Forum BLO sur la situation actuelle de la R.D. Congo

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Plusieurs congolais se disent déçus par l’après élections qu’ils trouvent égal à avant les élections. Ceux qui ont promis monts et merveilles avant les élections donnent leur langue au chat. Ils ont obtenu ce qu’ils cherchaient, à savoir la légitimation d’un pouvoir corrompu au service des maitres de ce monde et d’une économie de prédation qui enrichit et protège les congolais au pouvoir. Le peuple congolais est le parent pauvre de cette économie de prédation. Devant une telle situation caractérisée par une absence d’une opposition politique fiable et par une société civile en quête de pouvoir, comment le peuple peut-il arracher le pouvoir de mains de ceux qui le détiennent et en jouissent seuls aujourd’hui? Votre avis peut intéresser les lecteurs et lectrices de BLO.
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– De Guy de Boeck ( de Congoforum)
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Chers Amis de BLO,
On peut faire à ce message deux réponses, l’une qui est simple et facile. L’autre qui est bien plus compliquée, mais va bien plus en profondeur.
La première, que l’on s’empressera certainement de vous faire (Je parierais même qu’on vous l’a déjà faite !) est que vous êtes trop pressés. Le résultat des élections débouche sur la formation d’un gouvernement. Celui-ci n’est formé que d’avant-hier et n’a reçu qu’hier l’aval de la Chambre. Encore a-t-il fallu pour cela sauter par-dessus le débat sur la « nationalité » par un compromis et un moratoire qui ne plaisent pas à tout le monde…
Cette distorsion entre Kinshasa où l’on prend son temps à l’aise (avec le louable souci de respecter certaines formes) et les régions de l’Est où l’on n’en peut plus d’attendre, parce que l’on souffre quotidiennement, dans sa chair, de la situation, n’est pas nouvelle. Dois-je rappeler qu’elle a été jusqu’à diviser les évêques catholiques sur la question d’un délai pour « requalifier » le processus électoral.
Cette première réponse est vraie ! Mais elle n’est que partielle…
La seconde réponse, c’est que la démocratie n’existe pas !
La démocratie, c’est-à-dire un pouvoir totalement transparent, où chacun aurait son mot à dire est une utopie, un idéal, un rêve… Et heureusement qu’elle l’est ! Une humanité qui ne rêverait pas serait une humanité sans lendemain, autant dire : une humanité morte !
La démocratie ressemble à ce qu’en mathématique on appelle une asymptote : une certaine valeur vers laquelle on tend toujours, dont on se rapproche de plus en plus, sans cependant l’atteindre jamais… Et, précisément, on peut lire l’Histoire des peuples du monde comme celle d’incessantes tentatives pour s’approcher de la démocratie, sans l’atteindre jamais…
Et je veux souligner en passant que c’est vrai pour l’histoire de TOUS les peuples, y compris ceux du Congo ! Il suffit de se pencher sur vos coutumes ancestrales pour s’apercevoir que partout la fonction des Chefs était élective, leur pouvoir soumis à des règles, contrôlé par des assemblées, que leurs erreurs et leurs fautes pouvaient être sanctionnées… bien sûr, il y a eu aussi des tyrans précoloniaux ! Cela prouve simplement que la nature humaine est la même partout.
Et je crois que ce qu’il y avait de profondément vicié dans toute la démarche de la transition congolaise, c’est que l’on a « vendu » aux Congolais comme étant « la Démocratie » ce qui n’est tout au plus qu’une approximation très imparfaite, à savoir la démocratie parlementaire bourgeoise, telle qu’elle fonctionne en Europe occidentale !
Quand on parle de « truquage » ou de « malhonnêteté » à propos des élections, ce qui vient spontanément à l’esprit, ce sont les manipulations directes du processus électoral : pression sur les électeurs, corruption, suffrages d’électeurs inexistants, bourrages d’urnes, décomptes malhonnêtes… Et bien entendu cela existe !
Mais il faut dire aussi que la démocratie parlementaire à l’européenne, telle qu’on l’a refilée aux Congolais pratiquement sans modification, est en soi un système imparfait et, dans une certaine mesure, injuste !
