Joseph Kabila dit que le Rwanda est derri

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail
La radio africaine Africa Numéro 1 a organisé ce mercredi 24 septembre 2008 une émission (Questions des Auditeurs) ayant pour fil rouge la reprise de la guerre à l’Est du Congo et l’affirmation selon laquelle le Rwanda soutient Nkunda. Cette affirmation faite par Joseph Kabila lors de son dernier séjour à Goma, même si elle est un secret de polichinelle, soulève certaines questions. Depuis quand Joseph Kabila s’est-il rendu (enfin) compte que le Rwanda est derrière Nkunda? Qu’a-t-il fait? Est-il capable d’aller au Parlement pour fournir les arguments étayant son affirmation et pour débattre, sans tabou, de l’issue à réserver à cette guerre d’agression absurde?
Avant que Joseph Kabila ne fasse sa sortie médiatique, Paul Kagame, se confiant à Colette Braeckman, avait lui aussi affirmé que Kabila sait où se trouve Nkunda. Qu’il avait même sollicité l’intervention de Kagame pour que l’avion pouvant conduire le général rebelle en Afrique du Sud, terre où Joseph souhaitait que Laurent aille en exil, parte du Rwanda. Cela malgré tous ses crimes imprescriptibles!
Pour dire les choses autrement, Kabila dit que le Rwanda soutient Nkunda, le Rwanda dit, en filigrane, que Kabila est de mèche avec Nkunda. Et de plus en plus, nos compatriotes de l’Est du Congo soutiennent que les complices de Nkunda se retrouvent dans les institutions de Kinshasa. La dernière déclaration du COJESKI abondait dans le même sens.
A quoi sert ce jeu de ping-pong? A planifier la misère, la maladie et la mort pendant que les partisans du Tutsiland et les réseaux mafieux de prédation de nos ressources du sol et du sous-sol font la fête.
 
