Hommage à Mgr Kataliko et à l’Abbé Romain ( Par Florent Kasula)

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Hommage à Mgr Kataliko
 

Sa mort inopinée, rapide éclair zébrant dans les cieux, nous fut un terrible choc. Et tous unanimement, avons-nous pleuré de chaudes larmes lorsqu’elle nous fut annoncée que ce fut comme un rêve doublé de doute et de refus puisque nous le savions fort et valide, sa relégation à terme. Pourtant la nouvelle se répandait déjà aux lois classiques et rationnelles de concision, clarté, évidence… et les médias tant étrangers que locaux le répétaient alors distinctement : « Mgr Kataliko est mort ! » Deuil généralisé dans nos cantons, et jusqu’à nos jours, de différentes manières, dans le cœur de chacun, il se porte encore, non pas cendre à la tête en signe de défaite, de résignation et d’abandon mais muni d’une ferme détermination sans crainte, d’emporter jusqu’aux confins son message de justice, de paix, de vérité, d’humilité, de lutte pour les opprimés, d’entrepreneur ne cédant jamais à la fatigue et désolation avant toute réalisation concrète et palpable de l’objectif assigné, sa devise étant d’aller le plus loin possible, de conduire au large tout ce qui traîne sur le chemin…

C’est mu par ce même enthousiasme, deuil à jamais levé non pour une tristesse apathique de fainéantise et de démission, mais pour un spécial hommage de réveil et prise de conscience que les hommes de lettre, « véritable salon littéraire Mgr Kataliko » de quatre coins et chacun suivant ses performances, plume à la main, se mettent fermement, dans leurs grimoires même de plumitif, à rédiger leur mot de condoléances. Véritable alerte qui, loin d’écarter ou d’omettre ces pleurs silencieux d’hommes « avalant ainsi peut-être leurs larmes », leur souci majeur demeure la pérennisation de la mémoire de Son Excellence Monseigneur Emmanuel Kataliko, à la suite d’ailleurs d’OVIDE pour qui « les chants des poètes vivent plus longtemps que les actions qu’ils ont célébrées » de sorte que ces actions, aussi minimes soient-elles, survivent éternellement avec ces chants, qu’on peut alors être héros sans jamais ravager la terre même par une quelconque arme. C’est ce qu’a été la vie de Mgr Kataliko et que demeure son être dont l’hommage ci-après (ayant bénéficié de la lecture de l’Abbé VYAKUNO Emmanuel) nous invite à porter à jamais son deuil dans la pleine conviction d’être modelé à son image et de le revoir un jour…

AFFREUX JOUR

Affreux jour

De la douloureuse mort

De notre Pasteur

Dieu, dans sa magnificence

A voulu que tu ne reviennes guère.

Affreux jour

De la glorieuse mort

De notre Pasteur

L’homme, dans sa croyance

T’a érigé en sainte mémoire.

Affreux jour

De la très douce mort

De notre Pasteur

A toi, nous présentons au Père

La précieuse perle de notre Eglise.

Affreux jour

De la nuit du quatre octobre

Qui, d’un arc-en-ciel

Auréola notre paisible Pasteur

Rappelle-nous l’humilité et la concorde.

Monseigneur Kataliko

Splendide cadeau de notre Eglise

Du haut du ciel

Parmi tous les saints

Mène-nous toujours au Père.

UNE LARME POUR TOI…

A ce fils de prédilection de l’Immaculée

Dont le labeur restera à jamais inachevé !

Accueille, O Père, notre larme d’aurevoir

Dans un modeste chant, poème d’espoir.

D’un nom que nul prétentieux n’a osé porter

Puisque de son essence, honoré et sacré

Il se nomme dès le berceau culturel ‘KATALIKO’

Et eux, majestueusement, l’appelaient ‘Catholique’.

Au-delà de tout sarcasme de moquerie sociale

Aux pas cadencés d’un chevaleresque souriant

Ame courtoise, humoriste et esprit d’écoute

Ils l’appelaient, l’admirant, le ‘Scout’.

