Histoire de l’occupation des chefferies Baswagha par les européens (I)

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[Samedi 17 juin 2006 : www.benilubero.com] En lisant le récit de l’occupation de la collectivité des Baswagha, on a l’impression que l’histoire se répète. Les Nande ont toujours été des résistants contre toute occupation étrangère. Malgré l’existence des mythes abracadabrants sur la puissance de l’occupant étranger qui fait peur, les Nande ont toujours tenté de défendre la souveraineté de la terre de leurs ancêtres. Pendant une semaine, BLO se propose de publier à l’intention de ses lecteurs et lectrices, les péripéties de cette occupation telle que relatées en 1970 par le Père Lieven Bergmans, assomptionniste belge, ancien missionnaire au Diocèse de Butembo-Beni. BLO
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Histoire de l’occupation des chefferies Baswagha par les européens (1912-1927)
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I. Les premiers européens en terre Baswagha
En 1897, l’avant-garde de la colonne commandée par Dhanis se révolta. Le Lieutenant Josué Henry, surnommé Bwana Ndege, se lança à leur poursuite. Les insurgés se dirigèrent de Mawambi vers Beni, puis s’enfoncèrent vers le sud en traversant le Bunyuka, le Buyora, le Ngulo, le Bas-Bukenye. Après avoir franchi la Luviro (aujourd’hui la Lubero), ils passèrent à la Luate en passant par Bikali. Le 15 juillet 1897, le Lieutenant Henry les rejoignit et les vainquit aux chutes de la Luate, à proximité de Luhunga, dans la chefferie de Mutundu.
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Le Lieutenant Henry et les cinq sous-officiers européens qui l’accompagnaient furent probablement les premiers européens à pénétrer en terre baswagha. On ne peut guère parler d’occupation à ce propos, puisque après la bataille tous rentrèrent à Beni.
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Au passage de deux armées, la population s’était prudemment écartée. Néanmoins, le chef du Buyora, Mweneke, se présenta au Lieutenant Henry ; il mourut peu de temps après et sa mort fut attribuée au fait qu’il avait vu un blanc. [En 1957 encore, certains vieux de Mukuka, Bukendo, se retiraient dans la forêt lorsqu’un Européen était annoncé ; ils craignaient de mourir à la vue d’un blanc]
Cette rencontre entre Mweneke et le Lieutenant Henry n’a rien de surprenant : auparavant déjà, certains Avasoki avaient fait leur soumission aux européens de la Semliki. Mais les maladies contractées par ceux qui s’aventuraient dans la plaine entravèrent le mouvement de soumission, et bientôt les Avasoki se contentèrent de recevoir les européens qui se présentaient chez eux. Les plus connus de ces Avasoki furent Selemani, Ngeleza et Panza.
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En 1902, le sous-officier Demagnée voulut établir une liaison entre Beni et Makala. La colonne qu’il commandait fut massacrée à Vuvo (Mwenye) par les gens de Mwenye, aidés par ceux du Manzia et du Muhola ; ces gens étaient guidés par Makiro et par le sorcier Mabembero. [Cette attaque ne doit pas nous étonner. Les gens du Mwenye avaient souffert énormément des incursions étrangères et redoutaient qu’on vienne de nouveau enlever les hommes, les femmes et l’Ivoire. Ils se croyaient invulnérables. Grâce à la possession de l’ERISUSA, et de fait leur attaque réussit. Il paraît étonnant à première vue que des hommes ne disposant que des lances et des couteaux aient pu vaincre des soldats armés de fusils ; mais cette victoire s’explique par le fait que le jeune sous-officier, n’ayant pas confiance dans sa troupe, avait obligé ses cinquante soldats à déposer les armes à feu dans un magasin. L’attaque eut lieu la nuit ; les sentinelles dormaient ; et les soldats furent massacrés avant d’avoir pu atteindre leurs armes. Les vainqueurs mangèrent le cadavre de Demagnée, et ce détail affreux permet de supposer qu’il y avait des éléments étrangers parmi eux, puisque les baswagha n’ont jamais été anthropophages].
