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6 Août 1996 – 6 Août 2008 : Les congolais commémorent cette semaine le 12 ième anniversaire de l’agression de la R.D. Congo par la coalition Rwanda-Burundi-Ouganda.  Pendant ces 12 ans, les congolais s’interrogent pourquoi la R.D. Congo subit un traitement exceptionnel de la part de l’ONU et de ce qu’on appelle communauté internationale dans l’application de la loi internationale? Jusqu’où ira cet exceptionnalisme ?
 
Le dernier acte de l’exceptionnalisme congolais a été diffusé avec pompe la semaine écoulée par les médias proches du pouvoir de Kinshasa et de l’ONU à propos du début de la mise en application de l’Accord de Nairobi du 9 novembre 2007 sur le cantonnement des rebelles étrangers dans un camp de transit avant leur rapatriement éventuel dans leurs pays d’origine. C’est ainsi que le jeudi 31 juillet 2008, 67 rebelles du RUD (Rassemblement pour l’Unité et la Démocratie) munis de 47 armes  de guerre se seraient fait volontairement cantonnés à Kasiki, près de Luofu au Sud du Territoire de Lubero, au Nord-Kivu. 
 
Pour la population de Luofu ce cantonnement est dangereux car il est à  un jet de pierre des maisons d’habitation des civils. Des rebelles qui jusqu’à présent terrorisaient la localité de Luofu à partir de son quartier Général de Mashuta situé à 50 Km de Luofu sont maintenant entre les murs de leurs victimes d’hier par la magie de l’accord de Nairobi. On se rappelle qu’à Noël 2007, ces rebelles du RUD, dirigés par un certain colonel Moussare,  avaient fait fuir les habitants et les prêtres de Luofu, menaçant de bombarder la paroisse catholique de Luofu si les prêtres ne les remettaient les armes leur soutirer dans un deal avec la Monuc qui a mal tourné.
 
Si les congolais saluent d’un côté ce projet de rapatriement des rebelles étrangers, ils restent cependant sceptiques tellement que depuis 12 ans les questions congolais sont toujours traités à la défaveur des congolais. Avec les rebelles du RUD dans Luofu, il suffirait d’une faille d’encadrement de leur camp de transit pour que l’insécurité déjà grandissante à Luofu provoque l’irréparable, à savoir l’occupation et l’administration de Luofu par ceux qu’on appellera alors les irréductibles ou éléments incontrôlés du RUD. Quelle idée de placer un camp d’accueil d’éléments indésirables tout près d’une grande agglomération comme Luofu au moment où dans l’opinion générale du Nord-Kivu les rebelles du RUD passent pour une émanation du CNDP de Nkunda ?  N’est-ce pas là une extension maligne du champ d’action du CNDP  par le biais de l’Accord de Nairobi? L’avenir proche fera de nous un prophète de malheur ou un faux analyste!
 
Dans un cas comme dans l’autre, le cantonnement des rebelles étrangers sur le territoire congolais présente toutes les caractéristiques de ce que nous appelons « exceptionnalisme de l’agression de la R.D. Congo ». Il suffit de lire l’accord de Nairobi  pour s’en rendre compte.  
«Les membres de ces groupes armés devraient déposer leurs armes et solliciter de l’assistance auprès des autorités congolaises ou de la Monuc pour rentrer au Rwanda ou, s’ils réunissent les conditions exigées, régulariser leur situation en RDC, en s’installant aux centres de regroupement convenus par les gouvernements congolais et rwandais».
 
La clause ci-dessus dit tout et elle renforce la suspicion des congolais sur le non-dit de l’accord de Nairobi. En effet, les  rebelles du RUD en transit à Kasiki jouissent de la possibilité de demander asile au Congo. C’est cela l’exceptionnalisme congolais. Pendant que les congolais sont chassés comme des chiens de l’Angola et de l’Occident sans aucune offre de régularisation de leurs papiers. Pendant que les congolais rentrent du Rwanda, du Burundi, de la Tanzanie pour l’Est du Congo encore en guerre et où l’on viole et mutile les femmes, des rebelles étrangers, des génocidaires sont dorlotés et suppliés de passer un exil doré en R.D.Congo s’ils trouvent que les conditions du retour au Rwanda ne sont pas encore réunies. Ce privilège qu’on accorde aux rebelles étrangers est en effet ce que dit la loi internationale sur l’immigration. Malheureusement les congolais refugiés dans des pays limitrophes et ailleurs dans le monde ne jouissent pas de ce privilège. Deux poids, deux mesures!
 
Dans la citation ci-dessus de l’accord de Nairobi, il y a même pire. Selon l’accord de Nairobi, le Rwanda doit approuver la décision congolaise d’installer les rebelles étrangers dans les cas de regroupement institués par la R.D. Congo. Comme l’accord ne cite que le Rwanda, on a là une preuve tacite que tous les rebelles étrangers sont rwandais ou liés d’une façon ou d’une autre au Rwanda. Aucune exigence n’est faite au Rwanda. Aucun rebelle étranger ne sera installé en R.D. Congo à l’insu du Rwanda. C’est là le non-dit de l’accord de Nairobi qui nous a déjà poussé un jour à nous poser la question de savoir si l’accord de Nairobi n’était pas la consécration de Nkunda comme roi du Nord-Kivu.
 
