Interview Exclusive d’Eugène SERUFULI, Gouverneur du Nord-Kivu

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Eugène Serufuli Ngayabaseka est le gouverneur(RCD-GOMA) du Nord-Kivu. Joint par Téléphone dans sa capitale provinciale, il a accepté d’échanger à bâtons rompus avec Beni-Lubero.com Online. Cette autorité régionale, accusée par beaucoup de congolais de semer des conflits dans sa propre province et d’être complice des mouvements rebelles nous parle des milices qu’il a recrutées durant la rébellion du RCD. Il se dit victime d’une campagne mensongère des politiciens "prédicateurs des malheurs” et récuse son implication dans la rébellion de Laurent Nkunda Batware. Le gouverneur, deuxième vice-président du RCD-Goma, accuse aussi certains Nande…

Benilubero.com: Monsieur Serufuli, bonjour. Comment allez-vous?

Eugène Serufuli: Ça va bien, merci!

Benilubero.com: Et la situation sécuritaire dans votre province, comment va-t-elle?

Eugène Serufuli: Vous savez que la question sécuritaire continue de nous préoccuper à l’Est de la RDC spécialement ici dans la province du Nord-Kivu. Cette situation est dominée par deux éléments: La première (sic) c’est l’activisme des groupes armés étrangers et nationaux. Les groupes armés étrangers sont des ADF-NALU qui déstabilisent la partie nord de notre province et dans la partie sud il y a des Ex-FAR-Interahamwe et FDLR qui déstabilisent et pillent tout sur leur passage, violent et tuent chaque jour. La deuxième (sic) ce sont des groupes armés congolais dirigés par des insurgés militaires opposés au brassage, proches du Général déchu Laurent Nkunda en connivence avec KAKOLELE que vous connaissez bien. Ils sont manipulés par des politiciens en mal de positionnement.

Benilubero.com: A qui pensez-vous quand vous dites "les politiciens en mal de positionnement"?

Eugène Serufuli: Vous savez qu’il y a toujours des mécontents dans ce pays, des gens qui ont raté le train de la transition rêvant toujours des situations de rébellion ou des crises pour se repositionner. Ils sont, certains à Kinshasa et d’autres en Europe.

Benilubero.com: Mais monsieur Serufuli, votre nom figure sur la liste des gens qui sèment des troubles au Nord-Kivu!

Eugène Serufuli: On va troubler le Nord-Kivu pour quel intérêt? C’est nous qui détenons le pouvoir, c’est nous qui représentons le gouvernement, c’est nous qui dirigeons cette province. Nous serons acteur dans ces troubles pour diriger quoi? Allons-nous scier la branche sur laquelle nous sommes assis? Ce sont des gens de mauvaise langue qui essayent de distraire l’opinion en me pointant du doigt. Les responsables de ces troubles sont connus et nous les combattons avec beaucoup d’acharnement.

Benilubero.com: Pourquoi vous cite-t-on tout le temps? Récemment encore dans un communiqué publié à Kinshasa les Maï-Maï vous ont accusé de ravitailler en armes et en militaires Laurent Nkunda. Quelqu’un est-il jaloux de vous?

Eugène Serufuli: Ce n’est pas une question de jalousie. C’est un problème de comportement et de mentalité qui doivent changer dans le cœur des congolais. Vous savez que dans notre pays, surtout dans notre province et vous avez l’avantage, monsieur le journaliste, d’être originaire du Nord-Kivu, il y a un démon de la haine qui a rodé et qui continu à gagner les âmes des Nord-Kivutiens. Il y a des gens qui ne réfléchissent et ne respirent que par la haine tribale. Malgré la réconciliation nationale prêchée durant cette transition, c’est comme si l’objectif était loin d’être atteint. Je pense néanmoins que le plus des hommes avertis qui recherchent la stabilité et la quiétude de cette région, redoutent l’échec de cette réconciliation nationale.

Benilubero.com: Votre nom est tout de même cité. Dites-moi un nom aussi, de ces politiciens se trouvant en Europe ou à Kinshasa qui vous accusent.

Eugène Serufuli: Je ne suis pas de ce genre, mon frère. S’ils citent le nom de Serufuli, ils visent le bien qui est en lui. Quand nous sommes arrivés à la tête de cette province personne ne pouvait voyager de la ville de Goma jusqu’au-delà de 10 km. Aujourd’hui, et même la nuit, vous pouvez prendre votre voiture et faire plus de 200 km à l’intérieur de la province. Croyez-vous que tous ces esprits malveillants sont contents de cela? On ne jette des pierres que sur un arbre fruitier.