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A la suite de cette attaque, il y eut une opération militaire, sans qu’on puisse encore parler d’occupation réelle dans la région. Mais cette opération militaire fut très sévère, et la conséquence fut qu’un très grand nombre d’habitants du Mwenye quittèrent la chefferie pour se réfugier soit chez les Bapère, soit dans le Manzia (Ngulo).
En 1908, le Lieutenant Gendarme quitta Kasindi pour faire deux expéditions contre Maboko : la première chez Kitega dans le Bilingate, la seconde dans le Bukununu, enclave du Hutwe, où le brigand rwandais s’était retiré après une première attaque. A la suite de ces expéditions, Maboko se retira chez ses alliés du Hutwe.
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2. Premières tentatives d’occupation (1912-1914)
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C’est en 1912 qu’eut lieu l’opération militaire du lieutenant Brochard et du sous-officier Lignon : elle était dirigée contre Maboko et ses alliés. Le but réel, mais peut-être non avoué, en était la soumission des chefferies de montagne. Tandis que le lieutenant Brochard remontait de Luofu vers le Nord, le Lieutenant Berns se dirigeait de Beni vers le Sud.
Le Lieutenant Berns ne fit qu’une promenade militaire jusque dans le Haut-Bukenye. Brochard soumit l’Itala, le Mulindi et le Tama ; il rencontra une forte résistance dans le Hutwe et engagea plusieurs combats contre Kinaba, le chef des Bamate. Kinaba y trouva la mort. Brochard parcourut le Hutwe, les régions du Lac, le Musindi, le Mbulye, sans rencontrer d’autre résistance et sans entrer en contact avec la population. L’opération prit fin en 1913. [A propos de cette opération, nous avons recueilli un jour en 1955, le récit suivant d’un vieillard de Mungo, dans le Hutwe : « j’étais encore jeune lorsque les premiers blancs arrivèrent dans notre pays. Depuis quelques temps déjà, des gens de chez nous, venant de Rutshuru, apportaient des nouvelles inquiétantes : des hommes blancs s’y étaient établis. Puis on annonça que ces étrangers se dirigeaient vers notre région. L’inquiétude devint générale ; on établit des sentinelles aux confins des montagnes qui surplombaient la plaine. Dans le Conseil des chefs, un vieillard prit la parole : Mes frères, soyons sur nos gardes. Ces étrangers risquent de troubler la paix dans notre pays. On dit qu’ils sont très nombreux, et peut-être aussi cannibales, comme ceux qui habitent derrière les Batangi (les Bapere et les Wanyanga). Voici ce que je propose : avant qu’ils n’arrivent, il faut que tout le monde se retire et qu’on éteigne tous les feux ; ne disposant pas de feu, les étrangers mourront de froid dans nos montagnes. – Tout le monde approuva ces paroles pleines de sagesse. Immédiatement, on commença à faire déménager les populations des contreforts ; on n’y laissa que quelques sentinelles pour surveiller les mouvements des blancs. Or, voici qu’un soir, alors qu’il faisait déjà tout noir, une sentinelle accourut : quelqu’un leur a donné du feu ; nous avons vu monter de la fumée à mi-chemin de la montagne. – Cette nouvelle fut si foudroyante que personne ne pensa même plus à se défendre. C’est ainsi que les Européens ont pu s’emparer de la région sans rencontrer de résistance ». Nous ne pouvons évidemment nous porter garant de la véracité de ce récit, d’autant plus que l’histoire nous apprend qu’il y eut réellement des combats. ]
C’est la même année que fut fondé le poste d’Etat de Luofu. Le premier administrateur, le lieutenant Terlinden, accomplit plusieurs reconnaissances qui le conduisirent jusqu’au nord du mont Manzia, dans le Musindi ; mais elles n’eurent guère de résultat.
La guerre de 1914-1918 mit terme aux opérations militaires et à l’occupation, ainsi qu’aux prospections minières.
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3. L’occupation effective de la région des Baswagha (1922-1927)
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Après la première guerre mondiale, les cadres européens se renforcèrent dans tout le Congo, tout le territoire se trouva sous l’obédience coloniale, hormis les populations montagnardes de l’Est.
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Extraits de L’histoire des Baswagha du Père Lieven BERGMANS, a.a, éditions ABB, 1970, pp.55-59
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