Fondamentalement, il a été organisé pour amener au pouvoir non pas tout le peuple, mais les possédants. Ce n’est que très progressivement, par des luttes dures et incessantes et qui ont coûté bien des vies et bien des souffrances, que l’on a pu y faire passer QUELQUES dispositions favorables à la grande masse de la population. Encore faudrait-il dire qu’à peine elles sont en place, apparaissent des mécanismes destinés à les contrer. Il est fort bien que le choix s’opère au suffrage universel. Seulement, pour faire un choix il faut être informé, et l’argent contrôle les moyens d’information, directement ou par le biais de ses relais politiques et étatiques. Le suffrage universel se trouve ainsi détourné de son but, et presque annulé, par le fait que les électeurs ne voteront pas en connaissance de cause, mais en fonction de la machine de propagande la plus efficace et, souvent, le plus chère.
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Pour revenir au Congo, il y a un trucage manifeste des élections dont on a très peu parlé et qui a eu lieu au vu et au su de tout le monde. Je veux parler de la disposition, votée par le Parlement de Transition, qui imposait au candidat des cautions en argent, imposant même aux candidats à la présidence une caution plus élevée qu’aux Etats-Unis. On pouvait difficilement mentionner plus ouvertement que le pouvoir, au Congo, est réservé aux riches, et même aux très riches. (Je ne citerai que pour mémoire l’autre règle que l’on a voulu introduire sans y réussir, et qui ne valait pas mieux ; le diplôme universitaire. Elle aurait eu le même résultat : ce ne sont pas les fils de pauvres qui accèdent le plus facilement à l’enseignement supérieur).
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Et, à côté de cet accès réservé aux riches, rien de concret ni d’efficace n’a été fait pour assurer l’égalité de moyens entre les candidats pour leurs déplacements, leur accès à la radio ou à la télévision, etc.… Ceux qui disposaient, soit d’argent, soit d’un accès aux moyens de l’Etat (qui sont pourtant, en principe, à tout le monde) en ont abusé sans pudeur. (J’en conclus en passant qu’aucun des conseillers européens ou américains qui ont défilé dans les chambres des meilleurs hôtels de Kinshasa n’a porté à la connaissance des Congolais que, dans les années récentes, le combat pour la démocratie, en Europe, s’est entre autres focalisé très précisément sur ce point : limitation des dépenses électorales, égalité d’accès aux médias, etc.… Cela ne m’étonne pas !)
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Les Européens ont donc « exporté » au Congo leur système « démocratique » un peu comme on exporte une maison « clé sur porte ». Ce qui veut dire qu’ils y ont exporté un système politique de pouvoir des possédants, de la bourgeoisie. Ce faisant, une partie d’entre eux étaient parfaitement honnêtes, état persuadés que c’est là le système le plus démocratique qui se puisse concevoir. On a beaucoup glosé, au Congo, par exemple sur Louis Michel, allant jusqu’à lui inventer des parentés dans la famille Forrest ou parmi les diamantaires. La vérité est ailleurs, et elle est bien plus simple : Michel est un libéral et comme tel sincèrement persuadé que le pouvoir, à la fois économique et politique, de la bourgeoisie d’affaire, c’est ce qu’il y a de mieux !
A partir du moment où la Communauté Internationale était assurée que le pouvoir qui sortirait des élections congolaise ne pouvait pas échapper à la bourgeoisie, le vainqueur lui importait peu. Elle se serait fort bien arrangée de n’importe lequel des 33 candidats du premier tour, et même du 34° qu’elle n’a pas réussi à faire entrer en piste, je veux dire Tshisekedi. Aucun de ces candidats, en effet, n’était porteur d’un programme de remise en cause fondamentale. D’ailleurs, quand un Congolais se mêle de faire de la politique avec un tel projet, on le tue : voyez Lumumba et Laurent Kabila. On pourrait ajouter que c’est une vérité générale en Afrique et citer Barthélémy Boganda, Louis Rwagasore, Reuben Um Niobe et bien d’autres.