Les filleuls et les méthodes du parrain
 
Il se pourrait que Joseph Kabila ait rompu avec son passé et qu’il ne partage plus l’idéologie de l’APR/FPR. Ainsi se serait-il converti en défenseur de la souveraineté congolaise. Si cela était vrai, les faits l’auraient prouvé. Cependant, l’analyse des faits atteste que le Congo est gouverné de la même façon partout.
Après que Joseph Kabila ait, par son Ministre de la Communication, usé de tous les stratagèmes possibles pour museler certains médias émettant sur le pays un autre son de cloche que "les médias coupagistes", les Congolais habitant la Belgique ont été servis il y a quelques jours par la télévision Belge (RTBF). Un journaliste Belge se trouvant en plein marché de Kinshasa a pu accorder la parole à certains compatriotes parmi lesquels se trouvait une dame. Cette dame disait ceci: " On ne peut pas gouverner un pays en volant comme les gouvernants actuels le font." Les autres images de la RTBF témoignaient de la misère d’un peuple sans aucun pouvoir d’achat. (A l’exception des députés et de leurs excellences les ministres. Le salaire des premiers est passé de 1500 à 6000 dollars!)
La Déclaration politique de la Convention des Démocrates Chrétiens faite à l’occasion de la rentrée parlementaire de septembre 2008 soutenait sans ambages que "les beaux discours de campagne électorale sur la paix, la reconstruction et le développement du pays n’ont pas tenu leurs promesses. L’après élection est pire que l’avant élection. En effet, l’insécurité est devenue endémique partout au pays. Même des provinces calmes comme le Bas Congo, le Katanga et les deux Kasaï sont à présent atteintes par ce mal." Plus loin, la CDC ajoute: "Les réseaux maffieux créés avant la signature de l’Accord global et inclusif continuent à exploiter de manière illicite les ressources naturelles à l’Est du Congo constituant ainsi un manque à gagner pour le Trésor public et un pactole pour financer leurs activités criminelles."
Pire, "le gouvernement assiste impuissant à la criminalisation de l’économie congolaise. Alors que l’opération de révision des contrats miniers n’est pas menée à son terme et ne donne pas des promesses claires au trésor public; des impôts ne sont pas versés par la quasi-totalité des entreprises minières répertoriées; des zones d’intérêt commun d’exploitation pétrolière ont été créées sans études préalables et sans gains réels pour le trésor public; des éléments du patrimoine public de l’Etat sont aliénés par des "puissants" sans savoir si la décision a été prise par les instances autorisées; (….) le gouvernement annonce un détournement des deniers publics de 1,3 milliards de dollars américains sans que les coupables ne soient désignés ni sanctionnés!"
Si Kagame soutient Nkunda à l’Est; est-ce lui qui paie les salaires à Kinshasa? Est-ce lui qui demande aux membres du gouvernement de brader les ressources du sol et du sous-sol congolais? Est-ce lui qui entretient les réseaux maffieux de la            prédation et l’insécurité partout au Congo. Bref, est-ce lui qui planifie la misère et la désolation des Congolais? La réponse à ces questions peut être non. Mais une petite étude du fonctionnement de "la thérapie du choc" nous convainc, nous ne le dirons jamais assez, que le trio (Kagame, Nkunda et Kabila) sert une même cause: le capitalisme du désastre et/ou le capitalisme sauvage. Il fait de la guerre et de la terreur des moyens pour atteindre une fin: un marché criminalisé et autorégulé. (Il est intéressant de lire le livre de Naomi KLEIN, La stratégie du choc. La montée du capitalisme du désastre, Actes du Sud, 2008,669 pages. Ce livre mentionne à plusieurs reprises l’usage de la stratégie du choc telle qu’elle est recommandée et pratiquée à travers les documents disqualifiés de la CIA ou de l’administration américaine Il cite les noms des maîtres à penser des gouvernants américains les ayant convaincus de l’efficacité de ladite stratégie. Parmi eux figure l’un des formateurs des Chicago boys, M. FRIEDMAN. Le dernier numéro thématique du Monde diplomatique (Manière de voir, Bimestriel, N° 101 intitulé Demain l’Amérique) procède à peu près de la même façon.)
A travers ses sorties médiatiques, ce trio (Kagame, Nkunda et Kabila) essaie, tant que faire se peut, de manipuler l’opinion publique, de bouiller les cartes de façon à plonger les Congolais dans un flou artistique.
Tel parrain, tels filleuls! La manipulation de l’opinion publique et les démentis officiels des faits avérés font partie de la politique de l’expansion de "l’impérialisme intelligent" US, à l’agonie.
En effet, la guerre d’agression du Congo participe du plan de "super-gouvernement mondial" des U.S.A. se moquant du droit international, prônant la guerre préventive et la manipulation systématique des médias. La guerre que Joseph Kabila livre aux médias est à situer dans ce contexte. Et la guerre d’agression n’est qu’une guerre de basse intensité. "Les guerres de basse intensité ne comportent pas d’engagement militaire direct des Etats-Unis. Ceux-ci s’arrangent pour faire se battre les autres. Ils provoquent des conflits entre pays voisins, ou à travers des mouvements paramilitaires ou terroristes." (Lire M. COLLON, Quelle sera demain la politique internationale des USA?, dans www.michelcollon.be)
(Les Internautes Congolais savent par exemple que les USA viennent de vendre des armes au Rwanda, (soutien de Nkunda et Kabila) pour une valeur de 20.000.000 de dollars.)
Au vrai, "basse intensité" est une expression trompeuse. Souvent, le nombre de victimes et les dégâts collatéraux qu’elle cause sont très élevés. "En réalité, ils ne sont moindres que pour les Etats-Unis. Ainsi, la guerre de ‘basse intensité" que Washington a déclenchée contre le Congo (à travers les armées du Rwanda et de l’Ouganda voisins, et diverses milices a fait cinq millions de morts et elle a paralysé le développement du Congo." (Ibidem)
Conscients d’avoir perdu leur crédibilité morale à travers le monde, les U.S.A. espèrent la récupérer en se cachant derrière leurs valets.
De tout ce qui précède, il s’avère que "la montée du capitalisme du désastre" marche de pair avec "les crimes organisés", le non-respect des traités internationaux, du droit international et des organismes internationaux comme l’ONU. Les valets de ce "nouveau désordre mondial" ne respectent même pas le droit national.
La crise financière actuelle va-t-elle changer quelque chose à l’unilatéralisme américain et à l’arrogance de leurs valets? Ce n’est pas très sûr. Ils vont continuer à appliquer "la théorie du fou", c’est-à-dire à se comporter comme des êtres irrationnels partout où ils prétendent que leurs intérêts sont impliqués.
Il est un fait qu’ils pourraient être coincés par la récession et avoir des difficultés à financer leur armée.
Ce qui paraît plus ou moins sûr est que leur arrogance pourrait être mitigée par la montée de la Russie, de la Chine, de l’Inde et tous ces autres pays appartenant à l’Organisation du Shangaï.
 
Et nous dans tout ça?
 