Si vous voulez lui rendre votre hommage

Effacez-moi ostensiblement cette voix fade

Murmurant encore au cœur de l’humanité

Grâce : « Tout est Grâce » pour notre félicité

Randonnée où vous le découvrez sans ambages :

Kraft de notre patrimoine au fond de la mer

Astre matinal à l’aube de notre église

Trésor de paix, d’amour et de justice

Axe articulatoire où pivote notre gloire

Livre d’or de la vie en toute humilité

Illustrant notre pauvre existence

Klaxon dans les traquenards inciviques outrés

Ossature incommensurable de notre avenir.

Et fort de cette assurance de victoire

Marchant au rythme des aiguilles d’une montre

Mater ecclesiae, duc in altum

Au rang céleste de tous les bienheureux

Notre Pasteur plein de zèle pour son troupeau.

Universellement marqué dans notre histoire

Et nos fils et leurs fils l’apprendront

La mort n’a eu aucune prise sur son être.

VENERABLE VIEILLARD

Modeste et vénérable vieillard

Très cher honorable vieillard

Ni trop jeune ni trop vieux

Pour se taire devant la vérité

A l’humble qualité de l’unité

D’un âge normal de tout vieux

Au statut social d’un élu de Dieu

Et au sort de tout prophète pieux

Dénonçant le malheur de son peuple

Livré aux razzias des pillards

Il nous a prévenus et parlé si fort

De l’occupation territoriale congolaise

Pour être la personne non grata

L’instigateur de la haine tribale

Voué à une mort ignominieuse

Pour mériter une relégation honteuse.

Mais qu’est-ce donc, chers frères,

Au-delà de tous ses bienfaits

Qui lui a valu cet dur exil

Dans son propre pays

Dans le pays de ses ancêtres ?

Un message pastoral de Noël !

Une exhortation au peuple de Dieu !

Modeste et vénérable vieillard

Très cher honorable vieillard

A toi tous nos hommages.

Et sur le chemin de l’exil

A l’image de nos devanciers dans la foi

Très saints pères de l’Eglise

Pendant les grandes persécutions

Vos détracteurs, vos persécuteurs

Ironiquement dirent entr’eux :

Nous verrons si Dieu va le sauver

Le délivrer de cette risée publique.

Et cette voix qu’ils ont voulu faire taire

A résonné jusqu’aux confins de la terre

Où de partout l’on a crié sans cesse

Rendez-lui donc sa pleine justice

Remettez-nous notre Pasteur

Ne touchez point à l’oint du Seigneur.

Qu’on déchire, qu’on fusille ses portraits

Qu’on l’injurie par les voies des ondes

Qu’on l’épie dans son lieu d’exil

Il ne mourra pas d’un coup de poudre

Il ne mourra pas d’un coup de fusil

Il ne mourra pas d’un coup de poignard

Il ne tombera pas sous vos méfaits.

Et sa parole de paix et de vérité

Epée tranchante, flèche aiguisée

Plus pénétrante qu’un glaive

S’élève cependant au-dessus des nuées

Pour la grâce d’une bonne mort

Dans le coeur de l’humanité entière

Au milieu de tous nos patriarches

Au devant du vicaire du Christ

Comme lors du tribunal céleste

Parmi les bienheureux de Dieu

Pour montrer quelle place d’honneur

Il occupe déjà auprès du père.

Modeste et vénérable vieillard

Très cher honorable vieillard

A toi nos hommages.

Il n’était pas temps que tu meurs

Mais l’éternel a son programme

Qui nous fait l’expérimenter

Comme le Dieu Tout-Autre

Qui, de nos douloureuses larmes

De tristesse et d’angoisse

Fait jaillir une extrême joie de grâce

D’avoir un si grand ambassadeur

De nos misères et des nos malheurs

Auprès de la Reine de la paix.

Héraut de ce siècle finissant

Héros de notre histoire

Tu es la précieuse pierre angulaire

De l’Eglise de ton maître

Sur laquelle n’aura aucune prise

Le pouvoir temporel des puissants

Pour une vie éternelle sans fin

Auprès de tous les saints.

Modeste et vénérable vieillard

Très cher honorable vieillard

A toi nos hommages.

