sous état de siège. Le risque qui se profile est celui d’une confrontation avec l’Ouganda dont la sécurité intérieure commence à être directement affectée par l’activisme des milices et des groupes armés parrainés par le Rwanda, de l’autre côté de la frontière, en RDC. Dans une précédente publication, nous avions fait état de la satisfaction du pouvoir rwandais qui considère que ses objectifs stratégique au Congo avancent rapidement et sont à plus de 50% grâce à Tshisekedi et à l’état de siège. Nos sources au sein du pouvoir rwandais nous ont apporté de nouvelles révélations que nous allons partager avec vous au fil de ces lignes.

1/ Les différents déploiements militaires rwandais

Sous couvert du phénomène ADF, le Rwanda consolide son contrôle militaire sur les territoires de Beni et d’Irumu avec des centres de commandement dans la zone entre Mantumbi et Komanda. Ces centres de commandement sont dirigés par un colonel rwandais du nom de « Mugabo », selon nos sources. Le Rwanda a toutefois besoin de beaucoup d’effectifs suite aux défections et aux décès dans les rangs des combattants qui affluent du Rwanda. Trois stratégies ont été mise en place pour renforcer les effectifs des ADF. A lire aussi

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La première a consisté à démobiliser les combattants des groupes armés dans ce qu’on appelle « le Petit Nord » (territoires de Rutshuru, Masisi, Walikale) sous prétexte du programme DDRR. Les combattants ainsi démobilisés et regroupés à Mubambiro sont par la suite acheminés en masse dans le Grand Nord (territoires de Beni et de Lubero), ainsi qu’en Ituri. Nos sources nous indiquent que la plupart de ces combattants sont issus des milices Nyatura et des NDC.

La deuxième stratégie consiste à recruter directement parmi la jeunesse désœuvrée locale. Les recrutements par la force (kidnapping) ne suffisent plus face à l’accélération des agendas. Les nouvelles recrues reçoivent ainsi un salaire de 300 $ pour rejoindre les différentes unités des ADF dans les zones où le Rwanda et ses alliés dans les FARDC consolident leur emprise territoriale.

La troisième stratégie, toujours selon nos sources, consiste à un déploiement direct des régiments de l’armée rwandaise. Ces régiments sont en cours de déploiement vers trois destinations : le parc national des Virunga, l’agglomération de Kanyabayonga (territoire de Lubero) et dans le secteur de Bibwe dans le Masisi. Nos sources nous renseignent que la localité d’Ihuka, à Bibwe, est le lieu de première implantation des parents de l’actuel ambassadeur du Rwanda en RDC, Vincent Karega. C’est une zone où furent implantés des milliers de familles rwandaises dans les années 50 et 60, et que de nombreux rwandais ont toujours considérée comme une extension du territoire du Rwanda au Congo. Vincent Karega serait très impliqué dans cette opération consistant à implanter une brigade des RDF (armée rwandaise) dans cette zone du Masisi afin de servir d’appui aux forces rwandaises déployées vers le nord (Kanyabayonga, parc des Virunga, Beni, Ituri).

