ITURI : Pourquoi les Hutu apprenant le Kinande inquiètent-ils les Nande?

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De l’Ituri on apprend que des Hutu venus du Rwanda[1] apprennent le  Kinande dans les collectivités de Bahema-Boga, Bahema-Mitego et Banyali-Chabi, plus précisément à Chamata, Chabi, Bukima, et Mitego. En plus de l’apprentissage de cette langue parlée par 5 millions des congolais, certains de ces Hutu vont jusqu’à se donner des noms typiquement Nande  tels Kakule, Kasereka, Katembo, Masika, etc. Qu’est-ce qui motive cet apprentissage du Kinande par les Hutu une fois arrivés en Ituri ? En effet ceux qui sont au Sud de Lubero n’apprennent pas le Kinande. Pourquoi ceux qui choisissent  l’Ituri comme terre d’accueil n’apprennent-ils pas le Kingiti ou le Kihema qui sont les langues parlées dans les collectivités ci-haut citées ? Et pourquoi les Nande de l'Ituri sont-ils inquiets de l'apprentissage de leur langue?

Hutu_Ituri_machettes

En réfléchissant par l’absurde, on peut dire que rien n’empêcherait les Hutus à apprendre le Kinande en Ituri et partout où ils le voudraient. Les Nande n’apprennent-ils pas le Mandarin à Butembo où on ne parle pas Mandarin pour se préparer à leurs missions d’affaires à Chine ? Mais à quelle mission chez les Nande les Hutu se préparaient-ils en Ituri?    

Le contexte historique de la relation « je t’aime, moi non plus » entre le Rwanda et le peuple congolais (pas le régime) de l’Est de la R.D.Congo en général, et le Rwanda et Beni-Lubero, en particulier, peut aider à comprendre l’inquiétude des Nande de l’Ituri vis-à-vis des Hutu venus du Rwanda qui apprennent le Kinande aujourd’hui.

Dans les temps, congolais et rwandais vivaient en paix et en harmonie. Les échanges commerciaux et culturels étaient intenses. La crème intellectuelle rwandaise était formée dans les universités congolaises, de fois avec bourse congolaise. Fuyant les salaires de misère de l'époque de Mobutu, plusieurs diplômés congolais allaient travailler dans l’enseignement au Rwanda.

Avec le génocide rwandais de 1994, toute cette harmonie régionale s'envola brusquement dans la nature. Le génocide rwandais fit le lit de l’agression rwandaise de la R.D.Congo et du génocide congolais dont le bilan s’élève aujourd’hui à plus de 10 millions des morts. Perçu comme pays agresseur  ayant des velléités d’occupation territoriale voire d’annexion de l’Est de la R.D.Congo au Rwanda, le Rwanda (le régime pas le peuple)  devint l’ennemi redoutable du peuple congolais. Toutes les rébellions dites démocratiques (RCD-Goma, CNDP, M23) mais teintées de sang des millions des congolais étaient d’obédience rwandaise. Tous les réfugiés congolais douteux qui ne savent pas leurs milieux d’origine en R.D.Congo se trouvent aussi au Rwanda.  Leur nombre exact n’est connu que du Rwanda seul !

Après  plusieurs années de controverse[2] sur l’identité et le rapatriement de ces réfugiés congolais douteux,  un ennemi malin commença à les infiltrer au Nord-Kivu, apparemment à l’insu du gouvernement provincial[3] si l’on en croit la correspondance du Gouverneur Julien Paluku, Nº 01/134/CAB/GP-NK/2011 du 2 Février 2011.

En dépit de l’opposition à leur arrivée en R.D.Congo par des chefs coutumiers du Nord-Kivu qui ne les avaient pas reconnus comme leurs anciens sujets lors d’une mission de reconnaissance et d’identification dans un camp des réfugiés au Rwanda,  ils y arrivent quand même et s’y installent selon une logique qu’eux-mêmes connaissent, et cela depuis 2010.  Qui finance leurs voyages du Rwanda via l’Ile d’Idjwi, les territoires de Kalehe, Masisi, et Rutshuru jusqu’à leur installation, leur prise en charge et leur sécurité à Beni-Lubero et en Ituri ? Notez que ces immigrés Hutu du Rwanda arrivent en R.D.Congo déjà munis des cartes d’électeurs  congolais. Officiellement, ils sont donc congolais.  Mais quand on pose la question aux moins politisés d’entre eux, ils disent qu’ils sont rwandais. Pour la population congolaise locale, ces Hutu venus du Rwanda sont imposés au Nord-Kivu et en Ituri en complicité avec le gouvernement de Kinshasa. Ils sont à la conquête des terres et du pouvoir coutumier au Nord-Kivu  et en Ituri. Ils ont démontré ce penchant à Miriki où ils ont ciblé les chefs coutumiers et leurs familles lors des massacres du 7 janvier 2016.