Avons-nous besoin d’envoyer nos filles et nos fils au front pour gagner "une guerre de basse intensité" au service du néolibéralisme? La riposte congolaise est-elle opportune? Que défendent nos filles et fils envoyés au front? Notre territoire? Il est occupé et vendu. Occupé par les Mbororo, l’ADF/NALU et LRA, Nkunda les FDLR et les Interahamwe dans la Province Orientale et dans les Kivus. Kahemba a été offert aux Angolais. Ailleurs, notre territoire national a été transformé en carrés miniers et en "zones d’intérêt commun d’exploitation pétrolière" douteuses.
Alors, pour qui se battent nos filles et nos fils au front? Pour que les réseaux maffieux exploitent à leur aise les carrés miniers et que les Parlementaires se cocufiant gagnent leurs 6000 dollars à la fin du mois et roulent dans les 4X4 sans inquiétude!
Une guerre de légitime défense exige des efforts d’un peuple ayant un "ennemi" commun. Si tout ce peuple sert la ceinture en temps de guerre, dès qu’il y a un peu de paix, il profite de ses dividendes. Donc, on pourrait encore comprendre qu’une guerre de légitime défense soit menée pour sauvegarder les valeurs de solidarité, de fraternité et de partage.
Chez nous, il n’en est pas ainsi. Nos populations souffrent pendant que leurs excellences les ministres et leurs honorables restent les seuls à manger, à boire, à se faire soigner et à envoyer leurs enfants à l’école.
Où sont nos véritables fronts de lutte? Au Parlement et au Gouvernement. Kiakwama kia Kiziki et Mokonda Bonza partagent ce point de vue quand ils notent: " Ainsi, le dysfonctionnement de l’Exécutif a contaminé le Parlement qui n’ose plus exercer ses prérogatives constitutionnelles de contrôle et surtout de sanction. Le parlementaire congolais tient un discours différent selon qu’il intervient en plénière devant les caméras ou qu’il s’exprime au moment du vote, les consignes et les mots d’ordre prenant le pas sur l’intérêt commun." (Lire la Déclaration du CDC)
 Tout est torpillé à partir de ces deux institutions infiltrées par "les collabos" du nouveau désordre mondial. Assiéger et/ou dissoudre le Parlement et les Conseils des ministres pourrait être plus parlant que pousser nos filles et nos fils au front de Kagame et Nkunda pour qu’ils aillent servir de chair à canon.
A notre humble avis, nous avons un long et dur travail de révolution de la pensée à abattre pour créer un esprit et une culture de la résistance. Car, tant que notre pays regorgera de toutes ses richesses du sol et du sous-sol, il sera toujours un objet d’envie. Nous avons tout intérêt à penser et repenser notre histoire en marge de celle écrite officiellement par les dominants.
Mais aussi étudier l’histoire des autres. Surtout celle de ceux qui ont su "vaincre" "le cavalier solitaire" malgré ses dollars et sa technologie. Ceci pourrait nous conduire à voir un peu plus loin que les apparences. Même chez certaines de nos élites intellectuelles, la multilatéralité des relations internationales ne semble pas avoir entamé leur conception du soutien du Rwanda en tant qu’hyper-puissance.
En effet, "les Etats-Unis, écrit Michel Collon, paraissent très forts, mais le sont-ils vraiment? Avec tous leurs dollars, toutes leurs technologies et tous leurs crimes, ils ont perdu la guerre de Corée (1950) et celle du Vietnam (1961-1975), ils ont du se replier du Liban (1962) et de la Somalie (1993), ils n’auraient sans doute pas gagné en Yougoslavie (1999) si le président Milosevic avait accepté les combats terrestres, et ils ont perdu en Irak et en Afghanistan, même s’ils ne le reconnaissent pas encore.(…) Sur le long terme, les peuples qui défendent leurs richesses et leur avenir, ne sont-ils pas plus forts que les dollars et les missiles?" (Ibidem)
L’Amérique Latine, en organisant l’interdépendance entre le Brésil, le Venezuela, la Bolivie, le Cuba, l’Argentine, etc. revient petit à petit de "la thérapie du choc" à laquelle les USA l’avait soumise.
Il est vrai qu’ils ne la laisseront jamais tranquille. Mais le fait que ces pays créent des alliances entre eux et s’approchent de l’axe stratégique auquel appartient la Chine et la Russie pourrait leur permettre de souffler un peu. La culture de la résistance inculquée à leurs populations, la redistribution des revenus nationaux et l’effort soutenu d’alphabétisation sont autant d’atouts sur lesquels ils peuvent encore compter.
A moins que l’un ou l’autre front du refus du système téléguidé à parti de Washington et alliés nous fasse une surprise, penser notre place dans la géopolitique et la géostratégie moderne nous exigera beaucoup de temps, de sagesse et d’intelligence. La riposte à la guerre entretenue par le trio (Kagame, Kabila et Nkunda) telle qu’elle est menée n’apportera rien de bon au pays. La démission de Gizenga n’est que de la poudre jetée aux yeux des Congolais. Le système est vicié et vicieux. Nous y reviendrons.
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*