Or, étant entendu que la « démocratie » mise en place ainsi est un pouvoir, non du peuple, mais des possédants, non de la masse, mais de la bourgeoisie, intervient encore le fait que le Congo n’a pas de bourgeoisie nationale. Dans ce pays, on n’est pas riche si l’on n’est pas prédateur, et l’on n’est pas prédateur si l’on n’est pas lié à la grande prédation internationale. Les petits prédateurs sont dans la position des poissons pilotes qui accompagnent le requin : ils vivent dans son ombre et mangent ses restes. Il suffit pour s’en rendre compte de ce simple fait : à peine Gizenga investi comme Premier Ministre, quelle est la « première épreuve » (le terme est du journal « Le Potenttiel ») qu’il doit affronter ? C’est une rencontre avec les représentants des institutions de Bretton-Woods (Fonds Monétaire International, Banque Modiale, etc…), autrement dit avec les « chiens de garde » du système international de prédation !
A première vue, la situation serait donc sans espoir !
Elle n’est cependant désespérée que si l’on persiste dans l’illusion qui, sans doute, a été assez répandue au Congo durant la transition, qui consistait à croire que les élections allaient amener une démocratie parfait et transparente, et donc des « lendemains qui chantent ».
Si, au contraire, on regarde dette « démocratie » pour ce qu’elle est, c’est à dire un système de domination des possédants susceptible toutefois d’être amélioré dans un sens vraiment démocratique par les pressions et les luttes de la masse populaire, il se pourrait que la situation soit moins désespérée qu’il n’y paraît.
Le Congo est semblable à un gigantesque coffre au trésor, où les Congolais jouent le rôle des malheureux qui doivent vivre sur le couvercle que d’autres veulent soulever. Vu ainsi, c’est la malédiction du Congo. Mais cela peut être aussi l’atout du Congo.
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En effet, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays d’Afrique et du Tiers-monde, les produits congolais qui tentent les « investisseurs » (curieux nom pour des gens qui désirent investir très peu pour exporter beaucoup !) et ceux qui intéressent la population ne sont pas les mêmes et ne sont pas produits aux mêmes endroits. Dans ces pays d’Amérique centrale qu’on appelle des « républiques bananières », le sol est accaparé par les cultures de fruits destinées à United Fruit. Le cacao, en Côte d’Ivoire, l’arachide, au Sénégal, le thé, le café ou le coton, dans d’autres pays, qui sont cultivés pour l’exportation, occupent des terrains sur lesquels on ne fera pas pousser de vivres. Les exportations congolaises, elles, sortent de mines et celles-ci prennent, comparativement avec des plantations, peu de place. Les produits miniers sont beaucoup plus intéressants financièrement que les produits agricoles et ce seront eux qui continueront sans doute à retenir toute l’attention des prédateurs étrangers et de leurs complices bourgeois congolais.
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Ce point est très important parce que, dans un pays où la prédation s’exerce sur les produits agricoles, toute tentative de développement axée sur les besoins essentiels des habitants, c’est-à-dire vers la production de nourriture, par exemple, heurte automatiquement de front l’économie de prédation, puisqu’elles seront en conflit pour les terres. En Côte d’Ivoire, par exemple, prétendre planter des céréales heurte de front les intérêts de ceux qui veulent planter du cacao. Au Congo, il y a tout de même d’immenses étendues de terres arables qui ne sont pas exactement au-dessus d’un gisement minéral exploitable.
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Il est donc imaginable de développer ce qui intéresse le plus directement le gens, c’est-à-dire l’agriculture et les produits dérivés très directement de l’agriculture en laissant d’autre part le pillage des ressources minières se poursuivre dans une certaine mesure.
Cette solution est absolument condamnable d’un point de vue moral. Elle est même parfaitement scandaleuse. Je crois que nous serons tous d’accord pour dire qu’en bonne et saine justice, les richesses du sous-sol congolais devraient servir d’abord au développement durable et autocentré du Congo, et non à des parasites extérieurs et à leurs auxiliaires nationaux. Le problème est que, à chaque tentative des Congolais pour aller dans cette voie, on a toujours répondu, individuellement par l’assassinat ou collectivement par la guerre. Accepter que pour un certain nombre d’années la prédation se poursuive cependant que d’un autre côté un développement réel se produirait, de façon évidemment plus lente et plus pénible que si on y affectait les ressources venues des mines, mais sans que tout soit bientôt réduit à néant par la violence, cette solution est la seule qui soit susceptible à la fois d’apporter au Congo un certain développement et un certain mieux-être de sa malheureuse population et qui soit aussi acceptable internationalement. (Etant entendu que « internationalement » ne se réfère aucunement ici aux peuples, mais fondamentalement aux USA, aux Institutions de Bretton-Woods, aux grandes compagnies dont ils défendent les intérêts, et à leurs hommes de main africains).
