Kinshasa abandonne le Nord-Kivu

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Ce qui se passe au Nord-Kivu n’est pas une surprise. Depuis deux ans, on a vu l’étau de Nkunda se resserrer contre une population du Nord-Kivu abandonnée à son triste sort par le gouvernement de Kinshasa, par la MONUC, et pourchassée par les soldats mutins, les FDLR, et les Mai-Mai de Nkunda.
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Les combats qui se déroulent actuellement au Nord-Kivu sont décrits par les militaires comme intenses. Comme toujours, les militaires congolais au front sont déterminés à réussir leur pari contre Nkunda. Ils espèrent que cette fois-ci l’expérience de Mushake au Masisi en 2007 ne se répétera pas . On se rappelle que les Fardc furent trahis et livrés à l’ennemi par un certain AMISI TANGO, Chef d’Etat Major de l’armée de terre congolaise.
Malgré les colonnes des Fardc qui partent de Goma pour contrer les attaques que Nkunda mènent simultanément sur plusieurs fronts au Masisi et à Rutshuru, les observateurs de la situation au Nord-Kivu sont unanimes pour affirmer que la violence au Nord-Kivu, que ce soit la guerre en cours, les violences sexuelles faites aux femmes, le déplacement des populations, est dirigée contre la population civile qui reste seule à s’opposer au diktat des puissances anglo-saxonnes et des rebelles pro-rwandais sur le Kivu. Cette violence multiforme semble être la punition réservée aux Kivutiens dont le seul mal est leur refus catégorique de la colonisation rwandaise.
C’est ainsi que, la population du Nord-Kivu mène seule avec les moyens de bord la guerre que le gouvernement de Kinshasa refuse de livrer à Nkunda.
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Plusieurs dirigeants politiques congolais étant de gré ou de force acteurs de la nouvelle géopolitique dans la région des Grands Lacs, et donc partenaires de Nkunda, la violence de Nkunda ne les vise pas. Contrairement aux rebellions du monde, Nkunda ne s’attaque jamais aux dirigeants congolais qui sont ses alliés, mais plutôt aux populations civiles. Les activités militaires de Nkunda ne répondent donc pas au critère d’une rébellion qui par définition est une opposition farouche des nationaux au gouvernement central. La rébellion de Nkunda n’en est pas une car elle n’est pas un fait des nationaux mais des étrangers, des rwandais. Elle serait une rébellion si ses activités étaient tournées contre le Rwanda. Au lieu de condamner Nkunda pour ses crimes contre l’humanité au Nord-Kivu, c’est souvent la population de ses victimes que l’on condamne, la traitant de tribaliste, de haine ethnique, etc. Quand Nkunda attaque les positions des Fardc, le Gouverneur du Nord-Kivu trouve l’occasion d’appeler la population prise entre deux feux au calme. Quand un rebelle amnistié par le parlement congolais reprend les armes deux mois après, il en effet étonnant de voir que le gouvernement qui l’a amnistié ne crie son ras-le-bol même de manière hypocrite.
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La population du Nord-Kivu a déjà compris ce jeu malsain de Kinshasa. Elle sait qu’elle est le parent pauvre et du gouvernement de Kinshasa, et de la Monuc. C’est pourquoi elle a décidé de se prendre en charge en barrant les routes à la Monuc, à certaines brigades des Fardc, aux FDLR, au Pareco, aux Mai-Mai, etc. Mais jusqu’où cette population peut-elle aller ?
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Partant de l’hypothèse ci-dessus, certaines langues qualifient les combats en cours au Nord-Kivu d’une simple diversion pour couvrir la trahison de Kinshasa qui a déjà abandonné une partie du territoire national à l’ennemi. Par la voie d’une guerre qu’elle perdrait à souhait au moment voulu, Kinshasa tente de trouver une voie de sortie honorable qui lui permettrait de continuer à jouir d’une certaine crédibilité dans le reste du pays si jamais le Nord-Kivu tombait entre les mains des rebelles pro-rwandais. Pour se tirer d’affaires, Kinshasa trouverait ainsi des boucs émissaires qui porteront la responsabilité de sa défaite programmée au Nord-Kivu. A l’allure où les fronts de Nkunda se multiplient au Nord-Kivu, mettant les Fardc à la défensive, la ville de Goma peut tomber d’un moment à l’autre.
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En effet, depuis l’accord secret conclu à Kigali au mois de Février 2007, entre Nkunda et John Numbi représentant Joseph Kabila, les Fardc n’ont jamais été en guerre contre Nkunda. Selon toute vraisemblance, d’après cet accord secret Nkunda devrait prendre le contrôle du Nord-Kivu sans que Kinshasa perde la face. Cette équation difficile explique la mise en place de ce qu’on appelle gouvernement parallèle au Nord-Kivu et des ministres qu’on appelle des « électrons libres » parce qu’ils prennent des graves décisions sans s’en référer au chef du gouvernement ou au Conseil des Ministres. La mission de ce gouvernement parallèle ne serait rien d’autre que de matérialiser l’accord secret de Kigali contre la volonté du peuple congolais et en dehors des institutions démocratiquement élues. La crise du Nord-Kivu est ainsi privatisée à souhait parce qu’elle a des complices et des acteurs dans les institutions nationales.
