Joseph Kabila face au d

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail
A la lecture de l’interview de Joseph Kabila accordée au Journal Le Soir (du samedi 9 au 10 mai 2009), il y a quelques vérités qui éclatent au grand jour. Son expérience sur la terre congolaise l’a aidé à comprendre que « les Congolais, tous autant qu’ils sont, sont très attachés à l’unité nationale. Lorsqu’un problème se pose à l’Est, il a des répercussions dans tout le pays. » Mais il ne semble pas comprendre, dans sa quête de quinze « oiseaux rares », que plus que la sauvegarde de l’unité nationale, les Congolais (une bonne majorité) s’opposent contre toute forme de domination.
 
Dans une interview accordée au Journal Le Potentiel (ce mercredi 13 mai 2009), le Prof. Biyoya avoue qu’ « il est démontré que les Congolais ne veulent pas qu’on les domine. Et je crois qu’aujourd’hui, si on parle encore du Congo, c’est parce que, psychologiquement, moralement, culturellement et spirituellement, les Congolais n’acceptent pas la domination. Je crois que, même si on vient aujourd’hui avec des bombes, on peut bombarder les Congolais, mais tous ne mourront pas. Ceux qui résisteront aux radiations seront toujours-là. Ils seront toujours fiers d’être Congolais. En ce moment-là, il faudra qu’on enterre tous les Congolais, même ceux de la diaspora. Tant qu’il y aura un Congolais sur la terre, je crois qu’on n’aura pas fini avec les Congolais. A moins que Dieu descende du ciel pour modifier les structures mentales du Congolais, je ne vois pas tout cela arriver. » Or, dans le commentaire que Colette Braeckman fait de l’interview qu’elle a accordée à Kabila, elle avoue subtilement que Joseph tient à dominer les Congolais en personnalisant le pouvoir. Parlant de la solitude dans laquelle « le raïs » congolais s’est enfermé comme étant une « mauvais conseillère », Colette émet cette hypothèse : « C’est pour cela peut-être que des mesures sont prises à l’encontre de RFI, que des journalistes se sentent menacés, que le « cabinet présidentiel » prend de plus en plus le pas sur le gouvernement, que les forces de sécurité ont souvent la main lourde, sinon meurtrière, que l’Assemblée nationale a été sérieusement reprise en main… »
 
Quand on sait que l’un de nos sites Internet congolais a reçu le texte de l’interview de Joseph Kabila par le biais de la primature, on ne pose la question de savoir si ce commentaire a été lu et approfondi. En filigrane, Colette Braeckman affirme que la personnalisation du pouvoir conduit Joseph Kabila à l’effacement de l’espace public du débat, des sons de cloche contraires à ceux de son « héraut » Lambert Mende, à la transformation de l’Assemblée nationale en une caisse de résonance, à l’instauration d’une police politique chargée de tuer, à la consolidation de son gouvernement parallèle, etc. L’hypothèse de Colette Braeckman semble être une façon polie de décrier la dictature joséphiste ; après coup, sans qu’elle renonce à caresser « le raïs » dans le sens de ses poils. Colette a peur de la consolidation de la dictature de Kabila. Elle écrit : « Or la jeune démocratie congolaise est encore fragile, trois décennies de dictature et une décennie de guerre ont laissé des traces dans les mentalités et les comportements. » Donc, il est important que Joseph Kabila change son fusil d’épaule. Même si « le président Kabila, aujourd’hui encore plus clairement qu’hier, sait où il va » -ce qui n’est pas très évident-, Colette souhaite que « de grâce, il n’y aille pas seul, suivant la piste dangereuse du pouvoir personnel… » Ce conseil dit tout. Il invite à l’examen de la partie de la piste dangereuse déjà suivie par « le raïs » et à lui demander des comptes. (Le prochain gouvernement d’union nationale ( ?) risque de remettre aux Calendes grecques cet examen. L’opposition institutionnelle y viendrait jouer le rôle de figurant.)
 