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Je ne considère pas comme acquis à l’avance que Gizenga ait dans la tête un plan de ce genre. Mais il n’est pas démontré non plus qu’il ne l’ait pas ! Je crois même très possible, simplement, il est vrai, sur base des conceptions qu’il a défendues dans le passé, que quelque chose de ce genre pourrait bien être dans ses intentions. Les semaines prochaines devraient nous le dire …
Nawasalimia na Urafiki na moyo mwema ! ( Guy De Boeck )
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Du P. Leopold Kamundu, O. Praem, ( New York, USA)
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Légitimité de l’impatience des Congolais
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Les lignes qui suivent font suite aux réflexions de Mr Guy De Boeck émises en réaction au texte de lancement de la rubrique “Forum” sur Beni-Lubero Online. Grande est, en effet, la tentation d’abonder dans le sens de l’auteur du texte de lancement de la rubrique “Forum” dans la mesure où les acteurs politiques, toutes tendances confondues, ne semblent pas être préoccupés outre mesure par le caractère alarmant de la situation qui prévaut en RDC. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne semblent pas pressés de s’y attaquer.
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Comme beaucoup d’autres observateurs ou analystes, Mr Guy De Boeck pense non sans raison qu’il est encore tôt de faire une évaluation objective de l’action d’un gouvernement qui vient à peine d’être constitué et installé et que l’impatience dont font montre bon nombre de congolais est prématurée. Toutefois, pour prématurée qu’elle soit, cette impatience n’est pas sans être fondée: elle est légitime non seulement à cause de la gravité des problèmes sécuritaires qui agitent aujourd’hui la RDC telles que la présence des foyers importants d’anarchistes dans les trois Kivu, dans l’Ituri et dans certaines localités du Katanga, l’invasion récente d’une partie de la province de Bandundu par les troupes angolaises où ces dernières auraient planté le drapeau de leur pays, mais aussi et surtout à cause de la panoplie des promesses jusqu’aujourd’hui non tenues.
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Comment ne pas s’impatienter lorsque les victimes vivantes et disparues de cette situation unique en son genre se comptent par centaines des milliers, quand on a droit à un repas frugal et insalubre tous les deux ou trois jours, quand on vit de moins d’un demi dollar américain par jour, quand on ne sait pas scolariser sa progéniture ou pourvoir aux besoins de sa famille? Comment ne pas s’impatienter quand on voit proliférer et prospérer les forces du mal et qu’on constate qu’aucune force digne de ce nom ne leur est opposée aux fins de leur anéantissement? Comment ne pas s’impatienter quand à tout moment on peut être fauché, abattu par des hommes en armes qui ne seront jamais traqués et donc jamais punis?
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L’attente des lendemains meilleurs par les congolais ne remonte pas au début du processus électoral en voie d’achèvement. Elle remonte à l’accession du pays à l’autodétermination le 30 Juin 1960. Une pseudo-autodétermination malheureusement. L’impatience du peuple congolais est à la mesure de la durée de l’attente (46 ans), des frustrations et des souffrances endurées, souffrances dont la fin est encore loin de se dessiner à l’horizon. Comment ne pas perdre patience sous un ciel sans éclaircies mais tout le temps nuageux?