Depuis l’accord secret de Kigali, le gouvernement parallèle de Kinshasa n’a fait qu’accompagner Nkunda dans sa sale besogne d’occupation en retirant tous les vaillants et patriotes généraux Fardc du Nord-Kivu et en élevant aux plus hauts grades de commandement des officiers pro-Nkunda. A part les commandants de Rutshuru et celui du 22 ième bataillon déployé dans la cité de Lubero, tous les commandants des Fardc et les responsables des services de renseignement au Nord-Kivu sont Tutsi ou pro-Tutsi.
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Un autre signe de l’abandon de la population par le gouvernement c’est la non-assistance aux deux millions des déplacés du Nord-Kivu. Aucune assistance, aucun débat au sein du parlement national et provincial en faveur de deux millions des déplacés du Nord-Kivu.
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On sait maintenant que pour masquer la mutation au sein des Fardc qui progressivement ne devraient contenir que des militaires pro-Nkunda, les FDLR, les Mai-Mai pro-Nkunda furent créés pour donner à Nkunda l’occasion de faire sa guerre contre la population. L’objectif de cette guerre étant d’envoyer mourir cette population dans les camps des déplacés pour créer l’espace aux rwandais qui viendraient du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie, etc. C’est ainsi que le nombre des déplacés n’a fait que s’augmenter sans que personne ne s’en inquiète outre-mesure. On a vu les patrons de la Monuc, les gestionnaires des ONG internationales inaugurer des chantiers de ceci ou de cela mais jamais le sort des déplacés du Nord-Kivu a retenu leur attention.
Les camps des deux millions des déplacés ne sont gardés par personne, même pas les Fardc. C’est ainsi qu’ils ont été plusieurs fois attaqués sans que personne ne décide d’assurer leur securité.
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Pour se donner une occasion de faire parler le canon au Nord-Kivu, Nkunda a crée ses FDLR, ses Mai-Mai. Pour dérouter l’opinion nationale et internationale, Nkunda accuse souvent ses propres FDLR et Mai-Mai d’être à la solde de Kinshasa. Mais chaque fois que Kinshasa s’engage dans une guerre contre Nkunda, comme c’est le cas maintenant, les FDLR et les Mai-Mai disparaissent de la scène. Ils réapparaîtront quand les Fardc et Nkunda auront signé leur nième cessez-le feu sous l’égide de la MONUC.
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Les attaques des rebelles de Nkunda pour élargir sa guerre contre la population de Beni-Lubero se dessinent déjà. Les groupes Mai-Mai aux contours flous viennent d’occuper la semaine écoulée des contrées qui pourraient être prochainement les cibles des attaques de Nkunda contre la population de Beni-Lubero.
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Déjà le lundi 01 septembre 2008 le commandant Tutsi du secteur Beni-Lubero, le commandant Muhungura de la 15e brigade avait tenu une réunion de sécurité à l’Auberge de Butembo où il avait déclaré qu’il ferait bientôt la guerre aux forces négatives qui n’ont pas intégré le processus Amani. En d’autres termes, les Mai-Mai qui refusent toujours le diktat rwandais au Nord-Kivu sont ceux que Muhungura appellent « Forces Négatives » contrairement aux ‘bons rebelles de Nkunda », « les forces positives » qui ont déjà massacré 5.4 millions des congolais.
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Le Mai-Mai dénomme James Matabishi (d’origine ougandaise) quadrille actuellement avec ses troupes les abords du Massif de Ruwenzori, notamment les villages de Luviriha, Kyavinyonge, Karuruma, Muramba, Mubana, etc. Il est soupçonné de donner l’alibi a l’Ouganda d’attaquer Kasindi, Mutwanga, Beni, Butembo, etc. Ces Mai-Mai du Graben ont menacé la semaine passée d’attaquer Butembo parce que, disaient-ils, le maire de Butembo les néglige en ce qui concerne leur ration alimentaire. C’est ainsi qu’ils menacent de venir s’approvisionner avec force à Butembo.
La brigade Commando cantonnée à Mabalako et dirigée par James Matabishi, est composée d’une centaine d’éléments. Cette brigade est en contact avec les Mai-Mai de Vurondo.
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La brigade Dragon (toujours sous le commandement de James Matabishi) se trouve à Mubana et Vukununu et comportent des éléments Hunde et Nyanga en provenance de Rutshuru.
La Brigade FOC des Mai-Mai Pareco commandée par La Fontaine progresse vers le Nord en occupant Bukununu, Kirivata, Lunyasenge et Kiri-kiri, toujours le long du lac Edouard.
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Le Général Mai-Mai Vita Kitambala est à Kaina. Il avait quitté Goma en juillet dernier pour la sensibilisation des Mai-Mai en faveur du programme Amani. Arrivée sur terrain, il a commencé un recrutement des Mai-Mai.
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Ces brigades Mai-Mai se recrutent et se développent au vu et au su des militaires soi-disant Fardc de la 15 ième brigade. Les observateurs craignent que ces brigades ne donnent demain un alibi à Nkunda d’attaquer les populations de Beni-Lubero après la chute programmée de Goma, de Rutshuru, de Masisi, et de Walikale.
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Edgar Kahindo
Racodit-Butembo
Beni-Lubero Online
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