En acceptant les termes de l’accord de Nairobi, le gouvernement congolais s’engage ainsi à informer le Rwanda sur toute décision touchant à sa souveraineté et à securité intérieure. En d’autres termes, la R. D. Congo a signé à Nairobi la fin de sa souveraineté et sa mise sous-tutelle du Rwanda. Quand le gouvernement congolais voulait rapatrier par la force ces rebelles étrangers, la communauté internationale lui en avait empêché en avançant comme hypothèse que ces rebelles sont plus aguerris que l’armée congolaise. Aujourd’hui, la même communauté internationale fait cantonner ces militaires d’élite en proximité des populations civiles ! Entre temps, la querelle des chiffres ou du nombre de ces rebelles étrangers n’a jamais été résolue car quelqu’un parle toujours pour ces rebelles étrangers qui ne parlent pas souvent pour eux-mêmes, on ne connait pas les noms de leurs leaders, on ne connait leur cachettes à part l’endroit que le Rwanda indique aux autorités congolaises. Leur seul moyen d’expression c’est la violence contre les congolais au point qu’on se demande s’ils sont vraiment des rebelles étrangers, car si tel était le cas, leur violence serait tournée contre le régime de Paul Kagame… Ces exceptions rendent difficile leur  rapatriement au Rwanda. En effet le Rwanda a tiré le bon bout du bâton de l’Accord de Nairobi. C’est comme un voleur qui est fait sentinelle de la maison où il vole souvent!  Une exception congolaise ! Aucun rebelle étranger ne peut s’installer au Congo ni rentrer au Rwanda sans l’aval du Rwanda. Et qu’est-ce que le Congo dans tout cela si ce n’est qu’il est invisible et réduit en rien ! Les 5 millions des cadavres congolais ne  donnent pas au Congo le droit à la parole au tribunal où sont jugés leurs tueurs ! 
 
A quoi ces exceptions congolaises riment-elles ? Ce  qui peut arriver dans les jours qui ne sont pas loin, c’est la demande collective par les rebelles étrangers de l’asile en R.D.Congo et la surprise de Paul Kagame de donner son aval à leur regroupement au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, pas ailleurs.  Ainsi les rebelles étrangers obtiendraient la nationalité de leurs victimes congolaises. C’est là un autre signe de l’exceptionnalisme d’un Congo qui se dit souverain mais qui joue un rôle passif dans la résolution d’un conflit qui lui a couté 5 millions des morts. Et cela depuis le début de son agression par le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda qui avait débuté par l’attaque de l’Hôpital de Lemera au Sud-Kivu, un certain 6 Août 1996, fête de la transfiguration pour les catholiques romains. On peut dire que depuis le 6 Août 1996, c’est tout le Congo qui a été négativement transfiguré par les agresseurs jusqu’à être méconnaissable aujourd’hui. En effet, depuis lors, la République du Zaïre devenue par après République Démocratique du Congo, n’a jamais gagné un seul match contre ses agresseurs. Son agression avait attendue trois ans pour être vaguement reconnue par des résolutions non contraignantes de l’ONU (RES 1234 du 9 Avril 1999). Chaque fois que le Zaïre accusait le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda d’avoir violé l’intégrité de son territoire, comme réponse et au lieu de former une commission d’enquête sur l’accusation zaïroise, le Conseil de Securité de l’ONU proposait une conférence internationale sur la Région des Grands Lacs Africains… Quand la flagrance de l’agression du Congo était devenue trop gênante pour les agresseurs de la R.D. Congo, l’heure des rebellions RCDs et MLC était venue. Quand le dialogue intercongolais avait réussi à réunir dans un même gouvernement dit d’union nationale tous les gouvernants et les rebelles repentis, l’heure du CNDP était venue. Quand le CNDP a été amnistiée de ses crimes de guerre à la Conférence de Goma et au parlement congolais, l’heure du cantonnement du RUD, des FDLR, FPC, RPR, etc. était arrivée. Qu’adviendra-t-il après le cantonnement des rebelles étrangers ? 
 
Pendant 12 ans, la loi internationale a failli en R.D.Congo en mettant sur le même pied d’égalité l’agresseur et l’agressé, l’élu et le rebelle, le citoyen et l’immigré clandestin, etc. La charte de l’ONU a failli en R.D.Congo en refusant de punir l’agression, la violation de l’intégrité territoriale d’un état souverain, la rébellion, le génocide de 5 millions des congolais, la mutilation des femmes violées, le non-respect de la volonté des congolais telle que exprimée par des élections démocratiques, etc.
 
Aux congolais de tirer la conclusion de cet exceptionnalisme calamiteux dans la gestion de la crise congolaise ! N’est-ce pas un bon thème de campagne électorale pour les présidentielles de 2011, si jamais elles ont eu lieu…
 
Rigobert Kanduki
Goma
Beni-Lubero Online
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