2/ La réaction de l’Ouganda

L’Ouganda se prépare à intervenir militairement dans l’est du Congo pour combattre les ADF. Selon nos sources, les discours répétés de Tshisekedi qui parle de terroristes islamistes dans son pays et qui appelle la communauté internationale à l’aide, ont fini par amené les partenaires extérieurs à donner le quitus à l’Ouganda pour intervenir. Nos sources en Ouganda nous renseignent que les discussions entre les autorités ougandaises et leurs homologues en RDC sont déjà au point, mais les Congolais se dérobent à chaque fois à cause de fortes pressions du Rwanda qui est fermement hostile à toute intervention militaire ougandaise dans cette partie de la RDC, que les Rwandais considèrent comme étant leur espace conquis. Nos sources indiquent que le scénario militaire qui se profile est que l’intervention militaire ougandaise aboutira à la neutralisation des milices ADF et d’autres milices pilotées par le Rwanda en Ituri et dans les territoires de Beni et de Lubero, mais qu’il y a un risque de résistance militaire entre les armées des deux pays au vu des déploiements des forces rwandaises dans le Sud-Lubero, le Masisi et le parc national des Virunga. Un autre déploiement des forces rwandaises nous a été signalé sur l’axe Kisangani. Le conflit pourrait aboutir à un isolement de l’Ituri et du Grand-Nord (Beni-Lubero) sous influence ougandaise tandis que le Rwanda consoliderait son emprise sur la partie sud de la province du Nord-Kivu. Cette province a déjà été divisée au cours de la Deuxième Guerre du Congo (1998-2003), ce qui risque de se produire à nouveau.

3/ Kadima et le chaos qui s’annonce

Alors que les Congolais ont les yeux rivés sur l’année 2023, à la fin de laquelle des élections sont annoncées, les agendas militaires dans les deux provinces sous état de siège sont menés en tenant compte des mises en place au niveau de la Commission électorale nationale indépendante. Nos sources au Rwanda nous ont appris que le pouvoir de Kigali a soutenu la candidature de Denis Kadima et même poussé Félix Tshisekedi à le nommer rapidement. Pour le Rwanda, Kadima est la garantie du maintien de Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà de 2023, avec ou sans élections. La CENI sous Kadima est aussi la garantie que les milliers de sujets que le Rwanda est en train d’implanter en Ituri et dans le Nord-Kivu vont obtenir des cartes d’électeurs et ainsi s’octroyer une nationalité congolaise collective sans démarche administrative individuelle de naturalisation. On nous apprend que ceux qui sont déjà entrés au Congo se verront octroyer des cartes d’électeur automatiquement. Nos sources indiquent que cette opération peut provoquer des réactions du côté des Congolais, mais que le Rwanda a déjà anticipé ces réactions. Denis Kadima, comme son prédécesseur Corneille Nangaa, utilisera ces protestations des Congolais comme prétexte pour annuler la tenue des élections dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Selon nos sources, Félix Tshisekedi et ses proches savent qu’ils n’ont aucune chance de gagner les élections au Nord-Kivu, en particulier dans les territoires de Beni et de Lubero. Le Nord-Kivu est, après Kinshasa, la province n° 1 en termes de nombre d’électeurs. En déstabilisant le Nord-Kivu ou en l’écartant des prochaines élections, Félix Tshisekedi se met à l’abri d’un vote sanction qui pourrait lui être fatal.

Telles sont les informations recueillies de nos source, et que nous tenions à partager avec vous. La situation risque d’évoluer rapidement dans le sens de la dégradation de la crise sécuritaire. Lorsque nous avions recueilli ces informations, nous sources nous avaient alerté sur les risques de troubles dans l’espace entre Bunagana, à la frontière ougandaise, et Goma. Quelques jours plus tard, on apprendra que les combattants du M23, en provenance du Rwanda, ont occupé plusieurs localités du territoire de Rutshuru et contraint les habitants de Bunagana à se réfugier en Ouganda, de l’autre côté de la frontière. En réalité, il s’agit d’un vaste plan militaire qui doit aboutir à un déploiement massif des brigades de l’armée rwandaise dans cette partie de la RDC frontalière avec l’Ouganda.

Les unités de l’armée rwandaise qui se déploient et qui vont continuer de se déployer dans le parc national des Virunga, au Sud-Lubero et dans le Masisi, sont décrites comme étant très bien formées puisqu’il s’agit des troupes qui ont participé aux missions à l’étranger, notamment au Darfour et en Centrafrique. Elles ont la formation, l’expertise militaire et les équipements face auxquels les soldats loyalistes des FARDC ne seront pas en mesure de faire face.

 

La Rédaction

©Beni-Lubero Online

 

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