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On a un moment cru que cette attente des lendemains radieux serait enfin comblée, d’abord avec l’avènement de l’AFDL, ensuite avec la succession de l’actuel Président au Président assassiné Laurent-Désiré Kabila en Janvier 2001. Dans un cas comme dans l’autre, on a vite fait de déchanter face au constat malheureux que les fameux libérateurs étaient loin d’être ce qu’on attendait d’eux. La prétendue libération apportée par l’AFDL n’était qu’une boîte de Pandore ou, si l’on veut, un cheval de Troie. Elle a apporté au pays plus de problèmes, plus de confusion que de solutions. Il est à espérer que l’avènement des lendemains radieux attendus bien avant le processus électoral va enfin devenir une réalité sous l’actuel régime issu de récentes urnes. Mais il faut reconnaitre que craintes et inquiétudes restent au rendez-vous dans la mesure où le pays donne l’impression d’être contrôlé par des forces aussi bien endogènes qu’exogènes incontrôlées et incontrôlables et d’être sans défenseurs qui soient de taille à mettre lesdites forces hors d’état de continuer à sévir et à nuire. Puisque l’espoir fait vivre, il faut toutefois continuer à espérer le meilleur mais tout excluant pas la possibilité du maintien du statu quo c’est-à-dire la précarité existentielle actuelle. D’ou la nécessité de la vigilance.
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Je ne partage pas l’avis de ceux qui estiment que la démocratie est un mot creux ou que c’est un rêve ou une utopie irréalisable nulle part au monde. Jean-Jacques Rousseau le pensait. Mais l’histoire des peuples occidentaux lui a donné tort. Je ne crois pas courir le risque d’être contredit en arguant que les pays occidentaux n’ont connu le décollage économique jamais égalé dans l’histoire que tout le monde leur envie aujourd’hui qu’après leur option, au lendemain de la seconde guerre mondiale, pour la démocratie entendue comme pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple à travers ses représentants. C’est seulement à partir de ce moment que l’équation infernale où on avait plus de pauvres que de personnes bien assises s’est inversée de manière irréversible. Un des bienfaits de la démocratie telle que pratiquée dans le monde occidental c’est l’accès de la majorité au bien-être matériel. Nous, on est encore sous le régime de l’équation infernale qui produit plus de malheureux que de personnes bien assises, je veux dire, ayant le minimum vital.
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La démocratie est un processus, ainsi que l’a si bien relèvé Mr Guy De Boek, une idée directrice qui oriente comme une boussole, un idéal à poursuivre de manière ininterrompue, une tache à réaliser de manière jamais exhaustive, bref, une tache toujours inachevée et donc toujours à reprendre. Je conviens qu’il existe de fausses ou pseudo-démocraties. Il s’agit de celles où les parlementaires ainsi que les représentants de l’Etat sont des représentants non du peuple mais du Chef de l’Etat comme c’était le cas sous le régime de Mobutu et comme cela risque d’être le cas aujourd’hui si on n’y prend garde. Tout est, en effet, à craindre dans la mesure où l’actuel Chef de l’Etat est dit avoir la majorité au niveau de la quasi-totalité des institutions du pays et ou, par voie de conséquence, on a une opposition minoritaire dont la voix sera presque tout le temps minorisée pour ne pas dire étouffée.
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Seule une démocratie parlementaire vraie représentant les intérêts du peuple et non ceux du Chef de l’Etat et des amis de ce dernier a des chances de correspondre à la mission qu’on attend d’elle: contrôler l’action du gouvernement en vue du bien de l‘ensemble. Seule une démocratie parlementaire vertébrée et responsable dont les animateurs travaillent prioritairement pour les intérêts de leur pays peut simultanément tenir tète aux prédateurs internes et externes et refaire de la RDC un Etat de droit ou la liberté, la prospérité, la fraternité et l’amitié soient enfin possibles. Mais pour qu’il en soit ainsi, les autorités du pays doivent d’abord opter pour la démocratie, non pas du bout des lèvres mais à travers des actes concrets. Il y a une bonne part de vérité dans les propos de Karl Marx selon lesquels ce ne sont niles idées ni les bonnes intentions qui transforment le monde mais bien des hommes et des femmes déterminés à les mettre en application en convertissant le dire en faire. On serait de nouveau mal parti si les animateurs politiques continuaient à envisager la démocratie comme une simple figure de style ou, soit dit autrement, comme un simple slogan.
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Il ne me semble pas anodin de signaler et de souligner en passant qu’une démocratie ou un Etat de droit est un régime où les éléments de l’armée et les services de l’ordre sont subordonnés aux autorités civiles élues par le peuple ou cooptées. Point n’est besoin de dire que les militaires et les agents de l’ordre ont pour mission de sécuriser les institutions, les personnes ainsi que leurs biens et non semer l’insécurité comme c’est encore malheureusement le cas aujourd’hui. Tant que la question de la permissivité des militaires et des agents de l’ordre ne sera pas réglée, les droits de l’homme en RDC resteront de simples figures de style, de simples slogans.
