Incendies de Muhangi, Makoko, Vusayi, Vutsorovya, etc.

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Le Territoire de Lubero, en Province du Nord-Kivu, R.D. Congo est victime d’incendies des maisons perpétrées par des militaires anciens du CNDP de Laurent selon la population locale ou par les rebelles rwandais FDLR selon la Monuc et le gouvernement congolais. Toutes ces deux versions se ressemblent en ceci qu’elles font porter la responsabilité de ces incendies aux rwandais qu’ils soient des Tutsi du CNDP ou des Hutu FDLR. La question que l’on se pose est de savoir pourquoi les uns et les autres s’acharnent sur les paisibles populations congolaises ?
Muhangi: colline du Marché en temps de paix
Nous proposons ci-dessous les images de quelques villages incendiés que nous avons pu visiter après les faits. Il s’agit de :
Localité de Muhangi:
Incendies de la nuit du Lundi 12 octobre 2009 dans les Villages de Mambira, Masingiri, Katsambu, Vusayi, Makoko, Kyavitende, Kathembo, Kisero, Vutahi, Vuyinga, etc.
Village de Makoko avant la nuit des incendies
Au chapitre des dégâts dans la localité de Muhangi on déplore 3 morts parmi la population civile à Muhangi dont un jeune de 12 ans, un autre jeune de 25 ans tenancier d’un cafeteria, et une maman. Plusieurs cas de viols des femmes notamment dans le village de Vutahi, plusieurs blessées pendant la fuite nocturne du lundi 12 octobre, etc.
Maman du nom de Kavugho Sumaili est revenue de la brousse pour se faire soigner au CS VUSAYI d’une plaie à la main contractée lors de la fuite nocturne du 12 octobre.
Au chapitre des dégâts matériels : 45 maisons incendiées à Muhangi même, 67 maisons incendiées à Vusayi dont le Centre de Santé de Vusayi qui avait été le plus touché, des vivres tels sacs de haricots, mais, farine de manioc ; des habits des femmes et ustensiles de cuisine, plusieurs animaux domestiques dont des chèvres, poules, lapins, cobayes, etc.
Plusieurs dépôts des bananes pour Kasiski brulés
Les dégâts du seul Centre de Santé Vusayi sont importants : Le matériel médical fut emporté dont des kits d’accouchement tels des pinces, compresses, ciseaux, 10 matelas du CS, 2 téléphones de l’infirmier Titulaire et du comptable, 8 chèvres et plusieurs et poules du personnel, des vitres cassées, la cuisine des malades incendiée, plusieurs lots des médicaments emportés, des bâches du four à briques emportées, etc.
Le Centre de Santé de VUSAYI avec la cuisine des malades incendiée
Mme KAVIRA SIVAMWASI avait accouché quelques heures seulement avant l’attaque du C.S.Vusayi.
Elle raconte ses douleurs quand elle a pris son bébé pour s’enfuir le plus loin que son état de santé lui permettait. Elle rend grâce à Dieu car son bébé à qui plusieurs personnes proposent des noms comme Musayi, Ndivito, Mukimbizi (refugié ou fuyard) se porte bien. Nous l’avons rencontré quand elle est revenue au Centre de Santé pour récupérer la carte de CPS de son enfant.
La latrine du C.S. VUSAYI brulée
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Si aujourd’hui la vie reprend peu à peu dans ces villages, plusieurs personnes passent encore la nuit dans la brousse car aucune force militaire fiable n’est arrivée sur terrain pour rassurer les populations. La visite de Ross Mountain de la Monuc a même eu l’effet contraire de ce qu’il a dit, à savoir, la sécurisation de Muhangi. Les habitants de Muhangi n’ont pas confiance en la Monuc qui n’a jamais sécurisé un seul village du Territoire de Lubero depuis que les incendies des maisons ont commencées au Sud de Lubero. Le bruit qui circule est que l’arrivée de la Monuc dans un coin est un signe de la préparation de l’arrivée prochaine des rwandais. La Monuc a du pain sur la planche pour regagner la confiance des congolais de ces territoires victimes des incendies meurtrières. C’est ainsi que malgré le passage de Ross Mountain, plusieurs habitants de Muhangi et des villages précités passent la journée au village et la nuit dans un coin de la brousse ou alors dans un village voisin qu’ils jugent sécurisé.
Ainsi par exemple, l’équipe du CS VUSAYI rentre chaque soir à Muhangi qui est à 13 km, parcourant ainsi 26 km à pieds par jour. Cette insécurité se répercute sur les soins de santé au Centre de Santé où ceux qui tombent malades la nuit n’ont où aller.
Deux semaines après l’attaque et l’incendie de tous ces villages, aucune assistance n’est arrivée dans la région. Les besoins des rescapés sont pourtant nombreux : la securité, la reconstruction des cases incendiées, l’appui aux Centres de Santé qui ont perdu médicaments et équipements, maisons, etc., l’appui aux écoles par des fournitures scolaires pour des élèves et écoliers qui ont tout perdu dans leurs cases incendiées, etc.
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Localité de Vutsorovya et de Mbughanviywa dans la nuit du 3 au 4 septembre 2009 au Sud de Lubero. Ici des femmes avaient été calcinées dans leurs cases incendiées.
Crédit Photo Gadhop ( Moise Kayitambya)
La leçon des incendies de Muhangi est selon les habitants eux-mêmes l’absence de l’administration territoriale. Depuis les incendies, les autorités politico-administratives se font rares sur le lieu du crime. Les populations sinistrées ne savent que faire car personne ne leur dit rien. Aucune information sur les précautions à prendre n’est disponible. La conséquence de cet absentéisme de l’Etat est que la rumeur fait la loi. Ainsi, par exemple, au lendemain de l’attaque, certains habitants ont pris au dos tout ce qu’ils pouvaient prendre pour se refugier chez les connaissances sans savoir quelle direction était sécurisée.
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Ne sachant que Nziapanda était aussi devenu instable, certains rescapés de Vuyinga ont pris la route de Nziapanda pour apprendre en cours de route que les habitants de Nziapanda étaient aussi dans la brousse à cause des tracasseries des bandits.
Les habitants de Muhangi ont ainsi donné l’image d’un peuple sans berger ou un peuple dont les bergers ont leurs préoccupations ailleurs.
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Juvénal Paluku
Butembo
©Beni-Lubero Online
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