Dans la seule province de l’Ituri, ils seraient déjà plus de 50 000. Ils ont déjà demandé au gouvernement congolais l’érection de leur propre collectivité-secteur et circonscription électorale.

Pourquoi leur apprentissage du Kinande ferait peur aux Nande de l’Ituri ?

Les immigrés Hutu qui se sont installés au Nord-Kivu n’apprennent pas le Kinande. Au Sud de Lubero, notamment à Kyuto et à Luhanga, ils ont crée des écoles primaires où l’enseignement se fait en Kinyarwanda. Pourquoi alors ceux de l’Ituri apprennent-ils le Kinande ?

Le contexte sécuritaire du Kivu-Ituri nous donne la réponse.  Depuis octobre 2014 jusqu'à nos jours, Beni-Lubero est le théâtre des massacres des Nande. Aussi, quand ces Hutu venant du Rwanda  arrivent  en Ituri, ils se présentent comme des déplacés  du Nord-Kivu.  Est-ce pour prouver leur origine Nord-Kivutienne qu’ils apprennent le Kinande, la langue la plus parlée au Nord-Kivu ? Oui et Non, répondent les Nande inquiets de l’Ituri.

En Ituri comme au Nord-Kivu, on constate qu’il y a des forces occultes à visée électoraliste ou hégémonique qui seraient entrain de manipuler des membres des différentes  ethnies  afin d'opposer les ethnies les unes aux autres et embraser toute la région par des conflits ethniques. Ayant échoué d’attiser un tel feu du conflit ethnique à Beni-Lubero pour exterminer les Nande, et connaissant bien la poudrière ethnique de l’Ituri, l’ennemi chercherait  à  soulever les autres ethnies de l’Ituri contre les Nande pour lancer le génocide des Nande à partir de l'Ituri. La stratégie pour y arriver serait de faire attaquer des membres des ethnies de l'Ituri par des bandits qui parlent Kinande. Dans une poudrière ethnique comme l'Ituri, il suffit d'un petit rien pour allumer le feu. On se rappelle que les conflits ethniques meurtriers de 2002/2003 furent déclencher par une vache d'un Hema qui brouta de l'herbe dans un chanp d'un Lendu. Le bilan du conflit né de l'acte de cette vache est de 60 000 morts,sans compter les milliers des vaches, et les autres biens détruits.

Les forces occultes qui voudraient voir le Kivu-Ituri s'embraser sont infiltrées dans les services de sécurité  déployés dans la région pour servir de pyromanes. 

Il y a donc de quoi inquiéter les Nande de l'Ituri. Depuis quelques temps, les Nande de l’Ituri rapportent que, dans beaucoup d’endroits, toute personne en provenance du Nord-Kivu est considérée comme Nande (ou Yira). Quand les services de sécurité mettent la main sur un criminel Nande, c’est tous les Nande de l’endroit qui paient les frais. Les boutiques des Nande de l’Ituri sont souvent pillées pour la faute d’un seul Nande. Aussi, chaque fois qu’il y a en Ituri une tuerie atroce semblable à celles en cours à Beni-Lubero, les autochtones manipulés accusent tous les Nande en ces termes : « N’amenez pas vos tueries en Ituri. Sinon, nous allons vous démarrer » (Le verbe « démarrer » est utilisé en Ituri pour dire « chasser, exterminer »).

Les Nande de l’Ituri ont beau dire que les massacres des Nande à Beni-Lubero ne sont pas commis par les Nande (car un peuple ne peut pas s’auto-exterminer de cette manière), pour les ituriens manipulés, les Nande seront bientôt « démarrer » de l’Ituri.