Benilubero.com: Pouvez-vous m’affirmer que vous avez une milice, à vous Serufuli?

Eugène Serufuli: Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. On ne peut pas avoir une milice dans une province où l’on représente le gouvernement. Ceux qui parlent des milices ont encore les souvenirs de la rébellion. Je suis deuxième vice-président du RCD-Goma. A l’époque quand nous étions un mouvement politico-militaire, le RCD a recruté des militaires pour son armée et moi comme gouverneur de province avec mes autres collègues avions reçu pour mission le recrutement. Je crois avoir très bien réussi cette mission.

Benilubero.com: N’y avait -t-il jamais eu d’agenda caché dans tous ces recrutements?

Eugène Serufuli: Il n’y a pas d’agenda caché, mon frère. Le processus de brassage est en cours. Bien sûr qu’il y a des difficultés mais aujourd’hui on peut se réjouir d’avoir 5 brigades intégrées. Deux autres sont en formation au Nord-Kivu et d’ici peu elles seront prêtes.

Benilubero.com: J’ai un document sous mes yeux qui prouve que vous étiez en réunion avec Laurent Nkunda, Kakolele et James Kabarebe à Gisenyi les 25 et 26 janvier 2006 avec d’autres politiciens rwandais et congolais.

Eugène Serufuli: (Rires). Vous avez été modéré. Il fallait dire que "Vous Serufuli vous aviez dirigé cette réunion". C’est ce que les détracteurs, les prédicateurs des malheurs racontent chaque jour. Allez vérifier. Le 25 Décembre, j’étais à Rutshuru. J’ai célébré la Noëlle avec la population et j’y suis resté trois jours. Pendant cette période je n’étais même pas à Goma.

Benilubero.com: Etes-vous alors en contact avec le Général Kpama Baramoto, l’ancien chef militaire de la Garde civile sous Mobutu.

Eugène Serufuli: Pas du tout.

Benilubero.com: Que va devenir la province car vous ne parvenez pas à arrêter Laurent Nkunda? Ne va-t-on pas vous accuser d’empêcher la tenue des élections au Nord-Kivu?

Eugène Serufuli: Ceux qui croient que les élections n’auront pas lieu dans la province du Nord-Kivu se trompent. Ils ont prédit l’apocalypse au Nord-Kivu avant la date du 30-juin 2005,ils se sont déchaînés, ils ont annoncé le chaos à l’enrôlement des populations et au référendum, rien de fâcheux n’est arrivé.

Benilubero.com: Et de vos origines, j’ai appris que vos propres frères à Rutshuru disent que vous êtes de Ruhengeri au Rwanda.

Eugène Serufuli: (Rires).C’est ça. Ce que vous dites là, c’est ce que les prédicateurs des malheurs racontent tous les jours. Ceux qui disent que je suis originaire de Ruhengeri, il faut leur demander si par hasard ils ne sont pas eux aussi originaires de BUNDIBUJO.

Benilubero.com: Où se trouve Bundibujo?

Eugène Serufuli: (Rires). Bundibujo c’est en Ouganda au-delà de la frontière avec Beni.

Benilubero.com: Parlez-vous des Nande?

Eugène Serufuli: (Rires). Ce sont eux qui disent que je suis originaire de Ruhengeri. Il faut très bien vérifier leur origine. Cela doit être en Ouganda à Bundibujo.

Benilubero.com: Avez-vous visiblement un problème avec les Nande dans votre province. C’est le seul peuple qui vous empêche de gouverner?

Eugène Serufuli: Pas du tout. Il faut éviter ce que l’on appelle "Diabolisation Globalisante". Il y a des individus qui se rendent coupables des discours de la haine et de division. Ce sont des individus. Il faut éviter de diaboliser globalement toute une ethnie. Tous les Nande ne disent pas que je suis originaire de Ruhengeri.

Benilubero.com: Pouvez-vous me dire un nom d’un Nande qui vous diabolise?

Eugène Serufuli: Vous êtes suffisamment informé. Vous suivez ce qui se passe dans notre pays.

Benilubero.com: Je vous remercie beaucoup Monsieur le Gouverneur.

Eugène Serufuli: C’est moi qui vous remercie.

Interview Exclusive accordée le 4 Février 2006 par l’Honorable Eugène Serufuli à Magloire Paluku pour le compte de Beni-Lubero Online.

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