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Un bon arbre se juge à ses fruits. Aussi je pense qu’il est encore tôt de se prononcer sur la viabilité du processus électoral et des institutions qui en sont issues. Seuls la qualité des fruits de ces institutions permettra au peuple congolais de dire si oui ou non le processus électoral a été une réussite. Une chose est d’organiser des élections, une autre c’est de voir celles-ci produire les effets escomptés: une rupture drastique avec un passé éprouvant et crétinisant et abâtardissant et la remise du pays sur les rails du développement. Pour l’heure, personne n’a droit à des félicitations. Les félicitations n’interviendront que lorsque l’impatience du peuple congolais aura été levée. La sécurité physique, la sécurité alimentaire, la sécurité juridique et la sécurité douanière contribueront à la levée de l’impatience des congolais “longtemps courbés” que nous sommes, impatience dont la légitimité se passe de toute démonstration.
(P. Kamundu Leopold, o.Praem., New York, USA)
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Du P. Paluku Mayani Adélard, a.a., ( Rome)
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Gizenga 1, le gouvernement de tous les espoirs
Dès le 5 février 2007, Antoine Gizenga, proche de Lumumba, dont il a été vice-premier ministre en 1960, conduit le gouvernement issu des institutions démocratiquement élus en RDC. Le Gouvernement Gizenga 1 fait parler de lui. Le premier Ministre, patriarche octogénaire, est dès lors sur un chemin qui n’est pas tapissé des roses. Il doit incarner le Congo profond. Il a sélectionné un composé d’inconnus pour représenter les inconnus qui le regardent. A son âge, c’est trop risquer, dit-on. Cependant qui ne risque rien n’a rien.
Des attentes. Chacun en a une du gouvernement Gizenga 1. Déjà on enregistre des piques et de contre-piques à propos du budget et des stratégies que le vieux routier attend mettre en œuvre pour ressusciter la République. Ce que la transition n’a pas pu en trois ans, celui que les siens ont surnommé Yandi Kaka doit le faire en un clin d’œil ! Même Paris n’a pas été construit en un jour.
Une fausse querelle. Le match n’est pas encore joué, mais il s’annonce déjà mal. Pronostic n’est pas jugement. Il n’y a rien de dramatique. Pourtant beaucoup s’affolent déjà. Patience. Insupportable attente pour l’opposition qui sort déjà ses griffes. La partie n’est pas encore jouée que le gouvernent est mis sur la sellette. C’est fou qu’on mette la charrue avant les bœufs. Même dans le doute, les R.D.Congolais devraient être reconnaissants envers le Premier Ministre Yandi ve, un autre surnom qui le caractérise désormais, pour son courage et sa détermination à combattre les antivaleurs qui ont longtemps élu domicile dans son pays.
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Chaque nouveau gouvernement commence par un lendemain. Lendemain de guerres et de violences, de corruption et de pillage des ressources, d’impunité et d’excès de toutes sortes. Comme chaque année est le lendemain de l’année précédente, de même chaque gouvernement est le lendemain du précédent qu’il chasse. Ferra-t-il mieux que le précédent ? Sinon le peuple ne tardera pas à regretter « les oignons d’Egypte ». Là est le défi. Loin de là. Le chef de l’Etat a sifflé la fin de la récréation et le Premier Ministre, lui-même, promet un Congo fort. Si pour le peuple ce gouvernement est un gouvernement de tous les espoirs, pour Antoine Gizenga et son équipe, c’est un gouvernement de défi.
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Le vieux Lumumbiste a osé grand. Fort de la sagesse accumulée au cours de sa longue carrière politique, peut-on préjuger qu’il relèvera les énormes défis de ce pays paralysé par une crise multiforme ? Seul, il ne peut rien, mais avec l’appui du peuple, il le peut. N’est-ce pas cela la démocratie ?
( P. PALUKU MAYANI Adélard a.a.)

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