Depuis quelques jours, les immigrés Hutu venus du Rwanda qui apprennent le Kinande se seraient coalisés avec certains ituriens manipulés pour faire cause commune contre les Nande. Le premier fait réprehensibe de cette association des malfaiteurs voulant salir les Nande de l'Ituri s’est passé à Burasi chez les Bahema dans la nuit du 28 au 29 janvier 2016. Des voleurs des vaches parlant un kinande avec un accent rwandais ont volé une centaine des vaches  dans les fermes appartenant aux Hema. Pendant l’attaque, ces faux Nande ont tué un berger dont le nom ne nous a pas encore été communiqué. Heureusement que les Bahema de Burasi vivent en harmonie avec les Nande. Ils savent que les Nande de Burasi ne sont pas des voleurs des vaches. Ce que les faux Nande ont voulu, à savoir, déclencher la colère des Hema de BURASI contre les Nande n’a pas eu lieu. Les Hema de Burasi et des environs ont identifié les voleurs comme un groupe d'ituriens manipulés et d'immigrés Hutu venus du Rwanda. Mais qu’arrivera-t-il aux Nande là où il n’y a que des ituriens manipulés par les tireurs des ficelles? C’est cette hypothèse qui inquiète les Nande.

La crainte des Nande est que les Hutu qui parlent Kinande commettent des atrocités à l’encontre d’un membre d’une autre ethnie de l’Ituri pour provoquer une violence aveugle contre tous les membres de l'ethnie Nande.

L’arrogance que certains immigrés Hutu venus du Rwanda commencent à manifester en Ituri peut pousser  les Nande à  s’inquiéter de toute ressemblance de langue avec eux. Pour exemple, le mardi 26 janvier 2016  vers 22h00, heure locale, en Territoire d’Irumu, des immigrés Hutu de  Tchabi et Boga en Ituri, munis d’armes à feu, ont démoli le cachot de la Police Nationale Congolaise, Sous-Commissariat du groupement Banyali-Tchabi pour libérer un de leurs membres. Profitant de l’occasion, tous les autres prisonniers ont pris la poudre d’escampette.

C’est dans ce contexte que les Nande craignent  tout amalgame avec des gens qui commettent leurs forfaits en parlant Kinande.

En temps normal, la langue d’un bandit ne devrait pas faire condamner toute l’ethnie locutrice de cette langue. Mais quand il y a manipulation et intoxication idéologique, l’irrationnel prend le dessus sur le rationnel, et le pire est vite arrivé. Qu’on se rappelle les massacres interethniques de l’Ituri en 2002/2003.  Il ne faut pas que les bains de sang de 2002/2003 se reproduisent en Ituri sous l’œil de la communauté internationale qui n’a pas encore fini de juger leurs différents responsables. Si un génocide se répétait aujourd’hui en Ituri comme ailleurs dans la région des Grands-Lacs africains, la justice internationale perdrait son sens et sa mission éducatrice ne serait plus différente d’un théâtre de mauvais goût.

L’inquiétude des Nande est donc à prendre au sérieux. Elle est un signal d’alarme pour que la communauté internationale ne dise un jour qu’elle n’était pas avertie du feu qui couvait en Ituri.

Dans l’immédiat,  que les différentes ethnies du Kivu-Ituri préviennent leurs membres respectifs  du danger de céder aux instigateurs des conflits ethniques pour des intérêts égoïstes. L’expérience du conflit ethnique de l’Ituri en 2002/2003 montrent que les instigateurs du conflit qui avait couté la vie à plus de 60 000 ituriens se la coule douce dans leurs palaces car jouissant des diverses immunités. Les exécutants, quant à eux, croupissent encore dans les geôles de La HAYE.

Pour désamorcer la bombe ethnique avec laquelle les régimes véreux de la région voudraient embraser tout le Kivu-Ituri,  la  communauté internationale faciliterait urgemment une table ronde de toutes les communautés ethniques de la région afin que  les génocidaires et autres instigateurs des conflits ethniques soient purgés de chaque ethnie et déférés devant la justice. Les habitants de toute la région des Grands Lacs devraient apprendre et parler, chacun la langue de son choix, sans peur d’être associé aux malfaiteurs parlant la même langue que la sienne. Aussi, pour la faute d’un membre d’une ethnie, on ne devrait pas punir toute l’ethnie. Peuples du Kivu-Ituri, ensemble disons non aux instigateurs des conflits ethniques !

© Beni-Lubero Online


[1] https://benilubero.com/le-gouverneur-du-nkivu-ecrit-aux-deputes-au-sujet-des-%C2%ABhutu-nande-%C2%BB-au-sud-lubero/. Il faut distinguer en effet les Hutu congolais, les FDLR qui sont une organisation politico-militaire des refugiés rwandais ayant fui le génocide de 1994 et qui auraient pour la plupart rejoint le Burundi de Pierre Nkuruziza, et ceux qui appellent Hutu-Nande, Retournés du Rwanda. Ceux dont il s’agit dans cet article sont les très controversés Retournés du Rwanda.

 

 

 

 

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