Contrairement à ce que pense Colette Braeckman, plusieurs Congolais ont une autre appréhension des acteurs politique de notre pays, Joseph Kabila y compris. Dans l’interview accordée au journal Le Potentiel, Philippe Biyoya exhorte ses compatriotes à ne pas « trop tirer sur nos acteurs (politiques) qui sont, en fait (…) des pions c’est-à-dire qu’ils sont partenaires des jeux qui ne sont pas les leurs. Alors, quand on est partenaire des jeux qui ne sont pas les siens, c’est qu’on n’a pas la planification stratégique et géopolitique. »
 
Les pions, agités de l’extérieur, n’ont pas le sens de l’orientation à imprimer à leurs actions.
 
Ils peuvent s’entourer des milliers « d’oiseaux rares », le jeu leur échappera toujours. Ils n’en sont pas « les acteurs pléniers ». L’une des réactions possible dans le jeu de cette télécratie est d’accuser les autres : les corrompus et ceux qui ne veulent pas délier le cordon de la bourse.
 
Joseph Kabila se livre à ce jeu sans convaincre. Parmi les Occidentaux qu’il accuse de n’avoir pas tenu leurs promesses, il y en a qui, à un certain moment, pour avoir parlé « des privilèges fabuleux » de certains Congolais occupant les hautes fonctions dans les parages du « raïs », ont provoqué des réactions souverainistes. Et en échangeant avec certains d’entre eux sur la machine électoraliste de l’AMP dont Joseph Kabila est « l’autorité morale » ( ?), ils vous disent : « Nous savons que l’AMP n’est pas une plate-forme politique. C’est un conglomérat de perdiémistes et de tous les assoiffés de l’enrichissement sans cause, sans convictions politiques, sans idéal et sans un quelconque projet de société. En son sein, on se distribue l’argent à tout bout de champ. »
 
Allez demander à ces messieurs de tenir à leurs promesses tout en sachant qu’ils ne pourront pas contrôler l’argent qu’ils déboursent, c’est prendre des vessies pour des lanternes. Ils ont compris, malgré la part importante qu’ils prennent dans la télécratie de notre pays, que notre drame, comme celui de plusieurs pays africains, « c’est que les administrations ne sont pas professionnelles et que l’on ne fait pas les choses de façon rigoureusement administrative. » Ils ont compris que chez nous, « le réflexe administratif n’existe pas. Nous sommes un peu dans un espace où l’on joue le « one man show », comme disent les Anglais. C’est un peu de la politique spectacle. » (Lire l’interview de Philippe Biyoya au journal Le Potentiel)
 
Dans les réponses de Joseph Kabila à Colette Braeckman, la question de la reconstruction du Congo n’est abordée que du point de vue matériel : reconstruire les routes et créer les emplois, trouver un financement extérieur pour cela. Les questions de la géopolitique et de la géostratégie, de la reconstruction de l’homme et de la femme Congolaise, de la participation de tous les Congolais et de toutes les Congolaises, etc. sont absentes. Dans l’entretien de Colette Braeckman avec Joseph Kabila, ce jeune président donne l’impression d’être l’unique personne capable de sortir le Congo du bourbier, avec « ses quinze oiseaux rares ». Il apparaît comme « un surhomme », capable de travailler 24 h sur 24 ; un président infaillible, empêché dans la réalisation de « ses chantiers » par « les autres », disposé à réaliser dans deux ans ce qu’il n’a pas pu faire dans huit ans. Incroyable !
 
Et pourtant, il devrait être jugé sur la partie de la piste dangereuse qu’il a déjà parcourue en recourant à la main meurtrière de ses forces de sécurité…Colette nous met sur cette piste. Elle devrait nous livrer, dans les détails, sa part de vérité. Certains fils et filles de notre peuple ne semblent pas avoir lu et compris le commentaire de Colette Braeckman. Un jour, l’histoire y reviendra…
 
J.-P. Mbelu
Bruxelles-Belgique
Beni-Lubero Online
Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*