PORTEZ SON DEUIL

Ne l’oubliez guère dans votre désarroi

C’est un fils d’un roi qui s’en est allé

Non frère, un prince, un chef, un roi

Et son deuil se porte de toute éternité.

Il se nomme par-dessus tout Kataliko

Pour la fermentation d’un vin nouveau

Délicieux vin, révélateur de la vérité

En vue d’un avenir enviable et rassuré.

Où avez-vous donc reposé son précieux corps

Dans une souterraine tombe de bout couverte

Claustras–murs d’une pyramide pharaonique

Abri des mites à l’ignoble action dévastatrice !

Et cette jeunesse dont il demeure le patron

Ne clame-t-elle pas au-delà de toute menace

Que Monseigneur Kataliko n’est jamais mort

Qu’il survit à travers ses projets et ses œuvres !

Ingénieux sépulcre d’incommensurable victoire

Que flotte donc haut cet étendard de gloire

Pour que toutes les générations dans l’histoire

Se souviennent et se réjouissent de sa mémoire.

NOUS TE VERRONS…

Au jour du banquet seigneurial

Vêtu de costume royal

Nous te verrons face à face

Mgr Kataliko

Assis auprès de ton Maître

Parmi les puissances célestes, naître.

Nouvelle page de l’Ecriture

Eclairant les Evangiles à leur lecture

Marqué du sceau de la Victoire

Mgr Kataliko

Tu es de ton peuple, la gloire

De notre église, l’honneur.

Celui que tu as servi en vérité

avec justice et fidélité

amour et charité

Mgr Kataliko

T’accueille dans Son éternité

Auprès de la Reine de l’humilité.

Et sur notre terre de remords

Où repose ton mortel corps

Requiescas In Pace

Mgr Kataliko

Que terre te soit molle et légère

Pour la vie éternelle du Père.

Joyeux dans l’espérance

de notre croyance

Nous te reverrons

Mgr E. KATALIKO

ADIEU REVEREND ABBE ROMAIN

 

 

Une larme de plus de nos yeux

Epitaphe circonstancielle d’adieu

Lamentation de profonde consternation

Imprécations de sentencieuse malédiction

Mais si Dieu ne s’en détourne guère

D’accueillir au paradis une pieuse âme

Que reste-t-il de précieux aux hommes

Sinon de s’imbiber de ce sang martyr

Nouvelle semence améliorée de l’Evangile

Pour la conversion totale des incrédules.

Adieu Professeur Révérend Abbé Romain

Pour le Royaume céleste des saints.

MOURIR N’EST RIEN

A la cime du haut village

Résonne le tam-tam funèbre

Et tous les oiseaux dans son sillage

Chantent l’hymne lugubre :

-"Il est mort, oui, le roi est mort

"Reines, couvrez-vous, voici la cendre

"Accourez, joignez-nous au cor

"Reines, embaumez-vous sans rien prendre.

"O Devin; maître de notre coutume

"Le Roi n’est plus, le Roi est mort

"Reines, calmez-vous. Ecoutez notre devin légitime".

-"Mourir n’est rien. Mais l’inadmissible mort

"Est cette mort sans charité, sans un seul écrit

"Ignoble et horrible mort, prodrome de l’enfer déchu".

LE CARNET DE LA VIE

Et là dans mon petit carnet

Charabias illisibles et inintelligibles

Ne vous y étonnez pas chers amis

Ils sont tous pleins des mots

Qui vous chantent la mélancolie

Qui vous tournent en rond

En vue de votre réprobation

Critique de destruction

Mon petit carnet ! Petit calepin

Où s’inscrit jour à jour ma vie

Dans son train-train d’ignominie.

Ne l’effacez donc plus à jamais

La vie est un minuscule livret

Fascicules fragmentés d’entrefilets

Dont on découvre le plus souvent

– et donc bien alors malheureusement

Perspicacité, sagacité et teneur

Après la mort de son auteur.

Butembo, le 19 Septembre 2002

© K. K. Florent

 
Transmis pour publication à Beni-Lubero Online par K.K. Florent,
Correspondant de Beni-Lubero Online
à l’UCG-Butembo, le 4 mars 2006.
 

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